Philosophe | histoire

Histoire

Antiquité

Le philosophe fait de la philosophie une activité libre à laquelle il consacre sa vie. La philosophie suppose un certain genre de vie, ou un art de vivre. Pythagore, là aussi, intervient. Il se distingue par un genre de vie, « le genre de vie pythagoricien » (βίος πυθαγορικός). Et il distingue trois genres de vie : l'action, le gain (ou la gloire), la contemplation.

« Lorsque Léon, le tyran de Phlionte, lui demanda qui il était, il répondit : 'un philosophe' [φιλόσοφος : amoureux de la sagesse]. Et il disait que la vie ressemble à une panégyrie [assemblée de tout le peuple]. De même que certains s'y rendent pour concourir, d'autres pour faire du commerce, alors que les meilleurs sont ceux qui viennent en spectateurs, de même, dans la vie, les uns naissent esclaves et chassent gloire et richesses, les autres naissent philosophes et chassent la vérité[10]. »

L'Antiquité a médité sur le thème de l'accord entre la pensée et la vie. Platon, dans le Lachès (188 d) parle de « la vie qui mettra les actes à l'unisson avec les paroles ». Épictète, dans ses Entretiens (I, 29, 55-57) y insiste : « Ne peux-tu pas appliquer ce qu'on t'a enseigné ? Les raisonnements, ce n'est pas ce qui manque ; les livres sont pleins de ceux des stoïciens. Qu'est-ce qui manque donc ? l'homme qui les appliquera, qui, par la pratique, rendra témoignage pour eux. Prends ce rôle pour que nous n'ayons plus à nous servir, dans l'école, de l'exemple des Anciens, mais que nous ayons aussi des exemples de notre temps. »

Platon donne comme origine au philosophe l'étonnement (θαυμάζειν, thaumazein, qui signifie aussi émerveillement) : « Cet état, qui consiste à s'émerveiller, est tout à fait d'un philosophe. »[11] Ensuite, sur le « naturel philosophe », il donne le trait caractéristique, dans La République (II, 376c) : il y a « désir de connaître et amour du savoir, ou philosophie ». Et cette activité consiste à chercher le Vrai, le Beau, le Juste, donc des valeurs, des normes, des principes, des idéaux, par-delà les choses sensibles, cela avec une sagesse et dans une perception globales. D'une part, « le philosophe a envie de sagesse, non d'une sagesse et pas d'une autre, mais de la totalité de ce qu'elle est »[12]. D'autre part, il parvient à une vue synoptique : il prend « une vue d'ensemble de ce qui est disséminé »[13]. Finalement, Platon oppose deux modes de vie : la vie active et la vie contemplative[14], mais lui-même a mené une vie contemplative axée sur la vision du Beau ou du Bien, et une vie active marquée par la fondation de l'Académie et ses efforts pour conseiller un État juste à Syracuse.

Aristote insiste sur le désir de savoir, commun aux hommes, mais central chez le philosophe : « Tous les hommes désirent naturellement savoir »[15]. Plus précisément, pour Aristote[16], le philosophe est un chercheur universel : il possède la totalité du savoir, mais seulement au niveau des principes les plus élevés (par exemple la loi logique de non-contradiction) et des causes premières et les plus générales (par exemple la cause motrice, la nécessité) ; profond : il pense des choses difficiles, abstraites, générales, éloignées des sens, comme l'Être ; précis ; instructif ; désintéressé : il veut savoir dans le seul but de savoir, savoir ce qui est universel et nécessaire ; enfin, dominant : « il ne faut pas que le philosophe reçoive, mais qu'il donne des lois ». Finalement, « si le bonheur est la sagesse, il est manifeste que c'est aux seuls philosophes qu'il appartiendra de vivre heureux »[17].

Une révolution dans notre conception du philosophe grec a été faite par Pierre Hadot. Il a démontré que, pour les Anciens, le philosophe se signale moins par des opinions, des théories, que par un « enseignement oral » et par un « mode de vie ». « Cet enseignement oral, et les œuvres écrites qui en émanent, ne communiquent pas un savoir tout fait, mais ils sont destinés avant tout à former un savoir-faire, à un savoir discuter, à un savoir parler, qui permettra au disciple de s'orienter dans la pensée, dans la vie de la cité, ou dans le monde. (…) La philosophie est un mode de vie qui comporte comme partie intégrante un certain mode de discours. » Socrate veut « rendre meilleurs » les hommes ; chez Platon, « la dialectique n'est pas seulement un exercice logique, mais c'est le dialogue de deux âmes qui ne s'élèvent vers le bien que parce qu'elles s'aiment » ; chez Aristote « la vie théorétique n'est pas une pure abstraction, mais une vie de l'esprit »[18].

Fin de l'Antiquité

À la fin de l'Antiquité, depuis le IIIe siècle av. J.-C.[19] jusqu'à la fin du Ve siècle, le mot « philosophe » prend fréquemment le sens de « docteur ès sciences occultes »[20]. « C'est un titre dont les alchimistes aimaient particulièrement se parer[21]. » Un grand nombre de philosophes se lancent dans la théurgie (Jamblique, Proclos), la magie (Apulée), l'alchimie (Synésios, Olympiodore d'Alexandrie le Jeune)[22], l'astrologie, la numérologie… Inversement, les mages (Nigidius Figulus, Apollonius de Tyane, Maxime d'Éphèse), les alchimistes (Bolos de Mendès, Zosime de Panopolis), les hermétistes du Corpus Hermeticum se disent « philosophes » ou « pythagoriciens »[23]. Hermès Trismégiste, autorité mythique des hermétistes et des alchimistes, sera appelé « le Père des philosophes », « très ancien théologien et excellent philosophe » ou « grand philosophe, prêtre et roi », et Zosime de Panopolis, le premier grand alchimiste (vers 300), est appelé « la couronne des philosophes ».

Les hermétistes prétendent représenter la vraie philosophie : « Il n'y aura plus, après nous, aucun amour sincère de la philosophie, laquelle consiste dans le seul désir de mieux connaître la divinité par une contemplation habituelle et une sainte piété. Car beaucoup la corrompent d'une infinité de manières… Par un astucieux travail, ils la mêlent à diverses sciences inintelligibles, l'arithmétique, la musique et la géométrie. Mais la pure philosophie, celle qui ne dépend que de la piété envers Dieu, ne doit s'intéresser aux autres sciences que pour admirer comment le retour des astres à leur position première, leurs stations prédéterminées et le cours de leurs révolutions solaires obéissent à la loi des nombres et pour se trouver (…) portée à admirer, adorer et bénir l'art et l'intelligence de Dieu[24]. »

Moyen Âge

Article détaillé : Philosophie chrétienne.

Même si l'expression est postérieure au Moyen Âge, la fameuse théorie de la « philosophie servante de la théologie » (philosophia ancilla theologiae) remonte à la fin du IIe siècle, avec Clément d’Alexandrie, dans les Strômates (I, 5). « Dieu est le principe de toutes choses bonnes, les unes immédiatement, comme l'ancien et le nouveau Testament, les autres comme secondairement, comme la philosophie. Peut-être même la philosophie a-t-elle été donnée aux Grecs au même titre de l'Écriture [sainte], avant que le Seigneur les appelât. La philosophie est donc une étude préparatoire, c'est elle qui ouvre la route à celui que Jésus-Christ mène à la perfection. Sans doute la Vérité n'a qu'une voie, mais d'autres ruisseaux lui arrivent de divers côtés, et se jettent dans son lit comme dans un fleuve éternel[25]. »

Cette expression sera reprise par Thomas d'Aquin au XIIe siècle, pendant la période dite scolastique. Durant cette période, la théologie avait pris le pas sur la philosophie. Cependant, après l'entrée d'Aristote en théologie, les théologiens se mirent à la réflexion philosophique. Ils se nommèrent eux-mêmes des philosophantes (des théologiens philosophants)[26]. Le pape Grégoire IX, par la bulle Parens scientiarum (Père des sciences), exige « que les maîtres de théologie ne jouent pas aux philosophes » (nec philosophos se ostentent), à plus forte raison les maîtres ès-arts.

La question selon laquelle il existerait une « philosophie chrétienne » fait encore débat. « Laquelle, de la raison ou de la foi, doit diriger l'autre ? » Les options sont contradictoires. Dès son premier livre, en 386, saint Augustin met le doigt sur le problème de méthode ou de croyance qui se pose à un philosophe chrétien : « faut-il suivre la voie de la foi (via fidei) ou la voie du raisonnement (via rationis) ? » Il choisit les deux[27] : « Je désire ardemment saisir la vérité non seulement par la foi mais encore par l’intelligence ». Plusieurs combinaisons sont possibles : foi seule (Pierre Damien), intelligence seule (Pierre Abélard), priorité à la foi (Boèce, Thomas d’Aquin), priorité à l’intelligence (Roger Bacon), foi en quête d’intelligence (Augustin, Anselme de Cantorbéry), foi et intelligence en complémentarité, en autonomie (Lanfranc de Pavie) ou peut-être même en contradiction (Averroès, Boèce de Dacie et Siger de Brabant, selon une tradition qui parle — à tort — de « double vérité »). Force est de reconnaître que les principaux philosophes du Moyen Âge sont, quant à leur statut, moines, prêtres, papes, et, quant à leur spécialité, théologiens.

Philosophe des Lumières

Une autre grande figure du philosophe est celle du philosophe des Lumières. C'est un intellectuel qui réfléchit sur l'organisation du monde. Les plus illustres de ces philosophes, en France, sont Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau, d'Alembert, Helvétius, d'Holbach ; en Angleterre, Toland et Hume ; en Allemagne : Wolff, Lessing et Kant. Le philosophe des Lumières croit au progrès, il pratique le libre examen, il conteste la religion révélée.

« La physionomie du philosophe se transforme : moins théologien, moins savant, il est, de plus en plus, l'honnête homme qui se tient au courant de l'avancement des sciences, prend parti dans toutes les querelles, se passionne pour les questions politiques en théorie ou par l'action, et, surtout, devient homme de lettres : la philosophie, désormais, s'exprime par des contes, par le théâtre, par des romans. La question reste ouverte de savoir si les philosophes jouent vraiment un rôle. La fin du siècle (répondra) en philosophie théorique, pure, par Kant, et, en pratique, par la Révolution française[28]. »

Bien après la philosophie des Lumières, Charles Peirce caractérise ainsi le philosophe, à partir de la figure de Kant : « Kant possédait à un haut degré les sept qualités mentales d'un philosophe : 1) aptitude à discerner ce qui est donné à sa conscience, 2) originalité inventive, 3) puissance de généralisation, 4) subtilité, 5) sévérité critique, 6) démarche systématique, 7) énergie, diligence, persévérance et dévotion exclusive à la philosophie[29]. »

Temps modernes

Pour caractériser le philosophe des temps modernes (en France : Claude lévi-Strauss, Michel Foucault, Jules Vuillemin, Jacques Derrida, Michel Onfray…), Luc Ferry retient ces traits-ci[30] :

  • « Plus aucun philosophe ne se risquerait aujourd'hui à forger un « système » philosophique. »
  • « La philosophie contemporaine a été pour l'essentiel une déconstruction de l'idéalisme allemand, de la philosophie de la subjectivité telle que Descartes l'avait mise en place. La philosophie devient historienne en déconstruisant les grandes théories du passé. » (La philosophie déconstructive prétend mettre en pièces ou mettre à nu les fondations de la maison philosophie, grâce à une généalogie, une herméneutique ou une réévaluation. Cela remonte à Nietzsche et Heidegger et triomphe avec Derrida).
  • « Au fil des années soixante, quelque part entre Sartre et Foucault déjà, l'image du philosophe s'est dédoublée en France comme jamais dans les siècles passés. D'un côté le professeur, qui n'est pas nécessairement un penseur original, mais avant tout un historien de la philosophie. De l'autre, l'essayiste, « l'intellectuel » qui intervient dans le débat public. Le commentaire d'un côté, l'engagement de l'autre, mais point, là comme ici, de créateur singulier. » Toutefois, parallèlement à cela, des mouvements de résistance à cette dissolution en enseignements particuliers se sont dessinés de manière très nette. On ne peut ignorer l'influence indéniable de philosophes tels que Paul Valéry, René Guénon, Emmanuel d'Hooghvorst, Louis Cattiaux, etc.produisant de manière extrêmement vivante des écrits basés sur la "Prisca philosophia", dont on constatera au XXIe siècle des prolongations.
  • « La philosophie moderne semble souvent très « technique », volontiers spécialisée dans des champs particuliers du savoir (l'épistémologie, la philosophie du droit, de l'éthique, de la politique, du langage, l'histoire des idéesetc.), elle est devenue, pour l'essentiel, une discipline scolaire ou universitaire, parmi d'autres. »
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