Douglas MacArthur | guerre de corée

Guerre de Corée

Article détaillé : Guerre de Corée.

Le 25 juin 1950, l'invasion de la Corée du Sud par la Corée du Nord marqua le début de la guerre de Corée[228]. Le jour même, le Conseil de sécurité des Nations unies vota la résolution 82 autorisant l'envoi d'une force internationale pour soutenir la Corée du Sud[229]. Les Nations unies donnèrent aux États-Unis le pouvoir de choisir un commandant et le Comité des chefs d’États-majors interarmées recommanda MacArthur à l'unanimité[230]. Il devint ainsi le commandant en chef du Commandement des Nations unies (UNCOM) tout en restant le commandant suprême des forces alliées au Japon et le commandant de l'USAFFE[231]. Toutes les forces sud-coréennes furent placées sous son commandement. Alors qu'elles se repliaient sous la pression nord-coréenne, MacArthur reçut l'autorisation d'engager des forces terrestres américaines. Tout ce que les premières unités déployées pouvaient faire était de gagner du temps pour permettre la formation du périmètre de Busan[232]. À la fin du mois d'août, l'urgence s'atténua ; les attaques nord-coréennes contre le périmètre étaient contenues et alors que la Corée du Nord déployait 88 000 hommes, la 8e armée du lieutenant-général Walton Walker en avait maintenant 180 000 et disposait de plus de chars et de pièces d'artillerie[233].

MacArthur est assis et tient une paire de jumelles. Quatre autres hommes en uniforme et portant également des jumelles sont derrière autour de lui.
MacArthur observe le bombardement d'artillerie sur Incheon depuis l'USS Mount McKinley avec le brigadier-général Courtney Whitney (à gauche) et le major-général Edward M. Almond (à droite), 15 septembre 1950.

En 1949, le président du Comité des chefs d’États-majors interarmées, le général de l'armée Omar Bradley, avait prédit qu'une « opération combinée amphibie à grande échelle… n'aurait plus jamais lieu » mais en juillet 1950, MacArthur planifiait une opération de ce type[234]. MacArthur compara son plan à celui du général James Wolfe lors de la bataille des plaines d'Abraham et rejeta tous les problèmes posés par les marées, l'hydrographie et le terrain[235]. Le 15 septembre, malgré les inquiétudes persistantes de leurs supérieurs, les soldats américains réalisèrent un débarquement à Inchon, loin derrière les lignes ennemies. Soutenues par la marine et l'aviation, les forces débarquées reprirent rapidement Séoul et forcèrent les Nord-Coréens à fuir vers le nord pour éviter un encerclement[236]. En visite sur le champ de bataille le 17 septembre, MacArthur inspecta six chars T-34 détruits par les soldats américains en ignorant les tirs des tireurs d'élite autour de lui sauf pour noter qu'ils manquaient d'entrainement[237].

Le 11 septembre, le président Harry S. Truman autorisa une progression au-delà du 38e parallèle nord qui marquait la frontière entre les deux Corée. MacArthur planifia un autre assaut amphibie, à Wonsan sur la cote orientale mais la ville fut prise par les troupes sud-coréennes avant que la 1re division de Marines ne l'atteigne par la mer[238]. En octobre, MacArthur rencontra Truman sur l'île de Wake où le président lui décerna sa cinquième Distinguished Service Medal[239]. Interrogé brièvement sur la menace chinoise, MacArthur l'écarta et dit qu'il espérait pouvoir retirer la 8e armée au Japon avant Noël et qu'il pourrait libérer une division pour l'Europe en janvier. Il considérait la possibilité d'une intervention soviétique comme une menace plus sérieuse[240].

Un mois plus tard, les choses avaient changé. Lors de la bataille d'Unsan à la fin du mois d'octobre, les forces de l'ONU furent repoussées avec de lourdes pertes par des soldats chinois. Néanmoins, Willoughby minimisa les preuves de l'intervention chinoise. Le 24 novembre, il estima que 71 000 soldats de l'Armée des volontaires du peuple chinois étaient présents dans le pays alors que le véritable nombre était plus proche de 300 000[241]. Le même jour, MacArthur se rendit au quartier-général de Walker et il écrivit plus tard :

« J'ai fait le tour de la ligne de front durant cinq heures. Lors d'une discussion avec un groupe d'officiers, je leur ai dit que le général Bradley espérait pouvoir faire rentrer deux divisions aux États-Unis pour Noël… Ce que j'ai vu sur le front m'inquiéta grandement. Les troupes sud-coréennes n'étaient pas encore prêtes au combat et l'ensemble de la ligne était très faible. Si les Chinois étaient effectivement en supériorité numérique, je décidai que je retirerais nos troupes et abandonnerais toute tentative pour progresser plus au nord. J'ai donc décidé de faire une reconnaissance pour essayer de voir de mes propres yeux et interpréter la situation avec ma longue expérience[242]. »

MacArthur survola le front dans son Douglas C-54 Skymaster mais ne vit aucun signe de renforcement chinois et décida d'attendre avant d'ordonner un assaut ou un repli. Les preuves de l'activité chinoise étaient invisibles pour MacArthur car l'armée chinoise se déplaçait de nuit et se retranchait le jour[241]. Pour ses efforts de reconnaissance, MacArthur reçut la Distinguished Flying Cross et un badge d'aviateur[242].

Le lendemain, le 25 novembre 1950, la 8e armée de Walker fut attaquée par l'armée chinoise et les forces de l'ONU furent rapidement obligées de se replier. Le 23 décembre, Walker fut tué lors d'une collision entre sa jeep et un camion et il fut remplacé par le lieutenant-général Matthew B. Ridgway[243]. Ridgway nota que le « prestige de MacArthur, qui avait gagné un éclat extraordinaire après Inchon fut gravement terni. Sa crédibilité souffrit de l'issue imprévue de l'offensive de novembre[244]… ».

Suspension

La famille MacArthur se trouvant au sommet de la rampe d'accès à un avion de passagers. Douglas MacArthur se tient à l'arrière de sa femme Jean et de son fils Arthur qui saluent.
Douglas MacArthur (à l'arrière), Jean MacArthur et Arthur MacArthur reviennent aux Philippines pour une visite en 1950.

En décembre, le chef d'état major de l'armée, le général Joseph Lawton Collins, évoqua la possibilité d'utiliser des armes nucléaires en Corée avec MacArthur et lui demanda par la suite une liste de cibles en Union soviétique si cette dernière entrait en guerre. MacArthur témoigna devant le Congrès en 1951 qu'il n'avait jamais recommandé l'emploi d'armes nucléaires. Il avait un temps envisagé de larguer des matières radioactives en Corée. S'il évoqua le sujet avec le président élu Eisenhower en 1952, il ne recommanda jamais son application. En 1954, lors d'un entretien publié après sa mort, il déclara qu'il avait voulu larguer des bombes atomiques sur les bases ennemies mais en 1960, il s'opposa à une déclaration de Truman affirmant la même chose. Truman publia une rétractation en avançant qu'il n'avait aucune preuve et qu'il s'agissait uniquement de son opinion personnelle[245],[246],[247].

Le 5 avril 1951, le Comité des chefs d’États-majors interarmées délivra des ordres à MacArthur l'autorisant à attaquer la Mandchourie et la péninsule du Shandong si les Chinois utilisaient des armes nucléaires pour lancer des frappes aériennes en Corée[248]. Le lendemain, Truman rencontra le président de la Commission de l'énergie atomique des États-Unis, Gordon Dean[249], et organisa le transfert de neuf bombes nucléaires Mark 4 sous le contrôle militaire[250]. Dean s'inquiétait du fait que la décision sur la manière de les utiliser soit confiée à MacArthur qui, selon lui, n'avait pas toutes les connaissances techniques de ces armes et de leurs effets[251]. Le Comité des chefs d’États-majors n'était pas non plus complètement à l'aise à l'idée de les donner à MacArthur, de peur qu'il n'applique trop prématurément ces consignes[248]. Il fut décidé à la place de mettre la force de frappe nucléaire sous le contrôle du Strategic Air Command[252].

En quelques semaines, MacArthur fut obligé de se retirer de la Corée du Nord[253]. Lorsque Séoul tomba en janvier, Truman et MacArthur durent envisager la possibilité d'abandonner l'ensemble de la péninsule coréenne[254]. Les pays européens ne partageaient pas la vision mondiale de MacArthur, se méfiaient de son jugement et craignaient que sa stature et son influence auprès du public américain ne détournent la politique américaine de l'Europe vers l'Asie. Ils s'inquiétaient également d'une possible confrontation avec la Chine, impliquant peut-être l'emploi d'armes nucléaires[255]. Lors d'une visite aux États-Unis en décembre 1950, le premier ministre du Royaume-Uni Clement Attlee exprima les craintes européennes que « ce soit MacArthur qui soit responsable de l'affaire[256] ».

Sous le commandement de Ridgway, la 8e armée reprit son offensive vers le nord en février et reprit Séoul en mars 1951. Les Chinois subirent de lourdes pertes[257] et durent se replier derrière le 38e parallèle[258]. Devant l'amélioration de la situation militaire, Truman envisagea d'obtenir une paix négociée, mais le 24 mars MacArthur demanda à la Chine de reconnaître sa défaite ; il s'agissait d'un défi à la fois contre les Chinois et face à ses propres supérieurs. La proposition de Truman fut mise en suspens[259]. Le 5 avril, le représentant Joseph William Martin, Jr., le leader des républicains de la Chambre des représentants, lut une lettre de MacArthur critiquant la stratégie de guerre limitée du président Truman[260]. La lettre se terminait par :

« Il est étrange que d'aucuns éprouvent des difficultés à comprendre que c'est ici, en Asie, que les conspirateurs communistes ont choisi de tout faire pour conquérir le monde, et que nous avons riposté au problème ainsi créé sur le champ de bataille ; que c'est ici que nous menons la guerre de l'Europe avec les armes tandis que, là-bas, les diplomates la mènent toujours avec des mots ; que si nous perdons la guerre contre le communisme en Asie, la chute de l'Europe sera inévitable, si nous la gagnons, l'Europe pourra probablement éviter la guerre et néanmoins préserver sa liberté. Comme vous l'avez souligné, nous devons gagner. Il n'y a pas d'alternative à la victoire[261]. »

Truman convoqua le secrétaire à la Défense, George Marshall, le chef d'état-major des armées Omar Bradley, le secrétaire d’État Dean Acheson et Averell Harriman pour discuter de la situation. Les chefs d’États-majors se réunirent le 8 avril et conclurent que MacArthur n'était pas coupable d'insubordination, et que s'il était allé assez loin dans l'application des ordres, il n'avait pas outrepassé sa mission[262]. Ils acceptèrent la suspension de MacArthur, mais sans la recommander. Bien qu'ils aient considéré qu'elle était correcte « d'un point de vue strictement militaire[263] », ils étaient conscients qu'il y avait d'importantes considérations politiques en jeu[263]. Même si Truman et Acheson considéraient que MacArthur était insubordonné, le Comité des chefs d’États-majors évita toute suggestion en ce sens[264]. L'insubordination était un crime et MacArthur aurait pu demander une cour martiale publique similaire à celle de Billy Mitchell dans les années 1930. Le résultat d'un tel procès était incertain et le verdict aurait pu demander qu'il recouvre ses fonctions[265]. Le Comité des chefs d’États-majors admit qu'il y avait « peu de preuves indiquant que le général MacArthur n'aurait pas appliqué un ordre direct du Comité ou agit en opposition à un ordre ». Bradley insista sur le fait que « MacArthur avait appliqué les directives du Comité à l'extrême mais sans les violer. Il avait violé l'ordre présidentiel du 6 décembre [de ne pas faire de déclarations publiques sur des questions politiques], qui lui avait été transmis par le Comité, mais cela ne représentait pas une violation d'un ordre du Comité[264] ». Truman demanda à Ridgway de relever MacArthur de ses fonctions et l'ordre fut transmis le 10 avril, avec la signature de Bradley[266].

La suspension du célèbre général par l'impopulaire Truman, parce que le général avait communiqué avec le Congrès, entraîna une large controverse et une crise constitutionnelle. Les sondages indiquèrent qu'une majorité d'Américains désapprouvaient cette décision[267]. La cote de popularité de Truman tomba à 23 % au milieu de l'année 1951, ce qui reste encore le plus bas score atteint par un président américain en exercice[268]. Alors que l'impopulaire guerre de Corée se poursuivait, l'administration Truman fut victime d'une série d'affaires de corruption, et le président décida de ne pas se représenter en 1952[269]. Un comité sénatorial présidé par le démocrate Richard Brevard Russell Jr. enquêta sur la suspension de MacArthur. Elle conclut que la « destitution du général MacArthur était en accord avec les pouvoirs constitutionnels du président, mais que les circonstances portèrent un coup à la fierté nationale[270] ».

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