Douglas MacArthur | seconde guerre mondiale

Seconde Guerre mondiale

Campagne des Philippines (1941–1942)

Une longue colonne de cavaliers avance le long d'une route. Un char est stationné à côté de la route
Des soldats philippins du 26e de cavalerie progressent vers Pozorrubio et passent à côté d'un char M3 Stuart.

Le 26 juillet 1941, Roosevelt fédéralisa l'armée des Philippines, rappela MacArthur en service actif dans l'US Army en tant que major-général et le nomma commandant des forces armées américaines en Extrême-Orient (USAFFE). MacArthur fut promu lieutenant-général le lendemain[104] puis général le 20 décembre. Au même moment, Sutherland fut promu major-général tandis que Marshall, Spencer B. Akin et Hugh J. Casey (en) devinrent tous brigadiers-généraux[105]. Le 31 juillet 1941, le Département des Philippines disposait de 22 000 soldats dont 12 000 Philippins. La principale unité était la division Philippines sous le commandement du major-général Jonathan M. Wainwright[106].

Entre juillet et décembre 1941, la garnison reçut 8 500 soldats en renfort[107]. Après des années de parcimonies, de nombreux équipements militaires furent envoyés dans l'archipel. En novembre, 1 100 000 t d'équipements destinés aux Philippines s'étaient accumulés dans les ports et les dépôts américains en attendant leur transport[108]. La station d'écoute de la marine dans l'archipel, appelée station CAST, disposait d'une machine de déchiffrement Purple ultrasecrète qui pouvait décrypter les messages diplomatiques japonais et une partie des messages chiffrés avec le code naval JN-25. La station transférait l'ensemble des informations à MacArthur via Sutherland, le seul officier de l'état-major à les voir[109].

Le 8 décembre 1941 à h 30 heure locale (environ h le 7 décembre à Hawaii)[110], Sutherland apprit l'attaque de Pearl Harbor et en informa MacArthur. À h 30, le chef d'état-major de l'armée, le général George Marshall, ordonna à MacArthur d'exécuter le plan de guerre existant, appelé plan orange, destiné à affronter une attaque de l'Empire du Japon. MacArthur ne fit rien. À trois occasions, le commandant de la Far East Air Force (« Armée de l'Air d'Extrême-Orient »), le major-général Lewis H. Brereton, demanda l'autorisation d'attaquer les bases japonaises à Formose en application du plan orange mais l'opération fut rejetée par Sutherland. À 11 h, Brereton en parla avec MacArthur qui approuva l'attaque[111]. MacArthur nia plus tard avoir eu cette conversation[112]. Avant que les appareils ne soient envoyés, à 12 h 30, des avions de l'aéronavale japonaise attaquèrent par surprise les bases aériennes de Clark Field et de Iba Field. La Far East Air Force perdit 18 de ses 35 B-17, 53 de ses 107 P-40 et plus de 25 autres appareils. La plupart des avions furent détruits au sol et les installations furent sévèrement endommagées. Il y eut 80 tués et 150 blessés[113]. Ce qui restait de la Far East Air Force fut détruit dans les jours qui suivirent[114].

Deux hommes assis à un bureau
MacArthur (au centre) avec son chef d'état-major, le major-général Richard K. Sutherland, dans le tunnel de Malintla sur l'île de Corregidor, 1er mars 1942.

Les plans de défenses supposaient que l'on ne pourrait pas empêcher les Japonais de débarquer à Luçon et prévoyaient l'abandon de Manille par les troupes américaines et philippines qui se replieraient avec leurs équipements dans la péninsule de Bataan. MacArthur espérait néanmoins ralentir l'avancée japonaise en tentant de repousser les débarquements japonais. Il perdit confiance dans les capacités militaires de ses troupes philippines car les Japonais progressèrent rapidement à la suite de leur débarquement dans la baie de Lingayen le 21 décembre[115] et il ordonna un repli sur Bataan[116]. Manille fut déclarée ville ouverte à minuit le 24 décembre sans consulter l'amiral Thomas C. Hart (en), commandant de l'Asiatic Fleet, ce qui força la marine à détruire de grandes quantités de matériel[117].

Le 25 décembre, MacArthur déplaça son quartier-général dans l'île-forteresse de Corregidor dans la baie de Manille[118]. Une série de bombardements aériens japonais détruisit toutes les structures exposées de l'île et le quartier-général de l'USAFFE fut emmené dans le tunnel de Malintla. Par la suite, la plus grande partie de l'état-major déménagea à Bataan en ne laissant que le cœur du quartier-général avec MacArthur[119]. Les troupes de Bataan savaient qu'elles étaient perdues mais elles continuèrent de combattre. Certains blâmèrent Roosevelt et MacArthur pour leur situation difficile. Une ballade chantée sur l'air du Battle Hymn of the Republic l'appelait Dugout Doug (« Doug le Planqué »)[120]. Néanmoins, la plupart des soldats s'accrochaient à l'idée que d'une manière ou d'une autre MacArthur « sortirait quelque chose de son chapeau[121] ».

Le 1er janvier 1942, MacArthur accepta 500 000 $ de la part du président Quezon des Philippines pour son service d'avant-guerre. L'état-major reçut également de l'argent : 75 000 $ pour Sutherland, 45 000 $ pour Richard Marshall et 20 000 $ pour Huff[122],[123]. Quezon proposa également de l'argent à Eisenhower après qu'il eut été nommé à la tête du Supreme Commander Allied Expeditionary Force (AEF) mais il déclina[124]. Ces paiements n'étaient connus que de quelques personnes à Manille et à Washington dont Roosevelt et le secrétaire à la Guerre, Henry L. Stimson, avant d'être rendus publics par l'historien Carol Petillo en 1979. La révélation ternit la réputation de MacArthur[125].

Fuite en Australie et Medal of Honor

Une plaque de bronze avec une image de la Medal of Honor reprenant la citation des actes de MacArthur lui ayant valu la récompense
Plaque de la Medal of Honor de MacArthur fixée dans la caserne MacArthur de l'Académie de West Pont.

En février 1942, alors que les forces japonaises resserraient leur emprise sur les Philippines, le président Roosevelt ordonna à MacArthur de se rendre en Australie[126]. Dans la nuit du 12 mars 1942, MacArthur et un petit groupe incluant sa femme Jean et son fils Arthur ainsi que Sutherland, Akin, Casey, Marshall, Charles A. Willoughby (en), LeGrande A. Diller et Harold H. George quittèrent Corregidor à bord de quatre PT boats. MacArthur, sa famille et Sutherland se trouvaient dans le PT-41 commandé par le lieutenant John D. Bulkeley. Les autres suivaient dans les PT 34, PT 35 et PT 32. MacArthur et son groupe arrivèrent à la base aérienne Del Monte sur l'île de Mindanao où ils montèrent à bord de B-17 de la marine qui les emmenèrent en Australie[127],[128]. Son fameux discours dans lequel il déclara « I came out of Bataan and I shall return » (« Je suis parti de Bataan mais j'y retournerai ») fut prononcé pour la première fois à Terowie, une petite gare d'Australie-Méridionale le 20 mars. À son arrivée à Adélaïde, il abrégea la phrase à « I came through and I shall return » (« J'en suis venu et j'y retournerai ») et l'expression fit les gros titres des journaux[129]. Washington demanda à MacArthur de modifier sa promesse en « We shall return » (« Nous y reviendrons ») mais il ignora la requête[130].

Bataan se rendit le 9 avril[131] et Corregidor le 6 mai[132]. Pour son commandement dans la défense des Philippines, MacArthur reçut la Medal of Honor, une décoration pour laquelle il avait été auparavant proposé à deux reprises. Il était admis que MacArthur n'avait pas réalisé d'actes de bravoure mais son attribution à Charles Lindbergh en 1927 avait créé un précédent. MacArthur l'accepta sur la base que « Cette récompense ne m'est pas particulièrement destinée personnellement car elle est une reconnaissance du courage invincible de la valeureuse armée que j'aie eu l'honneur de commander[133] ». Arthur MacArthur, Jr. et Douglas MacArthur devinrent les premiers père et fils à recevoir la Medal of Honor. Ils restèrent les seuls jusqu'en 2001 quand Theodore Roosevelt reçut la médaille à titre posthume pour son service durant la Guerre hispano-américaine, son fils, Theodore Roosevelt Jr. l'ayant également reçue à titre posthume pour son service durant la Seconde Guerre mondiale[134],[135].

Campagne de Nouvelle-Guinée

Article détaillé : Campagne de Nouvelle-Guinée.

Quartier-général suprême

Le 18 avril 1942, MacArthur fut nommé commandant suprême des forces alliées dans la South West Pacific Area (« Zone du Pacifique Sud-Ouest », SWPA). Le lieutenant-général George Brett devint le commandant des forces aériennes et le vice-amiral Herbert F. Leary devint le commandant des forces navales[136]. Comme le gros des forces terrestres dans ce théâtre d'opération était australien, George Marshall insista pour qu'un Australien soit nommé à la tête des unités terrestres et le commandement fut confié au général Thomas Blamey. Bien qu'essentiellement australiennes et américaines, les unités sous le commandement de MacArthur comprenaient également quelques formations des Indes orientales néerlandaises, du Royaume-Uni et d'autres pays[137]. MacArthur créa une forte relation avec le premier ministre australien, John Curtin[138] mais de nombreux Australiens n'appréciaient pas MacArthur qu'ils considéraient comme un général étranger qui leur avait été imposé[139]. MacArthur avait peu confiance dans les capacités militaires de Brett[136],[140],[141] et en août 1942, il fut remplacé par le major-général George C. Kenney[142],[143]. Le déploiement de l'aviation de Kenney en soutien des troupes de Blamey se révéla décisif[144].

Deux hommes discutent assis côte à côte à une table. L'un porte un costume et l'autre un uniforme militaire
Discussion entre le premier ministre australien John Curtin et MacArthur.

L'état-major du quartier général suprême de MacArthur (GHQ) fut constitué autour du noyau qui avait quitté les Philippines avec lui et il devint connu sous le nom de Bataan Gang[145]. Bien que Roosevelt et George Marshall eussent fait pression pour que des officiers hollandais et australiens soient nommés au GHQ, tous les commandants de division étaient américains et les officiers d'autres nationalités étaient sous leurs ordres[137]. Initialement situé à Melbourne[146], le GHQ déménagea à Brisbane, la ville australienne avec les installations de communication adéquates la plus au nord, en juillet 1942[147] et s'installa dans le bâtiment de la compagnie d'assurance AMP Limited[148].

MacArthur forma sa propre unité de renseignement d'origine électromagnétique, appelée Central Bureau, à partir des unités de renseignement australiennes et des cryptanalystes américains s'étant échappés des Philippines[149]. L'unité transmettait les informations Ultra à Willoughby pour qu'elles soient analysées[150]. Après que la presse eut révélé les détails de la disposition navale japonaise durant la bataille de la mer de Corail, au cours de laquelle une tentative japonaise d'invasion de Port Moresby fut repoussée[151], Roosevelt ordonna la mise en place de la censure en Australie et le Conseil de Guerre australien accorda au GHQ l'autorité pour censurer la presse australienne. Les journaux australiens ne pouvaient publier que ce qui était rapporté dans le communiqué journalier du GHQ[151],[152].Les journalistes expérimentés considéraient les communiqués, que MacArthur ébauchait personnellement comme une « véritable farce » et « d'informations dignes d'Alice au pays des merveilles délivrées au plus haut niveau[153] ».

Papouasie

En prévision d'une nouvelle attaque japonaise contre Port Moresby, la garnison fut renforcée et MacArthur ordonna la création de nouvelles bases à Merauke et dans la baie de Milne pour couvrir ses flancs[154]. La victoire de Midway en juin 1942 poussa les Alliés à envisager une offensive limitée dans le Pacifique. La proposition de MacArthur d'une attaque contre la base japonaise de Rabaul fut rejetée par la marine qui privilégiait une approche moins ambitieuse et était réticente à l'idée d'avoir un général de l'armée de terre à la tête d'une opération amphibie. Le compromis obtenu prévoyait une progression en trois étapes dont la première, la capture de la zone de Tulagi, devait être menée par la Pacific Ocean Areas de l'amiral Chester W. Nimitz. Les étapes ultérieures seraient sous le commandement de MacArthur[155].

Six hommes portant des uniformes différents
Les principaux commandants alliés en Nouvelle-Guinée en octobre 1942. De gauche à droite : Frank Forde (ministre des Armées australien), MacArthur, Thomas Blamey, George C. Kenney, Edmund Herring (en) et Kenneth Walker.

Les Japonais frappèrent les premiers en débarquant à Buna en juillet[156] et dans la baie de Milne en août. Les Australiens repoussèrent les Japonais dans la baie de Milne[157] mais une série de défaites le long de la Kokoda Track eut un effet démoralisateur en Australie. Le 30 août, MacArthur avertit Washington que sans actions immédiates, les unités déployées en Nouvelle-Guinée seraient submergées. Il envoya Blamey à Port Moresby pour qu'il prenne le commandement en personne[158]. Ayant engagé toutes les troupes australiennes disponibles, MacArthur décida d'envoyer des unités américaines. La 32e division d'infanterie, une formation de la Garde nationale mal entrainée, fut choisie[159]. Une série de revers embarrassants lors de la bataille de Buna-Gona entraîna de violentes critiques des troupes américaines par les Australiens. MacArthur ordonna au lieutenant-général Robert L. Eichelberger de prendre le commandement des unités américaines et de « prendre Buna ou ne pas revenir vivant[160],[161] ».

MacArthur détacha certains éléments du GHQ à Port Moresby le 6 novembre 1942[162]. Buna tomba finalement le 3 janvier 1943[163] et MacArthur décerna la Distinguished Service Cross à douze officiers pour leur « exécution précise des opérations ». L'attribution de la seconde récompense américaine la plus prestigieuse entraina un certain ressentiment car si certains comme Eichelberger et George Alan Vasey avaient combattu en première ligne, ce n'était pas le cas d'autres comme Sutherland et Willoughby[164]. Pour sa part, MacArthur reçut sa troisième Distinguished Service Medal[165] et le gouvernement australien le fit chevalier grand-croix honoraire de l'ordre du Bain[166].

MacArthur devint le symbole des forces résistant aux Japonais et reçut de nombreux hommages. Les tribus amérindiennes du sud-ouest le choisirent comme « chef des chefs ». MacArthur fut touché par cette reconnaissance de la part de « mes anciens amis, les compagnons de mes jours d'enfance sur la frontier de l'ouest[167] ». Il fut également nommé Père de l'Année 1942. Il écrivit au comité de la fête des pères que « je suis un soldat de profession et je prends une grande fierté en cela mais je suis encore plus fier, infiniment plus fier d'être un père. Un soldat détruit pour construire ; le père ne fait que construire sans jamais détruire. L'un a les possibilités de la mort ; l'autre incarne la création de la vie. Et tandis que les hordes de la mort sont puissantes, les bataillons de la vie le sont encore plus. C'est mon espoir que mon fils, lorsque je serai parti, se souviendra de moi, non pas sur le champ de bataille mais à la maison répétant avec lui notre simple prière quotidienne, « Notre Père qui êtes aux Cieux[167] » ».

Nouvelle-Guinée

Lors de la conférence militaire du Pacifique en mars 1943, le Comité des chefs d'États-majors interarmées approuva le plan de MacArthur pour l'opération Cartwheel destinée à isoler et à neutraliser la base de Rabaul[168]. MacArthur expliqua sa « stratégie du saute-mouton » :

« Ma conception stratégique du théâtre Pacifique que j'ai exposé après la campagne de Papouasie et que j'ai depuis constamment défendue, consiste en des frappes massives contre les seuls principaux objectifs stratégiques, en utilisant l'effet de surprise et une force de frappe air-sol soutenue et assistée par la flotte. C'est tout le contraire de ce qu'on appelle le « saut d'îles en îles » qui est le refoulement graduel de l'ennemi par une pression frontale directe avec les lourdes pertes qui en découlent. Les points clés doivent évidemment être conquis mais un choix judicieux de ces points éviterait le besoin de prendre d'assaut la masse d'îles contrôlées par l'ennemi. Le « saut d'îles en îles » avec ses pertes insensées et sa progression lente… n'est pas mon idée de comment mettre fin à la guerre rapidement et avec le moins de victimes possible. De nouvelles situations exigent des solutions et les nouvelles armes sont nécessaires à l'application complète de méthodes nouvelles et imaginatives. Les guerres ne sont jamais gagnées au passé[169]. »

Carte topographique de l'île de Nouvelle-Guinée avec des flèches indiquant l'avancée alliées le long de la côte nord.
Progression alliée le long de la Nouvelle-Guinée, février-juillet 1944.

En Nouvelle-Guinée, un pays sans routes, le transport à grande échelle des hommes et du matériel devait être réalisé par air et par mer. Les embarcations de débarquement étaient livrées en pièces détachées en Australie avant d'être assemblées à Cairns[170]. Le rayon d'action de ces petits navires fut grandement augmenté par les navires d'assaut amphibie de la VIIe force amphibie qui commencèrent à arriver à la fin de l'année 1942 et formèrent la nouvelle septième flotte américaine[171]. Comme la septième flotte n'avait pas de porte-avions, le rayon d'action des opérations navales était limité par celui des chasseurs de la 5th USAAF[172].

Le quartier-général de la 6e armée du lieutenant-général Walter Krueger arriva dans la SWPA au début de l'année 1943 mais MacArthur ne disposait que de trois divisions américaines épuisées par les combats de Buna-Gona et de Guadalcanal. En conséquence, « il devint évident que toute offensive dans le Pacifique Sud-Ouest en 1943 devrait être menée principalement par l'armée australienne[173] ». L'offensive commença par un débarquement de la 9e division australienne à Lae le 4 septembre 1943. Le lendemain, MacArthur assista à la prise de Nadzab par les parachutistes du 503e régiment de parachutistes américain. Son B-17 réalisa la tournée sur trois moteurs car l'un d'eux était tombé en panne peu après le décollage de Port Moresby mais MacArthur insista pour qu'il se rende à Nadzab[174]. Pour cela, il reçut l'Air Medal[175].

La 7e et la 9e division australienne convergèrent sur Lae qui tomba le 16 septembre. MacArthur avança son calendrier et ordonna à la 7e division de prendre Kaiapit et Dumpu tandis que la 9e division organisa un assaut amphibie sur Finschhafen. L'offensive s'enlisa en partie parce que MacArthur avait basé sa décision d'attaquer Finschhafen sur l'évaluation de Willoughby selon laquelle la ville n'était défendue que par 350 soldats japonais. Ils étaient en réalité 5 000 et la furieuse bataille qui suivit dura jusqu'en mars 1944[176].

Au début du mois de novembre, le plan de MacArthur d'une progression vers l'ouest le long de la côte de Nouvelle-Guinée jusqu'aux Philippines fut intégré aux plans pour la guerre contre le Japon[177],[178]. Trois mois plus tard, les aviateurs rapportèrent qu'il n'y avait aucun signe d'activité ennemie dans les îles de l'Amirauté. Malgré les réticences de Willoughby qui considérait que les îles n'avaient pas été évacuées, MacArthur ordonna un débarquement amphibie qui lança la campagne des îles de l'Amirauté. Il accompagna l'assaut à bord du croiseur léger USS Phoenix, le navire-amiral du vice-amiral Thomas C. Kinkaid, le nouveau commandant de la 7e flotte, et il débarqua sur le rivage quelques heures après la première vague ; un acte qui lui valut la Bronze Star[179]. Il fallut six semaines de combats acharnés avant que la 1re division de cavalerie ne capture les îles[180].

MacArthur contourna les forces japonaises dans la baie Hansa et à Wewak et attaqua Aitape et Hollandia que Willoughby considérait comme légèrement défendue en s'appuyant sur les renseignements obtenus lors de la bataille de Sio. Les cibles de l'offensive étaient hors du rayon d'action des appareils de la 5th USAAF basés dans la vallée du Ramu mais le calendrier de l'opération permit aux porte-avions de la flotte de Pacifique de Nimitz de fournir un appui aérien[181]. Bien que risquée, l'opération fut un grand succès qui permit d'isoler la XVIIIe armée japonaise du lieutenant-général Hataz Adachi (en) basée dans la région de Wewak. Comme les Japonais ne s'attendaient pas à une attaque si à l'ouest, la garnison était faible et les pertes alliées furent donc limitées. Le terrain se révéla cependant moins adapté que prévu au développement d'une base aérienne et MacArthur fut forcé de chercher un meilleur emplacement plus à l'ouest. Si le contournement des forces japonaises était tactiquement justifié, il avait l'inconvénient stratégique de devoir immobiliser des troupes alliées sur place pour les contenir. De plus, Adachi était loin d'être vaincu comme il le démontra lors de la bataille de la rivière Driniumor[182].

Campagne des Philippines (1944–1945)

Article détaillé : Campagne des Philippines.

Leyte

Trois hommes sont assis dans des fauteuils. Un autre est debout et tient une baguette indiquant le Japon sur une carte murale du Pacifique.
Conférence d'Hawaï, septembre 1944. De gauche à droite : MacArthur, Roosevelt et les amiraux Leahy et Nimitz.

En juillet 1944, le président Roosevelt convoqua MacArthur à Hawaii pour « déterminer la phase d'action contre le Japon ». Nimitz défendit une attaque contre Formose mais MacArthur mit l'accent sur l'obligation morale des États-Unis de libérer les Philippines. En septembre, les porte-avions de William F. Halsey réalisèrent une série d'attaques dans les Philippines. L'opposition fut faible et Halsey conclut, à tort, que l'île de Leyte était « grande ouverte » et probablement non défendue et recommanda que les opérations prévues soient annulées en faveur d'un assaut sur Leyte[183].

Le 20 octobre, les troupes de la 6e armée de Krueger débarquèrent à Leyte tandis que MacArthur observait les opérations depuis le croiseur léger USS Nashville. Il s'approcha de la plage dans l'après-midi. Les troupes américaines avaient peu progressé ; les tireurs d'élite étaient encore présents et la zone était la cible de tirs de mortiers sporadiques. Lorsque son embarcation s'échoua, MacArthur demanda une péniche de débarquement mais le chef des opérations était trop occupé pour accéder à sa requête. MacArthur fut donc obligé de gagner la rive à pied[184]. Dans son discours préparé à l'avance, il déclara « Peuple des Philippines : Je suis revenu. Par la grâce du Tout-Puissant, nos forces foulent à nouveau le sol philippin, un sol consacré par le sang nos deux peuples. Nous sommes dévoués et engagés dans la tâche de détruire tous les vestiges du contrôle de l'ennemi sur vos vies quotidiennes et de restaurer les fondations d'une force indestructible, les libertés de votre peuple[185]. »

Un groupe d'hommes en uniforme progresse dans un mètre d'eau. Des péniches de débarquement sont visibles à l'arrière-plan
« Je suis revenu » - Le général MacArthur débarque aux Philippines avec le président philippin Sergio Osmeña à sa droite.

Comme Leyte était hors de portée des appareils de Kenney basés à terre, MacArthur était dépendant de l'aviation embarquée[186]. L'activité japonaise s'accrut rapidement et elle mena des raids sur Tacloban, où MacArthur avait décidé d'établir son quartier-général, et sur la flotte au large. MacArthur appréciait rester sur le pont de l'USS Nashville durant les attaques aériennes malgré le fait que plusieurs bombes soient passées à proximité et que deux croiseurs voisins eurent été touchés[187]. Au cours des jours suivants, les Japonais contre-attaquèrent lors de la bataille du golfe de Leyte. L'issue fut une victoire décisive des Alliés mais les Japonais manquèrent de détruire les unités de débarquement et MacArthur attribua les erreurs à la division du commandement entre lui et Nimitz[188]. La campagne terrestre ne fut pas non plus facile. Les fortes pluies de la mousson perturbèrent le programme de construction de bases aériennes. Les porte-avions ne pouvaient pas remplacer parfaitement les aérodromes terrestres et le manque de couverture aérienne permit aux Japonais de débarquer des renforts à Leyte. Le mauvais temps et la résistance tenace des Japonais ralentit la progression américaine et cela entraina une campagne prolongée[189],[190].

À la fin du mois de décembre, le quartier-général de Krueger estimait qu'il ne restait plus que 5 000 Japonais sur Leyte et le 26 décembre, MacArthur publia un communiqué annonçant que « la campagne peut maintenant être considérée comme achevée à l'exception de quelques opérations de nettoyage ». Pourtant la 8e armée d'Eichelberger tua encore 27 000 soldats japonais sur Leyte avant la fin de la campagne en mai 1945[191]. Le 18 décembre 1944, MacArthur fut promu au nouveau grade de général de l'armée avec cinq étoiles[192].

Luçon

MacArthur décida ensuite d'envahir Mindoro où se trouvaient de potentiels sites pour des bases aériennes. Willoughby estima, correctement, que l'île n'était défendue que par 1 000 Japonais. Le problème était d'y parvenir car Kinkaid rechignait à détacher des porte-avions dans la mer de Sulu et Kenney ne pouvait pas garantir un soutien aérien. L'opération était clairement risquée et l'état-major de McArthur le dissuada d'accompagner l'invasion à bord de l'USS Nashville. Alors que le convoi entrait dans la mer de Sulu, un kamikaze s'écrasa sur l'USS Nashville tuant 133 marins et en blessant 190 autres. Les débarquements se firent sans opposition le 15 décembre 1944 et moins de deux semaines plus tard, les unités du génie américaines et australiennes avaient construit trois aérodromes. Le ravitaillement était cependant rendu difficile par les attaques kamikazes japonaises[193].

Huit hommes assis en uniformes kakis
Au large de Leyte, octobre 1944. De gauche à droite : le lieutenant-général George Kenney, le lieutenant-général Richard K. Sutherland, le président Sergio Osmeña et le général Douglas MacArthur.

Les Alliés pouvaient donc maintenant préparer l'invasion de Luçon. Les estimations des forces japonaises étaient cependant très différentes suivant les interprétations des informations des services de renseignement. Willoughby estimait que le général Tomoyuki Yamashita disposait de 137 000 soldats à Luçon tandis que la 6e armée envisageait la présence de 234 000 hommes. Le brigadier-général Clyde D. Eddleman tenta d'arranger l'estimation de la 6e armée mais la réponse de MacArthur fut « Bunk ! » (« Foutaises ! »). Il considérait même que l'estimation de Willoughby était trop élevée et il ignora toutes les estimations des services de renseignement. En réalité, Yamashita disposait de plus de 287 000 hommes à Luçon[194]. Cette fois-ci, MacArthur accompagna le convoi de débarquement à bord de l'USS Boise qui fut presque touché par une torpille tirée par un sous-marin de poche[195]. Son communiqué indiquait : « La bataille décisive pour la libération des Philippines et le contrôle du Pacifique Sud-Ouest est à portée. Le général MacArthur commande personnellement les troupes sur le front et a débarqué avec ses hommes[196] ».

Le principal objectif de MacArthur était la capture du port de Manille et de la base aérienne de Clark Field nécessaires pour de futures opérations. Il pressa ses commandants d'avancer le plus vite possible[197]. Le 25 janvier 1945, il installa son quartier-général à Hacienda Luisita, alors plus proche du front que celui de Krueger[198]. Le 30 janvier, il ordonna à la 1re division de cavalerie de progresser rapidement vers Manille. Elle atteignit les faubourgs de la ville le 3 février et le campus de l'université de Santo Tomas où elle libéra 3 700 prisonniers[199]. Les Américains ignoraient cependant que le contre-amiral Iwabuchi Sanji avait désobéi aux ordres de repli de Yamashita et avait décidé de défendre la ville jusqu'à la mort. La bataille de Manille fit rage durant près d'un mois[200]. Afin d'épargner la population civile, MacArthur interdit l'emploi de frappes aériennes[201] mais près de 100 000 civils furent victimes des tirs d'artillerie américains et des exactions japonaises. Pour son rôle dans la capture de Manille, MacArthur reçut sa troisième Distinguished Service Cross[202].

Philippines du sud

MacArthur est assis et écrit sur un petit bureau. Deux hommes en uniforme se tiennent derrière lui et une large foule d'hommes en uniformes observe la scène.
MacArthur signe les actes de capitulation du Japon à bord de l'USS Missouri. Le général américain Jonathan Wainwright et le général britannique Arthur Percival se tiennent derrière lui.

Malgré la poursuite des combats sur Luçon et le fait qu'il n'avait pas d'instructions en ce sens, MacArthur engagea ses forces dans une série d'opérations pour libérer le reste des Philippines. 52 débarquements furent réalisés dans le centre et le sud des Philippines entre février et juillet 1945[203]. Dans le communiqué du GHQ du 5 juillet, il annonça que les Philippines avaient été libérées et que toutes les opérations étaient terminées même si Yamashita contrôlait encore le nord de Luçon[204]. À partir de mai 1945, MacArthur engagea les troupes australiennes dans la conquête de Bornéo. Il accompagna l'assaut sur Labuan à bord de l'USS Boise et rendit visite aux troupes sur le terrain. Alors qu'il rentrait à son quartier-général de Manille, il se rendit à Davao où il dit à Eichelberger qu'il ne restait plus que 4 000 Japonais en vie à Mindanao. Quelques mois plus tard, près de 35 000 soldats s'étaient rendus[205]. En juillet 1945, il reçut sa quatrième Distinguished Service Medal[206].

En avril 1945, MacArthur devint commandant en chef des forces armées américaines du Pacifique (AFPAC) responsable de toutes les unités terrestres et aériennes du Pacifique à l'exception de la 20th USAAF. Au même moment, Nimitz devint le commandant de toutes les forces navales ; le commandement dans le Pacifique restait donc divisé[207]. Cette réorganisation qui s'étala sur plusieurs mois faisait partie des préparatifs de l'opération Downfall désignant l'invasion de l'archipel japonais prévue pour l'automne 1945[208]. Cette opération fut annulée à la suite de la reddition du Japon en août 1945. Le 2 septembre, MacArthur, représentant les Alliés, accepta la capitulation formelle du Japon à bord du cuirassé USS Missouri. Il met ainsi un terme à la Seconde Guerre mondiale[209] en disant : "Mon plus grand espoir, ainsi que celui de toute l'Humanité, est que de cette cérémonie solennelle naisse un monde meilleur, après tout ce sang et ce carnage". En reconnaissance de son rôle de stratège naval, la marine américaine lui décerna la Navy Distinguished Service Medal[210].

Other Languages
беларуская: Дуглас Мак-Артур
български: Дъглас Макартър
Bahasa Indonesia: Douglas MacArthur
Lëtzebuergesch: Douglas MacArthur
Lingua Franca Nova: Douglas MacArthur
Bahasa Melayu: Douglas MacArthur
Nederlands: Douglas MacArthur
Piemontèis: Douglas MacArthur
português: Douglas MacArthur
srpskohrvatski / српскохрватски: Douglas MacArthur
Simple English: Douglas MacArthur
slovenčina: Douglas MacArthur
slovenščina: Douglas MacArthur
српски / srpski: Даглас Макартур
українська: Дуглас Макартур
Tiếng Việt: Douglas MacArthur
文言: 麥克阿瑟
Bân-lâm-gú: Douglas MacArthur