Docteur Folamour | production

Production

Le conseil de guerre gère la crise dans la salle d'opérations

Pré-production

La « Machine infernale » (Doomsday Machine) décrite par l'ambassadeur soviétique dans le film a vraiment été étudiée par l'URSS au début des années 1960. Le projet consistait en un vaste cargo rempli de produits hautement radioactifs devant circuler le long des côtes soviétiques et qui, en cas de destruction de l'URSS, devait jouer le rôle d'une immense bombe radiologique. Ce projet n'a jamais vu le jour devant les risques évidents d'accident.

Le général Jack D. Ripper imagine un complot communiste à l'origine d'une supposée fluoration des aliments (ex: fluoration de l'eau) afin d'expliquer son impuissance sexuelle. Une telle théorie du complot a bel et bien existé aux USA.

Distribution

Peter Sellers interprète à lui seul trois rôles : le président des États-Unis, l'officier anglais Lionel Mandrake et le docteur Folamour. Il aurait dû jouer un quatrième personnage, le commandant T.J. King Kong qui pilote le B-52, mais une blessure à la cheville l'empêche de tenir ce rôle très physique. Pourquoi quatre rôles ? Selon Kubrick, il s'agissait de quatre rôles nécessitant un grand talent comique que seul détenait selon lui Peter Sellers. C'est probablement aussi un hommage à Noblesse oblige de Robert Hamer, où Alec Guinness interprète tous les personnages d'une même famille.

Le rôle du commandant Kong, le cow-boy enfourchant une ogive nucléaire, refusé par Peter Sellers, qui se disait incapable de prendre un accent texan crédible, avait été initialement proposé à John Wayne, mais celui-ci, aux convictions patriotiques bien ancrées, rejeta le rôle à la lecture du scénario qu'il considérait « too pinko » (trop gauchiste), tout comme Dan Blocker, l'acteur vedette de la série télévisée Bonanza. Ce fut Slim Pickens, un vétéran des westerns, habitué des scènes de chevauchées et de rodéo qui en hérita. N'ayant jamais quitté les États-Unis, il dut se faire établir précipitamment un passeport et débarqua en Angleterre, aux studios de Shepperton, vêtu comme à son ordinaire, c'est-à-dire avec des bottes texanes, une veste à franges et un immense chapeau de cowboy dit « four gallon hat ». Tout le monde crut qu'il s'était mis en costume et jouait en s'imprégnant du rôle suivant la méthode de Stanislavski alors que c'était son accoutrement habituel (et celui de nombreux Texans jusqu'aux dernières années du XXe siècle). Il n'avait d'ailleurs pas été averti que le film était une comédie, car Kubrick tint à ce qu'il joue toutes les scènes comme pour un film de guerre « sérieux ». Slim Pickens, qui était tout sauf une grande vedette, avait tout d'abord renâclé à prendre le rôle, en raison de la réputation de perfectionniste maniaque de Kubrick, mais après la sortie du film il devint une célébrité et nota malicieusement que Dr Folamour avait tout changé pour lui : « Après Dr Folamour, tout est devenu plus grand : les chèques, les chambres d'hôtel, les loges d'artiste. Auparavant, sur les plateaux, on me disait “Hé, toi, là-bas”, ensuite c'est devenu “Monsieur Pickens par-ci, Monsieur Pickens par là” ».

Tournage

La salle d'opérations souterraine constitue une vision très personnelle par Kubrick du Centre opérationnel d'urgence de la présidence (Presidential Emergency Operations Center) situé sous l'aile est de la Maison-Blanche.

Vers 1:18, alors que le dernier des B-52 (avion à réaction, ailes en forte flèche et réacteurs jumelés en nacelles suspendues) vole très bas au-dessus de prairies russes enneigées, l'ombre visible fugitivement sous la maquette est clairement celle d'un vénérable quadrimoteur B-29 (surnommé « super-forteresse volante », prédécesseur du B-52 et seul avion à avoir largué des bombes A, en août 1945). Le B-29 était un avion à aile droite, hélices et moteurs à pistons en étoile totalement retiré du service dès la fin des années 50.

Initialement, la scène finale devait être une scène de bataille de tarte à la crème entre tous les occupants du centre de commandement. Cette scène, quoique tournée par Kubrick, fut remplacée par celle de l'holocauste nucléaire, ironiquement accompagnée par la chanson We'll Meet Again de la chanteuse anglaise Vera Lynn.

La sortie du film était prévue le 22 novembre 1963, mais ce jour-là est assassiné le président Kennedy. La production doit repousser la date de sortie au début de l'année suivante. Dans la version initiale, le commandant du B-52 (Le commandant Kong, joué par Slim Pickens) déballe une trousse de survie censée permettre aux aviateurs abattus de se gagner les faveurs des femmes soviétiques : bas nylon, parfumerie, dollars en or, colifichets, préservatifs ainsi qu'un revolver Colt. Il commente en déclarant : « Les gars, je dois dire qu'avec ça, un loustic pourrait se payer une bonne nuit de rigolade à Dallas ». La réplique fut censurée par la production en doublant « Las Vegas » à la place de « Dallas » (où Kennedy venait d'être abattu). À noter que le doublage français a pourtant retenu « Dallas » car toujours lisible sur les lèvres.

  • George C. Scott, qui interprète le général « Buck » Turgidson, avait la réputation d'être un acteur très difficile à diriger. Mais Kubrick connaissait son point faible : l'acteur avait la certitude, à tort visiblement, d'être un bon joueur d'échecs. Le réalisateur, étant lui-même un bon joueur, avait installé un échiquier sur le plateau. Il battit Scott à plate couture et gagna ainsi son respect.
  • Docteur Folamour, le personnage-titre, incarne le recyclage par les États-Unis (et l’URSS) des scientifiques allemands ayant œuvré (et souvent adhéré) au régime nazi. Avec une outrance comique, Kubrick rappelle que le phénomène est loin d'être une invention (voir Opération Paperclip). Le Docteur est inspiré de Wernher von Braun, ancien savant allemand à la solde des nazis (réplique du général Turgidson : « Pour moi, c'est toujours un Fritz »), père des V2, ainsi que d'Edward Teller, ingénieur et inventeur de la bombe H, et du mathématicien et physicien John von Neumann, tous deux Juifs hongrois ayant travaillé au projet Manhattan. Le premier, von Braun, spécialiste des propulsions et tenues en vol des fusées, a fait décoller les programmes de la NASA. Le second devint plus tard conseiller technique du président américain ; il possédait un fort accent hongrois et un tempérament « va-t-en guerre » décomplexé. Le troisième, von Neumann, fut chargé de certains calculs au sein du projet Manhattan. Il fit partie du comité chargé de désigner les cibles des bombes, et calcula l'altitude optimale d'explosion de ces dernières afin qu'elles fassent le maximum de dégâts. Il fut ensuite, avec Wiener, l'un des fondateurs de l'informatique théorique, imaginant la structure des premiers ordinateurs. Le nom du Dr Folamour (« Strangelove », dans l'original anglais) est en réalité « Merkwürdige Liebe ». Par deux fois dans le film, le Dr Folamour s'adresse au président avec les mots « Mein Führer ! ». Le personnage du docteur Folamour n'apparaît pas dans le roman de Peter George.

Bande sonore

Tout au long du film, le vol du B-52 est accompagné d'un thème musical récurrent appartenant au folklore traditionnel américain : When Johnny Comes Marching Home, décliné en plusieurs variations. Aux États-Unis, cette chanson montre la guerre sous l'angle positif tandis que la chanson irlandaise sur laquelle elle a été fondée ne raconte que le côté négatif de la guerre. Ce thème joue sur un double sens culturel.

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