Carlos Castaneda | controverses sur l'authenticité des récits

Controverses sur l'authenticité des récits

Un ouvrage de Guilermo Marin Ruiz, spécialiste de la culture mexicaine, sur les Toltèques et Castaneda

Une vaste polémique fait rage depuis des décennies sur l'authenticité du récit de Castaneda. De nombreuses voix se sont élevées en criant à l’ imposture car l’œuvre, supposée être une autobiographie et présentée comme telle, ne serait que le roman d’un écrivain facétieux dont la seule qualité serait une imagination illimitée.

Si des éléments restent bel et bien invérifiables (Castaneda présente son « travail » d'anthropologue d'une façon qui se départ trop fortement des précautions et de la rigueur de l'anthropologie traditionnelle), il existe de très fortes présomptions de fraudes et de mystifications, résumées par Christophe Bourseiller dans son ouvrage La vérité du mensonge.

L'acteur, poète et réalisateur chilien Alejandro Jodorowsky exprime son point de vue de cette façon : soit les récits sont vrais et Castaneda est un grand initié, soit il a tout inventé et alors c'est un génie littéraire.

J.T. Fikes, auteur de Carlos Castaneda, Academic Opportunism and the Psychedelic Sixties pense que Castaneda a bien eu quelques contacts avec des Amérindiens. Mais cette supposition ne le rend pas moins critique des ouvrages, concluant que ses histoires ont eu des effets secondaires dommageables pour les ethnies concernées [3]. Selon Fikes, des milliers de touristes ont envahi le territoire des Yaqui et des Huichol, dont un des membres aurait été assassiné par un des fans de Castaneda, à la suite d'une beuverie [3].

Selon William W. Kelly, directeur du département d'anthropologie de Yale : « Je doute que vous trouviez un anthropologue de ma génération qui pense que Castaneda est autre chose qu'un imposteur rusé. C'était un canular, et don Juan n'a certainement jamais existé tel qu'il est décrit dans les livres. Pour beaucoup, ce n'est sans doute que l'occasion d'une note de bas de page sur la naïveté des universitaires de l'époque, mais pour moi c'est surtout une impardonnable et gênante violation de l'éthique de notre profession » [3].

Existence de don Juan Matus

Malgré les recherches, l’homme reste introuvable, certains expliquant cet échec par le fait que, conformément à la tradition des sorciers, don Juan n'a pas dévoilé son vrai nom. Néanmoins, Margaret Runyan, une des épouses de Castaneda, cautionne l’hypothèse de l’imposture [13].

Plagiats et inventions

Richard De Mille  (en), le principal démystificateur de Castaneda, a tenté de démontrer que de nombreux passages des récits de Carlos Castaneda sont des inventions ou des plagiats de travaux plus sérieux d'étudiants ou d'anthropologues de l'UCLA, tels que son amie Barbara Myerhoff [14].

Contradictions chronologiques

Un temple circulaire à Ixtlan  (en)

De très nombreuses incohérences chronologiques apparaissent lors d'une analyse interne de l'œuvre de Castaneda. Il n'est pas possible que les livres L'herbe du diable et Le voyage à Ixtlan soient exempts d'erreurs. De fait, l'un de ces récits au moins contient une certaine part soit d'invention, soit d'imprécisions, volontaires ou non.

Les quelques exemples suivants sont tirés du livre de Richard De Mille, Castaneda's Journey [15].

  • Dans L'herbe du diable (1965), Castaneda rencontre une sorcière sous la forme de don Juan lui-même. Dans ce récit, Castaneda se rappelle vaguement qu'en 1961 don Juan avait promis d'en dire plus sur « la Catalina », et des moyens pour l'assassiner « un jour ». En 1965, selon L'herbe du diable, rien d'autre ne s'est passé depuis ce jour-là. Cependant, en 1962, selon Le voyage à Ixtlan, Castaneda a vu la Catalina six fois, et a même été attaqué par elle.
  • Semblablement dans l'un des récits, Castaneda explique avoir « vu » un lieu bénéfique sur la Terre, aux abords de la maison de don Juan, en 1962. L'autre récit énonce qu'en 1968 seulement, Castaneda remarque pour la première fois que don Juan disait le mot « vu » avec une inflexion particulière (il lui demande alors ce qu'il entend par là).

De tels exemples sont très nombreux. Les détracteurs disent que, clairement, Castaneda a au moins inventé Le voyage à Ixtlan, sinon don Juan.

Ceux qui persistent à croire en l'existence de don Juan supposent que Castaneda a simplement fait quelques erreurs dans ses notes de terrain. Pourtant dans les ouvrages postérieurs à 1984 Castaneda indique justement à ce sujet ses acquisitions progressives nouvelles de mémoires de zones de son vécu nagual, jusqu'alors hors d'atteinte. Ceci en conformité avec le concept-clé que la réalité définie est l'effet de la pensée.

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