Biopiraterie | exemples de biopiraterie

Exemples de biopiraterie

Un cas d’école en trois étapes [1]

Prenons un exemple simple. Un représentant d’une entreprise se rend en Amazonie péruvienne. Sac au dos, il peut facilement se faire passer pour un touriste curieux et découvrir les usages que les populations locales font des plantes et des fleurs. Il posera des questions, observera les techniques, et pourra ramener un petit échantillon au fond de son sac. C’est la bioprospection, qui est dans notre exemple la première étape vers la Biopiraterie.

  • Traitement en laboratoire

Au cours de la deuxième étape, ce touriste-biopirate confie ses observations et spécimens au laboratoire de son entreprise. Les scientifiques extraient alors le «  principe actif » de la feuille ou de la graine rapportée par leur collègue, c'est-à-dire la molécule possédant des vertus thérapeutiques ou cosmétiques. Ce travail sera bien évidemment facilité par les observations du bioprospecteur qui en a examiné l’usage par les peuples ruraux et autochtones, détenteurs d’un savoir très élaboré sur la biodiversité de leurs milieux de vie. Cette étape est très importante, puisque c’est cette petite intervention de l’humain sur la Nature qui donne à l’entreprise un droit de propriété sur ce qui est désormais considéré comme une «  invention » humaine.

  • Brevet

Cette reconnaissance d’une « invention » constitue la troisième étape. Le droit de propriété intellectuelle, d’inspiration très occidentale [Quoi ?], offre en effet un titre de propriété dès lors que l’humain a fait preuve de technique pour créer un produit, même si celui-ci est d’origine biologique. Une simple modification légère ou extraction en laboratoire peut ainsi transformer un bien commun naturel en propriété privée. Ce droit de propriété est officialisé par l’octroi du brevet : l’entreprise ou la personne « inventrice » devient propriétaire du médicament ou du produit cosmétique créé à partir des ressources biologiques et des savoirs traditionnels associés.

À partir d’une plante, librement disponible dans la nature et utilisée depuis des générations par les populations locales, un produit prêt à entrer sur le marché a été créé.

Au-delà des ressources de la biodiversité, certains cas de biopiraterie impliquant le génome humain ont également été identifiés. C’est le cas, par exemple, du génome des Surui [2] : après avoir réalisé des prélèvements sanguins dans des communautés indigènes Surui, au Brésil, dans des conditions très controversées, l’entreprise Coriell Cell Repositories vend ainsi sur internet les cellules ADN récoltées.

Biopiraterie sur les semences

Les agriculteurs produisant selon des méthodes traditionnelles sélectionnent des variétés adaptées aux conditions pédologiques et climatiques locales pendant plusieurs décennies. Les sélectionneurs locaux utilisent une technique en boucle : sélection, commercialisation de la variété, réutilisation des semences pour les sélections ultérieures. Les variétés traditionnelles n'ont pas de structure génétique fixe, mais plutôt des structures dynamiques, résultant d'efforts collectifs sur plusieurs générations. La plupart du temps, l'amélioration et l'utilisation des plantes ne peuvent être séparées.

Une variété locale peut être intéressante pour ses propriétés particulières et identifiée par une appellation locale, mais est rarement brevetée. Ceci peut s'expliquer de plusieurs façons : la plante ne possède pas les caractères de stabilité et d'uniformité requis, le brevetage est un processus long et coûteux, la sélection est un travail communautaire et aucun sélectionneur particulier ne peut être identifié, etc.

Les ethnobotanistes d'entreprises privées et d'organismes de recherche prospectent les ressources biologiques, qu'ils utilisent pour la recherche et la fabrication de nouveaux produits, notamment agricoles, alimentaires et pharmaceutiques.

Selon les possibilités sur le marché international, une firme de biotechnologies peut décider de récolter des informations sur la disponibilité de céréales intéressantes. Si elle découvre qu'une variété correspond à un marché dans les pays développés, elle en acquiert des échantillons qu'elle manipule génétiquement afin de leur donner une caractéristique nouvelle, telle que la résistance à un pesticide, tout en préservant leurs caractéristiques naturelles intéressantes.

La céréale est alors brevetée en tant que variété génétiquement manipulée. La firme en devient propriétaire et peut la mettre sur le marché ou accorder des licences d'exploitation dans n'importe quel pays. Elle peut la faire entrer en concurrence avec la variété originale en la vendant dans le pays d'où elle vient, et même empêcher que la variété originale ne soit vendue sous son nom traditionnel.

La Biopiraterie ne concerne pas uniquement les pays du « Sud ». Certains fermiers américains ou européens se considèrent comme contraints par des contrats qui limitent exagérément leur indépendance. La politique consistant à leur faire acheter des semences qu'ils pouvaient auparavant replanter eux-mêmes menace leur survie.

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