Élection présidentielle française de 1995 | campagne des principaux candidats

Campagne des principaux candidats

Jacques Chirac

Le président du RPR avait passé un accord avec Édouard Balladur après les législatives de 1993 pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle[18]. Néanmoins, il fut confronté à la forte popularité d'Édouard Balladur ainsi qu'à la bonne entente entre François Mitterrand et son Premier ministre, alors même qu'il avait refusé de redevenir Premier ministre de François Mitterrand et car cela lui avait beaucoup coûté lors de la présidentielle de 1988.

Le , il déclare sa candidature dans un entretien à La Voix du Nord, prenant de cours l'ensemble de la majorité, y compris du côté de l'UDF[26],[27]. Le 12, il démissionne de la présidence du RPR, pour se consacrer exclusivement à la campagne, contrairement à 1981 et 1988 où il avait gardé sa fonction. Il s'entoure de Jacques Pilhan, un ancien conseiller de François Mitterrand pour travailler sur son image et sur sa communication avec sa fille Claude Chirac[28]. Il choisit Patrick Stefanini pour diriger sa campagne, tandis que le jeune François Baroin fut désigné comme porte-parole[29].

Il réalise un coup d'éclat lors de son intervention médiatisée le sur la question des SDF en France, demandant l'application de l'ordonnance du pour réquisitionner des logements[30],[31]. En janvier 1995, son livre programme La France pour tous sort en librairie et inspire en partie son slogan de campagne. Le 18 janvier, Édouard Balladur déclare sa candidature et reçoit le soutien de la quasi totalité du gouvernement, notamment des membres RPR, exceptés Alain Juppé et Jacques Toubon tout comme Philippe Douste-Blazy et Alain Madelin qui préfèrent aller à l'encontre du soutien de son parti. Jean-Louis Debré et Philippe Séguin se rallient également à sa candidature. Il mène campagne notamment sur la « fracture sociale », théorisée en partie par le sociologue Emmanuel Todd. Sa campagne met du temps à décoller, au point que la journaliste Arlette Chabot l'interroge sur la pertinence de sa candidature[32],[33]. Nicolas Sarkozy va même jusqu'à suggérer que s'il se retirait, Édouard Balladur serait élu dès le premier tour[34].

À partir du mois de février, sa campagne décolle tandis que celle d'Édouard Balladur commence à patiner, les sondages passant de 17% à 21% en sa faveur tandis Balladur connaît une chute de 9 points (de 33% à 24%). Il bénéficie notamment de la bonne image que lui donne Les Guignols de l'info et de l'effet de sa phrase « Mangez des pommes ». De plus, à la suite de propos mal placés sur son état de santé, François Mitterrand va favoriser sa candidature au détriment de celle d'Édouard Balladur[35]. Après le mois de février, les courbes s'inversent et Édouard Balladur ne rattrapa jamais son retard[36].

Il reçoit divers soutiens, notamment Johnny Hallyday, Michel Galabru, Line Renaud ou Frédéric Mitterrand, neveu du président sortant. Il bénéficie également du soutien de Valéry Giscard d'Estaing avec qui il s'était rapproché en 1982 suite à leur brouille de la présidentielle de 1981[37].

À la surprise générale, il n'arrive qu'en deuxième position lors du premier tour avec 20,84 %[38] et n'améliore que très légèrement son score de 1988. Cependant, il remporte assez nettement le scrutin lors du second tour, avec 52,64 % des suffrages, bénéficiant d'un très bon report des voix des électeurs d'Édouard Balladur. Pour le second tour, il bénéficie du soutien de Brice Lalonde, qui lui apporta son soutien le 2 mai[39]. L'opinion était sans doute lassée des 14 années de présidence de François Mitterrand[réf. nécessaire].

Lionel Jospin

L'ancien premier secrétaire du PS avait pris du recul après la défaite de la gauche lors des législatives de 1993. Ses rapports avec François Mitterrand s'étaient tendus depuis le congrès de Rennes, et il se tint à l'écart des instances du parti. Lors du congrès du Bourget, Michel Rocard le charge d'organiser les « Assises de transformation sociale », censées rassembler la gauche autour d'un nouveau projet. Au congrès de Liévin, il présenta une contribution comme un simple militant[40],[41]. Il reçoit la bénédiction de Pierre Mauroy, que François Mitterrand avait tenté de convaincre de concourir[42].

Lorsque Jacques Delors renonce à concourir le à l'émission 7 sur 7, il commence à réfléchir à une éventuelle candidature. Daniel Vaillant, proche de Lionel Jospin depuis les années 1970, lui fait l'analyse suivante : — Il ne faut surtout pas que le Conseil national désigne le candidat, sinon tu es foutu[43]. — Il parvient à ramener vers lui les soutiens de Jacques Delors, notamment François Hollande[44]. Le , il annonce devant le bureau national du PS qu'il est prêt à se présenter à l'élection présidentielle[45]. Le soir même de son annonce de candidature, il reçoit le soutien du bureau politique du Mouvement des citoyens, fondé par les anciens du CERES[46]. En coulisses, la Gauche socialiste tente de se rapprocher du mouvement Radical pour empêcher une candidature Jospin[47]. La fédération socialiste de Haute-Garonne se mêle également à ces intrigues contre l'ancien ministre[48]. Un mois plus tard, Lionel Jospin remporte la primaire face au premier secrétaire, Henri Emmanuelli. Il reçoit également le soutien du mouvement Radical, après le retrait de son président Jean-François Hory le 31 mars[49].

Il constitue rapidement son équipe de campagne. Originalité par rapport aux précédents scrutins, il innove en nommant cinq porte-parole : Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault, Dominique Strauss-Kahn, George Pau-Langevin et Daniel Percheron[50]. Jacques Delors préside le comité de soutien, tandis que Jean Glavany dirige la campagne[50].

Rapidement, il réclame un « droit d'inventaire » sur l'action de François Mitterrand[51]. Il mène campagne principalement sur le passage au 35 heures[N 1], ainsi que pour la création d'« emplois jeunes », de la réduction du mandat présidentiel et l'adoption du quinquennat[N 2]. Il propose également de taxer l'argent de la spéculation qui n'est pas réinvesti dans l'économie[52]. Malgré leurs relations difficiles depuis 1990, François Mitterrand lui apporte son soutien le [53]. Il reçoit le soutien du parti Radical le 31 mars[49].

Sa campagne fut fortement amputée du duel entre Jacques Chirac et Édouard Balladur, et ne décolla véritablement qu'au mois de mars, les sondages ne le créditant que de 17% à 20% d'intentions de vote. Par ailleurs, il ne tient son premier meeting de campagne que le 21 mars[49]. Sa campagne permit au Parti socialiste de redresser son image. En février 1995, un sondage indiquait que 60 % des Français avaient une mauvaise image du PS, contre 26 % d'opinion favorable. Le mois suivant, la courbe s'était inversée avec 47 % d'opinions favorables contre 44 % de désapprobation[54]. À la surprise générale, il arrive en tête lors du premier tour avec 23,30 %, mais il fût nettement défait lors du second tour par Jacques Chirac[38].

Il reçut le soutien de nombreuses personnalités, dont Pierre Arditi, Yves Robert, Barbara, Pierre Perret, Erik Orsenna ou Alain Decaux[55].

Édouard Balladur

Durant ses deux années à l'hôtel de Matignon, le Premier ministre bénéficie d'une forte popularité[56],[57]. L'épisode de la prise d'otages du vol 8969 Air France contribuera d'après les politologues à renforcer sa stature de candidat présidentiable dans l'opinion[58]. Au début de l'année 1994, une enquête de l'Ifop sur le meilleur candidat pour la droite plaçait largement le Premier ministre en tête, devant Raymond Barre et Jacques Chirac. Il était plébiscité par 53 % des sondés contre 18 % à Jacques Chirac, et même 59 % pour les sympathisants de droite[59].

Il annonce sa candidature le depuis son bureau de Matignon[60]. Sa déclaration de candidature fut assez bien reçue dans l'opinion[57]. Il bénéficie du soutien de la quasi totalité du gouvernement ainsi que de l'Union pour la démocratie française qui lui apporte son soutien[61],[62]. Il fait de Nicolas Bazire son directeur de campagne[63].

Sa campagne est amputée par des couacs dans sa communication, notamment l'épisode du métro qui est ressorti pendant la campagne[64]. Il ne parvient pas à donner une image proche du peuple comme Jacques Chirac le faisait, et son passage au salon de l'Agriculture ne fut pas des plus réussis[65]. Son programme est jugé bien trop libéral pour une bonne partie de l'opinion et des experts[66]. L'affaire Schuller-Maréchal contribue à faire chuter les intentions de vote en sa faveur durant la campagne[67]. Par ailleurs, comme Jacques Chaban-Delmas en 1974, il fut victime de révélations du Canard enchaîné sur sa feuille d'impôts[68],[69].

Le Premier ministre reçoit le soutien du maire de Marseille Robert Vigouroux[70],[71].

Le soir du premier tour, il n'obtient que 18,58 % des suffrages exprimés. Invitant ses électeurs à voter pour Jacques Chirac lors du second tour, ses partisans conspuent le candidat. Il réplique alors sèchement à ses partisans « Je vous demande de vous arrêter ! », une phrase qui deviendra l'une des phrases cultes des élections présidentielles[72].

Jean-Marie Le Pen

Dans les années 1980, Jean-Marie Le Pen est parvenu à faire de son parti d’extrême droite, le Front national (FN), la quatrième force électorale du pays. Il souffre cependant de la candidature de Philippe de Villiers, candidat du Mouvement pour la France (MPF). Au début de la campagne, il est crédité d’environ 8 % d'intentions de vote, contre 5 % pour ce dernier. Il déclare sa candidature le , et fut officiellement investi par son parti le [73].

Sous le slogan « Il faut tout changer », le président du FN espère profiter des divisions de la droite parlementaire pour se qualifier au second tour. Il met en avant les thèmes de l'immigration, de la souveraineté et le rejet des partis de gouvernement. Il fit également campagne sur l'idée d'une Sixième République[74]. Sa candidature obtient le soutien d’une part importante des ouvriers, ce qui fait naître l’expression de « gaucho-lepénisme »[73]. Crédité de 8 % des voix fin 1994, il passe à 12 % à la mi-mars 1995. À la différence de l’élection présidentielle de 1988, ses adversaires s'attendent à ce qu’il obtienne un score significatif, ce qui lui attire des attaques de toute part. Il est le seul candidat à avoir refusé de répondre à une enquête du journal Le Monde sur ses revenus[68].

Au soir du premier tour, il obtient, comme en 1988, la quatrième place. Avec 15,00 % des suffrages, il augmente son score de 300 000 voix par rapport au scrutin présidentiel précédent. Après avoir affiché sa forte opposition envers Jacques Chirac pendant la campagne, il ne donne pas de consigne de vote pour le second tour[14].

Robert Hue

Le Parti communiste français (PCF), qui a subi une déroute à l’élection présidentielle de 1988 avec la candidature d’André Lajoinie, aborde l'élection présidentielle en position de faiblesse. Le parti n'a plus le monopole de la protestation, ni le rôle pivot comme au début de la Cinquième République.

Robert Hue, qui a succédé à Georges Marchais au poste de secrétaire général, entend entamer une politique de mutation du parti dont il vient de prendre la tête en l’ouvrant vers d’autres mouvements à gauche. Investi candidat à l'unanimité par le comité central du parti le , il ne subit pas de dissidence, contrairement à ce qui s’était passé pour André Lajoinie en 1988[75],[76].

Sous le slogan « cette fois on va entendre votre refus de l'injustice et votre espoir de choix nouveau », Robert Hue axe sa campagne contre l'« argent roi » et entend faire des 500 000 emplois précaires des emplois stables, tout en réduisant le temps de travail à 35 heures sans réduction de salaires. Plus feutré que Georges Marchais, il bénéficie d'une image plutôt sympathique. Malgré la concurrence à gauche de Dominique Voynet et d’Arlette Laguiller, il passe, entre septembre 1994 et le premier tour, de 3,5 %, à 9,5 %.

Il obtient finalement 8,64 % des voix, ce qui le place en cinquième position et constitue une progression de 600 000 voix par rapport à 1988. Il appelle à voter pour Lionel Jospin au second tour.

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