Zeus

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L'une des premières représentations de Zeus trônant, coupe laconienne du Peintre de Naucratis, v.  -560, musée du Louvre (E 668)

Zeus (en grec ancien Ζεύς / Zeús) est le dieu suprême dans la mythologie grecque. Fils de Cronos et de Rhéa, marié à sa sœur Héra [1], il a engendré, avec cette déesse et avec d'autres, plusieurs dieux et déesses et, avec des mortelles, de nombreux héros, comme l'a expliqué la théogonie d' Hésiode ( VIIIe siècle VIIIe siècle av. J.-C.) [2].

Mythologie

Étymologie

Tétradrachme royaume Seleucide représentant Zeus

Le nom Zeus ( nominatif : Ζεύς / Zeús ; vocatif : Ζεῦ / Zeû ; accusatif : Δία / Día ; génitif : Διός / Diós ; datif : Διί / Dií) repose sur le thème *dy-ēu-, issu de la racine indo-européenne *dei- qui signifie « briller ». Elle est également à l'origine du sanskrit द्याउः / dyāuḥ, signifiant « ciel lumineux », et du latin diēs, signifiant « jour » [3]. En grec ancien, on la retrouve dans les mots ἔνδιος / éndios et εὐδία / eudía qui désignent respectivement le midi (l'apogée de la journée) et le beau temps. Ce nom entre dans la composition de nombreux mots : le nom des Dioscures (Διόσκουροι / Dióskouroi, les « jeunes de Zeus »), la cité de Dioscourias, etc. Les Grecs juraient souvent par le nom de Zeus, via les expressions Μὰ τὸν Δία / Mà tòn Día et Nὴ τὸν Δία / Nề tòn Día.

Enfance

Rhéa, Amalthée allaitant et la danse des Curètes (dessin d'un bas-relief d'autel romain)
Rhéa présentant une pierre emmaillotée à Cronos (dessin du bas-relief d'un autel romain).

Zeus est, selon Hésiode, le dernier-né des six enfants du Titan Cronos et de sa sœur Rhéa [4]. Cette descendance sera considérée comme la branche olympienne par opposition à celle des Titans. Cronos, craignant la prédiction de ses parents, Ouranos et Gaïa, qu’il engendrerait un rival qui régnerait à sa place, avalait ses enfants dès leur naissance. Pour qu'un de ses fils échappe à ce sort, Rhéa, sur le conseil de Gaïa, substituera au dernier-né une pierre emmaillotée. Emporté en Crète [5], il fut élevé par les nymphes du mont Ida [6], allaité grâce à la chèvre Amalthée dans une grotte secrète de Lyctos. Ses cris qui auraient pu trahir sa présence furent couverts par le fracas des armes que les Courètes [7] entrechoquaient dans leurs danses guerrières.

Le culte d’un Zeus « Krêtagénês » [8] dans une grotte de cette montagne remonte à l’époque dite minoenne ( -2000 - -2500).

Avènement

Zeus recevant l'hommage des dieux de l'Olympe (dessin d'un bas-relief)

Ses premiers gestes d’adulte seront d’évincer le titan cruel qui l’a engendré : Cronos, géant monstrueux et primitif comme Ouranos, avide de pouvoir sans partage, le père provoquant des avortements à coups de pied et le fils engloutissant à son repas ses nouveau-nés. Si Ouranos fut neutralisé par son propre fils qui l’émascula au moment d’une étreinte avec Gaïa, Zeus va entreprendre à son tour d’abattre la puissance de Cronos. Courtisant la Titanide Métis, qui devait devenir sa première épouse, il la persuade de faire absorber à son père une boisson émétique. Cronos va ainsi rejeter tous les enfants engloutis [9]. Zeus retrouve ses sœurs : Hestia, leur aînée, qui restera vierge, Déméter et Héra, qui seront ses épouses successives. Héra restera sa dernière épouse, maintes fois bafouée ; ils s'aimèrent pour la première fois « à l'insu de leurs parents [10] ».

La Titanomachie

Avec l’aide de ses frères et de divinités ralliées à sa cause, Zeus entreprend de renverser les Titans. Des enfants de la déesse Styx, son alliée des Enfers, le rejoignent, ainsi que certains fils de Gaïa délivrés pour l’occasion du Tartare : les trois Géants Cyclopes Argès, l’Éclair, Brontès, le Tonnerre, et Stéropès, la Foudre, tous trois forgerons des armes de Zeus, et trois autres Géants, nés du « sang » de l’émasculation de leur père Ouranos : Briarée et ses deux frères Cottos et Gyès. Ces derniers, appelés les Hécatonchires, « géants aux-cent-bras » [11], retiendront les Titans éternellement derrière des portes de bronze dans les ténèbres insondables au-dessous de l’ Hadès après la victoire de Zeus [12]. Toutes les Titanides et certains Titans, dont Japet et Océan, qui sera le géniteur de tous les dieux et déesses aquatiques, resteront en retrait de cette guerre qui durera « dix grandes années divines ».

Une fois la guerre contre les Titans terminée, Zeus et ses deux frères aînés Poséidon et Hadès se partageront l'univers, le premier s'appropriant le Ciel, le second, la Mer, le troisième, le monde souterrain.

La Théomachie olympienne

La Gigantomachie

Gaïa, après avoir ruminé sa haine, avait incité à la guerre ses enfants, les Géants (Gigantès ou Gegeneïs, nés de la Terre) pour détrôner Zeus et délivrer les Titans du Tartare. Ces monstres étaient à la fois immunisés contre les coups des divinités et immortels sur leur terre natale [13]. Zeus dut engendrer avec Alcmène, sa dernière maîtresse mortelle connue, un héros à la force sans égale : Héraclès dont les flèches, empoisonnées au sang funeste de l’ Hydre de Lerne, feront merveille.

Les frères Otos et Éphialtès, Géants facétieux, entreprirent d’atteindre le ciel et d’y menacer les dieux. Ils empileront sur l’ Olympe les montagnes Pélion et Ossa mais seront détournés de leur intention par leur père Poséidon avant que ne les frappe la foudre de Zeus. Dans une autre version, ils sont rapidement vaincus et enfermés dans le Tartare par Apollon, sa sœur Artémis et leur père Zeus.

Le complot d’ Héra

Aidée d’ Apollon et d’ Athéna, elle réussit à enchaîner Zeus, mais Briarée alerté par Thétis vint délivrer le dieu. Cet épisode est raconté par Homère dans l’ Iliade [14], mais il rend compte d’un événement isolé et difficile à situer dans l’ensemble. Pourtant, il commence à éclairer la situation paradoxale d’un Zeus maître de l’harmonie du monde, mais aussi, en vertu des lois qu’il se doit d’imposer, d’un tyran implacable. L’opposition qui lui sera faite, loin de le détrôner, fera quelques brèches dans son invulnérabilité et contribuera fortement à recentrer la mythologie sur l’Humanité, nouveau théâtre et centre d’intérêt des actions divines.

Le rival Prométhée

  • On fera épouser à Épiméthée, frère de Prométhée, la belle Pandore créée par Zeus, symbole (non sans quelque misogynie) de la légèreté humaine qui ne voit que l’immédiat. Pandore, dont le nom signifie ironiquement « tous les dons » (alors qu’elle va transmettre à sa race tous les maux) est d’abord une création vengeresse de Zeus, mécontent du résultat précédemment obtenu et, depuis le début, réticent à la création personnelle de Prométhée. La privation préalable de la « nourriture facile » et la confiscation du feu précieux, obligeront les hommes à travailler plus dur. On retrouve le symbolisme de l’ Éden perdu.
  • Prométhée enchaîné [15] : on a épilogué beaucoup sur la symbolique du dieu dévoué au genre humain mais déchu, supplicié et lié à son rocher de douleur. Prométhée est une figure allégorique du panthéon. Il représente sans doute la créature opportuniste, roublarde, rebelle et débrouillarde dont l’idéal est de devenir une force à l’égale des dieux et que Zeus est contraint désormais de prendre à un certain niveau de considération.

Le combat contre Typhon

Zeus combattant Typhon, hydrie chalcidienne à figures noires, v. 550 av. J.-C., Staatliche Antikensammlungen

Ce fut le plus terrible combat que Zeus eut à engager. Ce monstre immortel aux cent têtes de dragon, menaça l'Olympe avant que les traits de foudre de Zeus ne le fissent reculer et rejoindre les Titans dans les profondeurs du Tartare, d’où il souffle, depuis, sa rage en ouragans dévastateurs. Cette version simple par Hésiode est, du point de vue de la continuité du récit, la plus satisfaisante.

Pourtant, la naissance de ce monstre a été l’occasion de faire de Zeus, dans un curieux épisode mouvementé et décrit avec des variantes selon les auteurs [16], un personnage faible et même désemparé, mettant en péril, par son état d’impuissance — laissé à terre, pantin désarticulé, sans les tendons de ses quatre membres, qu’il devait finalement recouvrer — la cohésion même de l’univers. Cet épisode montre des analogies avec la lutte de Baal et de Çéphôn de la fable phénicienne ; on a pensé aussi à le rapprocher de la légende du « Seth » égyptien poursuivant Osiris. C’est un exemple où chez les Grecs la théogonie rejoint précisément la cosmogonie. Par ailleurs, le mythe de Typhon, génie maléfique et indestructible, resurgira plus tard dans d’autres religions pour incarner Satan.

Épouses

La polygamie successive de Zeus discorde avec la monogamie des mœurs grecques [réf. nécessaire]. Les alliances de Zeus furent d’abord nécessaires pour étoffer le Panthéon et assurer la diversité des fonctions et des attributions divines [[réf. souhaitée]. La multiplicité de ses mariages peut aussi s'interpréter comme une preuve de puissance [[réf. souhaitée].

  • Les trois filles et les trois fils de Cronos, Zeus, Poséidon et Hadès forment la lignée directe des « grands Olympiens ». En seconde génération, seuls quatre enfants « légitimes » de Zeus sont majoritairement admis : les fils d'Héra, Héphaïstos et Arès, et les jumeaux de Léto : Apollon et Artémis. Les trois derniers, Aphrodite, Dionysos et Athéna, ont en commun des naissances difficiles à établir, étant donné les divergences chez les auteurs. Ils ont été incorporés à la théogonie grecque mais leur origine lointaine est sans nul doute tirée de traditions étrangères au monde hellénique. Seule la portée incontournable de leur symbolisme les a fait se rattacher aux grands Olympiens. Athéna poliade est d’abord la divinité antique protectrice de la cité éponyme. Dionysos, dieu thrace ou phrygien, avait légué un culte orgiastique très populaire quoique peu apprécié des aristocraties grecques. Aphrodite est une ancienne divinité érotique originaire du Proche-Orient dont la célébration fut transmise par les populations de Chypre et de Cythère.
  • Métis, une Océanide : sa maternité fut assombrie par la prédiction de Gaïa qui avertit Zeus qu’une fille qui naîtrait aurait autant de sagesse que son père et qu’un fils qui suivrait le détrônerait. Zeus avale son épouse enceinte, mais, selon une version plausible, sous la forme d’une mouche où se cachait Métis, prompte au déguisement. Sa fille Athéna, une fois formée dans son ventre, ressortit adulte et toute armée de sa tête, ouverte par la hache d’ Héphaïstos.
  • Thémis, une Titanide : elle enfanta de Zeus les trois Heures [17], et les Moires (ou Parques, chez les Latins). Selon une autre version, Thémis serait l’épouse régulière du Titan Japet avec qui elle aurait eu Prométhée. Elle serait donc bigame dans ce cas, mais une version usuelle indique que l’épouse et mère véritable est l’ Océanide Clymène. Thémis avait un don de voyance qui servit plus tard à Zeus à éviter d’engendrer le fils qui l’aurait supplanté ; et à Atlas qui sut qu’un fils de Zeus, Héraclès, viendrait voler les pommes d’or des Hespérides. Elle présida un temps l’Oracle de Delphes.
La naissance des trois Moires [18] reste une interrogation : Hésiode les donne comme les filles du couple royal elles aidèrent Zeus dans son combat contre les Titans — mais sont aussi désignées comme les filles de Nyx, créature divine née du Chaos qui les engendra sans principe mâle. Cette naissance spécifique résout l’ambiguïté de Zeus, dieu des destinées mais obéissant à la volonté du destin dont il ne doit, pas plus qu’aucun autre dieu, changer le terme. Les deux illustres chantres, Homère et Virgile, le peignent toujours comme le simple exécuteur du destin, une balance d’or dans ses mains, accréditant ainsi une force indépendante à laquelle se soumettent les dieux de l’Olympe.
  • Eurynomé, une Océanide : de qui Zeus engendra, les trois Charites (ou Grâces), pour les plus connues. Ces filles n’eurent aucun rôle majeur. Leur parenté, leur nombre et leurs noms diffèrent parfois.
  • Déméter, une Olympienne, sœur de Zeus : déesse d’une grande importance mais dont les relations avec cet époux épisodique sont limitées. On la connaît surtout par ses démêlés pour secourir leur fille Perséphone, victime de toutes sortes d’aventures fâcheuses, fille qu’on fait naître par ailleurs de Styx, une déesse infernale. Déméter, divinité de la « terre fertile », trouva facilement son équivalent dans les traditions étrangères : Cérès chez les Romains et Cybèle chez les Phrygiens, pour les plus connues.
  • Mnémosyne, une Titanide : elle engendra les neuf Muses.
  • Léto, une Titanide : elle donne des jumeaux à Zeus : un garçon, Apollon et une fille Artémis. Leur naissance donna cours à des versions fort différentes. Mais c’est sans doute la plus belle progéniture du maître des dieux. Mais des enfants terribles et qui avaient, entre autres, la particularité d’annoncer la mort aux humains, chacun aux personnes de son sexe : « les douces flèches de la Mort » chantait Homère.
  • Dioné, une déesse « primitive » : amante de Zeus, son rôle semble lié aux oracles. Homère en fait une Océanide, mère d’Amphitrite et d’Aphrodite. La paternité de Zeus concernant Aphrodite est reconnue par l’ aède mais déniée par Hésiode qui la fait naître de la semence d’Ouranos répandue sur la mer (elle est alors connue comme la déesse « anadyomène », née de l’écume).
Mais plus sûrement, le nom de Dioné étant une forme féminine de Zeus [19], quelques auteurs penchent pour une « déesse–mère » de tradition évidemment méditerranéenne, un pendant du dieu patriarcal ; ou alors pour un avatar de la femme de Zeus, à laquelle Héra aurait été peu à peu assimilée.
  • Maïa, une Pléiade : elle est mentionnée puisque d’essence divine mais elle aurait été plutôt un amour passager de Zeus déjà marié à Héra. Cette dernière, toujours prompte à sanctionner durement les incartades de son époux, n’en eut cependant aucun ombrage et fut même bienveillante à son égard. De l’union naquit Hermès, fidèle factotum de son père et grand amoureux comme lui [20].
  • Thétis, une Néréide, sœur d’ Eurynomé : la tentation tourna court puisque Zeus tomba sous le coup d’une des prédictions de Gaïa, qui restera une véritable malédiction familiale: le fils qui naîtrait de cette liaison supplanterait son père. Elle fut mariée par précaution au mortel Pélée.
  • Héra, elle-même sœur de Zeus : elle est donnée comme l’épouse définitive et « officielle » du dieu. Mais il apparaît souvent au détour des récits que les deux époux se fréquentaient de longue date. Ils eurent Arès, Hébé et Ilithye [21] et la tradition n’oublie pas leur fils Héphaïstos qu’ Hésiode veut faire naître d’Héra sans principe mâle (capacité normalement réservée aux dieux primitifs, tels Gaïa ou Tartare).
Héra, intransigeante sur les liens du mariage, est le modèle de l’épouse fidèle et protectrice de la femme. Son irascibilité, sa jalousie et sa rancune seront des sujets perpétuels d’ennui pour le maître des dieux qui s’enflamme à la vue de toute nymphe quelque peu désirable ou toute autre belle créature céleste ou terrestre dont la déesse devient invariablement la persécutrice. Les deux sommités olympiennes formeront l’image du couple exemplaire sinon dans la fidélité, du moins dans la stabilité. Leur liaison amoureuse a été largement exaltée par les auteurs grecs depuis leurs fiançailles jusqu’à leur lune de miel [22].
Héra qui a eu un culte distinct de Zeus est montrée dans la mythologie d’un caractère très contrasté. Tantôt victime de la colère vengeresse de son époux: Zeus la pend aux nues par les pieds avec une enclume attachée à chaque poignet pour la châtier de ses vexations à l‘égard de son fils Héraclès, elle peut aussi lui opposer une forte résistance et jusqu’à la traîtrise, puisque, selon un récit, elle n’aurait pas hésité, sans l’intervention de Thétis, à neutraliser son pouvoir. À tel point que l’ Iliade lui a attribué l’enfantement de Typhon, considéré généralement comme une créature du Tartare. Si certaines contrées honorèrent son culte : l’ Élide, Argos ou Samos, sous un tempérament belliqueux, elle personnifie, plus habituellement, de sa beauté digne et sévère attestée par la statuaire, les principes moraux de la famille : union légitime, fidélité conjugale (du moins en ce qui la concerne), maternité, enfantement et éducation des enfants [23].
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