Walter Benjamin

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Walter Benjamin
Walter Benjamin vers 1928.jpg

Walter Benjamin, 1928.

Naissance
Décès
Sépulture
Nationalités
Formation
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
« aura », « concept d'histoire » [cf. dans l'article]
Œuvres principales
Influencé par
A influencé
Adjectifs dérivés
benjaminien (-nienne)
Fratrie
Georg Benjamin (d)
Dora Benjamin (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Parentèle
William Stern (oncle)
Gertrud Kolmar (cousine germaine)
Günther Anders (cousin germain)
Leon Kellner (en) (beau-père)Voir et modifier les données sur Wikidata

Walter Benjamin est un philosophe, historien de l'art, critique littéraire, critique d'art et traducteur allemand, né le à Berlin et mort le à Portbou

Il est rattaché à l'école de Francfort. Il a notamment traduit Balzac, Baudelaire et Proust.

Sa pensée a largement été redécouverte, explorée et commentée à partir des années 1950, avec la publication de nombreux textes inédits et de sa correspondance.

Biographie

Enfance et jeunesse

Walter Bendix Schönflies Benjamin naît à Berlin-Charlottenburg de parents allemands de confession juive et assimilés, Émile Benjamin (1856-1926) et Pauline (née Schoenflies). Son père était d'abord banquier à Paris, puis antiquaire et marchand d'art à Berlin : son fils héritera de son goût pour la collection. Aîné de la fratrie, Walter a également un frère, Georg (1895–1942) et une sœur, Dora (1901–1946).

Par ailleurs, Benjamin est le neveu du psychologue William Stern, ainsi que le cousin de la poétesse Gertrud Kolmar (par sa mère) et du philosophe et activiste Günther Anders, époux d'Hannah Arendt.

Il passe son enfance à Berlin — il la relatera dans les années 1930, durant son exil (Enfance berlinoise vers 1900, posthume). Pour des raisons de santé, il effectue de 1904 à 1907 un séjour à la campagne. De 1905 à 1907, il fréquente la Hermann-Lietz-Schule à Haubinda (de), en Thuringe, où il subit l'influence de Gustav Wyneken (en) (1875-1964), inspirateur du mouvement républicain « Freie Studentenschaft » (Union des étudiants libres). Celui-ci l'incite à s'engager dans les Jugendbewegung (« mouvement de jeunesse allemand »), ce qui lui permet de rompre avec ces origines bourgeoises.

Premiers écrits et engagement

Walter, étudiant à Berne (1917-1918).

En 1910, il produit des articles pour Der Anfang (Le commencement), principale publication du Jugendbewegung, sous le pseudonyme d'« Ardor ».

Après le baccalauréat, en 1912, Walter Benjamin commence des études de philosophie, de philologie allemande ainsi que d'histoire de l'art à l'université de Fribourg-en-Brisgau, puis il voyage en Italie — qui est le point de destination traditionnel des bacheliers allemands.

En 1914, il devient président des « Freien Studentenschaften » puis, en raison de désaccords, se retire des activités du groupe, y compris de la revue Der Anfang. Le suicide d'un couple d'amis le marque profondément. Il se fiance et commence la traduction des Tableaux parisiens de Charles Baudelaire qu'il va mettre près de dix ans à boucler. En 1915, alors que l'Allemagne est en guerre, Gustav Wyneken (en) publie un texte encourageant la jeunesse allemande à servir sa patrie. Walter Benjamin lui écrit pour lui signifier son désaccord et rompt définitivement avec lui. Il rencontre Werner Kraft (de). Il s'inscrit ensuite à l'université de Munich, où il rencontre Rainer Maria Rilke et Gershom Scholem, sans doute son premier véritable ami.

En 1916 il rompt ses fiançailles pour vivre avec Dora Pollack (née Kellner), épouse de Max Pollack, qu'elle quitte. En 1917, il reçoit un ordre de mobilisation, mais parvient à se procurer un certificat médical relatif à sa sciatique chronique, ce qui ajourne son incorporation. Il se marie avec Dora Pollack, et passe quelque temps avec elle en sanatorium à Dachau[1].

Afin de terminer au mieux ses études, il part en Suisse et s'inscrit à l'université de Berne en septembre 1917. Il commence une thèse sur la critique d'art à l'époque romantique. En 1918, il a un fils, Stephan Rafael, né le 11 avril (mort le 6 février 1972) et à propos duquel Benjamin tiendra un carnet intime jusqu'en mars 1932. Il achève la rédaction de sa thèse, soutenue à l'université de Berne. Il poursuit alors ses traductions de Baudelaire en allemand.

Durant cette période suisse, il retrouve Gershom Sholem, également étudiant à Berne : ils sont très proches. Sholem tente de raccrocher Benjamin à la mystique juive, au sionisme progressiste, mais celui-ci n'est passionné que par les romantiques et les poètes allemands. Durant les deux dernières années de la guerre, le gouvernement harcèle les étudiants juifs allemands non-incorporés et déclenche contre eux une campagne antisémite. Benjamin reste alors en Suisse, explore le pays durant l'année 1918 et termine sa thèse, tout en se liant d'amitié avec des dadaïstes comme Hans Richter et Francis Picabia[2].

Vers une nouvelle sociologie de l'histoire

Angelus novus (1920), huile sur papier, par Paul Klee, musée d'Israël.

En 1919, Benjamin rencontre Ernst Bloch à Berne, également proche des dadaïstes, qui avaient fui l'Allemagne contaminée par un esprit prussien qu'il dénonçait. L'année suivante Benjamin publie à Berne son premier essai tiré de sa thèse, Begriff der Kunstkritik in der deutschen Romantik : il reste profondément attaché à l'esprit romantique d'un Hölderlin, aux utopies venues des Lumières, et ce, sous l'influence de Bloch ; mais Sholem note que son ami donne dans le « pathos de l'espoir »[2].

En 1920, incapable de subvenir aux besoins de sa femme et de son fils, il déménage à Berlin, et emménage avec eux chez ses propres parents. En 1921, il se sépare de son épouse, et vit entre Heidelberg et Berlin. Cette année-là, il achète à Munich le tableau de Paul Klee, Angelus novus qui restera la plupart du temps chez lui, à Berlin, jusqu'à son exil, mais de temps en temps, Benjamin part en voyage et c'est Sholem qui garde le tableau[2]. Il rencontre Klee mais aussi Kandinsky, professeurs au Bauhaus à Weimar et se montre fasciné par la nouvelle architecture et le courant de la Nouvelle Objectivité.

En 1922, il s'efforce d'obtenir une habilitation lui permettant d'enseigner à l'université de Heidelberg : son diplôme bernois n'est pas reconnu par l'institution allemande. En 1923, il échoue de nouveau dans sa tentative d'être habilité à l'université. De plus, au même moment, son ami Sholem part vivre à Jérusalem pour y enseigner la mystique juive. Benjamin rencontre alors le jeune Theodor Adorno. Il abandonne l'apprentissage de l'hébreu, au grand désespoir de Sholem[2]. Sort ensuite son deuxième essai, qui porte sur Charles Baudelaire et ses tableaux parisiens : ce travail l'avait conduit à Paris, une ville dont il tombe amoureux. Cet essai paraît grâce à l'Institut für Sozialforschung, nouvellement fondé à Francfort, par Felix Weil (en) et Carl Grünberg : ce lieu est l'antichambre de la future école de Francfort, avec laquelle Benjamin va collaborer jusqu'à la fin de ses jours.

Durant son premier séjour à Paris, il croise certains surréalistes : s'il connaissait déjà Picabia et Tristan Tzara, il découvre les ouvrages de Louis Aragon ; sa passion pour Paris va alors en grandissant. Bientôt, c'est avec la photographe Germaine Krull qu'il se lie d'amitié. Elle lui donne ses clichés sur les passages parisiens. Benjamin commence à rédiger des écrits sur les passages, sur Paris et la mode ; il se demande comment et pourquoi Paris est devenue la ville de la modernité[2] : ce questionnement s'inscrit dans la continuité de son étude sur Baudelaire.

Cependant, le père de Benjamin a de gros problèmes financiers durant cette période d'hyperinflation, compromettant l'aide qu'il lui fournit. Walter produit des critiques d'art, mais ce sont surtout les travaux de traduction d'écrivains français qui lui permettent de vivre durant cette période. En effet Benjamin n'est pas seulement un traducteur chevronné du français vers l'allemand (il traduit entre autres Balzac, Saint-John Perse, Paul Valéry...), il est aussi théoricien, et depuis 1916 il travaille sur la notion de traduction. Parmi ces textes, l'un est aujourd'hui célèbre : « Die Aufgabe des Übersetzers » (La tâche du traducteur), qui servit de préface à son essai sur Baudelaire (1923).

Il suit de près la politique allemande ; il note à cet égard que « l’orientation de l’Action française lui semble finalement la seule qui permette, sans s’abêtir, de scruter les détails de la politique allemande[3] ». Il reste par ailleurs très lucide sur l'évolution de la république de Weimar : il ne croit pas au réarmement pacifique de son pays, de même il observe une remontée de l'antisémitisme (après l'assassinat de Walther Rathenau en juin 1922).

En 1924, il effectue en même temps qu'Ernst Bloch un séjour à Capri. Il y fait la connaissance de Asja Lācis, communiste lettone qui l'initie au marxisme ; peu après il rencontre Georg Lukács, également marxiste. En 1925, il renonce à son habilitation.

En 1926, il séjourne en France, à Paris et dans le Var, ainsi qu'à Monaco. Il traduit Marcel Proust avec l'aide de Franz Hessel en s'attaquant aux premiers tomes de À la recherche du temps perdu[4].

À la mort de son père en 1926, il fait un passage à Berlin, revient en France, puis part faire un séjour à Moscou.

Durant cette période, il collectionne des livres, des objets du quotidien, des réclames. Quand il rentre en Allemagne, il veut fonder une première revue qui échouera, faute de temps ou d'argent. Elle devait s'appeler Angelus novus en hommage au tableau de Klee.

En 1927 il effectue un nouveau séjour à Paris, durant lequel il termine la traduction d'À l'ombre des jeunes filles en fleurs.

En 1928, Sholem lui propose de venir le rejoindre à Jérusalem, ce qu'il fera à plusieurs reprises ensuite ; Benjamin demandera même un visa. Mais il est tout entier concentré dans la sortie de son nouvel ouvrage, Einbahnstraße ( Sens unique) et dans les débuts d'un récit autobiographique intitulé provisoirement « Enfance berlinoise vers 1900 » qu'il va poursuivre durant dix ans, interrompu d'abord par des soucis financiers. C'est également l'année où il devient ami avec Gretel Karplus, qui épouse ensuite Adorno et avec laquelle il correspondra par lettres.

Tandis que les conséquences dramatiques de la crise de 1929 s'abattent sur l'Allemagne en 1930-1931, Walter Benjamin éprouve de nouveau le besoin de s'éloigner de son pays. En octobre 1930, il envisage de fonder avec son ami Bertold Brecht une nouvelle revue intitulée Krisis und Kritik, mais au moment de boucler le premier numéro en février 1932, Benjamin démissionne[5].

Il part s'installer à Ibiza, d'abord d'avril à juin 1932, puis de mars à septembre 1933. Là, il poursuit la rédaction de son récit d'enfance. Le 10 juin 1933, il écrit à Gretel[6] :

« Nous sommes partis de bon matin à cinq heures avec un pêcheur de langoustes et l'on a commencé par rôder trois heures sur la mer, où nous avons tout appris de l'art d'attraper les langoustes. [...] Puis on nous déposa dans une crique inconnue. Et là s'offrit à nous une image d'une perfection si accomplie qu'il se produisit en moi quelque chose d'étrange mais qui n'est pas incompréhensible ; c'est qu'à proprement parler je ne la voyais pas ; elle ne me frappait pas ; sa perfection la mettait au bord de l'invisible. »

Alors que Benjamin a quarante ans, la situation politique de son pays l'épouvante et il rédige alors son testament. Il n'a plus de travail. Adorno est renvoyé de l'université de Francfort. Sholem lui écrit qu'à Jérusalem, il y a tant d'immigrés universitaires allemands que les postes de travail dans l'enseignement sont devenus rares[2].

L'exil

Carte de lecteur (1940) de Walter Benjamin pour la Bibliothèque nationale.
Plaque commémorative au 10 rue Dombasle, Paris 15e, où Walter Benjamin vécut de 1938 à 1940.

Fin 1933, après son second séjour à Ibiza, il décide de ne pas rentrer en Allemagne nazie — où la plupart de ses amis et proches sont soit arrêtés (son frère) soit partis à l'étranger (Bertold Brecht, Ernst Bloch) — et d'émigrer en France, à Paris[7].

Son séjour commence par un discours auprès de la Ligue des droits de l'homme à Paris. Il va également percevoir une modeste aide du New Yorker Institut for Social Research : originellement fondé à Francfort, l'Institut für Sozialforschung part en exil à Genève et à Amsterdam, puis en 1937 à New York. Par le biais de Max Horkheimer, Benjamin produit des articles pour des revues spécialisées et poursuit son énorme chantier, le Passagen-Werke (publié à titre posthume sous le titre Le Livre des passages. Paris capitale du XIXe siècle) qu'il avait entamé dans les années 1920, passant quasi-quotidiennement ses journées à la Bibliothèque nationale, rue Richelieu : sa carte de lecteur mentionne comme profession « docteur en philosophie, critique littéraire »[2].

En 1934, Benjamin effectue une première visite à Brecht réfugié au Danemark : celui-ci l'aide financièrement[2]. En 1937, Adorno et son épouse finissent par s'installer à New York. La dernière fois que Benjamin voit Brecht, dont il aimait la poésie, c'est en juillet-octobre 1938, lors d'une dernière visite au Danemark.

Peu avant l'entrée en guerre de la France en septembre 1939, il espère quitter l'Europe pour les États-Unis et cherche à vendre son tableau de Paul Klee afin de financer son voyage. Il transmet par la poste aux époux Adorno le manuscrit d'Enfance berlinoise vers 1900. Ses démarches de naturalisation française n'aboutissent pas.

Dès septembre 1939, en tant que réfugié allemand devenu apatride car déchu de sa nationalité, il est convoqué, arrêté puis conduit depuis la gare d'Austerlitz jusqu'au camp de Vernuche, hameau de la commune de Varennes-lès-Nevers (Varennes-Vauzelles aujourd'hui) près de Nevers : il est libéré le 16 novembre grâce à ses amis intellectuels, dont le philosophe Charles Lalo, Adrienne Monnier, Jules Romains qui ont écrit au quai d'Orsay en la personne du ministre Henri Hoppenot[8], mais ne peut, du fait des combats, atteindre Paris que le 30 novembre[9].

Peu avant cet internement, Benjamin dissimule son tableau de Paul Klee et certains de ses manuscrits dans un bureau de la Bibliothèque nationale, grâce à Georges Bataille[10], où ils ont été retrouvés en 1945.

Une mort tragique

Le cénotaphe de Walter Benjamin à Portbou.

Départ

Un jour avant l'entrée de l'armée allemande dans Paris, le 13 juin 1940, Benjamin quitte la capitale et se rend à Lourdes. De là, il part à Marseille et finalement arrive à Port-Vendres le 25 septembre 1940 avec l'intention de fuir en Espagne[11].

Le passage des Pyrénées et le choix du suicide

Arrivé dans la petite commune des Pyrénées-Orientales, il se fait connaître auprès de Hans et Lisa Fittko, deux allemands passés dans la résistance au nazisme, qui peuvent lui faire franchir la frontière clandestinement. Walter Benjamin a quarante-huit ans, il souffre de multiples pathologies, son dos (sciatique chronique), son cœur (une myocardite) font qu'il prend de la morphine afin de soulager ses douleurs. Avec deux autres candidats à l'exil, Henny Gurland et son fils José, le philosophe est conduit par Lisa, et ils parviennent au bout d'une dizaine d'heures à Portbou. Il y écrit sa toute dernière lettre en français le 25 septembre 1940 : « Dans une situation sans issue, je n'ai d'autre choix que d'en finir. C'est dans un petit village dans les Pyrénées où personne ne me connaît que ma vie va s'achever »[12]. Dans la soirée du , après avoir franchi la frontière, Walter Benjamin se suicide en absorbant une dose mortelle de morphine.

Une disparition énigmatique

D'après Lisa Fittko, les autorités espagnoles ont avisé les trois fuyards qu'une nouvelle directive du gouvernement espagnol préconisait la reconduite des apatrides en France, ce que Benjamin n'aurait pas supporté. La nouvelle réglementation ne fut toutefois jamais appliquée et était sans doute déjà annulée quand il se donna la mort[13].

Les papiers contenus dans la serviette en cuir de Benjamin qui contenait, disait-il, un manuscrit « plus important que sa vie », n'ont pas été retrouvés même s'ils ont été répertoriés comme liasse de manuscrit dans la main courante de la police de Portbou[14]. Le philosophe a aussi écrit une lettre d'adieu à Theodor W. Adorno, dictée à sa compagne de fuite Henny Gurland.

Bien que sa dépouille n'ait jamais été retrouvée, un monument funéraire lui est dédié au cimetière de Portbou[15]. Une œuvre commémorative du sculpteur israélien Dani Karavan intitulée Passages a été érigée en hommage au philosophe dans le petit port catalan.

D'autres hypothèses ont été émises au sujet de sa mort, notamment dans un documentaire, Qui a tué Walter Benjamin…, réalisé par David Mauas qui présente une réflexion sur l’histoire et son discours[16]. Enfin, selon Stephen Suleyman Schwartz (en), il aurait été assassiné par des agents du NKVD, le service secret de l'URSS[17].

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