Volapük

Crystal Clear app fonts.svg Cette page contient des caractères spéciaux ou non latins. Si certains caractères de cet article s’affichent mal (carrés vides, points d’interrogation…), consultez la page d’aide Unicode.
Wikipédia:Articles de qualité Vous lisez un «  article de qualité ».
Volapük
Mappemonde avec la devise « Menad bal pük bal ».
« Une humanité, une langue »
Auteur Johann Martin Schleyer
Date de création 1879-1880
Nombre de locuteurs 20-30 [1]
Nom des locuteurs volapükiste, volapükophone
Typologie SVO libre
Catégorie langue auxiliaire internationale
Classification par famille
Statut officiel
Régi par Kadäm bevünetik Volapüka
Codes de langue
ISO 639-1 vo
ISO 639-2 vol
ISO 639-3 vol
Étendue langue individuelle
Type langue construite
IETF vo
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme :
Bagaf balid
Valikans pamotons as mens libik e leigiks (tefü ods) demü dinits e demü gitäts. Pebelegivons me tikäl e me konsien e mutons bitön kol ods ön mod svistälik.
Reproduction d'un morceau de page d'un livre
Devise du volapük au frontispice du premier livre que lui consacre Johann Martin Schleyer ( Schleyer 1880) : Menadé bal, püki bal!, Pour une seule humanité, une seule langue !

Le volapük ( /volɑˈpyk/, parfois écrit sans tréma) est une langue construite créée en 1879-1880 par Johann Martin Schleyer, un prêtre catholique allemand, qui lors d'une insomnie sentit que Dieu lui commandait de créer une langue auxiliaire internationale. Des congrès de volapük eurent lieu en 1884 ( Friedrichshafen), 1887 ( Munich) et 1889 ( Paris). Après un rapide développement (il y aurait eu un million de volapükistes en 1889), la langue perd rapidement un grand nombre de locuteurs au profit de l' espéranto. Malgré cela, le volapük survit, réformé dans les années 1920 sous l'impulsion d' Arie de Jong. Aujourd'hui, il existe quelques dizaines de volapükistes, actifs surtout sur internet.

Le volapük peut se définir comme une langue agglutinante à structure d'actance accusative. Du point de vue de la syntaxe, elle fait partie du type sujet — verbe — objet, mais la présence de cas morphologiques ( nominatif, accusatif, génitif et datif ; un prédicatif, peu usité, existe néanmoins) lui donne une certaine souplesse ; c'est enfin une langue centrifuge (par exemple, l'adjectif viendra immédiatement après le nom qu'il qualifie).

Au niveau de la typologie des langues construites, c'est une langue auxiliaire internationale (à l'origine tout du moins, car aujourd'hui toute prétention politique est abandonnée par les volapükistes), mixte (c'est-à-dire que sa grammaire et son vocabulaire s'inspirent des langues naturelles tout en y intégrant de forts aspects artificiels), à racines naturelles déformées (elle s'oppose donc aux langues qui intègrent des racines telles qu'elles sont dans les langues naturelles, ou presque, et à celles qui les créent ex nihilo), dérivative (d'une racine empruntée elle crée un champ lexical par dérivation) et schématique (elle s'oppose ainsi aux langues naturalistes qui sont beaucoup moins régulières).

Histoire

Période classique

Naissance du volapük (1878-1880)

En 1878, dans le numéro de mars de la revue de poésie catholique allemande Sionsharfe [2], paraissent de petites notes du directeur de la revue, le père Schleyer, sur la nécessité d'un alphabet phonétique international permettant de retranscrire les sons de toutes les langues du monde. Selon la légende, Schleyer eut cette idée en entendant les cris d'un paysan de son village se plaignant que la lettre qu'il avait envoyée à son fils, qui vivait en Iowa, lui était retournée, car il s'était trompé en écrivant « Eiauä », selon la prononciation allemande, sur l'adresse. Avec le système de Schleyer, le paysan, même en ne connaissant pas la graphie américaine « Iowa », pourrait utiliser la nouvelle graphie internationale « Aioua » [3]. Il réalise donc et publie dans le même numéro de Sionsharfe un projet d'alphabet, fondé sur les nombreuses langues qu'il connaît [note 1]. Schleyer soumet son manuscrit à l'administration postale allemande, qui le publie dans le journal officiel de l' Union postale universelle, sans qu'il y soit donné suite [4].

Reproduction de journal
Reproduction du journal de Schleyer. À la date du , il écrit : « J'ai commencé aujourd'hui les bases de ma langue mondiale et de ma grammaire (simple, raisonnable, pratique) [5] ».

Puis, une nuit d'insomnie de , après un voyage dans la plurilingue Autriche-Hongrie qui avait excité sa réflexion [6], le père Schleyer a une crise mystique, qu'il raconte ultérieurement dans les termes suivants :

« D'une manière à la fois mystérieuse et mystique, lors d'une nuit noire au presbytère de Litzelstetten, près de Constance [...], alors que je pensais profondément aux folies, griefs, afflictions et malheurs de notre temps, tout l'édifice de mon langage international apparut soudainement dans toute sa splendeur devant mes yeux spirituels. Pour rendre tribut à la vérité, et la laisser apporter la sagesse, je dois dire que cette nuit de mars 1879, j'étais très fatigué. Par conséquent, je ne peux que proclamer avec gratitude et humilité que je dois à mon bon génie le système entier de la langue internationale volapük. Le , je me mis à compiler et à rédiger pour la première fois les principes de ma grammaire [7]. »

Il met donc de côté (tout en continuant à l'utiliser régulièrement) son idée d'alphabet phonétique pour accomplir ce qu'il croit être un ordre divin : créer entièrement une langue artificielle capable d'unir l'humanité divisée. Durant une nuit et un matin, du 30 au , Schleyer écrit la grammaire (ou en tout cas une première ébauche de grammaire) d'une langue complètement nouvelle : le volapük (vol-, dérivé de l'anglais world, pour monde, -a- pour le génitif et -pük, dérivé de l'anglais speak, pik étant déjà pris, pour langue : le volapük est donc la « langue du monde ») [8]. Selon Roberto Garvía, le volapük de Schleyer n'est pas né en tant que langage international pour résoudre des problèmes de communication, mais comme un complément de ses recherches sur l'orthographe phonétique ; il ne s'agit pas de la « solution d'un problème », mais d'une « solution en quête de problème » [9].

Il publie cette grammaire le mois suivant, en , comme supplément à Sionsharfe [10]. Des journaux quotidiens rapportent la naissance de ce projet, et, dès cette année-là, des volapükistes se trouvent en Allemagne, en Autriche-Hongrie, voire même aux États-Unis. Ces premiers succès conduisent à la publication, en 1880, du premier manuel, en langue allemande, de volapük [11], marquant la véritable diffusion du volapük auprès d'un public plus vaste dépassant les catholiques allemands, pour toucher plus généralement tous les germanophones [12].

Éclosion du mouvement jusqu'au premier congrès (1881-1884)

Reproduction d'un journal en allemand et volapük
Première page du second numéro du journal de Schleyer, Volapükabled, .

Toutefois, c'est notamment grâce aux liens de son créateur avec le monde catholique, et plus particulièrement avec celui de la presse catholique, que le volapük peut se répandre à travers l'Europe germanique. Le développement est tel que Sionsharfe apparaît bien vite insuffisant, et qu'il faut songer à créer un organe dédié, ce qui est fait dès 1881, avec la première parution du Volapükabled zenodik [13] (Journal central du volapük [note 2]), revue qui ne cesse sa publication qu'en 1908 [14].

Dès 1882, le 11 mai très exactement, est fondé le tout premier club de volapük à Alberweiler ( Wurtemberg [note 3]). Peu après, le volapük pénètre en Suède, où le deuxième club est fondé [13]. Pendant ce temps, grammaires et dictionnaires de langue allemande s'enchaînent.

C'est donc à un moment où le volapük est parlé presque exclusivement par des germanophones que se tient son premier congrès international, à Friedrichshafen, les 26 et . Il n'est alors pas étonnant que la langue utilisée pour ses travaux soit l'allemand et non le volapük, vu le public, essentiellement allemand, et la jeunesse de la langue [15], [note 4].

Internationalisation du mouvement et première crises (1885-1887)

Partition
Hymne volapük, musique composée en 1885 par Schleyer sur des paroles de Franz Zorell.

Après cette première réussite, le mouvement volapükiste continue sa progression. Journaux et manuels se multiplient et le mouvement néerlandais s'illustre par son activité [15].

1886 est une année charnière, marquant le début de la véritable internationalisation et, paradoxalement, le début des crises qui auront ensuite raison du mouvement. C'est alors qu'entre en scène « le personnage le plus important de l'histoire du volapük, après Schleyer [16] », Auguste Kerckhoffs. Professeur d'allemand français d'origine néerlandaise, le Dr Kerckhoffs (il est docteur en littérature allemande), qui enseigne à l'École des hautes études commerciales de Paris, est surtout connu à l'époque pour son travail sur la cryptographie [17] ; il est notamment l'auteur d'une série de deux articles titrés La Cryptographie militaire [18] dans lesquels il expose le fameux principe de Kerckhoffs, encore enseigné aujourd'hui [19]. C'est lors de ses recherches en cryptographie qu'il rencontre pour la première fois les langues construites, et notamment le solresol de François Sudre qui était utilisé parfois par les militaires [20].

Reproduction d'une page de titre
Page de titre de Kerckhoffs 1887a, contenant préface de Schleyer, et présentant le volapük comme une « langue commerciale internationale ».

Volapükiste à partir de 1885, il introduit avec succès le volapük en France. Il en donne des cours et publie, entre autres, un Cours complet en 1886 [21], qui connaît sept éditions cette année-là (et une huitième en 1887) et est traduit en de multiples langues [note 5], et lance une revue [22], dont il sera rédacteur en chef durant toute son existence. Il crée également l'« Association française pour la propagation du volapük » [note 6] (officiellement fondée [23]), dont il devient secrétaire général, laissant la présidence à Ernest Lourdelet [24]. L'année suivante, Kerckhoffs accompagne son Cours complet d'un dictionnaire [25].

Couverture de partition
À Paris, durant l'hiver 1886-1887, Paulus triomphe aux théâtre des Menus-Plaisirs dans la Volapuk-revue de William Busnach et Albert Vanloo [26], dont le titre est dû au fait qu'on « ne parlait à ce moment-là que du volapuk [27] ».

Dès 1887, le volapük semble avoir supplanté toute concurrence. Dans un article du Temps de , après s'être moqué des propositions de réforme de l'orthographe française (le « fonétisme ») et des projets de langue auxiliaire internationale, un journaliste anonyme écrit :

« Mon avis est qu'elles arrivent trop tard. Le volapük a sur elles une incommensurable avance. [...] Si jamais langue universelle a quelque chance de s'imposer au monde commercial, c'est assurément celle-là. Il n'est plus aujourd'hui un coin du monde civilisé, si reculé soit-il, où elle n'ait des adhérents [28], [note 7]. »

Page de titre illustrée d'angelots claironnants devant le soleil levant du volapük
Page de titre d'un programme en volapük du congrès de Munich, en août 1887.

De grands noms de la science de l'époque adhèrent au mouvement, surtout en Allemagne ( Alfred Kirchhoff, Max Müller...), et huit nouvelles revues naissent cette année-là [15]. Mais ce qui marque vraiment l'année 1887, c'est la tenue du 2e congrès du volapük, à Munich, du 6 au . Plus grand et plus international que le congrès de 1884, avec environ 200 participants [29], [30], il est néanmoins plus allemand que ne l'est en réalité le mouvement, et la majorité des discussions a à nouveau lieu en langue allemande [15].

Mais si le volapük a indéniablement trouvé son public, la langue ne fait pas que des émules. Comme l'écrit Jean-Paul Lescure à propos de la France :

« Dès sa diffusion en France, le Volapük entraîne des discussions virulentes dans l'espace publique [sic] : la presse, les maisons d'édition, les scènes de théâtre se font l'écho des arguments échangés. Langue internationale voire universelle pour les uns, vaste fumisterie qui n'est bonne qu'à faire rire pour les autres, le thème ne laisse pas indifférent, et permet même de faire assaut d'arguments nationalistes en s'en prenant à son inventeur [Allemand] [31]. »

En plus des antipathies soulevées à l'extérieur du mouvement, des problèmes internes à la langue se font sentir. Le congrès décide donc de créer une académie, la kadem Volapüka [note 8]. Schleyer, en tant que créateur de la langue, en est nommé à vie « grand-maître » (« cifal ») ; Kerckhoffs en est cependant la véritable tête et est nommé directeur (« dilekel ») [30].

Si Schleyer perd un peu de contrôle sur la langue, il conserve la mainmise sur le mouvement. En plus de l'académie, le congrès fonde le Volapükaklub valemik, association universelle de volapük [30]. Les dirigeants élus du mouvement doivent impérativement se voir confirmés par le Cifal [32].

Vers le schisme du 3e congrès (1888-1889)

Photographie en couleur de la stèle commémorative à Schleyer au rectorat de Litzelstetten
« Menade bal, püki bal » (« Pour une humanité, une langue »). Stèle commémorative à Johann Martin Schleyer au rectorat de Litzelstetten.

L'académie bicéphale va au-devant de grands problèmes, tant Schleyer et Kerckhoffs ont une vision différente de ce que doit être le volapük. Schleyer, en le créant, met un point d'honneur à rendre possible l'expression de toutes les nuances des langues qu'il connaît. Le volapük a donc une grammaire relativement vaste. Mais quand le premier enseignant diplômé de volapük (volapükatidel), Karl Lenze, vante les 505 440 formes possibles du verbe volapük, Kerckhoffs, qui voit dans le volapük une langue commerciale et non littéraire ou philosophique, et cherche donc la plus grande simplicité, répond dans sa revue que cela pourrait mener la langue à sa perte [33]. Dès son Cours complet, il propose quelques réformes qu'il résume ainsi :

« J'ai supprimé la distinction entre of et ji, les doubles formes des pronoms öb, ät, öt, üt etc., la troisième forme de l'impératif, l'accusatif qui accompagne les prépositions de mouvement, et que je n'ai admis qu'une seule et unique règle de composition [34]. »

Mais il ajoute tout de suite après que « vouloir aller au-delà me paraîtrait téméraire et de nature à compromettre l'admirable unité du système [34] ». De plus, Schleyer accepte cela, puisqu'il accepte de faire du manuel de Kerckhoffs le manuel de référence.

Les deux principaux dirigeants du mouvement s'opposent certes, mais semblent tous deux prêts à faire des concessions. Le mouvement n'est pas condamné a priori ; et cependant, tant sur le plan organisationnel que linguistique, il connaît des divisions si grandes qu'elles mettront fin à l'« âge d'or » du volapük.

Sur le plan organisationnel d'abord, Schleyer infirme l'élection de Heinrich Schnepper, président du club de Munich et organisateur du congrès de 1887 à la tête du mouvement allemand. Le club de Munich se divise, et le mouvement allemand, le plus important mouvement national, se fractionne en de multiples tendances ; les volapükistes en dehors de l'Allemagne ne ressentent pas ce problème [32].

C'est sur le plan linguistique que le schisme se fait le plus dur, et le plus international aussi. Le conflit s'amplifie entre l'académie de Kerckhoffs, très réformiste (il souhaite aller encore plus loin que ce qu'il avait proposé dans son Cours complet et son Dictionnaire, cf. supra), et Schleyer, qui traite la langue comme sa propriété. Au début, Schleyer reconnaît l'autorité de l'académie. Il est même le premier à lui poser des questions, mais il juge que les réponses qui lui sont faites sont trop novatrices. La dispute se cristallise donc autour de la question du droit de veto réclamé par Schleyer, et refusé par l'académie (qui lui accorde simplement une triple voix) [35].

C'est dans ce contexte d'affaiblissement du mouvement que le club volapükiste de Nuremberg, créé en 1885, sous l'influence de Léopold Einstein, adopte l' espéranto en 1888 et forme ainsi le premier club espérantiste de l'histoire [32], [note 9].

Tout en continuant à adopter les réformes de Kerckhoffs, et afin de résoudre ces problèmes, l'académie convoque en 1889 à Paris le 3e — et dernier à ce jour — congrès mondial de volapük. Treize pays (dont la Turquie et la Chine) y sont représentés, chaque pays ayant un nombre de délégués proportionnel à sa population. La double tâche de ce congrès est de ratifier les statuts de l'académie, qui ne sont que temporaires, et de valider les réformes votées par elle [35].

Contrairement aux deux autres, cette fois-ci les discussions ont lieu principalement en volapük, ce qui fait écrire à Ernst Drezen que « c'est sous la forme du volapük que le principe d'artificialité de la langue internationale réussit l'examen pratique [36] ».

Cependant, ce congrès démontre que le volapük souffre de trop de défauts pour être utilisé sans réformes. Comme l'écrit, avec un peu trop d'emphase peut-être, un idiste des premiers temps :

« Le destin du volapük fut scellé quand ses partisans, en 1889, firent l'expérience d'organiser un congrès dans lequel le volapük serait parlé. Même si quelques volapükistes réussirent à parler la langue, il n'était que trop douloureusement évident qu'un tel but ne pouvait être atteint avec ce système [37]. »

Les réformes que le congrès a montré nécessaires ne sont pas réalisées par ce dernier : il n'a pas le temps de traiter des questions grammaticales précises. Il se contente de réclamer à Kerckhoffs une grammaire « normale » (glamat nomik) sans aucune règle superflue, ce qui valide la vision « commerciale » de la langue ; et il approuve les décisions de l'académie, ce qui valide l'option plus «  a posterioriste » qu'avait prise l'académie [note 10]. Enfin, le congrès vote de nouveaux statuts pour l'académie, renforçant l'indépendance de celle-ci par rapport à Schleyer (l'académie est qualifiée d'« autorité unique dans les questions linguistiques » [§2] ; pour valider une réforme refusée par Schleyer, elle doit la voter à la majorité qualifiée des deux tiers [§15], ce qui de facto rend impossible tout blocage de la part de Schleyer, dans une académie acquise jusque-là à Kerckhoffs) [38].

Schleyer, refusant cette évolution, déclare le congrès et l'académie illégitimes, et réunit ses partisans à Allmendingen, en [39]. Il fonde une nouvelle académie, avec à sa tête Karl Zetter, et remplace toute la hiérarchie du mouvement par des personnes acquises à sa cause, du niveau mondial aux niveaux urbains, en passant par les continents et les pays. Le schisme est consommé [32].

État du mouvement au moment du schisme (1889-1890)

Reproduction d'une page d'un livre.
Page de garde d'un dictionnaire volapük-japonais publié en 1888.

Au moment où le schisme a lieu, le mouvement volapükiste est au plus haut. 283 clubs sont enregistrés (en Europe certes, mais aussi en Amérique, comme à San Francisco, en Afrique, comme au Cap, ou en Océanie comme à Melbourne ou Sydney) et 25 revues (dont 7 uniquement rédigées en volapük) paraissent régulièrement ; la langue est enseignée par plus de 1600 enseignants diplômés (dont 950 validés par Schleyer et 650 par l'Association française pour la propagation du volapük — donc par Kerckhoffs), qui peuvent se servir de manuels en 25 différentes langues. Apprendre le volapük donne accès à plus de 384 livres ou brochures, et le nombre total de volapükistes est estimé à un million [40], jusqu'en Chine et au Japon [note 11]. Ce mouvement est très hiérarchisé, avec 11 grades, du Cifal, Schleyer, aux tidels (professeurs pour les petits clubs) [note 12].

Si l'on prend la typologie des langues construites proposée par D. Blanke [41], qui les classe non par leurs choix linguistiques théoriques mais par leur usage réel, le volapük fait partie de la classe des « semi-langues » (« planned semilanguages »), et une des rares, avec l' occidental et l' interlingua à avoir atteint le stade 9 (utilisation orale internationale) [note 13], c'est donc une des quatre langues construites historiquement les plus avancées.

Sociologiquement, les volapükistes sont presque uniquement des membres de la bourgeoisie. Selon le Yelabuk pedipedelas (Annuaire des diplômés) [42], pas même un ouvrier ne pratique la langue, fait que l'on peut comparer à l'espéranto, qui intéresse le mouvement ouvrier dès le commencement [43]. Les deux tendances principales du mouvement, même antagonistes, s'intéressent dans leur ensemble peu aux ouvriers : Schleyer le conservateur destine sa langue aux élites du monde, pendant que Kerckhoffs voit dans le volapük la langue du commerce. Donc, même si le congrès de Lausanne de la Ire Internationale ( 1867) a adopté une motion favorable à l'idée de langue internationale, ce n'est naturellement pas vers le volapük que se tournent les ouvriers ayant des sympathies pour cette idée [44]. Par ailleurs, le volapük n'attire qu'une minorité de femmes, de 10 à 15 % des volapükistes, ce qui représente un taux beaucoup plus faible que celui que l'on rencontrera plus tard chez les espérantistes ; le volapükiste moyen est un mâle catholique, germanophone, issu de la classe moyenne supérieure [45].

Le schisme (1889-1892)

La destitution par Schleyer de l'académie de Kerckhoffs est refusée par ce dernier. Conformément aux demandes faites par le troisième congrès, il propose un bloc de réformes [46]. Le mouvement, profondément divisé, s'essouffle : les clubs ferment les uns après les autres, s'ils ne passent pas à l'espéranto ; les revues, dont celle de Kerckhoffs, cessent les unes après les autres de paraître. L'académie parvient cependant à publier une Glamat nomik [47] en 1891. La même année Schleyer raye officiellement le nom de Kerckhoffs de la liste des volapükistes, accélérant l'hémorragie en Europe latine principalement « kerckhoffsienne » que la relative stabilité du mouvement en Amérique, en Asie et en Europe germanophone ne contrebalance pas.

À cette époque, Kerckhoffs réduit de plus en plus sa participation aux travaux de l'académie. En 1892, pensant le volapük mort, fatigué de se battre au sein de l'académie, renvoyé de son poste de professeur d'allemand à cause de critiques trop appuyées faites aux règles du ministère du commerce et à cause de la maladie de sa fille unique Pauline (qui en meurt le à l'âge de 28 ans), il démissionne [48].

Un comité est nommé pour expédier les affaires courantes de l'académie, qui élit comme directeur le russe Waldemar Rosenberger. Sous sa direction, l'académie abandonne le volapük, crée une toute nouvelle langue, l' idiom neutral, et prend un nouveau nom, « Akademi internasional de lingu universal » [49]. En 1908, le 4e directeur de l'académie, Giuseppe Peano, lui fait abandonner l'idiom neutral et adopter sa propre création, le latino sine flexione, sous le nom de « Academia pro Interlingua » [39]. Kerckhoffs abandonne quant à lui l'idée d'une langue auxiliaire internationale et enseigne dans divers lycées de province jusqu'à ce qu'un accident de train mette fin à ses jours le à Därlingen en Suisse ; il est enterré à Paris avec sa fille [50], [note 14].

L'unité retrouvée d'un mouvement très affaibli et mort de Schleyer (1892-1912)

Photographie en couleur de la tombe de Schleyer : crucifix surmontant une large base, ornée d'un ciboire et présentant une longue épitaphe en volapük.
La tombe de Mgr Schleyer

Les réformateurs abandonnant l'idée d'une langue auxiliaire internationale ou en créant de nouvelles, le volapük retrouve, très affaibli, son unité autour de Schleyer. Seul maître à bord, il continue à « améliorer » sa langue, la rendant de plus en plus arbitraire. Les derniers fidèles, réunis autour de Volapükabled zenodik jusqu'à ce qu'elle cesse son activité en 1908, publient encore de rares brochures, comme en 1904 [51] ou 1916 [52]. En 1892 ne restaient plus que 17 périodiques et 90 clubs [53] ; comptant encore 159 correspondants en 1901 [54], la société mondiale des volapükistes ferme ses portes en 1912. Pour beaucoup, les espoirs de voir le volapük devenir langue auxiliaire internationale sont bel et bien morts [49].

Le , Schleyer est nommé camérier secret surnuméraire par le pape Léon XIII [55], ce qui lui vaut de recevoir le titre de « monseigneur » sans être évêque. Le , il décède, laissant (par testament [56]) à son ami le prêtre Albert Sleumer, qui a appris le volapük en 1892, soit après son déclin (alors qu'il avait pensé à l'origine à Rupert Kniele, grand volapükiste de la première heure, qui avait abandonné le mouvement après le schisme [56]), le rôle de Cifal, commençant ainsi une tradition de succession par nomination (il l'avait nommé en 1910) qui dure jusqu'à aujourd'hui [57].

Rôle de l'espéranto

Quel rôle a joué l'espéranto dans la chute du volapük ? L.L. Zamenhof, le créateur de l'espéranto, le décrit lui-même dans une allocution faite le pour les 80 ans de Schleyer lors du 7e Congrès mondial d'espéranto à Anvers :

« Le volapük ne fut pas vaincu par l'espéranto, comme beaucoup le pensent tout à fait par erreur ; il périt par lui-même à une époque où l'espéranto, travaillant tranquillement et sans artifices, était encore trop faible pour vaincre qui que ce soit [58]. »

D'autres langues, comme l'idiom neutral, ont pu participer à la marge à cette chute ; mais ce sont bien les dissensions internes qui en sont responsables [59].

L'espéranto, par contre, a profité en partie de l'échec interne du volapük, en attirant ceux de ces anciens soutiens qui, pensant le volapük mort, ne se sont pas dirigés vers la création d'un volapükide (comme l'académie) et n'ont pas abandonné l'idée (comme Kerckhoffs), comme le firent les membres du club de Nuremberg [note 15].

Période réformée

Réforme linguistique

Arie de Jong
Arie de Jong
Article détaillé : Arie de Jong.

Le mouvement volapükiste, réduit à quelques centaines de personnes, autour notamment de la petite revue néerlandaise Nuns blefik se Volapükavol (Courtes nouvelles sur le monde du volapük), organe de l'association néerlandaise de volapük (Volapükakluba valemik Nedänik), survit. En 1891, le jeune sous-officier médical de l' armée néerlandaise, le futur docteur Arie de Jong, obtient son premier diplôme de volapük ; il correspondra avec d'autres volapükistes durant son engagement militaire aux Indes néerlandaises, durant lequel il sera nommé à l'académie de volapük, en 1901 [60].

Une fois atteinte la retraite, en 1921, Arie de Jong rencontre le Cifal Albert Sleumer, et lui fait part de sa volonté de réformer quelque peu le volapük, afin de lui permettre de revenir à la vie, ce que Sleumer accepte [61]. Arie de Jong décrit ainsi ses motivations en 1931 dans la préface de sa grammaire :

« Schleyer, penseur génial du volapük, pour la formation des mots nouveaux et des mots construits, a utilisé de telles abréviations que ces mots ont vu leur origine devenir difficilement reconnaissable. À cause de cela les mots nouveaux du volapük sont devenus difficilement mémorisables et demandaient à la mémoire un travail très minutieux. En conséquence, si nous voulions que le volapük obtienne à nouveau la place qui était la sienne et qu'il mérite dans la communication internationale, alors en tout premier lieu le vocabulaire du volapük devait être examiné et humanisé, là où ce serait nécessaire. Mais parce que c'est certainement un devoir que soit établie la formation des mots par une norme grammaticale ratifiée au bon moment, aussi il est nécessaire de réviser radicalement la grammaire du volapük. Cette tâche, c'est-à-dire la révision de la grammaire et révision des mots volapüks, je l'ai accomplie [62]. »

En 1929, jugeant sa réforme prête, de Jong se rend à nouveau chez Sleumer pour lui présenter ses réformes ; les deux volapükistes se rendent ensuite ensemble en Suisse, chez Jakob Sprenger, un autre académicien, mais surtout le possesseur des droits d'auteur sur les œuvres de Schleyer. Tous trois étudient et amendent quelque peu le projet, puis finalement l'acceptent [61].

Deux ans plus tard paraissent chez l'éditeur bien connu Brill la Gramat Volapüka [63] et un dictionnaire volapük-allemand allemand-volapük [64]. Deux ans à nouveau passent avant que le Cifal n'officialise les réformes par un décret (büad Cifala) :

« Le nouveau volapük officiel apparaît avec ma connaissance et mon approbation comme le résultat de la révision importante et radicale de l'académicien Arie de Jong [...]. Bien que je regrette que les changements qui sont amenés au volapük soient devenus plus nombreux que je ne l'attendais, j'ai vu avec intérêt et plaisir ces révisions, parce qu'avec ce volapük révisé il sera possible de rendre la vie au mouvement volapükiste, et de permettre à nouveau au volapük de fleurir. Pour cette raison j'exprime ici avec emphase que j'accepte et la Gramat Volapüka et le Wörterbuch der Weltsprache écrits par l'académicien Arie de Jong [65]. »

Cette réforme, seul cas dans l’histoire des langues auxiliaires où une communauté de locuteurs accepte des changements profonds une et une seule fois [66], [note 16], est à l'origine du Volapük nulik [note 17], qui est la seule forme encore utilisée aujourd'hui [note 18].

Relatif renouveau du mouvement

Albert Sleumer, après la mort de Schleyer tente tant bien que mal de garder vivant le volapük, publiant en 1914 une petite biographie de Schleyer qui fait toujours autorité [67] et faisant des conférences là où il le peut. Puis vient la première Guerre mondiale, que le mouvement, déjà très affaibli, a bien du mal à surmonter [68].

Mais aux Pays-Bas, Arie de Jong, qui agissait déjà comme « le pouvoir derrière le trône [69] », tentait de relancer le mouvement, avec un certain succès. Il réussit à reformer l'Association générale néerlandaise de volapük (Volapükaklub valemik Nedänik) en organisant son 21e congrès le . L'année suivante, il fonde avec l'académicien J. G. M. Reynders la Volapükagased pro Nedänapükans (« Revue volapükiste pour néerlandophones »), qui joue en fait le rôle de l'ancienne Volapükabled zenodik, et fonde une association pour les volapükistes qui vivent en dehors des Pays-Bas. En 1934-1935, il rédige pour Albert Sleumer des réformes dans l'organisation du mouvement, et se voit nommé en 1934 directeur de l'académie (kadämal) [70].

La seconde Guerre mondiale et ses suites

Photographie en noir et blanc de Jakob Sprenger en 1949
Jakob Sprenger en 1949

En 1935, le gouvernement Nazi interdit tous les mouvements pour les langues internationales en Allemagne, où vivait Sleumer et où résident le plus de volapükistes, après les Pays-Bas [71]. Consécutivement à l' occupation des Pays-Bas, cette loi s'y étend, mettant un terme à l'action de de Jong et de sa revue. Ce n'est qu'en 1948 que la Volapükagased pro Nedänapükans paraît à nouveau, avec un édito titré Finalement après un temps long ! (Fino pos tim lunik!).

Cette même année, à cause de difficultés matérielles évidentes dans une Allemagne détruite par la guerre, Sleumer transmet le rôle de Cifal au Suisse Jakob Sprenger, après que, à partir de 1947, de Jong ait expédié les affaires courantes comme « cifal nelaidüpik », Cifal provisoire [72] ; malade, il transmet à son tour dès 1950 le poste à Johann Schmidt, et meurt le [73]. Considérant qu'un Allemand ne pouvait toujours pas diriger le mouvement, notamment à cause de problèmes douaniers, Schmidt transmet ses pouvoirs, tout en conservant sa fonction, à Arie de Jong [74], devenu entre-temps Vicifal (Cifal adjoint). En 1956, de Jong laisse la rédaction de la Volapükagased pro Nedänapükans à Filippus Krüger, qui la renomme simplement Volapükagased en 1958. La date à laquelle de Jong cesse d'agir avec les pouvoirs du Cifal est inconnue, mais il meurt le à Putten (c'est donc le terminus ad quem pour la reprise des pouvoirs de Cifal par Schmidt) [75].

Survie du mouvement après la mort d'Arie de Jong

Après la mort d'Arie de Jong, le volapük entre dans sa troisième phase : après celle de la création sous Schleyer, puis celle de la stabilisation avec Arie de Jong, vient celle de la conservation, qui dure jusqu'à aujourd'hui [76]. Dans une lettre envoyée le à Brian Bishop par Johann Schmidt, ce dernier déclare :

Photographie en noir et blanc de Johann Schmidt en 1951
Johann Schmidt en 1951

« Le volapük ne mènera plus la bataille pour recevoir une influence et une place au milieu des autres systèmes [de langues auxiliaires internationales]. Je suis le Cifal et je déclare cela. Nous voulons tout organiser dans le grand mouvement volapükiste, nous voulons entretenir cette langue exactement comme on entretient le grec ancien ou le vieux saxon [77]. »

En 1962, la Volapükagased cesse de paraître [78], mais le mouvement continue d'éditer de petits livres et vocabulaires (le plus important de cette période étant peut-être Jenotem valemapüka „Volapük“, Histoire de la langue universelle « volapük », publié par Schmidt en 1964 [79].

Le , Schmidt décède subitement [80], laissant le rôle de Cifal au polyglotte néerlandais Filippus Johann Krüger ( 1911- 1992) qui le transmet en 1984 au Britannique Brian Reynold Bishop (° 1934), qui avec un autre Britannique, Ralph Midgley (fondateur de la revue Vög Volapüka [81] en 1989), nommé gouverneur (« guvan ») réorganise les activités sur Internet.

Le volapük aujourd'hui

Avec l'arrivée d' Internet, le mouvement volapükiste connaît un nouveau regain d'activité, avec notamment la création d'une page web, d'un groupe de discussion Yahoo et d'une page Facebook. Depuis 2004, Wikipédia propose une version en volapük, qui contient aujourd'hui plus de 120 000 articles, même s'il s'agit en majorité d'ébauches géographiques créées par des bots [82].

Au niveau institutionnel, en 2014, Hermann Philipps remplace Brian Bishop comme Cifal [83], c'est-à-dire dirigeant, successeur de Schleyer, et, depuis 2015, un Cifal adjoint (« vicifal ») est nommé en la personne de Daniel Morosof, de Russie [84].

Aujourd'hui, le volapük n'est plus proposé comme langue auxiliaire internationale, et toute mention politique est absente des nouveaux statuts de la Société internationale du volapük (Sog bevünetik Volapüka) promulgués en 2007 par le Cifal de l'époque, Brian Bishop [85]. Dans une interview publiée en 2015 dans une traduction en espéranto, Hermann Philipps nie la possibilité pour toute langue auxiliaire internationale de réussir. Selon lui, le volapük s'apprend surtout par jeu et pour l'intérêt historique ou interlinguistique que présente cette langue [86].

La communauté se réunit surtout autour de Facebook et du groupe Yahoo déjà cités, mais la petite revue Vög Volapüka (La Voix du volapük) [81], fondée en 1989 par Ralph Midgley et éditée aujourd'hui par Hermann Philipps, publie encore chaque mois des nouvelles, des traductions littéraires, des notices historiques ou grammaticales, à l'attention des volapükistes. L'éditeur irlandais Evertype [note 19], déjà responsable de la republication en fac-similé du dictionnaire et de la grammaire d'Arie de Jong, a aussi publié un recueil de nouvelles de science-fiction publiées initialement dans Vög Volapüka [87], et travaille sur la publication d'une traduction commentée de la grammaire d'Arie de Jong en anglais et en allemand [88].

En dehors des cercles volapükistes et interlinguistes, le volapük est connu par son acception courante péjorative. Par exemple, le général de Gaulle l'évoqua dans sa conférence de presse du 15 mai 1962 :

«  Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent à toute l' Europe dans la mesure même où ils étaient respectivement et éminemment italien, allemand et français. Ils n'auraient pas beaucoup servi l'Europe s'ils avaient été des apatrides et s'ils avaient pensé et écrit en quelque espéranto ou volapük intégré [89]. »

Cette signification de « création artificielle sans âme » n'est pas la seule survivance péjorative du volapük dans le langage courant. Dans certaines langues, « volapük » a pris le sens de charabia, parmi lesquelles le danois, où l'expression « det er det rene volapyk for mig » (littéralement « c'est du pur volapük pour moi ») correspond au « c'est du chinois » français.

Parfois, les deux sens péjoratifs se mélangent. Dans son Lexicon of Musical Invective (Lexique d'invectives musicales), où il recense des critiques négatives faites à des œuvres musicales du XIXe siècle et du XXe siècle considérées par la suite comme des chefs-d'œuvre, Nicolas Slonimsky donne deux références pour l'entrée « volapük », où ce terme est utilisé pour qualifier des symphonies ou opéras jugés à la fois artificiels et incompréhensibles [90].

Other Languages
Afrikaans: Volapük
አማርኛ: ቮላፒውክ
aragonés: Volapük
العربية: فولابوك
azərbaycanca: Volapük
Boarisch: Volapük
беларуская: Валапюк
български: Волапюк
català: Volapük
qırımtatarca: Volapük tili
čeština: Volapük
словѣньскъ / ⰔⰎⰑⰂⰡⰐⰠⰔⰍⰟ: Волапюкъ
Cymraeg: Volapük
Deutsch: Volapük
Ελληνικά: Βολαπιούκ
English: Volapük
Esperanto: Volapuko
español: Volapük
eesti: Volapük
euskara: Volapük
suomi: Volapük
Frysk: Folapúk
Gaeilge: Volapük
galego: Volapük
客家語/Hak-kâ-ngî: Volapük-ngî
עברית: וולאפיק
hrvatski: Volapük
Հայերեն: Վոլափյուք
interlingua: Volapuk
Bahasa Indonesia: Bahasa Volapük
Interlingue: Volapük
íslenska: Volapük
italiano: Lingua volapük
la .lojban.: volapuk
ქართული: ვოლაპიუკი
қазақша: Волапюк
한국어: 볼라퓌크
Kurdî: Volapük
Latina: Volapük
Limburgs: Volapük
lumbaart: Lengua volapük
lietuvių: Volapiukas
latviešu: Volapiks
Malagasy: Fiteny volapoky
македонски: Волапик
Bahasa Melayu: Volapük
مازِرونی: ولاپوک
Dorerin Naoero: Volapük
Nedersaksies: Volapük
Nederlands: Volapük
norsk nynorsk: Volapük
norsk bokmål: Volapük
Novial: Volapük
occitan: Volapük
polski: Volapük
Piemontèis: Lenga volapük
پنجابی: ولاپک
português: Volapuque
rumantsch: Volapük
română: Volapük
русский: Волапюк
Scots: Volapük
srpskohrvatski / српскохрватски: Volapik
Simple English: Volapük
slovenčina: Volapük
slovenščina: Volapik
српски / srpski: Волапик (језик)
svenska: Volapük
Türkçe: Volapük
українська: Волапюк
vèneto: Volapük
Tiếng Việt: Volapük
Volapük: Volapük nulik
ייִדיש: וואלאפוק