Victor Segalen

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Victor Segalen
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Portrait de Victor Segalen en 1904 par Louis Talbot.
Nom de naissanceVictor Joseph Ambroise Désiré Segalen
Naissance
Brest (France)
Décès (à 41 ans)
Huelgoat (France)
NationalitéDrapeau de la France Française
Activité principale
Auteur
Langue d’écritureFrançais
Genres

Œuvres principales

Signature de Victor Segalen

Victor Segalen, né le à Brest et mort le à Huelgoat, est un médecin, romancier, poète, ethnographe, sinologue et archéologue français.

Biographie

Jeunesse

Victor Segalen (au centre) et sa famille vers 1887.

Victor Joseph Ambroise Désiré Segalen naît le au 17 rue Massillon dans le quartier de Saint-Martin à Brest[1], fils de Victor-Joseph Segalen (écrivain du commissariat de la marine) et d'Ambroisine Lalance[2]. Il effectue sa scolarité en grande partie au collège des Jésuites de Brest de Notre-Dame-de-Bon-Secours[3]. À 15 ans, il échoue au baccalauréat[4] mais entre l'année suivante en classe de philosophie au lycée de Brest et y obtient le prix d'excellence[5]. En 1895, il s'inscrit à la faculté des sciences de Rennes[5] sous la houlette de sa mère[6] et débute rapidement ses études à l'école préparatoire de médecine de Brest en 1896[7]. Suivant les traces de son grand-oncle Pierre-Charles Cras et de son oncle Émile Lossouarn, il étudie de 1897 à 1902 à l'École Principale du Service de Santé de la Marine appelée dans le milieu La Principale[8] à Bordeaux[Note 1]. La discipline militaire ne lui laisse que peu de loisirs mais il s'adonne à la musique et à la bicyclette[4]. Victor aurait souhaité devenir officier de marine, mais cela lui est impossible car il est myope[9].

Débuts littéraires

Après une première dépression nerveuse à cause d'une liaison amoureuse contrariée en 1899, il s'intéresse aux maladies nerveuses et mentales, et découvre Friedrich Nietzsche[10]. Cette même année, lors de ses vacances en Bretagne, il écrit pendant l'été son premier récit : A Dreuz an Arvor[11]. En novembre 1901, il passe à Paris et fait la connaissance de personnalités de la revue française Le Mercure de France[9] qui l'encouragent dans ses travaux[12] et où il publiera ses premiers articles : Rémy de Gourmont et Catulle Mendès, ainsi que Joris-Karl Huysmans qu'il a déjà rencontré une première fois en 1899[13]. Il soutient sa thèse de médecine le dont le titre universitaire est « L´observation médicale chez les écrivains naturalistes »[9] qui traite des névroses dans la littérature contemporaine[14]. Elle est publiée par un éditeur bordelais, Y. Cadoret, qui édite la version universitaire mais aussi une version à faible tirage ayant pour titre Cliniciens ès lettres[12]. De février à septembre 1902[15], il effectue un stage au Centre d'instruction naval de Saint-Mandrier près de Toulon[9] et son affectation en Polynésie sort dans le Journal Officiel le 20 septembre[15]. Il part du Havre le 11 octobre sur le paquebot La Touraine pour aller à Tahiti via New York où il rejoint San Francisco par le train ; mais la fièvre typhoïde le retient deux mois aux États-Unis. Il en profite pour prendre contact avec le quartier de Chinatown et sa population chinoise[6]. Le , il embarque sur le paquebot Mariposa pour rejoindre Tahiti.

Polynésie

Village breton sous la neige par Paul Gauguin, tableau rapporté par Segalen à son retour des Marquises.

À son arrivée, le , il est affecté en tant que médecin de la marine de deuxième classe sur l'aviso La Durance. Comme il n'aime pas la mer pour naviguer, il profite des escales pour découvrir de nouveaux paysages et d'autres cultures et civilisations. À la suite d'un cyclone, il participe à deux expéditions de secours dans l'archipel des Tuamotou[16]. Lors d'une mission de La Durance à Atuona (Ile Hiva-Oa) aux îles Marquises qui devait ramener à Tahiti les bagages de Paul Gauguin décédé trois mois auparavant et inhumé au cimetière du Calvaire, il a l'occasion d'acheter aux enchères le 3 septembre des bois sculptés, la palette du peintre[17] et ses derniers croquis qui seraient, sans lui, partis au rebut, à l'image du tableau intitulé « Village breton sous la neige[18] » qu'il rapporte en métropole. Il dira plus tard « Je n'aurais pas pu comprendre cette terre sans être confronté aux croquis de Gauguin »[19]. Il confie ce tableau au peintre George-Daniel de Monfreid, ami de Gauguin, pour terminer les coins laissés inachevés[18].

En 1904, il passe un court séjour à Nouméa, où il travaille beaucoup aux Immémoriaux[20] qui raconte l'agonie de la civilisation maorie décimée par la présence européenne[14], roman qui sera publié en 1907 sous le pseudonyme de Max-Anély. Puis il repart vers la France, toujours sur La Durance avec un journal et des essais sur Gauguin et Rimbaud, qui ne seront publiés qu'en 1978. Lors d'une escale à Djibouti, Segalen interroge les témoins du passage de Rimbaud[21], mort à Marseille treize ans plus tôt. De retour en France, il épouse dans l'église St-Louis à Brest le la fille d'un médecin brestois, Yvonne Hebert[22] (décédée en 1968), qu'il rencontre au mariage de son ami Émile Mignard en février[23]. C'est le à Brest que nait son fils Yvon Segalen. En avril, il rencontre Claude Debussy pour lui soumettre un livret en cinq actes, Siddhârta, qu'il est en train d'écrire. Mais le côté métaphysique du sujet et la difficulté à le mettre en musique obligent le compositeur à refuser[24]. Il lui propose alors de travailler sur un drame lyrique dont celui-ci composerait la musique : Orphée-Roi. Le livret de l’œuvre sera finalement publié seul en 1921[25].

Chine

Carte des deux expéditions archéologiques de 1909 et 1914 en Chine.

Première expédition

En tant qu'officier de marine, il peut prétendre à se présenter comme interprète de la marine et être affecté en Chine pour deux ans afin d'y apprendre la langue et la culture, comme certains de ses camarades de l'école navale[26]. En mai 1908, il suit les cours de chinois à l'école des langues orientales à Paris et au Collège de France sous la houlette du professeur Édouard Chavannes. Puis sur les conseils du sinologue Arnold Vissière[27], il continue son cursus à Brest auprès d'un chinois de Hankou. Il devient médecin de 1re classe le [8]. L'année suivante, il est reçu à son examen vers la mi-mars et obtient son détachement en Chine. Il embarque à Marseille le [26], rejoint Pékin par le train en mai et entreprend en août une expédition de dix mois en Chine centrale en compagnie de l'écrivain Gilbert de Voisins. Après le mois de février au Japon, il retourne à Pékin où il s'installera en mars 1910 avec sa femme et son fils Yvon.

En 1911, il participe à l'organisation de la quarantaine du grand port de Shanhaiguan à une douzaine d'heures de Pékin pour combattre la peste venant de Mandchourie[28]. Il est le secondant de Joseph Chabaneix, avec qui il se lie d'amitié, car Joseph est le frère de Paul, autre médecin ayant fait sa thèse intitulée « Essai sur le subconscient dans les œuvres de l'esprit » (1897) et citée par Segalen dans sa thèse de 1902.

Après sa nomination en mai au poste de médecin-major de deuxième classe à l'Imperial Medical College de Tianjin, il enseigne la physiologie[9]. En 1912, pour donner plus d'intensité à un texte en prose, il consomme de l'opium dans des fumeries afin de rédiger son poème Odes. Le 6 août, sa fille Annie (décédée le , à l’âge de 87 ans), diminutif de son premier nom d'auteur[3], voit le jour à Tientsin[8]. La même année, la première édition de Stèles, recueil de 48 poèmes inspirés par sa première expédition, a lieu à Pékin. En octobre 1912, il laisse sa femme et ses deux enfants à Tientsin, pour soigner le fils du président de la République, Yuan-che-kai, victime d'une chute de cheval dans sa résidence d'été de la province du Hunan[29].

Vers le 15 avril 1913, Joseph Chabaneix est atteint du typhus, il meurt en quinze jours, après une agonie de cinq jours. Segalen est à ses côtés, nuit et jour, il écrit :

« J'ai déjà vu mourir trois fois ce qui est notre camarade et dont on ne peut plus dire s'il est lui, s'il a été, s'il existe ou est ailleurs, ou nulle part. Jamais je n'ai suivi d'agonie comme celle là »

Selon J. Brossollet, cette expérience pèsera sur le reste de sa vie[30].

Seconde expédition

L'écrivain se rend à Paris en juillet 1913, sa femme Yvonne enceinte restant à Tientsin, pour préparer une mission archéologique officielle avec Gilbert de Voisins[31]. Il en repart le avec Gilbert et Suzanne Hébert en passant par Moscou pour prendre le transsibérien[32]. Ce sera l'expédition "Segalen-Lartigue-de Voisins", consacrée aux monuments funéraires de la dynastie des Han qui doit parcourir la Chine suivant une grande diagonale du Nord-Est au Sud-Ouest soit 6000 km [4]. Son troisième enfant, Ronan Segalen, nait le à T'ien-Tsin (décédé en 2006)[33].

Il découvre le la statue la plus ancienne de la statuaire chinoise (un cheval dominant un barbare)[34]. Cette étude sur la sculpture chinoise ne sera publiée qu'en 1972 (Grande Statuaire chinoise).

Première guerre mondiale

Victor Segalen rendant visite à Gilbert de Voisins, hospitalisé et réformé à Belfort en 1916.
Photo de deux Bìxì, par Segalen, à la tombe de Xiao Xiu (zh) (萧秀) en 1917

Sa mission en Chine achevée, il souhaite se rendre en Birmanie avant la fin de 1914 ; mais il reçoit, en tant que militaire le , alors qu'il se trouve à Kiang-fou (Lijiang) dans le Yunnan, une missive l'informant du début de la guerre entre la France et l'Allemagne[3]. L'écrivain embarque à Saigon avec sa femme en laissant ses deux plus jeunes enfants aux soins de sa sœur, pour rejoindre son affectation à l'hôpital de Rochefort[35] puis, en novembre, à l'hôpital militaire maritime de Brest[6].

À sa demande, Segalen se retrouve en mai sur la ligne de front, près de Dunkerque à Dixmude, en tant que médecin d'une brigade de fusiliers-marins. Mais victime d'une gastrite aiguë, il retourne à l'arrière en juillet 1915[36]. Après sa convalescence à l'Hôtel-Dieu de Rouen, il retourne à Brest comme directeur-adjoint de l’hôpital militaire, poste qui lui laisse le temps de publier en juin 1916, Peintures[37].

Le ministère lui propose une autre mission en Chine pour recruter des travailleurs destinés à remplacer les ouvriers combattants sur le front. Il arrive en Chine le où il reste 15 mois. Il examine jusqu'à deux cents travailleurs chinois par jour tout en poursuivant ses recherches archéologiques. Segalen profite d'un congé sur place pour étudier et prendre en photo les sépultures de la région de Nankin et comble ainsi une lacune de six siècles entre le style de Han et celui des Tang[6]. Il y croise Saint-John Perse[35].

Il rentre en France en mars 1918 et reprend son poste à l’hôpital militaire maritime de Brest où il travaille au poème Tibet. De mai à juillet 1918, il suit un stage de spécialiste en dermatologie et vénérologie à l'hôpital du Val-de-Grâce[38]. Mobilisé à l'hôpital maritime de Brest comme chef du service de dermatologie et de vénérologie afin de lutter contre l'épidémie de grippe espagnole, il se surmène, devient dépressif et est hospitalisé à Brest[39]. Dès l’armistice, le , il entame des démarches pour son projet d’Institut de sinologie à Pékin mais son état de santé se dégrade avec des crises de dépression qui n'étaient pas sans rapport avec son utilisation de l'opium[3].

Fin de vie

En janvier 1919, il tombe gravement malade et est hospitalisé temporairement pour une « neurasthénie aiguë » dans le service de psychiatrie de l'hôpital maritime de Brest, puis à celui du Val-de-Grâce[40]. On lui accorde un congé de convalescence de deux mois qu’il passe avec Yvonne en Algérie jusqu’au 1er avril chez Charles de Polignac (l'explorateur du Haut Yangzi, grand fleuve chinois)[14]. Il rentre épuisé, luttant en vain contre un état dépressif. Il rejoint Huelgoat pour sa convalescence. Le matin du mercredi quittant l'hôtel d'Angleterre, il part en forêt pour une promenade. Son corps inanimé est découvert quarante-huit heures plus tard par Hélène Hilpert, une amie d'enfance, et Yvonne, sa femme qui connaissait l'endroit où il avait l'habitude de se réfugier[3], un exemplaire de Hamlet à portée de main et son manteau plié. Une blessure au talon et un garrot suggèrent que Segalen s’est entaillé le pied sur une tige taillée en biseau et qu'il serait mort après être tombé en syncope. On découvre qu'il s'est fait un garrot à la cheville pour arrêter l'hémorragie[41] mais ne l'aurait-il pas fait pour masquer son suicide[42] ? Une stèle à son nom se trouve au niveau du gouffre à Huelgoat. Yvonne qui voulait des obsèques rapides, demande au médecin de retarder la date de la mort de Victor de deux jours correspondant à la date de découverte du corps pour éviter une autopsie[43]. C'est donc le 23 mai 1919 à cinq heures du soir que le décès de Victor Segalen est mentionné sur sa fiche militaire[44]. Les obsèques ont lieu le samedi 24 mai à l'église de Huelgoat. Selon ses volontés, il est inhumé au vieux cimetière de la commune où un petit chêne vert ombrage sa tombe[45] recouverte d'une épaisse dalle de granit à peine équarrie[46].

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