Titulature royale dans l'Égypte antique

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Titulature.
Wikipédia:Articles de qualité Vous lisez un «  article de qualité ».
Rocher gravé
Titulature de Psammétique Psammétique II à Assouan - XXVIe dynastie. De gauche à droite, les noms d'Horus, de Nesout-bity et de Sa-Rê.

Dans l' Égypte antique, la titulature royale est l'ensemble des noms officiels par lesquels un pharaon est désigné dans les textes légaux et les grandes inscriptions dédicatoires. La titulature du roi d'Égypte se compose de cinq « Grands Noms », chacun formé d’un titre suivi d’un nom proprement dit. Ces cinq appellations définissent la nature royale et constituent en même temps une idéologie du pouvoir. L'usage de la titulature se met en place dès l'aube de la monarchie pharaonique et perdure jusqu'à la fin de l'institution au moment de l'incorporation de l'Égypte dans l' Empire romain.

À partir du Moyen Empire égyptien, les cinq noms se suivent dans un ordre canonique et invariable. Les quatre premiers sont attribués à l'occasion du couronnement. Le nom d'Horus est le plus ancien titre attesté par les sources. Dès l' époque prédynastique, il place le détenteur de la charge royale sous la protection du dieu faucon Horus ; une très ancienne divinité céleste et solaire adorée à Nekhen. Ce nom s'inscrit invariablement dans le serekh qui est l'image stylisée du palais royal. À partir de la Ire dynastie, le nom de Nebty ou des Deux Maîtresses place le roi sous la protection de Nekhbet et Ouadjet, les déesses vautour et serpent protectrices de la Haute et Basse-Égypte. À partir de la IIIe dynastie, le nom d'Horus d'or associe le dieu Horus à l'éclat de l' or. Il s'agit d'une évocation de la brillance de l'astre diurne dans le ciel mais aussi une référence voilée au dieu Seth par ailleurs surnommé « Le doré ». Dès la Ire dynastie, le nom de Nesout-bity fait référence à la royauté en tant qu'institution divine et pérenne (nesout) mais aussi en tant que charge éphémère (bity) exercée par un mortel. Ce nom s'inscrit dans un cartouche et a la préférence des Égyptiens lorsque le pharaon n'est désigné que par un seul de ses titres.

Le nom de Sa-Rê ou Fils de Rê, en usage à partir de la IVe dynastie, est le nom de naissance du prince héritier, attribué par sa mère dès le premier jour de son existence. Comme le précédent, ce nom se trouve inscrit dans un cartouche à partir de l'intronisation. C'est aussi le nom auquel les égyptologues ajoutent un nombre romain (Amenhotep III ou Ramsès II par exemple) afin de distinguer les monarques entre eux au sein d'une même dynastie. Cette pratique, totalement ignorée des Anciens Égyptiens, est un mode de désignation commode. Aussi, se trouve-t-il invariablement utilisé dans les livres de vulgarisation à l'adresse du grand public.

Chaque titulature est élaborée par un collège de prêtres au moment de l'accession au trône. Elle est ensuite officiellement promulguée et diffusée auprès des différentes autorités subalternes du pays. Dès la mise en place de l'écriture hiéroglyphique, les scribes ont fait œuvre d'archivistes. On possède ainsi des listes nominales plus ou moins exhaustives sur papyrus et sur pierre. Certaines se trouvent gravées au sein des temples dans le cadre du culte funéraire royal. La monarchie pharaonique s'est fortement appuyée sur certaines valeurs fondamentales et les titulatures sont le reflet de ce fait idéologique. Plusieurs concepts ont sans cesse été mis en exergue comme la piété envers le dieu solaire, le principe de la dualité monarchique, l'attachement à la Maât (ordre social et cosmique), l'entretien des forces vitales ou le combat face aux forces hostiles.

Généralités

Symbolique du nom

Article connexe : Étymologie du terme pharaon.

Dans l'imaginaire collectif contemporain, le mot « pharaon » est emblématique de l' Égypte antique ; une civilisation par ailleurs aussi qualifiée d'Égypte pharaonique. Synonyme de « roi d'Égypte » [n 1], le terme « pharaon » n'a cependant jamais fait partie de la titulature officielle des souverains égyptiens. Dans la langue égyptienne, le mot per-aâ « pharaon » en tant que désignation de l'individu régnant est d'un emploi tardif ; pas avant le Nouvel Empire. Sa présence dans les langues actuelles (Pharao en allemand pharaoh en anglais, faraón en espagnol, faraone en italien, etc.) s'est faite par l'entremise de la Bible, en particulier du Livre de l'Exode où le personnage de Pharaon s'oppose avec véhémence au prophète Moïse [1].

Mur sculpté de hiéroglyphes
Vue sur la titulature de Ramsès Ramsès II, Tanis, XIXe dynastie.

Dans l'Égypte antique, comme dans d'autres sociétés anciennes ou primitives, donner un nom ( ren) à une personne est lourd de signification. Le nom de l'enfant est généralement donné par la mère à la naissance. Il est choisi en fonction des croyances religieuses locales ou est le reflet de préoccupations familiales plus particulières [2]. À partir de l' Ancien Empire, lors du couronnement, chaque nouveau pharaon se voit attribuer une titulature sacrée composée de cinq noms différents. Mis ensemble, ces derniers constituent le programme mystique du règne. Les noms royaux sont tout naturellement imprégnés d'un fort symbolisme politique et religieux car ils visent à intégrer le titulaire de la charge royale dans la sphère du sacré. Tout au long de la civilisation, certains concepts sont immanquablement mentionnés dans les titulatures comme la puissance, la compétence, la fécondité, la vitalité et l'harmonie cosmique ( Maât). Dans la pensée égyptienne, le nom donne vie à la chose qu'il désigne et le détruire revient à anéantir magiquement son possesseur. D'où l'importance qu'attachent les pharaons aux noms qui les désignent et l'acharnement avec lequel ils ont fait marteler ceux d'un prédécesseur honni [3].

Description de la titulature

Partie de la titulature de Thoutmôsis III, de haut en bas, le Nom d'Horus, de Nesout-bity et de Sa-Rê. Temple de Deir el-Bahari.

Dans la langue égyptienne, le terme nekhbet désigne la titulature officielle composée des cinq ren « noms » ou ren-our « grands noms ». L'expression ren-maâ ou « nom véritable » s'applique aux quatre nouveaux noms attribués lors de l'investiture en plus du prénom de naissance. Dans sa forme canonique, une titulature royale comprend donc cinq titres successifs [4]. Pour mieux illustrer ce fait, il est donné à lire ci-dessous la traduction intégrale de deux titulatures royales. La première est celle du pharaon Sésostris Sésostris III qui conduisit plusieurs expéditions militaires en Nubie sous la XIIe dynastie (XIXe siècle av. J.-C.) :

  • Horus : Netjeri kheperou, Celui dont les devenirs sont divins.
  • Nebty : Netjeri mesout, Celui dont les naissances sont divines.
  • Horus d'or : Bik nebou kheperou, Le faucon d'or est advenu.
  • Nesout-bity : Khâkaourê, Les kaou de Rê sont apparus.
  • Sa-Rê : Senyousret, L'homme de la Puissante (en grec : Sésostris) [5].

La seconde titulature est celle de Thoutmôsis Thoutmôsis III, un des plus glorieux représentant de la XVIIIe dynastie (XVe siècle av. J.-C.) :

  • Horus : Kanakht Khâemouaset, Taureau puissant qui apparaît radieux à Thèbes.
  • Nebty : Ouahnesytmirêmpet, Qui établit durablement la royauté [sur terre] à l'instar de Rê dans le ciel.
  • Horus d'or : Sékhempéhty Djéserkhâ, Imposant de vigueur, radieux d'apparition.
  • Nesout-bity : Menkhéperrê, La Manifestation de Rê est durable.
  • Sa-Rê : Djehoutymès, Mis au monde par Thot (en grec : Thoutmôsis) [6].

Transcriptions modernes

hiéroglyphes
Liste d'Abydos - Cartouches des pharaons Menpehtyrê ( Ramsès Ramsès Ier) no 75 et Menmaâtrê ( Séthi Séthi Ier) no 76.

La transcription des noms royaux égyptiens est caractérisée par quatre faits notables. Contrairement à l'habitude des monarchies européennes modernes, les Anciens Égyptiens tout imprégnés de leur vision cyclique du temps, n'ont pas numéroté les prénoms de leurs souverains afin de les inscrire dans la continuité. Cette habitude ne s'est instituée qu'avec la mise en place de la science égyptologique au XIXe siècle dont les savants pionniers sont tous de culture européenne. Deuxièmement, l'orthographe des noms royaux est différente selon que l'on translittère les hiéroglyphes ou que l'on utilise le nom donné par les historiens grecs. Par exemple, la dénomination Amenhotep (nom transcrit de l'égyptien ancien) est identique à Aménophis (nom grec) ; Djehoutymès à Thoutmôsis ; Chepseskaf à Sebercheres ou à Sasychès. Troisièmement, une des règles de l'écriture hiéroglyphique est l' antéposition honorifique du glyphe divin. Cela revient à inscrire le symbole divin avant tous les autres quand bien même il faut le lire en dernier [7]. Cette règle de lecture est ignorée des premiers égyptologues qui ont ainsi transcrit fautivement le sigle divin en premier. De ce fait, certaines dénominations royales sont traditionnellement connues par deux transcriptions ; tel Raneb (ancienne et fausse transcription) et Nebrê (bonne transcription). Quatrièmement, les égyptologues perpétuent la pratique des historiens grecs qui vise à donner la préférence au Nom de Sa-Rê pour désigner le souverain égyptien. Or, la lecture des listes royales compilées par les Anciens Égyptiens ainsi que des noms figurant sur les statues royales montre que ces derniers ont prioritairement désigné et connu leurs souverains par le Nom de Nesout-bity ; Khâkhéperrê pour Sésostris Sésostris II, Khâkaourê pour Sésostris Sésostris III, Âakhéperenrê pour Thoutmôsis Thoutmôsis II, ''Menkhéperrê pour Thoutmôsis Thoutmôsis III, Ousermaâtrê-Setepenrê pour Ramsès Ramsès II, Ousermaâtrê-Mériamon pour Ramsès Ramsès III [8].

Élément de la composition de l'être

Article connexe : Composition de l'être.
photo d'une statue
Le cartouche royal personnifié empoignant deux prisonniers par les cheveux. Socle d'un pilier osiriaque de Ramsès Ramsès III - Médinet Habou - XXe dynastie.

Dans le système de pensée des Anciens Égyptiens, l'être humain est composé de plusieurs éléments matériels et immatériels ( corps, âme-Ba, vitalité-Ka, ombre, cœur) qui lient le monde terrestre des humains au monde invisible des dieux et ancêtres. Le nom est l'un de ces éléments essentiels qui définissent et situent l'individu dans la Création. La titulature royale est intimement liée aux statues et aux autres représentations iconographiques de Pharaon. Une statue anonyme est inconcevable car l'absence du nom du détenteur de la charge royale revient à lui dénier l'exercice de la royauté terrestre. Tout comme l'image, le nom est le signe de la présence de Pharaon [9]. Aussi, dans les temples, le nom de Pharaon est omniprésent et figure gravé sur les parois, sur les plafonds, sur les colonnes ; en des frises, entouré ou non par des serpents uræus protecteurs. À l'occasion, surtout sous le Nouvel Empire, la titulature peut représenter la personne tout entière et remplacer la figuration corporelle du pharaon. Sur des monuments, des dignitaires peuvent ainsi être montrés en adoration devant le souverain ou devant sa titulature. Sur un linteau du temple de Seth d'Ombos, le dieu vivifie Thoutmôsis Thoutmôsis Ier par l'entremise de sa titulature. Sur une décoration du coffre du char de Thoutmôsis Thoutmôsis IV, le nom royal semble doté d'une vie propre en étant anthropomorphisé. En lieu et place du pharaon, le cartouche d'une main empoigne un ennemi par les cheveux tandis qu'avec l'autre il brandit une massue pour l’assommer. Le cartouche est en outre figuré avec une tête de faucon horienne couronnée du pschent et muni de plumes caudales [10]. À Médinet Habou, sur la tranche du socle de certaines statues colossales de Ramsès Ramsès III, le cartouche est là aussi muni de deux bras. Il tient captif et encordé quatre hommes qui sont les symboles des pays étrangers soumis à la puissance de Pharaon [11]. L'identité de substance entre le nom et l'image de Pharaon trouve son expression la plus aboutie dans un groupe statuaire dédié conjointement à Ramsès Ramsès II et au faucon Houroun. Le disque solaire () couronnant le corps enfantin du roi (mès) et le jonc (sou) qu'il tient dans la main forment le rébus Râ-mès-sou qui signifie Ramsès « Rê l'a engendré » afin d'écrire le prénom de naissance du souverain [12].

Other Languages