Tell Basta

Tell Basta
Ville d'Égypte antique
Noms
Nom égyptien ancien Per Bastet
Nom grec Boubastis
Administration
Pays Drapeau de l'Égypte  Égypte
Région Basse-Égypte
Nome 18e : Nome supérieur de l'Enfant royal (jmt)
Démographie
Gentilé boubastite
Géographie
Coordonnées 30° 34′ 00″ Nord, 31° 31′ 00″ Est
Localisation

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Tell Basta est le nom arabe de la ville antique de Per Bast(et) (en égyptien) que les Grecs nommeront Boubastis. L'actuelle ville de Zagazig se trouve juste au nord-ouest du site de Tell Basta.

La ville

Située dans le delta du Nil, à 80 km au nord-est du Caire, la capitale actuelle de l' Égypte, elle est connue pour avoir accueilli un sanctuaire de la déesse Bastet (aujourd'hui en ruine). On y a retrouvé une grande quantité de chats momifiés, témoignage du culte voué à cet animal en ce lieu.

Elle était la capitale du 18e nome d' Égypte (L'enfant royal supérieur). Son nom, qui vient de l' égyptien antique Per Bastet (ou Per Bast), signifie « la maison de Bastet ».

Bastet ou Sekhmet était représentée sous la forme d'une déesse assise ou debout à tête de lionne. Elle fut assimilée à différentes déesses majeures de l'Égypte comme Sekhmet ou encore Hathor toutes deux représentant, par ailleurs, deux aspects différents de la même divinité, la fille de . Ainsi elle était étroitement associée à la mythologie solaire et apparaît dans les textes tardifs comme étant ramenée apaisée par le dieu Thot à son père sous la forme d'une chatte (voir le mythe de l'œil de Rê).

Bastet à tête de lionne ( XXVe dynastie)

Les ruines de Bubastis s'étendent sur une surface de près de 80 hectares. Malheureusement seule une petite partie du kom relevé au XIXe siècle est accessible aujourd'hui aux fouilles, le reste des vestiges ayant été engloutis sous les cultures ou recouverts par l'essor continu de la ville de Zagazig.

Le site remonte pourtant aux temps prédynastiques. Une nécropole de cette période a été mise au jour au nord du temple de Bastet non loin de la nécropole de l' Ancien Empire. À cette époque la cité était le pendant du sanctuaire d' Hathor de Dendérah que l'on désignait également sous le nom de Per-Bast du Sud. La ville semble avoir été particulièrement embellie à la fin de cette période. En effet Téti et Pépi Pépi Ier, pharaons de la VIe dynastie, y fondèrent des temples du Ka, exemples uniques qui nous soient parvenus de l'extension du culte royal en dehors de la région memphite. Bastet apparaissait alors comme l'aspect léonin de la fille de .

Bastet

La ville possédait d'ailleurs un temple d' Atoum, dont on a retrouvé les vestiges au sud du kom actuel, et formait ainsi avec ceux de Bastet et de Mahès le siège d'une triade divine particulièrement honorée tout au long de l'histoire égyptienne.

Avec la conquête romaine puis la fin de l'Antiquité le site tomba dans l'oubli progressivement et ne reprit vraiment un rôle central qu'à partir du XIXe siècle avec la modernisation du pays et la mise en valeur des terres riches du delta dans une économie qui devait alors absorber une croissance démographique rapide qui, par ailleurs, n'a cessé depuis. Cela explique pourquoi les vestiges sont disséminés au milieu de la ville moderne un peu comme certains quartiers du Caire ou de l' Alexandrie d'aujourd'hui qui, à l'occasion d'un chantier ou d'une restauration, laissent parfois s'échapper des pans entiers de l'histoire de la ville.

C'est alors la course contre le temps qui s'engage et le plus souvent seules des fouilles de sauvetage permettent d'étudier un moment cette résurgence archéologique d'un lointain passé sur laquelle la ville moderne ne peut s'arrêter qu'un instant.

Lorsque les fouilles débutèrent à la fin du XIXe siècle, les ruines de Bubastis présentaient alors l'aspect d'un gigantesque tell qui recouvrait ses vestiges et c'est précisément à l'occasion d'une de ces percées dépendantes du développement agricole de la région que la nécropole des chats sacrés de Bastet fut mise au jour au nord du site. La découverte était alors inédite et l'on retrouva, outre une quantité importante de momies du félin, des bronzes représentant la déesse sous sa forme de chatte qui ornent aujourd'hui les collections d'égyptologie de la plupart des musées. Il s'agit là sans doute d'une de ces « cachettes » aménagées par les prêtres qui régulièrement devaient vider l'enceinte du temple des innombrables ex-voto que les fidèles déposaient auprès de leur déesse.

Plusieurs de ces découvertes ont eu lieu depuis sur d'autres sites, la plus célèbre étant celle faite à Karnak dans une cour du temple d' Amon-Rê. Pour Bubastis les enfouissements de ces « encombrantes » offrandes eurent régulièrement lieu, le temple faisant l'objet d'une dévotion particulière surtout à la fin de l'histoire pharaonique du pays.

Les nécropoles

Vestiges de la nécropole principale de Bubastis

Au sud du cimetière des chats, plusieurs koms indiquent l'emplacement des nécropoles de la ville, qui s'y implantèrent dès la période prédynastique. Des fouilles récentes menées par l'université de Zagazig ont permis d'étudier les niveaux de l' Ancien Empire dégageant plusieurs mastabas dont les dimensions importantes reflètent l'importance de la cité des premiers temps, mais également des sépultures plus humbles, très souvent intactes, livrant un mobilier funéraire pauvre mais instructif sur les coutumes funéraires d'alors. Les corps étaient inhumés en position contractée la tête orientée à l'ouest et l'on plaçait autour d'eux des offrandes contenues le plus souvent dans de simples récipients en céramique. Cette pratique est d'ailleurs attestée jusqu'à la fin de l' Ancien Empire voire au-delà grâce aux inscriptions découvertes dans ces tombes.

Les tombeaux de la haute société bubastite étaient bien sûr beaucoup plus élaborés, prenant l'aspect de mastaba classiques, construits en briques crues, et dont les caveaux étaient souvent voutés. Ces tombeaux nous ont révélé les noms et les titres de plusieurs dignitaires des IVe, Ve et VIe dynasties, jusqu'ici inconnus, et qui, au vu de leurs monuments funéraires, avaient été distingués par Pharaon pour leur dévotion à Bastet.

Chat momifié

Ainsi un directeur des prêtres du temple, Ânkh-haef, contemporain de Pépi Pépi II, se fit aménager des appartements funéraires parementés de calcaire peint et inscrits de prières à Osiris et Anubis, premiers témoins des textes funéraires qui seront plus tard regroupés dans différents corpus que l'on désigne par le terme usuel de «  Livre des Morts ».

Un peu plus au sud se trouve la nécropole du Nouvel Empire dont les dimensions démontrent là encore que Bubastis était alors l'une des principales métropoles de la région.

En effet au Moyen Empire, la cité et ses temples ont été également privilégiés par les souverains de la XIIe dynastie. Un complexe palatial, peut-être rituel, est construit toujours dans le voisinage des nécropoles des périodes précédentes, au nord du temple qui lui, fait l'objet d'un programme architectural monumental au vu des vestiges qui y ont été retrouvés même s'il est difficile d'en restituer l'aspect d'alors tant le sanctuaire a été remanié aux périodes suivantes ou de s'assurer que ces vestiges proviennent bien de Bubastis, les blocs et colonnes ayant pu être remployés aux époques suivantes depuis d'autres sites délaissés comme ce fut le cas pour certaines cités majeures du delta (voir plus bas).

Le palais du Moyen Empire

Chapiteau hathorique provenant du grand hall jubilaire d' Osorkon Osorkon II à Bubastis. Œuvre usurpée du Moyen Empire - Musée du Louvre

Le palais en question que l'on a hésité un temps à identifier comme un temple, est d'un plan assez complexe et d'une vaste envergure pour une ville qui somme toute n'était alors pas la résidence royale. Les vestiges mis au jour nous ont conservé son plan partiellement et subsistent sur les premières assises de briques crues qui le composaient. L'ensemble découvert couvre une vaste surface de 4 800 m², ce qui, rappelons-le, n'est qu'une partie du palais initial le reste se trouvant sous la ville moderne actuelle. Cet imposant complexe se composait principalement d'une avant-cour donnant sur ce qui aurait pu être un pylône ou encore un portail ouvrant sur une cour péristyle d'accueil suivie d'une salle hypostyle comportant au moins six colonnes et qu'il est séduisant d'imaginer plus vaste et comme étant la salle du trône.

De part et d'autre de cet espace public divers bâtiments enfermés dans une enceinte assez épaisse devaient alors être consacrés aux diverses fonctions palatiales et administratives nécessaires à tout complexe royal.

L'un des éléments caractéristiques des palais de l'époque était la séparation nette entre le monde profane et royal, y compris au sein du palais, assurée par des murs isolant les différentes parties les unes des autres. Cela dénote une organisation administrative et fonctionnelle hiérarchisée et dont l'accès était sans doute sévèrement contrôlé par une unique entrée aménagée dans chaque mur qui ceignait chaque ensemble. La partie la plus isolée et restreinte en termes d'accès étant probablement celle concernant les appartements privés de la famille royale, mais malheureusement cette partie n'a pu être dégagée.

Si l'on suit le schéma classique du fonctionnement du palais proposé par Stephen Quirke pour désigner ces différentes parties, pour celles préservées à Bubastis nous aurions alors affaire, « seulement », aux ruines du palais externe (khenty), une partie de la salle d'audience (ouakhy), ainsi qu'une partie des greniers ou magasins (schena) qui assuraient le ravitaillement de la Grande Maison et pouvaient également stocker les revenus issus du commerce ou encore les tributs versés par les vassaux de Pharaon.

Cet ensemble est un exemple rare des complexes palatiaux édifiés au Moyen Empire par les souverains qui devaient donc se déplacer avec la cour dans les villes majeures du pays, manifestant ainsi une énergie et une activité royale qui cadrent bien avec la volonté affichée de réformer l'État à partir de la seconde moitié de la XIIe dynastie.

Une des raisons de cet intérêt et du développement de Bubastis est sans nul doute l'exploitation intensive des mines de la péninsule du Sinaï ainsi que du légendaire pays de Pount dont les expéditions maritimes ou terrestre pouvaient parfois comporter plus de 5 000 hommes. Il fallait donc une administration efficace et proche du terrain des opérations afin d'assurer leur ravitaillement et Bubastis se trouvait idéalement placée comme base arrière de ces missions essentielles à l'économie du pays.

Ruines du palais du Moyen Empire

Selon le matériel retrouvé sur le site, ce palais semble remonter en effet au moins à Amenemhat Amenemhat III et avoir été en activité jusqu'à la seconde période intermédiaire dénotant un intérêt croissant de l'administration royale pour cette partie du pays qui déjà à l'époque subissait de profonds changements avec l'arrivée régulière puis la sédentarisation de populations venant de Palestine. Il fallut alors probablement sinon bloquer, du moins contrôler davantage ces flux migratoires dans le delta oriental dont on sait qu'ils débutèrent dès le début du Moyen Empire. À cette époque les régions limitrophes étaient pour le reste sous l'influence de l'Égypte et ces mouvements de populations ne devaient alors pas représenter un réel danger.

Cependant plusieurs fondations royales de la XIIe dynastie sont attestées dans la région notamment sur le site de la future capitale des Hyksôs, Avaris. Les derniers souverains de la XIIe dynastie peut-être déjà conscients du risque que cette « invasion » progressive représentait et qui pesait déjà sur l'équilibre des forces en présence, ont sans doute cherché à asseoir davantage leur autorité à travers ce complexe palatial, retardant un temps l'échéance et la rupture qui ne sera d'ailleurs consommée que près de deux siècles plus tard le temps que l'autorité du pouvoir se désagrège progressivement sous la XIIIe dynastie.

Bubastis tombera alors sous l'influence de ces « princes des pays étrangers » (Heka-khasout) qui sous la XVe et la XVIe dynastie règneront sur tout ou partie du Double Pays.

L'apogée de Bubastis

Colonne papyriforme provenant de Bubastis - Musée du Louvre

Au Nouvel Empire, Bubastis revient au-devant de la scène avec le culte de Bastet qui s'exprima au travers du chat qui était alors l'hypostase vivante de la déesse dont la popularité ne cesse de croître à travers tout le pays. On en vint même à inaugurer un nouveau centre cultuel puis une nouvelle nécropole consacrée au félin à Saqqarah non loin de l'ancien complexe funéraire de Téti. Cette colline appelée depuis par les égyptologues colline du Bubastéïon est devenue une nécropole dans laquelle les grands du royaume de la XVIIIe dynastie se font aménager des hypogées qui ont été redécouverts récemment par les archéologues.

Bubastis est aussi une des étapes essentielles des rites de la fête-Sed, qui sanctionnent les trente premières années de règne du souverain. Ainsi sous Amenhotep Amenhotep III elle figure parmi les grandes cités que le roi visitera au cours de son jubilé. À cette occasion il fera édifier une chapelle pour célébrer l'évènement et installera, insigne honneur, des statues de ses hauts fonctionnaires dans les sanctuaires de la ville, dont notamment deux de son vizir Amenhotep dit Houy représenté en scribe assis en tailleur, et de Khérouef, le Grand intendant de son épouse royale Tiyi [1].

Par sa proximité avec Pi-Ramsès à la XIXe dynastie, Bubastis est particulièrement honorée par Ramsès Ramsès II qui embellira ou reconstruira le temple de la déesse (voir plus bas). La ville jouit alors d'une grande réputation et ses notables progressent peu à peu dans la hiérarchie ramesside au point d'en contrôler les principaux postes. En effet, il semble au vu du nombre de personnalités issues de Bubastis qui entourent Sethnakht puis Ramsès Ramsès III, que c'est de Bubastis que soient issus les militaires qui assureront le dernier sursaut du Nouvel Empire avec la XXe dynastie. La famille royale serait elle-même probablement native de cette région comme autrefois celle de Ramsès Ramsès Ier serait originaire d'une autre localité bien connue, Avaris [2].

Mais c'est surtout à dater de la IIIe période intermédiaire que Bubastis devient célèbre, et, comme nombre de sites du delta tels Tanis ou Mendès, profita de l'installation définitive de la royauté en Basse-Égypte.

Elle fut en effet le berceau de la XXIIe dynastie fondée par Sheshonq Sheshonq Ier, qui marque l'avènement de pharaons d'origines probablement berbères, entre -945 et -817. Cette dynastie de pharaons que les égyptologues qualifient de «  libyens », car issus des peuplades venant de Libye qui s'installèrent dans le delta du Nil à la fin de la période ramesside, portaient le titre de « Grands Chefs des Mâ ». Ils contrôlaient les forces armées qui garantissaient la sécurité du royaume des pharaons de Tanis à la XXIe dynastie. Lors de l'avènement de Sheshonq Ier, la royauté était affaiblie entre le pouvoir spirituel contrôlé à Thèbes par les prêtres d' Amon et le pouvoir royal basé à Tanis, la « Thèbes du Nord ». Sheshonq reconstitua sous son règne l'unité du royaume. Avec cette nouvelle dynastie les temples furent restaurés, voire agrandis, comme l'attestent les portiques dits des Bubastides à Karnak, entre le premier et le second pylône du grand temple d' Amon.

Les pharaons de la XXIIe dynastie firent alors preuve d'une énergie considérable dans leur programme architectural. Non seulement ils restaurèrent ou firent reconstruire le temple de Bastet, se réappropriant des édifices, ou tout du moins leurs éléments, remontant au Moyen Empire, mais en plus on retrouve leur intervention, le plus souvent de manière magistrale, dans les principaux temples du pays tels Karnak ou Tanis.

Bubastis qui était alors la principale cité des chefferies des Mâ devint le nouveau centre du pouvoir, bien que la nécropole royale de la XXIIe dynastie ait été retrouvée à Tanis. En effet outre les caveaux d' Osorkon Osorkon II, de Sheshonq Sheshonq II et III retrouvés pillés aux côtés des tombeaux de la XXIe dynastie, un Sheshonq fut réinstallé dans l'antichambre du caveau de Psousennès Psousennès Ier, sans doute à la suite d'un premier pillage, et fut retrouvé par la mission de Pierre Montet en 1939, dans son sarcophage en argent massif à tête de faucon. La momie portait un masque d'or massif dépourvu cependant des classiques attributs royaux ( barbe postiche et uræus), témoin sans doute de l'anarchie qui débutait alors. La dépouille du roi était toutefois couverte de bijoux prophylactiques d'une grande finesse attestant la maîtrise des arts et de l’orfèvrerie des ateliers royaux de la XXIIe dynastie.

Avec la Basse Époque, les sanctuaires de Bubastis reçurent les hommages de chaque pharaon étant parvenu à repousser les menaces étrangères devenant ainsi le siège d'un courant nationaliste puissant en réaction aux menaces des dominations assyriennes puis perses. Le développement des cultes d'hypostases à cette époque traduit cette réaction du peuple égyptien qui concentra alors sa dévotion sur les manifestations vivantes de leurs dieux pour défendre le pays contre le danger permanent d'une invasion.

Bastet devenait alors le chat sacré qui à la proue de la barque du dieu repoussait la menace du serpent Apophis garantissant ainsi le retour du dieu soleil chaque matin.

Fragment du sanctuaire de Nectanébo Nectanébo II - British Museum

Pharaon, fils de Rê, en marquant sa dévotion à la déesse participait au rétablissement du monde chaque jour et garantissait l'intégrité du royaume. Les Nectanébo, bien qu'originaires de Sébennytos, semblent avoir pleinement rempli cette fonction en consacrant un nouveau sanctuaire au cœur même du temple de la déesse.

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