Spécisme

Le spécisme (par haplologie, du mot latin species, «espèce», et le suffixe -isme) est la considération que des membres d'une certaine espèce ont des droits moraux plus étendus ou supérieurs à ceux accordés à d'autres espèces, notamment la considération morale supérieure que les humains accordent à leur propre espèce, dans un contexte lié à l'éthique et à la philosophie des droits des animaux[1]. Ce concept est surtout utilisé par les tenants de l'antispécisme.

Par extension, le spécisme renvoie aussi à l'idée que les humains accorderaient une considération morale plus ou moins importante aux individus des autres espèces animales en fonction de celle-ci : les animaux de compagnie et les animaux dont l'espèce est en danger d'extinction verraient par exemple leurs intérêts davantage pris en compte que les animaux d'élevage, ceux destinés à l'expérimentation ou encore considérés comme nuisibles.

Le concept de spécisme a été forgé à partir du début des années 1970 par analogie avec les notions de racisme et de sexisme, dans le but de dénoncer une idéologie dominante, de la même manière que la notion de patriarcat a été reprise par le féminisme radical pour définir ce qui était jugé comme une idéologie omniprésente, invisible et à l'origine de diverses injustices. Le concept de spécisme est ainsi fondamentalement lié à celui d'antispécisme[2].

Origine du terme

Pour Paul Waldau (en), le spécisme est fort ancien. Il écrit qu'on a traditionnellement justifié de ne pas prendre en compte, ou secondairement en compte, les intérêts des autres animaux par la croyance qu'ils existeraient pour notre usage[3]. Aristote affirma notamment la prééminence de l'espèce humaine au IVe siècle av. J.-C. dans son ouvrage Histoire des animaux, dans lequel il établit également une hiérarchie entre les espèces animales. Pour Isocrate, d'après Thierry Gonthier, l'animal représente alors le pôle négatif de la dualité humaine, la bestialité étant opposée au logos[4],[5]. De même, toujours selon Gonthier, l'orateur romain Cicéron au Ier siècle av. J.-C. utilise, dans ses discours, l'animal comme un outil lui permettant de développer une rhétorique qui l'aide à mettre l'homme en valeur[6]. La religion juive puis la religion chrétienne posent aussi la prééminence de l'espèce humaine sur les animaux, créés pour les humains.

Ce n'est toutefois que plus récemment que cette hiérarchie a commencé à être interrogée par certains philosophes.

Richard D. Ryder forgea le terme « spécisme » en 1970.

Le terme « spécisme » et l'idée corrélative qu'il s’agissait d'un préjugé est apparu en 1970 dans un pamphlet du psychologue Richard D. Ryder intitulé Speciesism. Ryder avait écrit au Daily Telegraph en avril et mai 1969 trois lettres critiquant l'expérimentation animale, fondées sur des incidents qu'il avait observés dans des laboratoires. Par la suite, il rejoignit un groupe d'intellectuels et d'écrivains à Oxford connu aujourd'hui sous le nom de « groupe d'Oxford », qui remettait en cause le statut et le traitement des animaux. L'une des activités de ce groupe était d'écrire et de distribuer des pamphlets, tel que « Speciesism », sur l'expérimentation animale.

Ryder explique dans son article que :

« Depuis Darwin, les scientifiques admettent qu'il n'y a aucune différence essentielle « magique » entre les humains et les autres animaux, biologiquement parlant. Pourquoi, dès lors, faisons-nous moralement une distinction radicale ? Si tous les organismes sont sur un seul continuum biologique, nous devrions aussi être sur ce même continuum. »

Il écrit que, au même moment au Royaume-Uni, 5 millions d’animaux sont utilisés chaque année pour l'expérimentation, et que cette façon de tirer bénéfice, pour notre propre espèce, de mauvais traitements infligés aux animaux relève du spécisme.

Ryder réemploie le terme dans « Expérimentations sur les animaux » dans Animals, Men and Morals (1971), un recueil d’essais sur les droits des animaux édité par trois autres membres du groupe d'Oxford, Stanley et Roslind Godlovitch et John Harris. Il établit alors un parallèle entre spécisme et racisme :

« Les mots « race » et « espèce » sont des termes aussi vagues l'un que l'autre que l'on utilise pour classifier les êtres vivants principalement sur la base de leur apparence. On peut faire une analogie entre les deux. La discrimination sur la base de la race, bien que tolérée presque universellement il y a deux siècles, est maintenant largement condamnée. De la même façon, il se pourrait qu'un jour les esprits éclairés abhorreront le spécisme comme ils détestent aujourd’hui le racisme. L'illogisme dans ces deux formes de préjugés est du même type. Si nous acceptons comme moralement inacceptable de faire souffrir délibérément des êtres humains innocents, alors il est logique de trouver inacceptable de faire souffrir délibérément des êtres innocents d'autres espèces. Le temps est venu d'agir selon cette logique. »

En français, le terme « espécisme » est parfois employé (l'anthropologue Pascal Picq dans Il était une fois la paléoanthropologie, ou encore le philosophe Jean-Yves Goffi dans Le Philosophe et ses animaux[7]).

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