Seth

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Seth
Divinité égyptienne
Caractéristiques
Autre(s) nom(s) « dieu rouge »
dieu « grand de force » (ˁȝ phty)
Nom en hiéroglyphes
sw W t
x
E20 A40

ou
s t
S

ou
z
t
X
Translittération Hannig Swtḫ
Représentation oryctérope du Cap ou chacal
Région de culte Égypte antique

Seth (de l' égyptien Setesh / Soutekh) est l'une des plus anciennes divinités égyptiennes. Sa représentation, au museau effilé et aux oreilles dressées mais tronquées, est une composition hybride née de l'imaginaire des Égyptiens des temps prédynastiques. Cette iconographie monstrueuse est peut-être inspirée de l' oryctérope, un termitivore, fouisseur des savanes africaines. Dans le mythe, Seth est le dieu de la confusion, du désordre et de la perturbation, ce que souligne l' écriture hiéroglyphique dans laquelle l'animal séthien sert de déterminatif pour des concepts négatifs (autoritarisme, fureur, cruauté, crise, tumulte, désastre, souffrance, maladie, orage).

Maître du tonnerre et de la foudre, il exerce sa puissance sur les marges de l'Égypte que sont les contrées désertiques, les zones arides et les pays étrangers à la plaine du Nil. Seth est un dieu complexe. Sa nature brutale se manifeste plus particulièrement dans un comportement sexuel agressif, tant homosexuel avec Horus qu'hétérosexuel avec de belles déesses qu'il poursuit de ses assiduités. Sa puissance désordonnée contribue néanmoins à l'équilibre cosmique. Selon la vision égyptienne, les forces destructrices sont en lutte perpétuelle contres les forces positives. En cela, Seth s'oppose à son frère Osiris, symbole de la terre fertile et nourricière. Dès les Textes des Pyramides, Seth est l'éternel rival d' Horus. Au cours d'une lutte, il arrache l' œil de son adversaire qui en retour le blesse aux testicules. L'antagonisme des deux dieux illustre la double nature de Pharaon qui unit en sa personne ces deux forces contraires mais complémentaires. Si Horus est le dieu de l'ordre pharaonique, la puissance irraisonnée de Seth participe à la symbolique royale en tant qu'image de la force violente et déchaînée que le roi déploie contre ses ennemis. Protecteur de , Seth combat le serpent Apophis et participe donc à la bonne marche du monde. Bien qu'inquiétant et lié à des forces aveuglément destructrices, Seth est cependant plus un dérangeant fripon qu'un démon maléfique, du moins dans les mythes anciens.

Ce n'est qu'à partir de la Troisième Période intermédiaire que l'image de Seth se ternit durablement, peut-être en réaction aux prises de contrôle successives de plusieurs peuples étrangers sur le royaume d'Égypte. Seth, associé aux puissances étrangères, devient l'agent maléfique de la perte du pays. Les mythes relatifs à Seth le dépeignent alors comme ambitieux, comploteur, manipulateur, se concentrant sur l'assassinat de son frère Osiris. Il est progressivement confondu avec Apophis, le serpent du chaos, malgré l'ancienne tradition selon laquelle il le combattait au nom de Rê. Le monde grec l'a identifié à Typhon, monstre primordial du chaos et entité maléfique comparable.

Figure emblématique

Animal séthien

 dessin
Croquis de l'animal séthien d'après une tombe de Beni Hassan (période du Moyen Empire).

Dès les débuts de l' égyptologie, la morphologie générale de Seth sous sa forme entièrement animale a beaucoup intrigué les savants. Pour les fondateurs de la science comme Jean-François Champollion (1790-1832), Ippolito Rosellini (1800-1843) ou Karl Richard Lepsius (1810-1884), il s'agit d'un animal imaginaire né de l'esprit humain. Leurs successeurs se sont éloignés de cette thèse et ont tenté de déterminer précisément son identité zoologique. La représentation de l'animal séthien, telle qu'elle est connue depuis la IIIe dynastie, lui donne un corps de canidé efflanqué. Son museau est long et courbé, ses oreilles sont droites et tronquées comme aucun animal sauvage n'en est doté. Sa queue est toujours dressée même quand l'animal est figuré couché sur son ventre. Cet aspect étrange fit naître bon nombre d'hypothèses. Tour à tour, l'animal été identifié à l' âne, l' oryx, l' antilope, le lévrier, le fennec, la gerboise, le chameau, l' okapi, l' oryctérope, la girafe, le tapir, le lièvre, etc. Il y a cependant toujours eu des égyptologues pour dire que l'animal était fabuleux tels les Allemands Ludwig Borchardt (1863-1938) et Günther Roeder (1881-1966). Selon le Néerlandais Herman te Velde, auteur en 1967 d'une monographie sur Seth, le hiéroglyphe de l'animal séthien ne représente aucun animal réel et vivant. Des indices laissent même avancer que les Égyptiens le considéraient comme un animal fabuleux. Dans une tombe de Beni Hassan datée du Moyen Empire, des scènes de chasse montrent différents animaux censés peupler le désert. L'animal séthien, nommé Sha, est suivi d'un canidé à tête de faucon et muni d'ailes et d'un second être, un canidé à tête de serpent. Le débat est cependant loin d'être clos et régulièrement des arguments sont avancés pour identifier l'animal séthien à tel ou tel animal réel [1].

Seth l'oryctérope ?

Article connexe : Oryctérope.
gravure en noir et blanc
Oryctérope, vue d'artiste (période contemporaine).
dessin en noir et blanc
Animal séthien figuré sur la massue du roi Scorpion II ( Période prédynastique).

En 2005, l' africaniste belge Pierre de Maret, tout en admettant que l'animal séthien soit un être fabuleux et composite, montre que l' oryctérope a sans doute servi de référent zoologique majeur pour cette construction issue de l'imaginaire humain. Mammifère solitaire et fouisseur efficace, l'oryctérope ne sort que la nuit de son terrier pour se nourrir. Son régime se compose principalement de termites, mais aussi de pupes d'insectes et de végétaux divers, dont le concombre sauvage. Glouton, son poids peut varier de 40 à 100 kg selon les saisons et la quantité de nourriture disponible. Doté d'une très mauvaise vue mais d'un odorat très fin, l'oryctérope renifle bruyamment le sol lorsqu'il se met à quêter les insectes. Effrayé, ses sursauts sont spectaculaires ; blessé ou apeuré, son cri est sourd proche du hurlement de la hyène. En temps normal, sa démarche rappelle celle des suidés, saccadée, zigzagante et ponctuée de grognements [2].

dessin
Les dieux Seth et Anubis d'après le plafond astronomique du tombeau de Séthi Séthi Ier. ( Nouvel Empire).

De nos jours, l'oryctérope n'est attesté qu'à travers l' Afrique subsaharienne. Dans la vallée du Nil, il faut ainsi descendre dans les régions méridionales du Soudan pour en rencontrer. L' archéozoologie des sites égyptiens n'a jusqu'à présent pas livré de restes osseux de cet animal. Faute de traces certaines, il est malgré tout possible de croire que les Égyptiens de la période prédynastique, du moins ceux de Haute-Égypte, ont côtoyé et connu l'oryctérope. Selon toute vraisemblance, l'animal est figuré sur quelques vases datés des époques Nagada II (3500-3300 av. J.-C.) et Nagada III (3300-3100 av. J.-C.) [3]. Il disparaît d'Égypte après cette période à cause des changements climatiques, son biotope, la savane, faisant progressivement place au désert du Sahara.

Les plus anciennes représentations, certaines et connues, de l'animal séthien remontent à la Dynastie 0 [4]. La massue de Scorpion II montre un animal massif au dos court, muni de courtes pattes griffues, d'une grosse queue dressée, d'un long crâne surmonté de deux oreilles allongées et d'un museau long en forme de groin. Cette iconographie semble somme toute s'inspirer de l'oryctérope. Avec le temps les représentations évoluent. Au Moyen Empire, le corps de l'animal séthien devient plus svelte et plus haut sur pattes, sa tête cependant change peu. Durant la période ramesside, il est hautement probable que l'oryctérope a inspiré l'artiste chargé de peindre le dieu Seth, homme à tête d'animal, qui figure sur le plafond astronomique du tombeau de Séthi Séthi Ier. Le souverain s'est peut-être fait livrer un oryctérope depuis les territoires nubiens les plus reculés ; l'animal pouvant s'adapter à la vie captive [3].

L'oryctérope, un symbole africain contemporain

photo d'un animal
Oryctérope.

Si l'identification de Seth à l' oryctérope n'est pas certaine, il s'avère que dans l' Afrique contemporaine, nombre de peuples tels les Bambara ou les Tabwa l'ont intégré dans leur pensée symbolique. Son apparence étrange et son comportement effrayant ont engendré nombres de mythes et de croyances à son propos. Une des plus vieilles statues en bois d' Afrique centrale le représente. Datée du VIIIe siècle, elle a été découverte dans le lit d'une rivière de l' Angola. Perçu comme un animal hors normes, l'oryctérope est situé à la frontière entre le village et la savane, entre le monde visible des humains et le monde souterrain des morts. Sa personnalité complexe évoque les couples d'opposition (visible / invisible ; lumière / obscurité ; bon / malfaisant). Certaines facettes de l'oryctérope le rapprochent des humains et inspirent la révérence. Tel un humain, il peut se redresser sur ses deux pattes arrières. La femelle, monopare, n'enfante qu'un seul petit, deux plus rarement. Cette fécondité tempérée l'écarte de l'univers sauvage aux naissances innombrables. D'autres caractéristiques inspirent la peur et la méfiance. Animal fouisseur, ses terriers sont de longues galeries labyrinthiques où les chasseurs peuvent s'égarer. Quant aux terriers abandonnés, ils accueillent volontiers les plus redoutables serpents. Animal griffu, l'oryctérope gratte et fouille la terre à la recherche de nourriture. Cette fonction le rapproche des tradipraticiens à la recherche de plantes médicinales mais aussi des agriculteurs occupés à biner les champs le dos courbé. Lors de l'initiation, les jeunes Bambara doivent séjourner dans ses terriers pour acquérir son endurance au travail, sa science et sa persévérance. Selon les Nyanga, l'oryctérope possède champs et bananeraies et emprisonne, la nuit durant, le soleil dans sa tanière. Chez les Tschokwé, une de ses pattes ou pour le moins, une de ses griffes, entre dans les objets qui composent le panier du devin en tant que symbole du médecin et du passé oublié. Pour ces derniers comme pour les Rukuba, l'animal symbolise le chef qui régule la fécondité, le garant de l'ordre et de l'harmonie [5].

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