Service du travail obligatoire (France)

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À Paris, l’armée d’occupation sélectionne les futurs travailleurs du STO.

Le service du travail obligatoire (STO) fut, durant l’occupation de la France par l’Allemagne nazie, la réquisition et le transfert vers l’Allemagne de centaines de milliers de travailleurs français contre leur gré, afin de participer à l’effort de guerre allemand que les revers militaires contraignaient à être sans cesse grandissant (usines, agriculture, chemins de fer, etc.). Les personnes réquisitionnées dans le cadre du STO étaient hébergées dans des camps de travailleurs implantés sur le sol allemand. Il fut instauré par la loi du 16 février 1943.

L’Allemagne nazie imposa au gouvernement de Vichy la mise en place du STO pour compenser le manque de main-d'œuvre dû à l’envoi des soldats allemands sur le front de l'Est, où la situation ne cessait de se dégrader. De fait, les travailleurs forcés français sont les seuls d’Europe à avoir été requis par les lois de leur propre État, et non pas par une ordonnance allemande. C'est une conséquence indirecte de la plus grande autonomie négociée par le gouvernement de Vichy comparativement aux autres pays occupés, qui ne disposaient plus de gouvernement propre.

L'exploitation de la main-d'œuvre française par le IIIe Reich a concerné des travailleurs obligatoires (« les requis du STO »), mais on fit aussi partir en Allemagne des travailleurs volontaires attirés par la rémunération, ou voulant faire revenir un parent proche. Ces volontaires ne furent ni mieux ni moins bien traités que les requis, mais contribuèrent dans l'opinion, après la guerre, à un amalgame fréquent et injustifié entre requis du STO et volontaires. 250 000 prisonniers de guerre durent également travailler pour le Reich à partir de 1943 après avoir été « transformés » de gré ou de force en travailleurs civils. Un total de 600 000 à 650 000 travailleurs français fut acheminé vers l'Allemagne entre juin 1942 et juillet 1944 — en dehors des soldats prisonniers retenus de force dans le pays, dont le nombre s'élevait à 1 850 000 hommes — et les travaux de recherche citent le chiffre de 1 500 000 Français — prisonniers, réquisitionnés du STO et volontaires — qui auraient travaillé en Allemagne entre 1942 et 1945[1]. La France fut le troisième fournisseur de main-d'œuvre forcée du Reich après l'URSS et la Pologne, et fut le pays qui lui donna le plus d'ouvriers qualifiés.

La question des travailleurs français en Allemagne, travailleurs volontaires ou réquisitionnés dans le cadre du STO, est longtemps restée l'un des sujets tabous en France tant il est vrai qu'il y a eu sur cette question peu de travaux publiés[note 1]. Les requis ont fait partie jusque dans les années 1990 des « oubliés » de la Seconde Guerre mondiale, concurrencés sur le plan mémoriel par d'autres victimes de guerre, qui avaient été plus héroïques ou plus victimes qu'eux, notamment les prisonniers de guerre français, les déportés politiques et les victimes de la Shoah. Les STO ont dû faire face à l'accusation de n'avoir pas fait la guerre, de n'avoir pas désobéi et d'être partis en Allemagne renforcer le potentiel de la main-d'œuvre du IIIe Reich. Ils ont été abusivement assimilés à des travailleurs volontaires, eux-mêmes excessivement assimilés à des collaborateurs[2].

Au moment de leur rapatriement en France, les requis tiennent à être considérés comme des « Déportés du travail » mais la concurrence mémorielle explique qu'ils se voient interdire l'utilisation de cette dénomination. Après une longue bataille parlementaire et judiciaire, les associations d'anciens « requis du travail obligatoire » obtiennent, par décret du 16 octobre 2008, la dénomination officielle de « Victimes du travail forcé en Allemagne nazie » mais celle de « Déportés du travail » est refusée le 28 mars 2011 par la Cour de Cassation[3].