Seine à Paris

Ne doit pas être confondu avec Rives de la Seine à Paris ou Parc Rives-de-Seine.

La Seine à Paris fait partie du paysage de la capitale de la France. La Seine coupe Paris en son milieu même si la rive droite occupe un espace plus important que la rive gauche. Dans Paris, sa longueur occupe près de 13 kilomètres, avec une profondeur variant entre 3,40 et 5,70 mètres[1]. Sa largeur varie, elle, de 30 à 200 mètres. La retenue normale du bief de Paris, c'est-à-dire l'altitude de la surface par rapport au niveau de la mer, est de 26,72 mètres[2]. À Paris, la Seine est traversée par 37 ponts dont quatre passerelles accessibles uniquement aux piétons[3].

Le pont des Arts, avec derrière le pont Neuf et l'île de la Cité, et sur la droite l'institut de France. On aperçoit au fond le sommet des deux tours de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Histoire

La présence d'hommes sur les bords de la Seine est attestée dès le néolithique, notamment par la découverte de restes d'embarcations et autres objets dans des fouilles à Bercy dans les années 1990[4].

Un ancien bras de la Seine coulait plus au nord, au pied des collines de Ménilmontant, de Montmartre et de Chaillot, en contournant par le nord les élévations sur lesquelles ont été construites les églises Saint-Gervais, Saint-Merry et Saint-Martin-des-Champs. Cet ancien bras de la Seine correspond approximativement aux grands boulevards construits à l'emplacement de l'enceinte de Louis XIII. Il a laissé une zone de marécages qui était inondée à chaque crue importante pendant le Haut Moyen Âge. Dans l'Histoire des Francs, Grégoire de Tours indique qu'une crue de la Seine et de la Marne a amené les eaux jusqu'à la basilique Saint-Laurent (Livre VI, chap. XXV) en janvier 583. Cette zone de marécages a commencé à être remblayée au XIIe siècle[5].

Le pilier des Nautes, conservé au Musée national du Moyen Âge des Thermes de Cluny à Paris, nous rappelle que la navigation sur la Seine était déjà intensive aux premières années de la conquête romaine[6].

C'est de cette même époque que date vraisemblablement le premier pont de Paris, le Petit-Pont, construit à l'un des endroits où la Seine est la plus étroite, et maintes fois démoli et reconstruit au même emplacement[7].

À une époque plus froide qu'aujourd'hui, il arrivait assez fréquemment que la Seine charrie des glaçons, voire soit prise par les glaces. La première mention avérée de gel de la Seine à Paris date de l'hiver 291-292[réf. nécessaire].

La Seine a, dès le milieu du IXe siècle, favorisé les invasions normandes. En mars 845, par exemple, les Normands qui ont remonté la Seine depuis son embouchure, arrivent à Paris qu'ils pillent. Ils ne se retirent que contre une rançon de 7 000 livres d'argent[8]. D'autres assauts suivront pendant un demi-siècle environ.

En 1170 la corporation des « marchands de l'eau » reçoit du roi Louis VII le monopole du commerce sur la Seine[9]. Sur leur sceau figure la nef qui se trouve encore dans les armoiries de la ville de Paris[4].

Le 9 août 1803, expérimentation du bateau à vapeur de Robert Fulton sur la Seine[10].

Les premiers bateaux-lavoirs furent ancrés en Seine en 1851, et atteignirent rapidement la centaine. L'arrivée de l'eau courante dans les immeubles parisiens entraîna leur disparition progressive jusqu'en 1937[réf. nécessaire].

Lors de la guerre de 1870, les Parisiens, assiégés par les Prussiens et sans communication avec l'extérieur, tentèrent de recevoir du courrier enfermé dans des boules métalliques, dites « boules de Moulins » mises à l'eau en amont de la capitale. Aucune ne fut cependant recueillie dans Paris même[11].

La ligne 4 du métro fut la première à traverser la Seine en souterrain, en 1908[12].

Îles de la Seine

Article détaillé : Liste des îles de Paris.

La Seine à Paris ne comporte aujourd'hui que deux véritables îles : l'île de la Cité et l'île Saint-Louis.

L'île de la Cité ne prit sa physionomie actuelle qu'au début du XVIIe siècle, lors de la construction du pont Neuf, à l'occasion de laquelle furent rattachés à l'île principale les îlots à la Gourdaine, aux Juifs, et des Vaches.

L'île Saint-Louis s'appelait à l'origine Notre-Dame quand elle fut coupée en deux par un canal, au milieu du XIVe siècle. De ce fait, l'îlot amont prit le nom d'île aux Vaches et l'îlot aval garda le nom d'île Notre-Dame. Les deux îles ne retrouvèrent leur unité que dans les premières années du XVIIe siècle, et devinrent alors un nouveau quartier résidentiel. Le nom de Saint-Louis lui fut donné en 1725, remplacé par celui de Fraternité pendant la Révolution.

L'île Louviers, à l'origine des Javiaulx, était située entre le boulevard Morland et le quai Henri-IV. Elle fut rattachée à la rive droite en 1843.

L'île des Cygnes ou île Maquerelle se trouvait entre la rue de l'Université et la Seine actuelle. Constituée à l'origine de petits îlots (des Treilles, aux Vaches et de Longchamp), elle fut rattachée à la rive gauche sous le premier Empire. Proche de là se trouvait également l'île Merdeuse[13].

L'Île aux Cygnes n'est en réalité qu'une digue créée en 1825 au moment de la construction du pont de Grenelle[14],[15].

Projet de réunion des îles de la Cité et Saint-Louis, dessiné par Pierre Patte.

Reprenant un projet présenté lors d'un concours organisé en 1748, Pierre Patte travailla dans les années 1760 sur l'éventualité de rassembler l'île de la Cité et l'île Saint-Louis, arguant que chacune de ces deux îles était née de la réunion d'îlots. Le bras de fleuve séparant les deux îles aurait été comblé « en ordonnant qu'on y portât les gravois de Paris »[16].

Boire l'eau de la Seine

Le Pont Neuf et la pompe de la Samaritaine, vue au e siècle par Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet.

Les Parisiens ont bu de l'eau de Seine de tout temps, mais dès l'époque romaine des eaux de source de meilleure qualité furent amenées à Paris. On notera cependant en 1605 l'installation d'une pompe sur le pont Neuf, dite de la Samaritaine, qui fonctionnera jusqu'en 1813. De même, celle du pont Notre-Dame fonctionna de 1673 à 1858. Les porteurs d'eau, corporation mentionnée dès 1292, apportaient à domicile l'eau puisée dans la Seine ou prise aux fontaines publiques, et ne disparurent qu'à la fin du XIXe[17].

Aujourd'hui, la Seine à Paris ne fournit plus à proprement parler d'eau potable aux Parisiens, puisque les eaux de surface utilisées proviennent d'Evry et Orly, loin en amont[18].

Crues

La crue au quai de Passy.

Les crues de la Seine font partie intégrante de l'histoire de Paris[19].

Il semble bien que la première mention d’une crue soit celle de l’empereur romain Julien durant l’hiver 358-359. Grégoire de Tours a relaté celle de janvier 583 au chapitre XXV du Livre VI de l'Histoire des Francs.

Les crues ont souvent été fatales aux ponts de Paris. Ainsi, en 1280, une crue du fleuve emporte le Grand-Pont. En décembre 1296, une nouvelle crue d'une ampleur exceptionnelle emporte tous les ponts de Paris (qui à l'époque supportaient des habitations). La crue la plus importante de l’histoire parisienne, connue avec une certitude suffisante, date de 1658.

Mais la crue historique la plus présente encore dans la mémoire des Parisiens est celle de 1910 qui dura neuf jours, du 20 au . Le , elle pouvait atteindre à certains endroits près de 9,50 m. De nombreuses cartes postales en ont montré les ravages, tels les abords de la gare Saint-Lazare entièrement sous les eaux.

Les trois principaux sites de traitement des déchets (Ivry-sur-Seine, Saint-Ouen et Issy-les-Moulineaux) sont en zone inondable[20] et certaines infrastructures de transport, notamment le RER C sont submersibles en cas de crue majeure[21].

Niveaux d'alerte

Le niveau zéro de l'échelle hydrométrique du Pont d'Austerlitz, qui sert de référence, correspond à une altitude de 25,90 m par rapport au niveau de la mer. La retenue normale est à 26,92 m (niveau 1,02 m).

  • 2,50 m : L'état de vigilance du Centre d'annonce des crues de Paris est déclenché
  • 3,20 m : L'état d'alerte commence
  • 3,30 m : Les voies sur berge sont progressivement fermées[22]
  • 4,30 m : Arrêt de la navigation[22]
  • 5,10 m : Fermeture du RER C dans Paris[23]
  • 6,00 m : Alerte rouge, déclenchement si nécessaire du plan Neptune[24]
  • 6,10 m : Fermeture complète des berges[23]
  • 6,60 m : La RATP prend la décision de construire, ou pas, des murs de protection du métro
  • 7,20 m : L'eau atteint les stations de métro si elles ne sont pas protégées.

Crues remarquables

Article détaillé : Crue de la Seine de 1910.
Les quais submergés depuis le pont de la Tournelle lors de la crue de juin 2016
  • 1658 : 8,96 m[25]
  • 1910 : 8,60 m[25]
  • 1740 : 7,96 m[25]
  • 1799 : 7,65 m[25]
  • 1802 : 7,62 m[25]
  • 1924 : 7,32 m[25]
  • 1955 : 7,14 m[25]
  • 1945 : 6,80 m[25]
  • 1876 : 6,70 m[25]
  • 1920 : 6,20 m[25]
  • 1982 : 6,15 m[26]
  • 2016 : 6,10 m le à h 0[26]
  • 2018 : 5,86 m le à 22 h 30[27]

Baignade

Article détaillé : Paris Plages.

La mode des bains dans la Seine apparaît au milieu du XVIIe siècle, dans le plus simple appareil. Les femmes se baignent de leur côté plus ou moins masquées par de grandes toiles tendues. La fin du siècle voit l'interdiction de ces bains sans vêtement[28].

Des bateaux appropriés aux bains froids dans la Seine apparaissent à la fin du XVIIe siècle, rapidement séparés pour les hommes et les femmes. Ils sont suivis de bateaux appropriés aux bains chauds, eux-mêmes suivis puis supplantés par les bains-douches terrestres, que l'on connait encore aujourd'hui[29].

La baignade dans la Seine est interdite depuis 1923, même si des baignades ont été réalisées de manière illégale jusque dans les années 1950[30]. Le [31], le maire de Paris, Jacques Chirac, propose de lancer une opération de dépollution de la Seine et promet d'être le premier à pouvoir s'y baigner en 1994[30].

La célèbre piscine Deligny, installée à proximité du pont de la Concorde depuis 1801, ayant coulé en 1993, la ville de Paris met en service en 2006 la piscine flottante Joséphine-Baker au pied de la Bibliothèque nationale de France, dans le 13e arrondissement[32].

La Ville de Paris annonce la création pour 2017 de trois bassins sur le Bassin de la Villette au niveau du quai de la Loire, en aval de la passerelle de la Moselle. Sur cet espace de 90 mètres de longueur et 16 mètres de large, les bassins seront dotés d'un fond immergé d'une profondeur respective de 40 centimètres, de 100 à 120 centimètres, et de 2 mètres ; la baignade sera ouverte du 15 juillet au puis mi-juin dès 2018. Le maire-adjoint chargé des sports, Jean-François Martins, précise « Nous voulons montrer au Comité international olympique (CIO) que nous avons le savoir-faire, que l’on tient nos promesses et que notre dossier n’est pas de la science-fiction[33] ».

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