Scepticisme (philosophie)

Pyrrhon impassible dans la tempête.
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Le scepticisme (du grec σκεπτικός, skeptikos, « qui examine ») est une méthode d'examen et une école philosophique selon laquelle il semble que rien n'est vrai, pas même cette expression (car elle se réfute d'elle-même).

« Le scepticisme est une faculté ou une méthode d'examiner qui compare et oppose, de toutes les manières possibles, les choses apparentes, ou sensibles, et celles qui s'aperçoivent par l'entendement; par le moyen de laquelle faculté nous parvenons (à cause du poids égal qui se trouve dans des choses ou dans des raisons opposées) premièrement à I'épochè, c'est-à-dire à la suspension de l'assentiment, et ensuite à l'ataraxie, c'est-à-dire à l'exemption de trouble, à la tranquillité de l'âme. » (Esquisses pyrrhoniennes, Livre 1 [8], Sextus Empiricus)

Les sceptiques divisent la Philosophie en trois :

  1. Dogmatiques sont ceux qui prétendent avoir trouvé la vérité ;
  2. Académiques sont ceux qui prétendent dogmatiquement que la vérité est incompréhensible (et s’inclue donc d'elle-même dans la catégorie précédente) ;
  3. Sceptiques sont ceux qui cherchent toujours. Cette dernière s'oppose aux deux précédentes car elle est adogmatique. (E. p., Livre 1 Chapitre 1).

Dans sa version antique, le principal objectif du scepticisme n'est pas seulement de nous faire éviter l'erreur, mais de nous faire parvenir à la quiétude (ataraxie), loin des conflits de dogmes et de la douleur que l'on peut ressentir lorsqu'on découvre de l'incohérence dans ses certitudes. Le scepticisme dit que nous ne pouvons trouver aucune réponse aux questions qui se rapportent aux affaires humaines, ni aucune certitude en ce qui concerne les réponses aux questions philosophiques et énigmes de la nature et de l'univers, de la pensée, de Dieu et de l'âme, et ce même supposant leur existence. En ce sens, lorsqu'un sceptique s'exprime sur quelque chose, c'est selon ses impressions sensorielles (ou affects): le sceptique dit peut-être que rien n'existe, car il semble qu'il ne comprend rien et ne peut rien définir avec certitude jusqu'à présent. Les moyens (ou modes) pour atteindre cette constatation se nomment l'Époque, et leur nombre varie. Par exemple, il peut être pris de la dissemblance des sens qui, du fait que les sens n'ont pas le même objet de traitement, comme l'oreille ne voit pas et les yeux n'entendent pas, ou du fait que les théories dogmatiques se contredisent d'elles-mêmes, et que les définitions que les dogmatiques donnent à leurs propres concepts se contredisent elles aussi, alors il n'existe pas de moyen objectif de définir un quelconque critère de vérité (voir Esquisses pyrrhoniennes).

"[...] celui qui opine dogmatiquement, et qui établit qu'il y a naturellement et réellement quelque bien et quelque mal, est toujours troublé. Tant qu'il manque des choses qu'il croit être des biens, il s'imagine que des maux vrais et réels le tourmentent, et il recherche avec ardeur ce qu'il croit être de vrais biens: et s'il les obtient enfin, il tombe encore dans plusieurs troubles; soit parce qu'il n'agit plus alors conformément à la raison, et qu'il s'élève sans mesure, soit parce que craignant quelque changement il fait tous ses efforts pour ne pas perdre les choses qu'il regarde comme des biens. Au contraire, celui, qui ne détermine rien, et qui est incertain sur la nature de ce que l'on envisage comme des biens et des maux, cet homme-là ne fuit, ni ne poursuit rien avec trop de violence, et par conséquent il est exempt de trouble." (Chap. XII Quelle est la fin du scepticisme)

Dans l'Antiquité, l'école sceptique eut pour fondateur le philosophe Pyrrhon (360275 av. J.-C.) dont nous ne connaissons que peu de choses. Nous possédons cependant quelques fragments de l'œuvre de son disciple Timon de Phlionte. Le scepticisme antique est ainsi résumé par Sextus Empiricus (Esquisses pyrrhoniennes, I, 8) :

« Le scepticisme est la faculté de mettre face à face les choses qui apparaissent aussi bien que celles qui sont pensées, de quelque manière que ce soit, capacité par laquelle, du fait de la force égale qu'il y a dans les objets et les raisonnements opposés, nous arriverons d'abord à la suspension de l'assentiment, et après cela à la tranquillité. »

Le scepticisme se divise en deux parties, l'une générale, laquelle consiste en l'exposition de sa méthode (les modes de l'époque) ainsi que de ses expressions, et l'autre particulière, qui consiste en la réfutation de la philosophie dogmatique. La partie particulière réfute l'enseignement, l'expertise, la logique (et donc l'efficacité de la parole pour décrire le réel). Partant de ces principes, le langage se fait réfuter avec la grammaire et la rhétorique, et les théories abstractives construites elles aussi sur le langage. Cette partie réfute donc les mathématiques (arithmétique, géométrie, astrologie et musique) ainsi que la physique. Le principal objet de critique de ces disciplines est que les objets sur lesquels elles portent n'ont aucune preuve d’existence et se trouvent indéfinissables par le désaccord entre les dogmatiques par rapport à leur définition (le nombre pour l'arithmétique, le point et la ligne pour la géométrique, et le temps pour la musique, Dieu, la Causalité et la corporalité pour la physique) (E. p., I, 2 et Contre les professeurs de Sextus Empiricus)

Le scepticisme a eu une grande influence sur des philosophes modernes comme Montaigne, David Hume, Friedrich Nietzsche, Bertrand Russell (qui prône un « scepticisme modéré » par opposition à celui de Pyrrhon), ou Ludwig Wittgenstein, qui ont redéfini le terme et l'ont séparé de la recherche antique de l'ataraxie (sauf dans le cas de Montaigne).

Bertrand Russell résume dans ses Essais sceptiques la position du scepticisme à « Ne rien admettre sans preuve et suspendre son jugement tant que la preuve fait défaut ». C'est une position proche de Descartes dans son Discours de la méthode et ce principe d'éviter de conclure aussi longtemps qu'il le faudra se retrouve au e siècle dans les méthodes bayésiennes qui conservent de front autant d'hypothèses que l'on en peut suivre, et qui sont utilisées en intelligence artificielle.

Au-delà de cet usage strict du terme, « sceptique » est un adjectif abondamment utilisé, dans des sens parfois éloignés de l'usage antique. Il a servi à désigner[Pour qui ?] un certain défaitisme face à la connaissance, particulièrement à la Renaissance. Le terme a, enfin, été récupéré par des mouvements[Lesquels ?] n'ayant qu'un lointain lien avec le scepticisme mais qui cherchent à mettre en avant leur contestation face à des idées présentées comme vérités. Nous faisons preuve de scepticisme en un sens plus courant lorsque l'on doute de quelque chose.

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