Saint-simonisme

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Saint-Simon.

Le saint-simonisme est une idéologie reposant sur une doctrine socio-économique et politique dont l'influence fut déterminante au XIXe siècle. Elle tient son nom du comte de Saint-Simon (1760-1825). Son disciple ou partisan est qualifié de « saint-simonien ». Elle peut être considérée comme la pensée fondatrice de la société industrielle française.

Si l'on en croit les présupposés établis par Saint-Simon, il s'agirait d'en finir avec les révolutions des e et e siècles et les guerres, mais aussi les privilèges, les inégalités, les injustices, l'égoïsme, tout autant que l'intolérance, l'obscurantisme et bien sûr le féodalisme, en un mot ce à quoi il pense pouvoir résumer l' Ancien Régime. Il propose donc un changement de société et préconise une société fraternelle dont les membres les plus compétents ( industriels, scientifiques, artistes, intellectuels, ingénieurs…) auraient pour tâche d'administrer la France le plus économiquement possible, afin d'en faire un pays prospère, où règneraient l'esprit d'entreprise, l' intérêt général, la liberté, l'égalité et la paix.

Sous l'impulsion de l'un de ses principaux représentants, Barthélemy Prosper Enfantin, cette doctrine, au moment de son plus fort développement (vers 1830), prend la forme d'une société religieuse utopique [1].

Doctrine

Saint-Simon est mobilisé par la recherche d'un principe universel capable de sous-tendre une philosophie conçue comme la science générale, c'est-à-dire la synthèse des sciences particulières. La gravitation universelle fera office de principe unique. Saint-Simon propose donc de remplacer l'idée abstraite de Dieu par la loi universelle de la gravitation, loi à laquelle Dieu aurait soumis l'univers. Newton l'a découverte, mais cinq « géants » en avaient précédemment posé les bases : Copernic, Kepler, Galilée, Huygens et Descartes [2].

Il affirme « qu'en y mettant les ménagements convenables, la philosophie de la gravitation peut remplacer successivement et sans secousse, par des idées plus claires et plus précises, tous les principes de morale utile que la théologie enseigne » [3]. Dans la Lettre d'un habitant de Genève à ses contemporains (1803), il conçoit le projet de l'ouverture d'une souscription devant le tombeau de Newton, posant ainsi le fondement d'une sorte de «  religion » de la science [4]. On peut considérer que Saint-Simon est ainsi l'héritier, avec deux siècles de retard, de la théorie de l' héliocentrisme, et de la révolution copernicienne qui s'est développée aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Doctrine sociale

Sur le plan social, la société proposée par Saint-Simon est fondée sur le principe de l'égalité parfaite et sur l'association entre les Hommes. Les privilèges de la noblesse et de la royauté doivent être supprimés pour en finir avec la féodalité et parce que l'aristocratie vit aux dépens de la nation. Elle s'oppose à tout privilège et droit de naissance.

Chacun doit pouvoir grimper dans l'échelle sociale et arriver au premier rang en fonction de ses mérites, bien qu'une immense majorité de travailleurs de toute nature, soit exploitée par une faible minorité d'oisifs (notamment les « propriétaires- rentiers », des aristocrates louant leur terre à des métayers afin d'en tirer un plus grand parti ) [pas clair]. Mais ses travaux doivent être utiles à la société. Chacun doit obtenir la considération de la société, et les bénéfices associés, proportionnellement à sa capacité.

Mais pour y parvenir, l'industrie doit prendre le pas dans la société. Les industriels sont invités à former un parti et à prendre le pouvoir. En plus de l'union souhaitée de tous les producteurs, il faudra faire concourir les savants, théologiens, artistes, légistes, rentiers les plus capables pour organiser le nouveau système social, qui devra être le plus avantageux pour l'industrie et les producteurs et utile à toute la société et pragmatique, c'est-à-dire prendre en compte l'état actuel de la société.

Il faudra aussi encourager l'industrie, l'agriculture, le commerce et augmenter la production, faire de grands travaux, afin d'élever le niveau de vie des Français.

Doctrine spirituelle

Saint-Simon entend donner le pouvoir spirituel aux scientifiques, dont les industriels sont les garants. Une morale commune, fondement spirituel de la société, doit servir de guide pour que règne le bonheur entre les Hommes et régir les individus et la société, dans le but de rendre l'homme le plus heureux possible. Elle doit être basée sur la liberté de conscience et est déduite du principe « les Hommes doivent se regarder comme frères, s'associer et s'entraider ». Cette morale doit cependant être laïque et rationnelle, car basée sur les intérêts palpables des Hommes, du bonheur et de la fraternité.

Cette morale doit avoir pour but d'instaurer une organisation de la société qui pousse l'Homme à mettre le meilleur de lui-même au service des autres. Son principe général doit être de diriger la société vers l'amélioration physique, morale et intellectuelle des Hommes et d'établir une organisation sociale qui assure du travail à tout le monde, car « l'homme le plus heureux est celui qui travaille et la famille la plus heureuse est celle dont tous les membres emploient utilement leur temps ». Une instruction rationnelle, des jouissances propres à développer l'intelligence des prolétaires.

Elle doit attirer l'attention de l'Homme sur les intérêts communs des membres de la société. La politique ne doit être que l'application de la morale et doit être motivée par le bon sens et l'amour du prochain, et non par la charité.

Doctrine politique

Saint-Simon veut que les industriels, les cultivateurs et les négociants les plus capables et les plus désintéressés ne dirigent pas, mais administrent la nation le plus économiquement possible, gérant son budget comme une entreprise. Il souhaite que la société devienne un grand atelier où chaque classe a un rôle utile.

Pour lui, les industriels doivent s'associer avec leurs ouvriers. Cette association doit être basée sur les sentiments, afin de transcender les intérêts particuliers au nom de l'intérêt général et du bien public. Les industriels doivent guider leurs égaux et associés, et leur direction fraternelle reposer sur l'affection, l'estime et la confiance.

La politique n'est que la science de la production et le peuple doit être associé à la politique, comme il l'est à la production.

Selon Pierre Musso [5], l'association entre les Hommes et les liens de fraternité qu'il souhaite entre les hommes contre l'individualisme et les intérêts particuliers, répondent à une analogie avec les réseaux physiques (canaux dans sa Picardie natale), d'où le nom de philosophie des réseaux.

Saint-Simon pense donc que l' État doit garantir la paix et ne doit assurer à l'industrie que sa sécurité, et au commerce la liberté des échanges. Pour construire le nouvel édifice social, il préconise l'instauration d'un Parlement à trois niveaux :

  • une chambre d'inventeurs, ingénieurs, artistes ou architectes chargés d'élaborer un projet de développement économique et social et de promouvoir les projets du parlement, les bienfaits du travail, l'amélioration du sort du peuple et les idées de progrès ;
  • une chambre chargée de l'examen des projets de la chambre d'invention, composée de savants, qui doit proposer un nouveau programme d'instruction publique et des fêtes censées rappeler aux hommes leurs devoirs ;
  • une chambre chargée de l'exécution des projets et composée uniquement des plus importants industriels.

Enfin, tous les Français doivent élaborer un programme de défense nationale, afin de défendre la France en cas d'attaque militaire.

Saint-Simon rêve d'un âge industriel faisant suite à l'âge féodal, et d'une fédération groupant tous les gouvernements d' Europe.

Doctrine religieuse

Barthélémy-Prosper Enfantin, chef de la religion saint-simonienne

À la fin de sa vie, Saint-Simon jette les bases d'une nouvelle « religion », qu'il appelle «  Nouveau Christianisme », afin de lutter contre l'égoïsme et l'individualisme.

Reprenant les principes moraux du christianisme, cette nouvelle religion, considérée plutôt comme un nouveau code moral, doit être philanthropique et devenir le fondement spirituel de la société : « aimez votre prochain comme vous-même » et « les Hommes doivent se regarder comme frères ». Elle doit également enseigner à l'Homme que pour obtenir la vie éternelle, il doit travailler à l'amélioration de l'existence de son semblable et défendre l'intérêt général au détriment de l'intérêt particulier. Elle a pour but déclaré « l'amélioration du sort moral, physique et intellectuel de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre ». Elle ne doit pas liguer les classes entre elles, mais encourager et honorer le travail. Elle proscrit le sang, la violence, l'iniquité et la ruse.

Son avènement liera les artistes, les savants et les industriels, les fera directeurs de l'espèce humaine, placera les beaux-arts, les sciences, l'industrie à la tête des connaissances sacrées. Enfin, elle annonce que le paradis sur terre est proche, car en se rendant maître de la Nature, les Hommes, par leur travail, satisferont leurs besoins matériels comme spirituels. Il s'ensuivra une société du bien-être, où règneront la liberté et la paix.

Bien que reprenant les fondements de la doctrine de Saint-Simon, les disciples de Saint-Simon en rejettent plusieurs points importants : alors que Saint-Simon déclare que la société industrielle doit être fondée sur l’association des compétences et être la plus égalitaire possible, l’école saint-simonienne pense que la société doit être hiérarchisée selon les mérites de chacun. En outre elle dénonce la propriété et l’héritage comme une forme d’exploitation de l’homme par l’homme, la remplace par le collectivisme et refuse le libre-échange. De la nouvelle morale de Saint-Simon, l’école fait un dogme avec son église, ses rites et sa hiérarchie.

Ses disciples mettent en pratique l' industrialisme de Saint-Simon :

  • développement économique : industrie, banques, transports ferroviaires et maritimes, assurances, exploitation des mines ;
  • engagement politique, scientifique, culturel.

Ils revendiquent l'égalité entre les hommes et les femmes, mais échouent à établir l'égalité entre les classes.

Refoulement de la doctrine

Méconnue, la doctrine de Saint-Simon a été en prise avec son siècle. Elle reste, aujourd’hui, une matière à réflexion moderne ( technocratie, bureaucratie, égalité des sexes, importance des réseaux à la place du conflit).

Les raisons du refoulement du saint-simonisme hors de la mémoire nationale sont multiples et s'expliquent notamment par des prises de positions radicales jugées attentatoires à la propriété et aux mœurs (il faudra attendre Léon Blum pour que le socialisme parle de sexualité), des textes écrits dans une langue à cheval entre le XVIIIe et le XXe siècle, et le développement ultérieur et l'emprise considérable de la pensée marxiste, qui a condamné le saint-simonisme [6].

Enfin, les critiques de Saint-Simon de l' Ancien Régime (Sur la querelles des Abeilles et des Frelons, 1819), appliquées à la société française du XXIe siècle, sont toujours d'actualité.

Other Languages
español: Sansimonismo
italiano: Sansimonismo
Limburgs: Saint-Simonisme
македонски: Сенсимонизам
Nederlands: Saint-simonisme
русский: Сенсимонизм
svenska: Saintsimonism