Sœurs Goadec

Les sœurs Goadec
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Les sœurs Goadec (Eugénie dite Tanie, Maryvonne dite Tanon, et Anasthasie dite Tasie)
Informations générales
Autre(s) nom(s)C'hoarezed Goadeg
Pays d'origineCôtes-d'Armor, Bretagne
Genre musicalchanson bretonne
Années actives1958-1983
LabelsMouez Breiz, Coop Breizh
Influencesmusique bretonne

Les sœurs Goadec (Ar C'hoarezed Goadeg en breton) sont un trio de chanteuses bretonnes originaires de Treffrin (Côtes-d'Armor).
Trois sœurs constituent le trio : Maryvonne (1900-1983), Eugénie (1909-2003) et Anastasie Goadec (1913-1998). Elles commencent à animer des festoù-noz en 1956, parmi les couples de sonneurs et les chanteurs. Accompagnées jusqu'en 1964 de leurs deux autres sœurs, Louise (1903-1964) et Ernestine (1911-1964), leur répertoire est principalement constitué de gwerzioù. En trio, elles tentent d'intégrer le chant à danser et développent une nouvelle technique de kan ha diskan.

La vague « pop celtic » et l'engouement pour la musique folk les propulsent en 1972 et 1973 sur le devant de la scène, à la suite d’Alan Stivell, un de leurs grands admirateurs. Les trois sœurs ont beaucoup apporté à la culture bretonne et à sa pérennisation[1].

Biographie

Nées au début du siècle vers Carhaix (le Poher en Centre-Bretagne), les trois sœurs Goadec sont initiées dès leur plus jeune âge à l'art du chant traditionnel breton : gwerz, kan ha diskan… Né à Nantes puis sacristain à Treffrin, leur père Jean-Louis Goadec ne connaissait pas le répertoire des paysans[2] mais devient un chanteur réputé et transmet naturellement sa passion à ses treize enfants[3]. Leur mère Victorine Claude et leur tante sont couturières et chantent à la maison, dans l'église ou au travail[2]. Elles ont deux autres sœurs et huit frères, dont un de leurs frères, très bon chanteur, est tué lors de la guerre de 14-18[4]. Plus tard, le travail, les mariages et les contraintes familiales les séparent en tant que famille chantante[5].

Une carrière de chanteuses traditionnelles dans les festoù-noz

Après leur mariage, les trois Goadec prennent le nom de leurs conjoints : Maryvonne L'Hopital, Eugénie Ebrel et Anastasie Le Bras. En 1956, les festoù-noz (fêtes de nuit) modernisés « réapparaissent » et reprennent de l'ampleur. Elles animent alors avec leurs sœurs Ernestine (Tine) et Louise les festoù-noz de la région du centre-Bretagne et dont la première soirée a lieu en décembre 1958 à Châteauneuf-du-Faou, où vit Louise Le Bournot de son nom d'épouse[6]. Dès 1958, elles accompagnaient également le cercle celtique Ahès de Carhaix dans ses déplacements, à la demande d’Albert Trévidic, premier président du cercle[7]. Par ailleurs, elles participent aux concours de chant mis en place lors du renouveau du fest-noz et remportent un prix pour leur interprétation de Gousperoù ar raned au concours organisé à Gourin par Loeiz Ropars le 15 novembre 1959[7].

Le chant à écouter est fréquemment sollicité par les organisateurs en Haute Cornouaille ou le public, qui en profite pour faire une pause dans la soirée de danse, ce qui fait qu'elles partagent l’affiche des festoù-noz avec les autres chanteurs et sonneurs invités à l’occasion pendant toute la décennie 1960[7]. Mais en 1964, Louise et Ernestine Gouesnou meurent. Elles forment un trio et animent de nouvelles nuits dansantes. Leur renommée, tout comme celle des frères Morvan, est telle qu'elles se rendent presque chaque week-end à une fête de nuit. Chanteuses de mélodies et de gwerz à l'origine, elles s'essayeront aussi avec succès au chant à danser, dans une version personnelle du Kan ha diskan, à trois voix.

Un statut de “vedettes” sur scène parmi les groupes électrifiés

Chanteuses traditionnelles, elles sont remises à l'honneur au moment du revival breton (fin des années 1960 et début des années 1970), notamment par Alan Stivell, qui s'inspire de leur répertoire pour le bagad Bleimor, et une complicité naît entre eux[8]. Il les accompagne plusieurs fois sur scène. Comme le souligne Jacques Vassal dans son ouvrage sur la chanson bretonne, « elles représentent un exemple-type, rarissime dans l'Hexagone, d'artistes de la tradition rurale, "redécouvertes" à l'occasion d'un mouvement de "revival" urbain »[9].

Lorsque l'engouement pour la musique bretonne pointe au tout début des années 1970, les sœurs Goadec ont déjà une bonne expérience de la scène. Elles se produisent en décembre 1972 à La Mutualité à Paris, en compagnie de Glenmor, Les Leprechauns et le Bagad Bleimor. En 1972 et 1973, elles sont invitées à se produire au Festival de Kertalg à Moëlan-sur-Mer, où sont présents plusieurs groupes des années 1960, comme Les Leprechauns, Happy Traum, Alan Stivell, entre autres ; les deux concerts donnent lieu à des enregistrements[n 1]. Lors de la deuxième édition, elles interprètent Elysa – thème inspiré d'Enez Eusa, fille d'Ouessant –, accompagnées par Alan Stivell à la harpe.

Cette même année, elles se rendent à Bobino, mythique temple du music-hall de Paris Montparnasse, pour un récital exceptionnel, bénéficiant d'un enregistrement reflétant l'ambiance apportée par les danseurs qui remplissent les allées[4]. Elles se produisent trois soirs de suite dans une salle plus habituée à recevoir Georges Brassens et le succès est au rendez-vous, malgré le scepticisme de certains[10]. Pour René Abjean, dans un article paru dans la revue Autrement en 1979, cette mis en spectacle du fest-noz touche à l'absurde et qu'en faisant venir à Paris « les trois vieilles paysannes de Carhaix [...] le folk est redevenu folklore ». Pour Yann Le Meur, « cette extravagance offrit à la Bretagne l'occasion de montrer combien elle était étrangère à la normalité esthétique, et de quelle façon elle pouvait se démarquer de l'uniformité culturelle qu'imposait ce vingtième siècle totalitaire »[11].

Un patrimoine culturel en héritage familial

Leur popularité n'a pas affecté leur vie quotidienne, refusant le statut de « vedettes »[12]. Elles poursuivent leur carrière et animent une quantité de festoù-noz jusqu'à l'arrêt du trio en 1983, à la mort de Maryvonne, l'aînée des trois sœurs. Thasie décède à son tour en 1998. Les chanteuses laissent derrière elles une discographie très importante à l'époque pour des chanteurs traditionnels : trois 33 tours enregistrés dans la collection Mouez Breiz en 1967 et 1972, un 33 tours enregistré lors de leur passage à Bobino en 1973, un autre édité par Keltia III (label de Alan Stivell) en 1975 et un disque 45 tours édité chez Barclay en 1975, sans compter de nombreuses présences sur des albums collectifs ou des compilations ainsi que les nombreuses archives sonores rassemblées par les collecteurs[13].

Eugénie rechante sur scène au CLC du Guilvinec lors de son quatre-vingt-cinquième anniversaire en trio avec sa fille à l'initiative de la cérémonie et Denez Prigent un grand admirateur des soeurs Goadec (c'est notamment Eugènie Goadec qui, lors d'une visite chez elle à Carhaix, lui transmet oralement la célèbre Gwerz "E ti Eliz Iza" qu'il chantera par la suite dans de nombreux concerts à travers le monde).

La chanteuse ré-enregistre un disque en compagnie de sa fille en 1994 (Gwerzioù)[14]. En décembre 1997, Eugénie et Louise participent aux vingt-cinq ans de scène de Yann-Fañch Kemener. Le 18 janvier 2003, Eugénie Goadec décède à son tour, à l'âge de 93 ans, laissant son trio familial entrer définitivement dans la légende[15]. Denez Prigent composera la même année en leur hommage un Kan ha Diskan ayant pour titre "Gavotenn an Aeled" (La gavotte des anges) qu'interprètera par la suite Louise Ebrel sur son dernier album "Tre Tavrin ha Sant Voran".

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