Roman Polanski

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Roman Polanski
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Roman Polanski au festival de Cannes 2013.

Nom de naissance Raymond Thierry Liebling
Naissance (83 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de Pologne  Polonais
Drapeau de France  Français
Profession Réalisateur
Scénariste
Producteur de cinéma
Metteur en scène
Acteur
Films notables Répulsion
Le Bal des vampires
Rosemary's Baby
Chinatown
Le Locataire
Tess
Le Pianiste

Roman Polanski, né Rajmund Roman Thierry Polański le dans le 12e arrondissement de Paris [1], est un réalisateur, producteur et scénariste franco- polonais, également comédien, ainsi que metteur en scène de théâtre et d' opéra [2], [3]. Il a notamment réalisé Répulsion, Cul de sac, Le Bal des vampires, Rosemary's Baby, Chinatown, Le Locataire, Tess, Le Pianiste, Oliver Twist, The Ghost Writer ou encore Carnage. Il a notamment reçu quatre fois le César du meilleur réalisateur entre 1980 et 2014, et l' Oscar du meilleur réalisateur en 2003.

Biographie

Enfance : de Paris au ghetto de Cracovie

Raymond (ou Rajmund) Thierry [4] Liebling [5], [6] est né le à Paris [4], d'un père juif polonais, peintre de son état, Ryszard Liebling, et d'une mère d'origine russe, Bula Katz Przedborska.

Son père fait changer le nom de la famille en « Polański ». Le jeune Raymond, par facilité de prononciation, est rapidement appelé « Roman (ou Romek) » Polański [7], [8]. Il vit en France jusqu'à l'âge de trois ans avant que sa famille ne reparte pour la Pologne. Il passe alors son enfance à Cracovie, un endroit jusqu'alors sûr, d'où son père était originaire. Sa sœur Annette, née d'une précédente union de sa mère, lui fait découvrir le cinéma [8].

Après l' invasion de l’ouest de la Pologne par les troupes allemandes en septembre 1939, il est contraint de vivre dans le ghetto de Cracovie. Il évite la déportation, contrairement à ses parents et à sa sœur. Sa mère, enceinte, meurt à Auschwitz. Échappé du ghetto, il se réfugie à la campagne chez des fermiers avant de revenir à Cracovie où, devenu vagabond, il détourne la vigilance allemande et survit grâce à l'entraide clandestine d'habitants et d'autres enfants, et grâce au marché noir. Il a alors dix ans. Il ne revoit son père qu'en 1945, lors du retour de celui-ci du camp de concentration de Mauthausen [8].

Débuts artistiques

Après la guerre, dans les camps de scouts, il découvre, adolescent, sa vocation d'artiste et de comédien, prise peu au sérieux par son père. Polanski explique que son goût pour « les blagues et les farces [l'a] beaucoup aidé dans les moments difficiles [9] ». En 1946, il intègre la troupe de la Joyeuse Bande, destinée à enregistrer des spectacles radiophoniques à coloration communiste pour les enfants. Deux ans plus tard, après une audition, il est choisi pour le rôle principal du Fils du régiment. Il y interprète un jeune paysan, coqueluche de l' Armée rouge et prisonnier des Allemands durant la guerre. La pièce devient, au fil des représentations, un triomphe national [8].

Ce succès lui ouvre les portes d'une carrière de comédien. En 1949, il rate son Certificat de maturité (bac polonais), mais entre à l’École des beaux-arts grâce à ses talents de dessinateur. Il en est renvoyé un an plus tard [8]. En 1953, il rencontre Andrzej Wajda, jeune auteur encore méconnu, qui le dirige dans Génération et devient son ami [8]. Il considère alors Wajda comme « le premier metteur en scène polonais » ayant réussi à réaliser des films qui s'éloignent de la « grande hypocrisie » du cinéma d'État de l'époque [10].

En 1955, Polański est reçu au concours de l' École nationale de cinéma de Łódź où il réalise huit courts métrages remarqués à l'international. À cette époque, naît son amitié avec Jerzy Skolimowski, lui aussi étudiant à Łódź, ainsi qu'avec le jazzman Krzysztof Komeda qui compose la musique de la plupart de ses films jusqu'à sa mort en 1969 [10]. Le jazz est très important pour le groupe de jeunes dont il fait partie car il constitue une sorte de « rébellion » en Pologne. Il leur permet de se sentir plus modernes et « éloignés de la culture officielle [10]. » Il commence à faire l'acteur dans ses films d'école, parce que les budgets en sont très faibles et qu'il pense pouvoir « faire mieux que certains acteurs [10] ».

En 1958, il obtient plusieurs récompenses pour Deux hommes et une armoire. À cette période, il épouse l'actrice principale de la majorité de ses films courts : Barbara Kwiatkowska dont il divorce en 1961.

Le Couteau dans l'eau : naissance, découverte et succès d’un jeune réalisateur polonais

En 1962, il réalise son premier long métrage, le seul tourné dans sa langue maternelle : Le Couteau dans l'eau, coécrit avec Jerzy Skolimowski. Il y met en scène les rapports de forces entre un journaliste sportif brutal et un étudiant arrogant sur un voilier. Le film est mal accueilli en Pologne bien qu'il ne soit pas un réquisitoire explicite du mode de vie socialiste [11]. Mais il fait planer un climat d'insécurité et laisse en suspens l'idée de tension sociale et de lutte de classes que les régimes communistes prétendent avoir abolie [12]. On reproche au metteur en scène de ne pas faire un cinéma au service de l'État et de signer ainsi son passeport pour l'Occident [11]. Le film lui ouvre en effet les portes de l'Ouest : après un succès international et un prix obtenu à la Mostra de Venise, Le Couteau dans l'eau est projeté officiellement au Festival de New York, fait la une du Time magazine et reçoit une nomination à l' Oscar du meilleur film étranger, qui lui échappe au profit de 8 1/2 de Federico Fellini [11].

Polanski s'installe à Paris où il rencontre son ami Gérard Brach. À ses côtés, il écrit plusieurs scénarios qu'il tente de vendre, sans succès. C'est une époque qu'il qualifie par la suite de « vaches maigres [10]. » [13]. Il s'établit ensuite à Londres où il connait « une des périodes les plus heureuses de [sa] vie », réjoui de découvrir l'industrie du cinéma britannique qu'il intègre facilement, nonobstant sa méconnaissance d'alors de la langue anglaise [10]. Il met finalement en scène son second long métrage, un thriller produit par Gene Gutowski et coécrit avec Brach, ayant pour thème la schizophrénie : Répulsion, avec Catherine Deneuve. L'année suivante, il se rend en Irlande afin d'y tourner une comédie noire et misanthrope, proche du théâtre de l'absurde : Cul-de-sac, interprétée par Donald Pleasence et Françoise Dorléac. Ces deux œuvres lui permettent de remporter respectivement un Ours d’argent et un Ours d’or au Festival de Berlin en 1965 et 1966. En 1967, le réalisateur retrouve Gutowski, Brach et Komeda pour écrire, produire et réaliser la comédie horrifique Le Bal des vampires, son premier film en couleur et en CinémaScope. Cette réalisation se veut une parodie burlesque des productions de la Hammer [14]. Polanski y tient le haut de l'affiche avec la comédienne américaine Sharon Tate qu'il épouse le .

Rosemary's Baby

Polanski est repéré par le producteur américain Robert Evans [NB 1] qui lui confie, sous l'escarcelle de la Paramount, la réalisation de son premier film hollywoodien : le thriller fantastique Rosemary's Baby adapté du best-seller éponyme d' Ira Levin. Mia Farrow y interprète, au côté de John Cassavetes une jeune femme victime d'une secte de sorciers octogénaires adorateurs de Satan qui fait d'elle la mère de l’ Antéchrist. Ce film d'épouvante se hisse au sommet du box-office de 1968, lance la mode des thrillers sataniques ( L'Exorciste, La Malédiction…) et se voit reconnu par la critique comme l'un des grands chefs-d'œuvre du cinéma fantastique dans sa manière de suggérer l'horreur et de jouer de l'angoisse surnaturelle dans la banalité quotidienne [15]. Deux fois nommé aux Oscars en 1969, Rosemary's Baby vaut à Ruth Gordon, la voisine maléfique, la statuette du meilleur second rôle féminin.

Au faîte de sa gloire, Polanski est néanmoins ébranlé par un nouveau drame dans sa vie : alors qu'il est en pleine préparation d'un film au Royaume-Uni, sa femme Sharon Tate, enceinte de huit mois, trois de leurs amis proches, et un ami du jeune gardien de la propriété sont assassinés dans la demeure du couple, à Los Angeles sur Cielo Drive, par des proches de Charles Manson, gourou d'une secte appelée « la Famille » et tueur en série notoire.

Des années noires à Chinatown

Malgré la dépression qu'il traverse [16], Polanski se plonge dans le travail et part pour la Grande-Bretagne tourner une adaptation grandiloquente et violente de William Shakespeare : Macbeth, produite en partie par Hugh Hefner et la filiale de production du groupe Playboy. Le film est mal compris et se solde par un échec. En 1972, il part en Italie réaliser une comédie grinçante à l'humour absurde avec Marcello Mastroianni : Quoi ?. Malgré le plébiscite de la presse, le film est un nouvel échec.

En 1974, il s'attelle à la mise en scène de l'opéra d' Alban Berg, Lulu, pour le festival de Spolète en Italie. La même année, revenu à Hollywood, il goûte à la plus belle réussite critique et publique de sa carrière grâce à une commande qu'il s'approprie totalement : Chinatown, drame policier conçu comme un hommage au film noir américain [17]. Le film marque ses retrouvailles avec son ami producteur Bob Evans qui réalise aussi l'un de ses plus grands succès. Chinatown qui a coûté six millions de dollars en rapporte trente aux États-Unis. Le visage au nez pansé de Jack Nicholson, interprétant J.J. Gittes, un détective privé fanfaron, devient un mythe de cinéma [17]. Le rôle de la femme fatale est attribué à Faye Dunaway [NB 2]. Les deux stars principales se font voler la vedette par le rôle secondaire de Noah Cross accordé au cinéaste John Huston [17]. Grand vainqueur des Golden Globes en 1975, le film reçoit onze nominations aux Oscars. Mais seul le trophée du meilleur scénario original, écrit par Robert Towne, vient récompenser Chinatown, les votants ayant préféré se tourner vers le deuxième opus de la série des Parrain réalisée par Francis Ford Coppola.

Polanski revient ensuite à Paris où il concrétise un projet d'adaptation du roman de Roland Topor, Le Locataire chimérique. Le Locataire, qu'il fait éclairer par Sven Nykvist, chef opérateur attitré d' Ingmar Bergman, puis qu'il réalise et joue aux côtés d' Isabelle Adjani et de Shelley Winters, voit le jour en 1976. Cependant, même si l'étrangeté paranoïaque et cauchemardesque du récit séduit les critiques qui considèrent cette œuvre comme l'une de ses plus abouties [18], cette fable sur l'aliénation urbaine et l' anomie, d'une fantaisie noire proche du délire, ne rencontre pas le succès escompté. Dès lors, son cinéma s'oriente vers le grand spectacle dans divers genres [18]. Polanski assure également, en 1976, la direction scénique du Rigoletto de Giuseppe Verdi pour l'Opéra de Munich.

1979-1999

Définitivement établi en France, le metteur en scène s'engage dans une entreprise de grande ampleur dont Claude Berri est le principal producteur : en mémoire de sa défunte épouse Sharon Tate, il réalise un mélodrame rural et romantique, Tess. Il s'agit de l'adaptation du roman de Thomas Hardy, Tess d'Urberville, qui évoque les malheurs d'une jeune paysanne sous l'ère victorienne. Le rôle-titre est confié à Nastassja Kinski [NB 3], [19], [20], [21]. Succès critique et public, le film croule sous une avalanche de prix dont trois Césars en 1980 (ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur et de la meilleure photographie pour Ghislain Cloquet et Geoffrey Unsworth) et trois Oscars en 1981 ( meilleure photographie, meilleurs décors et meilleurs costumes). Polanski passe également par le théâtre avec Amadeus de Peter Shaffer, qu'il met en scène et interprète au côté de François Périer. Il publie en 1984, aux éditions Robert Laffont, son autobiographie : Roman par Polanski.

Il s'attaque par la suite au projet Pirates (financé par le producteur tunisien Tarak Ben Ammar) en hommage aux films d'aventures hollywoodiens des années 1930 qui ont bercé son enfance : ceux entre autres de Michael Curtiz avec Errol Flynn. En plus d'un tournage cauchemardesque, Pirates est un gouffre financier. Il devient un film qui échappe à son réalisateur et qu'il finit par renier. Fiasco commercial, le film, pour un budget de quarante millions de dollars, en rapporte cinq. À la suite de cet échec, Polanski délaisse les plateaux pour les planches et s'impose dans une adaptation théâtrale du classique de Franz Kafka, La Métamorphose. Il accepte cependant une commande de la Warner qui lui laisse une entière liberté sur le sujet et le scénario [22]. Il écrit alors avec Gérard Brach puis réalise Frantic en 1988, un thriller parisien avec Harrison Ford qui lui vaut de renouer un temps avec le succès mais Lunes de fiel, La Jeune Fille et la Mort et La Neuvième Porte, globalement peu épargnés par la critique, sont des revers au box office. Il a également été engagé dans la mise en scène d'une grosse production intitulée The Double en 1996, avec John Travolta et Isabelle Adjani [23]. Mais, à la suite de différends avec la star américaine et les producteurs internationaux, le projet est abandonné alors que les contrats des techniciens sont signés et les décors construits aux studios de Boulogne [23].

Le , il épouse en troisièmes noces sa nouvelle actrice fétiche de trente-trois ans sa cadette, Emmanuelle Seigner. Ils ont deux enfants : Morgane (née en 1993) et Elvis (né en 1998).

En 1998, il est élu membre de l' Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France dans la catégorie Création artistique pour le cinéma et l'audiovisuel (créée en 1985).

Dans les années 1990, son travail au théâtre et à l'opéra est prolifique : il dirige pour la scène de l' Opéra Bastille une nouvelle version des Contes d'Hoffmann d' Offenbach en 1992 avec José van Dam et Natalie Dessay. Quatre ans plus tard, il met en scène Fanny Ardant dans la pièce de Terrence McNally, Maria Callas, la leçon de chant qui lui vaut une nomination aux Molières. En 1997, il supervise la création d'une comédie musicale adaptée du Bal des vampires qui démarre à Vienne et entame une tournée triomphale de Stuttgart à Hambourg.

Roman Polanski avec Adrien Brody au Festival de Cannes 2002

Le Pianiste, rebond et consécration internationale

Il revient sur le devant de la scène en 2002 grâce au triomphe critique et public du Pianiste, une grosse production franco-germano-britannico-polonaise d'une grande intensité dramatique, adaptée de l'autobiographie du pianiste et compositeur polonais Władysław Szpilman. Il y évoque, de manière très personnelle, l’occupation de la Pologne et du ghetto de Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale, sujet qu’il s’était toujours refusé à filmer au point de décliner, dix ans auparavant, l’offre de Steven Spielberg de mettre en scène La Liste de Schindler. Le Pianiste remporte la Palme d'or du Festival de Cannes 2002 et sept Césars en 2003 dont ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur pour Adrien Brody. Le film reçoit ensuite sept nominations aux Oscars dont celle du meilleur film. Il gagne trois statuettes lors de la 75e Cérémonie : meilleur réalisateur pour Polanski, meilleur acteur pour Brody et meilleure adaptation pour Ronald Harwood. Malgré les demandes, le cinéaste ne se rend pas à Los Angeles où l'annonce de sa victoire provoque une ovation debout dans l'assistance [24]. Remettant le prix, Harrison Ford, acteur de Frantic, s'engage à lui transmettre personnellement le trophée, ce qu'il fait publiquement, cinq mois plus tard, au Festival du cinéma américain de Deauville [25].

Polanski et l'écrivain espagnol Diego Moldes, Madrid, en 2005.

Le tumulte des années 2000

Roman Polanski, en 2007.

En 2003, le cinéaste met en scène Hedda Gabler, le drame d' Henrik Ibsen, avec Emmanuelle Seigner dans le rôle-titre, au Théâtre Marigny. Puis il supervise à Stuttgart une nouvelle version de la comédie musicale tirée de son classique Le Bal des vampires. Il retrouve ensuite les coproducteurs et scénariste du film précédant : Alain Sarde, Robert Benmussa et Ronald Harwood ainsi que tous les chefs techniciens ( Paweł Edelman pour la photographie, Allan Starski pour le décor, Anna B. Sheppard pour les costumes ou encore Hervé de Luze pour le montage) afin de produire et de réaliser en 2005 une nouvelle reconstitution historique adaptée de l'œuvre de Charles Dickens : Oliver Twist. Mais le film est un échec. En 2006, après avoir gagné un procès en diffamation contre le magazine Vanity Fair, il dirige Thierry Frémont au Théâtre Hébertot dans Doute (écrit par John Patrick Shanley). La même année, il entreprend de financer et de réaliser le péplum Pompeii, d'après le roman de Robert Harris, avec Orlando Bloom et Scarlett Johansson dans les rôles principaux. Mais il abandonne le projet à la suite de problèmes d'emploi du temps, de financement et de retards de production dus à la grève des scénaristes à Hollywood, entamée à l'été 2007 et terminée en 2008.

Il tourne finalement une autre adaptation de Robert Harris : The Ghost Writer, avec Ewan McGregor et Pierce Brosnan, un thriller politique sur fond de dénonciation de la guerre d'Irak.

En 2008, il fait l'objet d'un documentaire réalisé par Maria Zenovich, Roman Polanski: Wanted and Desired, qui tend à démontrer la manière dont il fut privé d'une procédure judiciaire équitable lors de sa mise en accusation pour viol sur mineure 31 ans plus tôt.

Le , alors qu'il se rend à un festival de cinéma en Suisse, il est arrêté par la police suisse à Zurich, rattrapé par l' affaire de 1978. Il est libéré par les autorités suisses, qui refusent son extradition, le .

Années 2010

De sa cellule puis de son chalet de Gstaad où il est astreint à résidence durant plusieurs mois, il achève la postproduction de The Ghost Writer, pour lequel il se voit décerner l' Ours d'argent de la meilleure mise en scène au Festival de Berlin 2010 ainsi que les Césars du meilleur réalisateur et de la meilleure adaptation en 2011. Durant son assignation à résidence, il avait également parachevé Carnage, adapté de la pièce Le Dieu du carnage de Yasmina Reza qu'il réalise en France avec Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz et John C. Reilly dans les rôles principaux [26], [27]. Ce film lui vaut le César de la meilleure adaptation, en 2012, pour la deuxième année consécutive. Polanski signe ensuite une adaptation, tournée en français, de la pièce de David Ives, La Vénus à la fourrure, inspirée du roman homonyme de Leopold von Sacher Masoch, avec Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric. Ce huis clos à deux personnages se déroule intégralement dans un théâtre et met en scène l'inversion du rapport de forces entre un metteur en scène hautain et une comédienne apparemment stupide [28]. Après avoir été sélectionné en compétition au Festival de Cannes 2013, La Vénus à la fourrure permet à Roman Polanski de remporter un quatrième César de la meilleure réalisation. Le cinéaste prépare actuellement D, projet anglo-saxon inspiré de l' affaire Dreyfus [29]. Il met parallèlement en scène une nouvelle version de la comédie musicale tirée de son classique Le Bal des vampires, dont les premières représentations débutent en octobre 2014 au Théâtre Mogador à Paris [9].

Poursuites judiciaires

Un article Roman Polanski sexual abuse case  (en) existe en anglais.

Depuis l'année 1977, Roman Polanski (alors âgé de 44 ans) est poursuivi pour une affaire de crime sexuel sur une mineure de 13 ans. L'adolescente a déclaré avoir subi un viol sous l'emprise de l'alcool et de drogue. La victime, Samantha Gailey (future épouse Geimer), a été sélectionnée pour une séance photos commandée par l'édition française du magazine Vogue. Durant la séance, dans la propriété californienne de Jack Nicholson qui était absent [30], Roman Polanski lui a fait ingérer du champagne et lui a administré un sédatif, le méthaqualone, avant de la contraindre à un rapport anal [30].

Polanski est alors incarcéré 47 jours. Il a plaidé coupable pour rapports sexuels illégaux avec un mineur [31] en échange de l'abandon des charges plus graves de viol, de sodomie et de fourniture d'alcool et de drogue à mineur, en accord avec le juge. Polanski part ensuite en Grande-Bretagne puis en France, dont il possède la nationalité depuis plus d'un an [32]. Comme d'autres États, la France refuse généralement l' extradition de ses citoyens [33]. Sous le coup d'un mandat d'arrêt américain lancé en 1978, il ne revient jamais sur le sol américain. Certains ont estimé qu'il aurait pu être jugé en France [34], [35], mais la porte-parole du procureur de Los Angeles fait observer que ce n'est pas possible dans la mesure où Polanski a déjà été reconnu coupable des faits par la justice californienne, se heurtant ainsi au principe non bis in idem.

La justice américaine va alors tenter de mettre la main sur Polanski lors de ses déplacements à l'étranger. Des demandes d'extraditions sont adressées aux pays avec lesquels les États-Unis ont signé une convention d'extradition : en mai 1978 au Royaume-Uni, en décembre 1986 au Canada, en 1988 en Allemagne, au Brésil, au Danemark et en Suède, en octobre 2005 en Thaïlande et en 2007 en Israël. Cependant toutes ces tentatives ont été vaines [36].

En 1993, Roman Polanski se serait engagé à verser à Samantha Geimer une indemnité de 500 000  dollars dans un délai de deux ans. Polanski ne tient pas cet engagement dans le délai convenu [37] et la somme qu'il a finalement versée à Samantha Geimer demeure inconnue [38]. La victime souhaite alors retourner à l'anonymat et exprime son désir d'abandonner les poursuites contre le cinéaste, ce qui semble indiquer que le différend portant sur l'indemnisation a été résolu [39]. Celle-ci est sortie du silence à deux reprises : en 2003 pour écrire à l' Académie des Oscars et dire aux votants qu'il fallait juger l'artiste et non l'homme en lui-même [40] à propos du film Le Pianiste et en 2008 en apparaissant à la première du documentaire de Maria Zenovich, Roman Polanski: Wanted and Desired, réitérant pour l'occasion son souhait de délaisser toute procédure à l'encontre du réalisateur pour éviter de revivre ce traumatisme et pour protéger ses enfants [41]. Polanski ne lui a jamais adressé de message public en retour [41]. Samantha Geimer révèle en 2013 que le réalisateur lui a envoyé une lettre d'excuses privée datant de plusieurs années [42].

Le , alors qu'il se rend à un festival de cinéma en Suisse afin d'y recevoir un prix pour l'ensemble de sa carrière, il est arrêté par la police à Zurich sous le coup d'un mandat d'arrêt international émis en 2005 [43], [44]. Très rapidement, celui-ci reçoit le soutien personnel d'une centaine de représentants du monde politique [45] et artistique [46], [47] (notamment en France et en Pologne, les deux pays dont il a la nationalité), puis aux États-Unis [46].

La plupart des grands journaux américains approuvent cette arrestation [48], s'étonnant du soutien manifesté au réalisateur, étonnement partagé par une partie de la population américaine [49]. Ces soutiens soulèvent également des oppositions et indignations dans l'opinion publique et la presse française [50], [51], [52]. Un journal américain s'interroge sur le coût de cette arrestation. Ainsi, dans son édition du , le Los Angeles Times juge-t-il curieux que le district attorney du comté de Los Angeles, alors que l'État de Californie est en proie à des difficultés financières et à une surpopulation carcérale, cherche à boucler Polanski pour une affaire vieille de 32 ans et alors même que la victime a exprimé le souhait que les poursuites cessent [53], [54]. Néanmoins, dans l'ensemble, les journaux américains rappellent que la pédophilie est un crime grave et que Polanski a fui la justice [48]. La conseillère fédérale suisse responsable du département de Justice et Police Eveline Widmer-Schlumpf défend quant à elle l'arrestation comme conforme au traité d'extradition helvético-américain [55] et comme manifestation de l' égalité devant la loi. Elle affirme par ailleurs que l'arrestation ne résulte d'aucune pression politique américaine [56]. Dans l'ensemble, la classe politique suisse approuve l'arrestation de Polanski [57].

Les États-Unis et la Suisse ont signé ensemble une convention d'extradition en 1990 qui est entrée en vigueur en 1997 [58]. Roman Polanski s'oppose à son extradition. L'article 22 du traité d'extradition prévoit qu'il « s'applique pour tous les faits commis avant ou après son entrée en vigueur » sauf lorsque la procédure d'extradition a été lancée avant son entrée en vigueur, auquel cas un traité de 1900 doit être appliqué [59].

Le , le Tribunal pénal fédéral accepte sa libération conditionnelle contre une caution de 4,5 millions de francs suisses (environ 3 millions d'euros) et une assignation à résidence avec port d'un bracelet électronique à son chalet de Gstaad en Suisse [60].

Le , la cour d’appel du 2e district de Californie a rejeté sa demande de pouvoir être jugé par contumace, ouvrant la voie à son extradition vers les États-Unis. La demande d’abandon des poursuites présentée par la victime a également été rejetée [61].

Le , Roman Polanski sort de son silence dans une lettre ouverte publiée sur le site de Bernard-Henri Lévy, La règle du jeu, intitulée, « Je ne peux plus me taire » [62].

Le , l'actrice britannique Charlotte Lewis, que Polanski avait dirigée dans Pirates, accuse également le cinéaste d'avoir abusé d'elle « de la pire des façons » lorsqu'elle avait 16 ans [63]. Un des avocats de Roman Polanski, Me Georges Kiejman, a menacé de poursuivre Charlotte Lewis en justice pour ses allégations [64].

Le , La règle du jeu, le site de Bernard-Henri Lévy, rend publique une liste de noms de signataires de la pétition en soutien à Roman Polanski lancée au lendemain de l'arrestation du cinéaste en Suisse. Parmi plus de 400 noms, figurent Isabelle Adjani, Paul Auster, Pascal Bruckner, Patrice Duhamel, Isabelle Huppert, Milan Kundera, Yann Moix, Salman Rushdie, Barbet Schroeder, Mathilde Seigner, Jean-Pierre Thiollet, Danièle Thompson et Henri Tisot [65].

Le , en faveur de la libération du cinéaste, Dominique Sels, qui avait réagi dans Libération dès le 6 octobre 2009 [66], publie San Fernando Valley, impressions [67], où elle écarte l’outil d’analyse habituel connu sous le nom de domination masculine, pour interroger « l’emprise maternelle, qui a l’antériorité biologique et qui n’est parfois pas plus enviable » [NB 4], par exemple quand il s’agit de prendre les filles pour des objets [68]. Elle replace aussi ce fait divers ancien, donc enveloppé d’incertitudes, dans le contexte des années 1970, libertaires et xénophobes [NB 5].

Roman Polanski en 2011, au Festival du film de Zurich : le cinéaste recevait à cette occasion le prix pour l'ensemble de sa carrière qui aurait du lui être décerné à l'époque de son arrestation deux ans plus tôt [69].

Le , la ministre suisse de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf annonce que le cinéaste « ne sera pas extradé vers les États-Unis et les mesures de restriction de sa liberté sont levées » en raison d'un possible vice de procédure dans la demande d’extradition américaine. Polanski retrouve la liberté [70], [71]. Les autorités américaines ont fait appel de la décision. Elles avaient auparavant refusé de faire parvenir aux autorités suisses un procès-verbal d'une audition du procureur de l'époque, arguant du caractère confidentiel de la pièce, et amenant l' Office fédéral de la justice à refuser l'extradition.

Interpol rappelle aux États membres de l'organisation qu'une notice rouge concernant Roman Polanski est toujours en vigueur, et qu'il est toujours considéré comme fugitif [72], [73]. Désormais, les trois pays où Polanski peut circuler librement sont donc la France, la Pologne et la Suisse.

En octobre 2013 alors que sort en salles La Vénus à la fourrure, Samantha Geimer, qui souhaite que toute poursuite judiciaire soit abandonnée, assure en France la promotion de son livre La Fille [42]. Elle y revient sur la traque dont elle a fait l'objet après les faits et dit correspondre ponctuellement par mail avec le cinéaste depuis 2009 [74], [75]. Elle affirme par ailleurs lui avoir pardonné [42].

Le tribunal de Los Angeles a refusé de réexaminer le dossier de son affaire [76].

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