Raymond Roussel

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Raymond Roussel
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Raymond Roussel à 19 ans (1896)
Naissance
Paris, Drapeau de la France France
Décès (à 56 ans)
Palerme, Sicile, Drapeau de l'Italie Italie
Activité principale
Auteur
Langue d’écriturefrançais
Mouvementsurréalisme

Œuvres principales

Signature de Raymond Roussel

Raymond Roussel, né à Paris, le [1] et mort à Palerme, en Italie, le , est un écrivain, dramaturge et poète français.

Biographie

« On en sait plus sur Virgile que sur lui » écrit Jean Ferry en 1963. Pour résoudre certaines énigmes de sa biographie, on peut interroger Roussel lui-même en consultant Comment j'ai écrit certains de mes livres, publié deux ans après sa mort. On peut également consulter le travail critique de François Caradec qui produit en 1972 la première biographie de l'auteur. Depuis lors, de nombreuses archives inédites retrouvées en 1989 sont consultables à la Bibliothèque nationale de France et son œuvre est désormais traduite dans le monde entier.

Jeunesse

Raymond âgé de 3 ans (portrait carte-de-visite des studios Wilhelm Benque, Paris).

Raymond Roussel est né le samedi 20 janvier 1877 à h du matin[2] au 25 boulevard Malesherbes (Paris) dans un milieu extrêmement aisé. Ses parents sont Eugène Roussel, 47 ans, agent de change et fils d'un avoué normand, et Marguerite Moreau-Chaslon, 30 ans, fille du président du conseil d'administration de la Compagnie générale des omnibus, Aristide Moreau-Chaslon. Il est le cadet d'une famille de trois enfants : un frère, Georges, et une sœur, Germaine. Il a 16 ans quand il est admis au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, en classe de piano. Après des études musicales, durant lesquelles il s'est essayé à la composition, mais vainement, « la musique restant rebelle »[3], il décide à dix-sept ans de ne plus faire que des vers, dans une versification parfaite, il écrit nuit et jour pendant de longues périodes.

En 1883, la famille Roussel quitte le boulevard Malesherbes pour s'installer dans un hôtel particulier[4], au 50 rue de Chaillot qui deviendra le 20 rue Quentin-Bauchart, et sera l'adresse de Raymond de 1928 jusqu'à sa mort.

Premiers écrits

L'auteur âgé de 18 ans : c'était là son portrait préféré[5].

En 1894, sa mère, sa sœur et lui-même héritent de la fortune du père, ancien agent de change, mort le 6 juillet. Cette fortune, qui sera gérée par le père de Michel Leiris, est alors estimée à environ 40 millions de francs-or. Raymond Roussel commence à écrire des vers pour accompagner ses compositions musicales. À 17 ans, il écrit Mon âme[6], un long poème publié trois ans plus tard dans Le Gaulois.

En 1896, il commence l'écriture d'un long poème intitulé La Doublure. Pendant la rédaction de cette œuvre, il a ce qu'il appellera une « curieuse crise » où, durant quelques mois, il éprouve une « sensation de gloire universelle d'une intensité extraordinaire ». En octobre, il est à Milan avec sa mère. Il s'éveille à la vie et à la poésie.

La Doublure, paru le 10 juin 1897, est son premier livre et un échec complet : « J'eus l'impression d'être précipité jusqu'à terre du haut d'un prodigieux sommet de gloire », témoigne Roussel. Il tombe alors en dépression. Il est soigné par le psychiatre Pierre Janet qui décrira son cas dans De l'angoisse à l'extase (1926)[7]. Ses insuccès provoquent chez lui de véritables crises de délire.

Raymond Roussel fréquente les salons mondains, y rencontre Marcel Proust. En 1899, il rend visite à Jules Verne[8]. Il admirait aussi Pierre Loti et Paul Bourget.

L'écrivain et le dramaturge

Au moment de la parution d'Impressions d'Afrique, en 1910, il est de nouveau déçu. Le roman reçoit peu d'échos. Personne ne s'y intéresse, sauf Edmond Rostand qui propose d'en faire une « pièce extraordinaire ». Roussel en fait alors jouer successivement trois versions, mais la critique s'acharne sur la pièce, qui est un échec.

L'année 1911 est marquée par la mort de sa mère en octobre. Sa sœur, Germaine Roussel (1873-1930), duchesse d'Elchingen, s'installe dans l'hôtel particulier familial. Raymond part de temps en temps se reposer à la Villa Chaslon-Roussel, située sur le front de mer de Biarritz, construite par Walter-André Destailleur et élevée sur un ancien terrain de la famille Bonaparte. Elle sera revendue en 1917[9].

En janvier 1914, c'est la parution du roman Locus Solus qui n'est guère mieux accueilli que les précédents. Durant le premier conflit mondial, il demande à être mobilisé et servir comme chauffeur au service des armées et l'obtient. Il fait teindre tous ses habits en noir en signe de deuil. Il tombe malade en mars 1918 et passe la fin de la guerre à l'hôpital. En 1919, sans doute aussi grâce à ses nombreux dons, il reçoit la médaille commémorative française de la Grande Guerre et la médaille interalliée dite de la Victoire[10].

En 1920 et 1921, Roussel effectue un tour du monde. Il séjourne notamment à Tahiti, sur les traces de Pierre Loti et prend de nombreuses photographies. Son homme d'affaires, Eugène Leiris (père de Michel) lui signale que pour la première fois ses dépenses annuelles, qui atteignent presque 1,5 million de francs, dépassent ses revenus[10]. Roussel dépose alors un brevet, le 18 septembre 1922, intitulé Utilisation du vide à la non-déperdition de la chaleur pour tout ce qui concerne l'habitation et la locomotion : des tubes de verre vide insérés entre les cloisons, plafonds et planchers des habitacles permettent d'y maintenir un climat tempéré. Pour tester son isolant, il fait construire un gros cube dans son jardin de Neuilly[10]. Le brevet lui est délivré le 14 décembre 1923.

En 1922, Roussel charge Pierre Frondaie de faire une adaptation théâtrale de Locus solus avec Gabriel Signoret en tête d'affiche, qui rencontre aussi un notable insuccès et provoque même des disputes : la première représentation a lieu le 7 décembre au Théâtre Antoine et convoque rien de moins que Maurice Fouret (1888-1962) à la musique, Paul Poiret aux costumes et Émile Bertin (1878-1957) aux décors[11]. Spectacle coûteux, entièrement financé par Roussel, il accède ainsi à une forme de célébrité par le scandale.

Le , pensant que ses pièces échouaient parce qu'elles n'étaient que des adaptations, Roussel écrit directement pour la scène L'Étoile au front, mais c'est encore un échec accompagné de protestations et de bagarres : « Pendant le second acte, un de mes adversaires ayant crié à ceux qui applaudissaient : « Hardi la claque », Robert Desnos lui répondit : « Nous sommes la claque et vous êtes la joue ». Le mot eut du succès et fut cité par divers journaux. »[12]

Le , La Poussière de soleils, sa dernière pièce, est jouée au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, dans les décors de Numa et Chazot : « On s'arracha les places, et l'affluence y fut énorme. Beaucoup ne venaient que pour avoir le plaisir d'assister à une séance houleuse et d'y jouer leur rôle. Cependant la représentation fut calme. »[12] La critique fut toutefois encore assez négative. Au même moment, il présente à la presse dans les jardins de son hôtel particulier à Neuilly-sur-Seine (La Revue du Touring Club de France, L'Illustration) son invention, une « villa-nomade », en réalité un camion Saurer amménagé en « maison roulante », qu'il appelle « sa roulotte »[10], avec chambre-salon, salle de bains et logement du personnel. Entre la fin 1926 et début 1927, il fait Paris-Rome en roulotte et fait visiter celle-ci à Mussolini ![10]

De retour à Paris, il décide de vendre son hôtel du 25 avenue Richard-Wallace à Neuilly (la transaction ne sera conclue qu'en 1931)[10]. En janvier 1928, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur par le biais de Louis Barthou[13]. Il décide d'aller vivre chez sa sœur juste avant la mort de celle-ci en 1930, rue Quentin-Bauchard. Il y retrouve son neveu Michel Ney, veut l'adopter pour qu'il hérite de tous ses biens sans frais, ne peut pas, puis décide d'habiter au Ritz[10].

Roussel fait plusieurs séjours dans une clinique de Saint-Cloud pour troubles neuropsychiatriques. En 1931, il fait un don important à Marcel Griaule pour ses expéditions et à Georges-Henri Rivière pour le musée d'ethnographie. C'est aussi cette année-là qu'il achète une concession au cimetière du Père Lachaise et fait dresser les plans d'un caveau (sculpture et monument ne seront jamais exécutés, seule une pierre sera dressée en 1966)[10].

En novembre 1932 sort en librairie le dernier livre publié de son vivant, Nouvelles Impressions d'Afrique, qui comprend 59 photogravures de dessins à la plume non légendés figurant des scènes énigmatiques signées Henri-Achille Zo[14]. Il connaît de nouveaux soucis financiers, l'effet de la crise semble l'avoir ruiné totalement à la fin de cette année[10].

tombeau
Tombe de Raymond Roussel au cimetière du Père-Lachaise.

La mort : une overdose programmée ou un accident ?

Début juin 1933, Roussel décide de partir se reposer à Palerme[15], loue une voiture et embauche un mystérieux jeune chauffeur, conducteur de taxi, dont le nom est resté inconnu : son neveu Michel Ney assiste à leur départ de Paris, rue Quentin-Bauchard. Charlotte Fredez dite « Dufrêne », 53 ans, n'est pas du voyage, elle rejoint Roussel plus tard.

Le , il est retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel, au Grand Hotel Et Des Palmes[16], à Palerme, à la suite, selon le rapport du médecin légiste, d'une « ingestion excessive de barbituriques » (du Sonéryl, un somnifère). Le 2 juillet, il avait cependant tenté de s'ouvrir les veines avec son rasoir, mais fut soigné par son majordome, Tomasso Orlando di Gaetano, 29 ans, embauché vers le 14 juin, qui logeait au Savoia[17], l'hôtel voisin, et par sa « gouvernante ou infirmière », Charlotte, qui elle, résidait dans la chambre voisine de celle de Roussel[18]. Le chauffeur n'a jamais été inquiété ni n'est nommé dans le rapport de police : il se serait présenté par la suite à Michel Ney en réclamant de l'argent. Le rapport précise par ailleurs que, parmi les biens retrouvés dans la chambre de Roussel (la 204), se trouvaient, outre une quantité importante de médicaments[19], un manuscrit contenant un journal intime (tenu par Charlotte) énumérant, jour après jour, l'ingestion de différentes substances : Leonardo Sciascia, ainsi que Caradec, laissent entendre par là que Roussel cherchait, non pas à se tuer, mais à expérimenter une forme d'extase, trait caractéristique de la personne qui consomme des stupéfiants. Autrement dit, Roussel serait mort des suites d'une « overdose ».

Le 3 août 1933, la nouvelle de sa mort est enfin publiée dans Paris-Midi et l'article est signé Pierre Lazareff. Son neveu Michel Ney est nommé principal héritier : Roussel lui a écrit quelques mois avant son décès, en s'excusant de ne plus avoir un sou.

Raymond Roussel est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (89e division). Deux ans plus tard est publié son ouvrage posthume, Comment j'ai écrit certains de mes livres.

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