Révolution française

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Révolution française
Prise de la Bastille le 14 juillet 1789 par Hoüel

Prise de la Bastille le 14 juillet 1789 par Hoüel.

Date
Lieu Drapeau de la France  France
Résultat Fin de l' Ancien Régime et de la monarchie absolue française
Naissance de la Monarchie constitutionnelle puis de la Première République
Chronologie
Ouverture des États-Généraux à Versailles
Serment du Jeu de paume
Prise de la Bastille
Abolition des privilèges et des droits féodaux
Adoption de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen
Fuite de Louis XVI et arrestation à Varennes
Louis XVI prête serment à la Constitution : Début de la monarchie constitutionnelle.
Prise des Tuileries avec l'aide des Fédérés marseillais. Leur chant de marche sera adopté par la foule parisienne et baptisé La Marseillaise. Chute de la monarchie et suspension de Louis XVI.
Au lendemain de la bataille de Valmy, la Convention nationale abolit la royauté et fonde la Ire République.
Exécution de Louis XVI
9  thermidor  an II Fin de la Terreur et chute de Robespierre.
18  brumaire  an VIII Coup d’État établissant le Consulat, dominé par Bonaparte.

La Révolution française est une période de l' histoire de France, comprise entre l'ouverture des États généraux, le , et le coup d'État du 18 brumaire de Napoléon Bonaparte, le [Note 1]. Il s'agit d'un moment crucial puisqu'il débouchera, un peu plus de trois ans après la prise de la Bastille, à la fin de l' Ancien Régime (dix aout 1792). Il se déroulera en deux étapes, en fait deux révolutions successives. Elles transforment d'abord le Royaume de France en une monarchie constitutionnelle, puis enfin en Première République, mettant fin à une société d'ordres et aux anciens privilèges. Elles lèguent de toutes nouvelles formes politiques, la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 proclamant l'égalité des citoyens devant la loi, les libertés fondamentales et la souveraineté de la Nation, apte à se gouverner au travers de représentants élus.

Plusieurs centaines de milliers de personnes trouvèrent la mort durant cette révolution, notamment pendant la Terreur (16 594 personnes guillotinées [1]) et pendant les tentatives de contre-révolution, notamment la guerre de Vendée. Dès son commencement, la portée universelle des idées de la Révolution française a été proclamée par ses partisans, et l'ampleur de ses conséquences soulignée par ses détracteurs [2]. Les guerres de la Révolution française, qui ont touché une large partie de l’ Europe continentale, ont abouti à la création de «  républiques sœurs » et à la transformation des frontières et des États d'Europe, contribuant à la diffusion des idées révolutionnaires. Ces conflits ont ensuite trouvé leur prolongement dans les guerres napoléoniennes. La Révolution est restée un objet de débats ainsi qu'une référence positive tout autant que négative tout au long des deux siècles qui l'ont suivie, en France comme dans le monde.

La Révolution française a créé des divisions immédiates et durables entre les partisans des idées révolutionnaires et les défenseurs de l'ordre ancien, ainsi qu’entre les anticléricaux et l' Église catholique.

La fin de la Révolution française est généralement située au coup d’État du 18 brumaire (du 8 au 10 novembre 1799), lorsque Napoléon Bonaparte accède au pouvoir et inaugure la période du Consulat qui aboutit, cinq ans plus tard, à l'avènement de l' Empire. Elle marque le début d’une période de grande instabilité institutionnelle en France au cours de laquelle se succèdent trois monarchies constitutionnelles, deux éphémères républiques et deux empires, jusqu’à l’ avènement définitif de la République au cours des années 1870.

La France dans les années 1780

Société française

La société sous l' Ancien Régime repose sur l'existence de droits médiévaux, les privilèges (leges privatae, lois particulières) qui sont les statuts dont disposent non seulement les corps constitués tels que le clergé et la noblesse, mais aussi les provinces, les villes et les corporations [3].

La Révolution française, qui naît d'une crise financière due à la participation de la France à la Guerre d'indépendance des États-Unis, concentre essentiellement discours et critiques sur les privilèges fiscaux du clergé et de la noblesse (le poids des impôts est inégalement réparti entre ceux-ci et le Tiers état alors que celui-ci est le plus productif). Mais à l'intérieur même du Tiers État (qui représente 97 % de la population) [4], il y a de fortes différences selon le métier, la province voire la ville. Les lois sont différentes en Bretagne et en Languedoc.

Ce manque d'unicité de la loi sous l'Ancien Régime est soit le fruit des agrandissements du royaume (le nouveau territoire reconnaît la souveraineté du roi de France et demande à celui-ci le respect de ses coutumes), soit des traditions sociales (par exemple, la noblesse ne paie pas l'impôt de la taille personnelle mais en échange doit payer « l'impôt du sang » c'est-à-dire faire la guerre pour le royaume ; les habitants du village de Domrémy ne paient pas d'impôts) ou professionnelles (par exemple les savetiers ont des privilèges que n'ont pas les cabaretiers et inversement, sachant que ces privilèges varient d'une province à l'autre).

Les privilèges gênent l'établissement d'une politique générale, entravent les volontés de réforme du gouvernement (notamment sous Louis XV), ralentissent les échanges (il y a des péages d'une province à l'autre, voire d'une ville à l'autre). Ils figent la société. Cependant, tous les privilèges ne sont pas abusifs et le Peuple reste attaché à certains, notamment le droit de corporation : des gens d'un même corps de métier se rassemblaient au sein d'une même organisation (sorte de syndicat de l'époque) pour peser sur la société et organiser des systèmes d'aides, ce que nous appellerions aujourd'hui les retraites ou les salaires minimum. L' abolition et l’indifférenciation de tous ces privilèges provoquera des frustrations paysannes à l'encontre du pouvoir révolutionnaire, qui aboutira notamment aux guerres de Vendée.

Au XVIIIe siècle, l'essor de nouvelles catégories sociales dans les villes et dans les gros bourgs est indéniable. Parmi les nouvelles couches, on distingue d'une part une bourgeoisie marchande ou financière, qui profite de l’enrichissement global, et pour une fraction d'entre elles des grandes spéculations boursières sous Louis XVI, des laboureurs, des paysans riches qui peuvent offrir à leurs enfants une éducation et d'autre part une bourgeoisie de fonctionnaires et d'hommes de loi qui aspire à jouer un rôle politique [5].

Cependant la société semble se figer, l’accès à la noblesse se ferme. Dans les années 1780, les nobles qui ont besoin de numéraire remettent en vigueur des droits féodaux oubliés et contrôlent de manière plus tatillonne leur perception : c’est la réaction nobiliaire. À la fin des années 1780, les mauvaises récoltes jettent à la rue les membres les plus fragiles des communautés, mais la Révolution n'arrive pas comme une conséquence de ces dernières années, l'historien Jean Nicolas recensant pendant tout le XVIIIe siècle, qu'il appelle le « siècle d'intranquillité », pas moins de 8 528 révoltes de communautés paysannes qui se politisent de plus en plus [6].

Contestation de la monarchie absolue

Louis XVI représenté en costume de sacre avec les regalia et la croix de l' ordre du Saint-Esprit par Antoine-François Callet (1781).

En 1788, le pouvoir repose sur la monarchie absolue de droit divin. Le roi tient son pouvoir de Dieu comme le montre la cérémonie du sacre à Reims, marquant le début de son règne ; la tradition monarchique s’inscrit dans le respect des coutumes, c'est-à-dire des libertés et des privilèges accordés à certains individus, certaines villes ou provinces. Le roi règne sur le pays en maître incontesté et se trouve, en tant que « seigneur des seigneurs », aux prises avec une noblesse turbulente plus ou moins domestiquée depuis Louis XIV. Les bases de ce système politique sont contestées et attaquées dans la seconde partie du XVIIIe siècle.

La philosophie des Lumières a joué un rôle déterminant dans la tournure que prirent les événements mais son influence est à nuancer : accorder trop d'importance aux préceptes nés durant ce siècle se révélerait être un manque de fidélité historiographique majeur. Contre la monarchie absolue à la française, le modèle anglais d'une monarchie limitée par un parlement (assemblée élue) est mis en avant. À l’obéissance du sujet s’opposent les droits du citoyen. Rousseau défend l'idée que le pouvoir souverain suprême réside dans la Nation et s'oppose à Voltaire partisan du despotisme éclairé et donc favorable à la monarchie mais qui en mettant la Raison au centre de tout, s'oppose aux fondements religieux de la monarchie française.

Les ordres privilégiés se révoltent aussi contre le pouvoir royal. En effet, l'absolutisme les a privés de leurs prérogatives traditionnelles. Les Parlements sont des cours de justice sous l'Ancien Régime. Ils profitent du droit traditionnel qui leur permet d'émettre des remontrances lors de l'enregistrement des lois dans les registres des parlements pour critiquer le pouvoir royal. Bien qu'ils défendent avant tout leurs privilèges, ils arrivent à passer, aux yeux de l'opinion publique, comme les défenseurs du peuple.

La noblesse, écartée du pouvoir sous Louis XIV, ne rêve que de revenir aux affaires [7]. À cette revendication politique, s'ajoute une revendication économique. Les nobles n'ont pas le droit d'exercer un grand nombre d'activités économiques sous peine de « déroger », c'est-à-dire de perdre leurs privilèges. Dans un siècle où la rente de la terre stagne et où les frais de représentation (costumes, carrosses…) sont de plus en plus élevés, leur pouvoir d'achat diminue. La noblesse s'arc-boute sur ses anciens privilèges, principalement les droits seigneuriaux, et exige le paiement de certaines redevances tombées en désuétude. Elle s'arroge aussi l'exploitation exclusive de certains communaux, ces terres non cultivées où, traditionnellement, les paysans pauvres pouvaient faire paître leurs quelques bêtes. Cette crispation est très mal vécue par les paysans qui réclament l'abolition des droits seigneuriaux pour soulager leur misère. La mauvaise récolte de 1788, due à un épisode d'échaudage des grains, provoquant une hausse des prix des céréales, ne fera rien pour arranger la misère des paysans et est aujourd'hui présentée par divers historiens [Note 2] comme une des causes de l'agitation populaire et de la Révolution, le politique étant considéré comme responsable du manque de grains [Note 3]. À preuve, notamment, on peut citer ces femmes qui iront à Versailles demander que sortent Le boulanger, la boulangère et le petit mitron. Des révoltes de subsistances en 1788 attestent, elles aussi, d'une crise frumentaire à l'origine partielle de la Révolution [8].

Malgré tout, dans leur immense majorité, les Français de 1789 n’imaginent pas une Révolution violente avec une abolition de la monarchie. Le roi est depuis son avènement présenté par l'iconographie royale comme un second « père du peuple », dans un parallèle effectué avec Louis XII [9], puis comme « père des Français ». Une réforme profonde de l’État est espérée et ce, dans un climat pacifique [10]. Si en 1789, le souverain est encore aimé et respecté [Note 4], son image paternelle se dégradera rapidement par la suite – dès 1791 – notamment par la multiplication des vetos qu'il met à l' Assemblée législative [11].

Échec des réformes politiques

Louis XV et Louis XVI ne sont pas restés insensibles à la diffusion des idées nouvelles et au blocage des institutions. Mais ils n'ont pas l'autorité de leur prédécesseur Louis XIV pour imposer les changements nécessaires aux privilégiés.

  • La Réforme judiciaire du chancelier de Maupeou, décidée à la fin du règne de Louis XV, est abandonnée par Louis XVI qui rappelle les anciens parlements sur les conseils de son ministre Maurepas. Cette décision, ressuscitant l'opposition parlementaire, rendra vaines les tentatives de réformes profondes que le roi envisagera d'entreprendre les années suivantes.
  • La Réforme fiscale : le problème des rois a toujours été le budget. Depuis le XVIIIe siècle, celui-ci est fortement déficitaire. En effet, le principal impôt direct, la taille, ne pèse que sur les non-privilégiés. Le souci des monarques est donc d'augmenter les rentrées fiscales. Des impôts nouveaux qui pèsent sur tous, quel que soit l’ordre, s’ajoutent aux impôts anciens : la «  capitation depuis 1695 », qui porte sur toutes les têtes mais qui pèse plus en proportion sur les non privilégiés, le «  vingtième » qui frappe tous les revenus (en théorie 1/20e du revenu) mais les nobles et le clergé le rachètent, c'est-à-dire le paient une fois pour toutes et en sont ensuite exonérés. Les impôts nouveaux n'empêchent pas le déficit et la dette publique de se creuser tout au long du XVIIIe siècle. Le 19 février 1781, Necker publie le Compte rendu au roi par M. Necker, Directeur général des Finances et, ainsi, rend public le budget du royaume. L'État perçoit 503 millions de livres de recettes pour 620 millions de livres de dépenses. Le service de la dette occupe à lui seul 310 millions de livres, soit la moitié des dépenses.

L'opinion publique est scandalisée d'apprendre que la cour dépense 36 millions de livres en fêtes et pensions pour les courtisans. S'ajoute une polémique sur le choix d'emprunter par des rentes viagères, dénoncées par Marat et Mirabeau, et jugées « ruineuses, impolitiques, immorales » [12] par Cambon, car Jacques Necker en avait émis pour des montants considérables à des taux d'intérêts élevés et à des fins spéculatives.

Journée des Tuiles à Grenoble

La monarchie ne peut faire aboutir aucune réforme fiscale à cause de la systématique obstruction des Parlementaires. La «  Journée des Tuiles de Grenoble » qui a lieu en 1788 illustre l'alliance contre nature entre les parlements et le peuple. Les protestations des familles touchées par la crise économique se multipliant depuis mai, ces agitations poussent la garnison à intervenir le 7 juin. Celle-ci est reçue par des jets de tuiles lancées par les habitants de Grenoble montés sur les toits. Après la «  journée des Tuiles », une assemblée des trois ordres ( noblesse, clergé, tiers état) appelée Réunion des États généraux du Dauphiné se réunit au château de Vizille près de Grenoble et décide la grève des impôts tant que les États généraux de la province n’auront pas été convoqués par le roi pour les voter. En faillite et incapable de rétablir l’ordre, Louis XVI cède en août 1788 et convoque les États-Généraux pour le 5 mai 1789.

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