Résistance intérieure française

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Résistance.
La croix de Lorraine, choisie par le général de Gaulle comme symbole de la Résistance [1].

La résistance intérieure française, appelée en France la Résistance, englobe l'ensemble des mouvements et réseaux clandestins qui durant la Seconde Guerre mondiale ont poursuivi la lutte contre l' Axe et ses relais collaborationnistes sur le territoire français depuis l' armistice du jusqu’à la Libération en 1944.

Cette lutte a consisté en des actions de renseignement, de sabotage ou des opérations militaires contre les troupes d'occupation (essentiellement allemandes) et aussi les forces du régime de Vichy. Mais elle englobe aussi des aspects plus civils et non-violents comme l'existence d'une vaste presse clandestine, la diffusion de tracts, la production de faux papiers, l'organisation de grèves et de manifestations, la mise sur pied de multiples filières pour sauver les prisonniers de guerre évadés, les réfractaires au STO et les Juifs persécutés.

La Résistance a pu se manifester en ville comme à la campagne, surtout après la naissance des maquis au printemps 1943. L'armée des ombres a rassemblé des hommes et des femmes de tous horizons, exposés tous à une forte répression de la part du RSHA (dont fait partie la Gestapo), de l’ Abwehr, de la Wehrmacht, ainsi que de la Milice française, ou encore de la police de l’ État français [2].

Si la Résistance active et organisée n'a jamais rassemblé plus de 2 ou 3 % de la population française, elle n'aurait pu survivre ni se développer sans de multiples complicités populaires, en particulier à l'époque des maquis.

L'histoire de la Résistance intérieure, toute différente qu'elle soit de celle de la France libre, n'est pas dissociable de cette dernière. Le général de Gaulle, chef des Français libres, a ses agents en métropole occupée par le biais des réseaux du BCRA ou d'envoyés tels que Jean Moulin, Pierre Brossolette et Jacques Bingen. Ces derniers reçoivent la charge d'unifier la Résistance intérieure, sous l'égide de Londres puis d'Alger. La création du Conseil national de la Résistance par Jean Moulin, le , puis celle des Forces françaises de l'intérieur (FFI) par Jacques Bingen, le , marquent les jalons essentiels d'un processus d'unification parfois difficile, mais sans équivalent dans le reste de l'Europe occupée.

Des formes de résistance ont également existé en Afrique française du Nord et dans le reste de l' Empire colonial français, ainsi que dans les trois départements annexés.

Différentes façons de considérer la Résistance

Historien de l'engagement résistant, Olivier Wieviorka montre que la Résistance peut s'organiser selon une logique de guerre, à laquelle se rattachent les réseaux et la lutte armée, ou selon une logique d'occupation, à laquelle correspondent les mouvements et les formes civiles. Henri Michel, fondateur du Comité d'Histoire de la Deuxième Guerre mondiale, définissait quant à lui la Résistance comme « l'ensemble des combats menés au nom de la liberté de la patrie et de la dignité humaine » contre l'occupant et ses aides.

Des historiens comme Jacques Sémelin ou François Marcot distinguent la « Résistance comme mouvement social », souvent inorganisée, et par laquelle les populations occupées tâchent de maintenir leurs valeurs et de manifester leur esprit de refus, de la « Résistance organisation », qu'elle revête ou non des formes non-violentes. Cependant tous les historiens ne donnent pas la même importance à la thèse fondamentaliste de la résistance organisée (c'est l'approche d' Olivier Wieviorka) et de la thèse sociétale de la résistance civile [3].

France libre et Résistance intérieure

Le , le général de Gaulle a appelé à la radio les Français qui avaient une quelconque compétence militaire à venir le rejoindre à Londres. Ceux qui ont répondu à son appel sont normalement classés comme membres de la «  France libre » ou résistants de l'extérieur.

La résistance de l'intérieur concerne les hommes et les femmes qui, en France, soit en zone occupée, dite zone Nord, soit en zone Sud, non occupée jusqu'en , se sont organisés pour perpétrer des actions contre les forces de l' Allemagne nazie, donc contraires à la légalité de l'occupant ou du gouvernement de Vichy.

À l'origine, en 1940, la France libre crée en métropole des réseaux de renseignement, et les premiers contacts avec les mouvements de résistance intérieure sont établis fin 1941. L'unification des deux résistances sous l'égide du général de Gaulle, est opérée notamment par Jean Moulin en 1942-1943. C'est pour symboliser cette résistance commune de la « France captive » et de la « France libre » que cette dernière est renommée France combattante en [4].

Point de vue administratif

Avant que les historiens aient eu le temps de définir ce qu'il convenait d'englober sous le terme de « Résistance », il a fallu déterminer administrativement qui avait droit de s'en réclamer, c'est-à-dire de toucher la pension à laquelle elle donnait droit. C'était un point particulièrement important pour les veufs, veuves et orphelins des 60 000 déportés qui n'étaient pas revenus des camps et des 30 000 fusillés entre 1940 et 1944.

Dès la fin de la guerre, 250 000 cartes de Combattants volontaires de la Résistance sont distribuées aux candidats présentés par les 45 mouvements homologués de la Résistance française et les 270 réseaux de la France combattante — qui dépendaient directement du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) de Londres. Selon cette définition administrative, les membres des réseaux du Special Operations Executive (SOE) ne sont pas comptabilisés puisqu'ils dépendaient d'une puissance étrangère, le Royaume-Uni. Certains mouvements ont été plus laxistes que d'autres pour donner leur agrément à des candidats douteux [5].

Par ailleurs, la loi no 48-1251 du 6 août 1948 [6] crée le « statut définitif des déportés et internés résistants ». Le dispositif est complété par l’article 19 de la loi no 86-76 du 17 janvier 1986. Les articles 272 à 274 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre [7] fixent les conditions dans lesquelles sont attribués les titres de déporté résistant et d' interné résistant.

Point de vue militaire

L'historien peut vouloir estimer les différentes manifestations de la Résistance sous un angle strictement militaire. On se réfère souvent à l'appréciation d' Eisenhower qui évalue à l'équivalent de quinze divisions l'apport de la Résistance aux forces alliées [8]. Un auteur comme Philippe Masson [9] donne une estimation beaucoup plus basse, mais reste dans la même problématique : combien de divisions ? Dans une telle vision, les manifestations non directement militaires de la Résistance, par exemple, la production d'une presse clandestine, ne sont à prendre en compte que si elles sont de nature à drainer des forces vers une aide efficace aux forces alliées [10]. Par ailleurs, des actions comme le sauvetage des Juifs, qui font partiellement échec aux plans génocidaires nazis, n'entrent pas dans une logique militaire. Selon Jean-François Muracciole, spécialiste de la Résistance, « sans l'aide de la Résistance, les Alliés auraient sans doute libéré la France en respectant un calendrier guère différent » [11]. Cette appréciation est cependant à nuancer fortement. Par exemple, après le débarquement de Provence, le quart sud-est de la France a été libéré avec près de trois mois d'avance sur les prévisions initiales (Lyon : 70 jours [12], Grenoble : 83 jours), en partie grâce à l'action des FFI. En outre, le débarquement de Normandie aurait été beaucoup plus sanglant, sans les renseignements et les actions retardatrices de la Résistance.

Point de vue politique

À l'inverse du point de vue militaire, l'historien peut avoir un point de vue strictement politique où les manifestations de Résistance sont considérées dans la mesure où elles changent la donne politique, notamment en donnant une légitimité à la France libre d'abord, et aux nouveaux pouvoirs qui émergent à la Libération.

La Résistance empêche ainsi toute vacance du pouvoir à la Libération, évite au pays toute guerre civile ou toute administration étrangère ( AMGOT imaginée par les États-Unis), restaure les libertés et constitue un remarquable vivier de renouvellement des élites politiques municipales et nationales. En 1946, les trois quarts des parlementaires sont d'anciens résistants. La Résistance est aussi à l'origine, par le programme du Conseil national de la Résistance [13] (), de la refondation du pacte social français, en engendrant les grandes réformes économiques et sociales de la Libération. Suivant ce point de vue, les actions militaires de la Résistance n'ont de la valeur que si elles ont une efficacité politique.

Mais nombre de réseaux voire de mouvements (telle l' ORA giraudiste) se refusent catégoriquement à « faire de la politique ». Inversement, beaucoup d'anciens résistants, bien au-delà des seuls rangs communistes, manifestent ultérieurement leur amertume de ne pas avoir pu changer la société et la vie politique aussi radicalement qu'ils le voulaient ( Claude Bourdet, Henri Frenay).

En particulier, la Résistance a toujours été très divisée sur ce que doit être le sort des partis politiques après la guerre. Emmanuel d'Astier de la Vigerie (chef de Libération) et Henri Frenay (chef de Combat) ainsi que d'autres responsables de la résistance souhaitent que les mouvements remplacent les anciens partis disqualifiés, qu'un grand « parti de la Résistance » se forme et prenne en main la vie publique. Ils mettent en avant la faillite des partis en 1940 sinon sous la IIIe République finissante, et l'inexistence de la plupart d'entre eux en tant que tels dans la Résistance. Jean Moulin a dû mener un long bras de fer contre Pierre Brossolette ou Henri Frenay pour faire admettre les partis au Conseil national de la Résistance () : les Alliés ne pourraient pas en effet comprendre leur absence. Cette réintégration des partis et l'échec rapide de la Résistance à engendrer ses propres formations politiques après la guerre sont l'objet jusqu’à nos jours de longues polémiques, surtout au vu des déceptions nombreuses engendrées par la IVe République, taxée souvent de « régime des partis ».

Mais le poids considérable des communistes, des socialistes et des démocrates-chrétiens dans la Résistance ne pourrait empêcher le PCF, la SFIO et le MRP de jouer de toute façon un rôle-clé dans la France libérée. De surcroît, un mouvement de résistance n'a rien d'un parti politique. Il recrute par cooptation au hasard de multiples rencontres secrètes indépendantes les unes des autres, il rassemble de façon hétéroclite des hommes de toutes convictions et de tous horizons et est dépourvu de fichiers d'adhérents ou de démocratie interne.

Enfin, peut-on changer la vie politique en quatre années seulement, aussi intenses soient-elles ? Le socialisme, le radicalisme, le communisme, etc. existent alors depuis des décennies et veulent dire quelque chose pour la nette majorité des Français. Les résistants ne sont que 2 ou 3 % de la population, et leurs formations ne signifient pas grand-chose en tant que telles aux électeurs.

Léon Blum, de sa prison, souligne aussi que les partis sont indispensables à la démocratie, et que toute tentative de les disqualifier et de les remplacer renverrait dans les ornières de l' antiparlementarisme et des tentations autoritaristes, qui ont déjà tant fait de dégâts dans les années 1930 puis sous Vichy.

Aussi, si les résistants ont eu une efficacité politique indéniable et, pour beaucoup, un brillant destin public après-guerre, la Résistance en tant que telle échoue bel et bien à se prolonger sous une forme politique [14].

Motivations de l'engagement résistant

Composantes politique et militaire de la Résistance peuvent être parfois séparées. Il y a en fait plusieurs aspects dans l'activité de la Résistance en France, pendant la Seconde Guerre mondiale :

  • une réaction nationale contre l'occupation étrangère et de lutte militaire pour l'indépendance nationale, l'une des principales motivations chez la majorité des résistants ;
  • une lutte politique et morale contre le nazisme, contre la dictature, contre le racisme et la déportation, qu'il faut aussi prendre en compte si l'on veut pouvoir expliquer la présence d'Allemands dans la Résistance française et même d'un maquis d' antifascistes allemands entre 1942 et 1944, dans les Cévennes. Dans cette composante politique et morale, il faut aussi situer le Mouvement National contre le Racisme qui publie Fraternité et J’Accuse ou les réseaux de chrétiens à l'origine de Témoignage chrétien. On peut aussi situer dans cette seule dimension politique la résistance trotskiste, ainsi que les unités espagnoles de guérilla dans le sud-ouest.
  • la promulgation du STO pousse des centaines de milliers de Français à rejoindre les maquis.
Other Languages
Alemannisch: Résistance
čeština: Résistance
Cymraeg: Résistance
Deutsch: Résistance
Esperanto: Franca rezistado
Bahasa Indonesia: Pemberontak Perancis
한국어: 레지스탕스
Nederlands: Résistance
srpskohrvatski / српскохрватски: Francuski pokret otpora
Simple English: French Resistance
slovenčina: Résistance