République romaine

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir République romaine (homonymie).
République romaine
Res Publica Romana (la)

509 av. J.-C. – 27 av. J.-C.

Blason
SPQR
Devise :  Senatus PopulusQue Romanus
(« Le Sénat et le Peuple de Rome »)
Description de cette image, également commentée ci-après
Évolution de la République
Informations générales
StatutRépublique
CapitaleRome
LangueLatin
ReligionReligion romaine traditionnelle
MonnaieAs, sesterce, denier, aureus
   (voir Monnaie romaine)
Démographie
Population 508 av. J.-C.130 000 citoyens[N 1]
474 av. J.-C.103 000 citoyens[N 2]
252 av. J.-C.297 797 citoyens[N 3]
204 av. J.-C.214 000 citoyens[N 4]
70 av. J.-C.910 000 citoyens[N 5]
Superficie
Superficie 326 av. J.-C.10 000 km²
200 av. J.-C.360 000 km²
146 av. J.-C.800 000 km²
100 av. J.-C.1 200 000 km²
50 av. J.-C.1 950 000 km²
Histoire et événements
vers 509 av. J.-C.Instauration de la République.
vers 450 av. J.-C.Deux décemvirats.
vers 396 av. J.-C.Prise de Véies.
vers 390 av. J.-C.Sac de Rome.
Fin e siècleGuerres latines et samnites.
e siècleGuerres contre Pyrrhus et puniques.
début e siècleGuerres macédoniennes.
er siècleGuerres civiles.
vers 80 av. J.-C.Dictature de Sylla.
44 av. J.-C.César proclamé dictateur à vie.
31 av. J.-C.Bataille d'Actium.
27 av. J.-C.Couronnement d'Auguste.
Consul
509 av J.-C.Brutus, Collatin et Valerius
27 av. J.-C.Auguste et Agrippa
Autres magistrats
Sénat et Comices

Entités précédentes :

Entités suivantes :

  1. Denys d'Halicarnasse, Ant. romaines, V, 20 / (en).
  2. Denys d'Halicarnasse, Ant. romaines, IX, 36 / (en).
  3. Tite-Live, Histoire romaineXVIII (Periochae).
  4. Tite-Live, Histoire romaineXXIX, 37.
  5. Tite-Live, Histoire romaineLXXXXIX (Periochae).

La République romaine est la phase de la civilisation de Rome qui commence en 509 av. J.-C., à la chute de la Monarchie dont le dernier représentant, Tarquin le Superbe, un Étrusque, est chassé du pouvoir par l'aristocratie patricienne qui profite de l'affaiblissement de l'Étrurie. La République romaine a pris fin entre 44 av. J.-C., avec l'assassinat de Jules César, et 27 av. J.-C., au moment où Octave reçoit le titre d'Auguste. L'année 31 av. J.-C., celle de la bataille d'Actium, qui oppose Octave à Marc Antoine, est aussi une date clé avec le dernier affrontement entre deux magistrats de la République romaine, et le début d'une ère où les terres romaines sont dominées par un seul : celui que l'on appellera le princeps, ou « empereur ».

Le mot « république » vient du latin res publica, ce qui signifie « la chose publique », contrairement à res privata, « la chose privée ». Gouverner la cité est donc une affaire publique et collective. La devise de la République est Senatus Populusque Romanus (SPQR), « le Sénat et le peuple romain ». Elle symbolise l'union du Sénat de la République romaine, où siègent à l'origine les familles patriciennes, et de l'ensemble des citoyens romains. En effet, les Romains sont divisés à l'origine en deux groupes, les patriciens et les plébéiens. Ces derniers forment la masse des artisans et paysans. Ils vivent en dehors de l'organisation patricienne et n'honorent aucun ancêtre particulier. Les patriciens sont souvent propriétaires de vastes domaines cultivés. Ils appartiennent à de célèbres familles, les gentes. Chaque gens a ses propres cultes dont celui des ancêtres et ses traditions. Elle comprend un nombre plus ou moins grand de clients qui doivent obéissance à leur « patron » et reçoivent en échange aide et assistance en cas de besoin.

Avènement de la République (Ve et début IVe siècles av. J.-C.)

Fin des rois étrusques et instauration de la République

Tradition et vérité historique

Vue romantique de Rome, avec le Tibre, le mur servien et le pont Sublicius, dominée par le Capitole et le temple dédié à la triade de Jupiter, Junon et Minerve.

L'histoire des débuts de la République est très obscure : en dehors des découvertes archéologiques, qui ne permettent qu'exceptionnellement une narration des événements, on ne possède pas de sources contemporaines de cette période. On ne peut donc en écrire l'histoire qu'à partir des récits historiques qu'en donnent les Romains eux-mêmes, récits souvent imprécis, parfois contradictoires, où la légende et la réécriture à des fins politiques se mêlent au souvenir des événements les plus anciens[1].

La tradition des débuts de la République est notamment narrée par Tite-Live et Denys d'Halicarnasse, historiographes respectivement latin de l’Histoire romaine et grec des Antiquités romaines, tous deux vivant à la fin du Ier siècle av. J.-C. et qui sont les principales sources sur les premières décennies de la République sur lesquelles se sont fondés la plupart des auteurs romains des siècles suivants, et par lesquelles on connaît les évènements semi-légendaires de la Monarchie et de la République primitive. Les deux auteurs romains se sont fondés sur des écrits d'annalistes et d'historiens antérieurs tel que Fabius Pictor[2],[3], mais aussi sur des écrits et des archives religieuses aujourd'hui perdus.

Les historiens s’accordent généralement à considérer les péripéties des débuts de la République comme aussi légendaires que les détails de la fondation de Rome. Néanmoins, bien qu'il soit évident que la tradition enjolive les faits pour ne pas donner à Rome le mauvais rôle, il est admis que la tradition romaine se base sur des faits historiques, même s'il est très difficile et souvent impossible de démêler le vrai du faux[4]...

Date de l'expulsion des Tarquins

Traditionnellement datée de 509 av. J.-C., grâce aux fastes consulaires et aux récits des historiens, on situe l'expulsion des Tarquins entre 510 et 506 av. J.-C. grâce aux récits grecs indépendants et à l'archéologie qui donnent une chronologie des évènements qui s'accorde avec les grandes lignes des récits romains[5]. Par exemple, l'existence attestée par l'archéologie et la paléographie de Valerius Publicola à la fin du VIe siècle av. J.-C.[6] ou encore la bataille d'Aricie datée de la même époque par Hypérochos de Cumes, le biographe d'Aristodème[4].

Début de la République

Selon les traditions, Junius Brutus, le neveu du dernier roi Tarquin le Superbe, est le fondateur légendaire de la République romaine, en 509 av. J.-C., aux côtés de Tarquin Collatin, membre de la famille des Tarquins et mari de Lucrèce, dont le viol par Sextus Tarquin, fils du roi, est l'élément déclencheur de la révolution. La tradition donne deux hommes supplémentaires, Lucretius Tricipitinus, père de la victime, et Valerius Publicola[7],[8], dont l'existence est attestée par la découverte d'une inscription sur un bloc de tuf (le lapis Satricanus)[6].

Tarquin le Superbe est renversé car selon les annalistes, il use de ses pouvoirs pour instituer une tyrannie, gouverne seul sans tenir compte du Sénat, et multiplie les exécutions arbitraires. C’est cette atteinte à la souveraineté du Sénat, plutôt qu’une tyrannie intolérable, qui pousse les patriciens, plutôt que le peuple entier, à chasser le dernier roi[9].

Cette monarchie historique, comme le suggère la légende, est probablement très vite remplacée et les changements les plus importants qui ont lieu immédiatement après concernent le chef de l’exécutif. Le Sénat décide d'élire deux chefs, appelés « préteurs » (les magistrats romains qui deviennent le consulat républicain). Les consuls possèdent les mêmes pouvoirs que le roi, avec deux limitations : les deux ont un droit de veto sur les actes de son collègue et le mandat de leur magistrature est limité à une seule année. Ces deux restrictions limitent leur pouvoir et réduisent les risques qu'une autre tyrannie soit établie[9].

La légende raconte ensuite que les Tarquins soulèvent les villes étrusques de Véies et Tarquinii contre la république naissante qui les vainc. Junius Brutus et Arruns Tarquin s'entretuent par ailleurs durant cette bataille, où les Romains menés par Valerius ont perdu un homme de moins que leurs adversaires, ce qui leur vaut la victoire. Selon les diverses traditions, Tarquin aurait aussi eu des appuis importants au sein même de Rome, puisque Brutus fait exécuter ses propres fils lors de la répression d'un complot, ce qui est une des grandes fiertés romaines[10],[11].

L'Étrurie (e au e siècle av. J.-C.).

Porsenna, roi étrusque de Clusium, assiège Rome pour rétablir Tarquin le Superbe, mais renonce devant l’obstination des Romains[12],[13]. Les historiens modernes proposent d'autres successions d'évènements, tel Jacques Heurgon : Porsenna organise une invasion du Latium comme l’ont précédemment fait Tarquinia et Vulci, chasse les Tarquins et occupe Rome, d’où il attaque ensuite Aricie, s’opposant à une coalition des Latins et de Cumes, qui le met en échec[14]. D'autres auteurs modernes remettent en cause tous les divers évènements obscurs narrés par les historiographes romains, notamment l'épisode de Porsenna. Cependant, nombre de villes latines se défont du joug étrusque à la fin du VIe siècle av. J.-C., notamment grâce à l'aide de Aristodème de Cumes, qui, une première fois, bat une offensive étrusque en 524 av. J.-C., et selon Tite-Live et Denys d'Halicarnasse, renouvelle la victoire contre une armée commandée par Arruns, fils de Porsenna, assiégeant Aricie[15],[16], et coupant définitivement la route de la Campanie à l'Étrurie. D'autres historiens avancent le fait que Porsenna aurait été en guerre contre la Rome de Tarquin, aurait vaincu ce dernier et forcé à l'exil, et se serait emparé de la ville. Or, peu de temps après, il est vaincu par une coalition latine et se retire sur ses terres, laissant Rome libre. Alors, plutôt que de rétablir Tarquin au pouvoir, les Romains ont remplacé la royauté par deux magistrats élus[17].

Selon la tradition, le tyran se réfugie ensuite à Tusculum où il pousse son gendre Octavius Mamilius à la guerre. Allié des Latins, il mène l'ultime combat contre Rome au lac Régille où il est vaincu et perd son dernier fils, puis meurt quelques années plus tard à Cumes où il fait de son hôte, le tyran Aristodème, son héritier[18],[19].

Quelques légendes suggèrent que la Monarchie diffère radicalement de la République naissante. Il est plus probable qu'il y ait eu une transition plus graduelle. Il se peut qu'il y ait eu un renversement rapide de la monarchie, mais le seul changement immédiat à ce moment-là est le remplacement du roi par une magistrature à deux têtes limitée en temps. Les autres changements se sont probablement produits plus progressivement que la tradition ne le suggère.

Heurgon relève que les fastes consulaires des premières années de la République recensent plusieurs noms d’origine étrusque comme magistrats, indices d’une présence étrusque perdurant à Rome au-delà de 509. Le départ des Tarquins ne signifie donc pas la fin de l'influence étrusque[14].

Guerres extérieures

Latins et Italiques

La bataille du lac Régille, ainsi que l'échec de Porsenna, marque définitivement la fin du règne des Tarquins à Rome. Cependant, la victoire romaine sur les Latins est mitigée et non décisive, car en 493 av. J.-C., une alliance est signée : le fœdus Cassianum. Elle met fin à la guerre entre Romains et Latins et place Rome à égalité de pouvoir avec tous les membres de la Ligue latine réunis. Lorsque le traité est ratifié, par Cassius Vecellinus pour Rome, dont le traité tire son nom, la République romaine conclut avec la ligue un traité entre égaux, un fœdus æquum. Cela crée autour de Rome un rempart contre les Volsques et les Èques[20],[21] puisque Rome s'allie aussi aux Herniques en 486 av. J.-C[22].

L'histoire romaine du Ve siècle av. J.-C. est marquée par des guerres contre les Volsques et les Èques ainsi que parfois les Sabins, mais Rome résiste et repousse les montagnards, leurs infligeant de lourdes défaites et des trêves plus ou moins longues, malgré quelques revers[23].

Guerre contre Véies

Article détaillé : Guerres entre Rome et Véies.

Selon la tradition, Rome et Véies entrent plusieurs fois en conflit dès la Monarchie romaine, notamment sous les règnes de Romulus[24], Tullus Hostilius[25] et Servius Tullius[26]. Cependant, sous le règne de Tarquin le Superbe, les deux villes entretiennent des échanges commerciaux et culturels comme le montre la construction sur le Capitole d'un temple de Jupiter décoré de terres cuites et d'un quadrige fabriqués par des artisans véiens. À la suite de prodiges, promettant grandeur et puissance à celui qui détiendrait le quadrige, les Véiens tardent et renâclent à le livrer comme promis[27].

Sous la République, les deux villes s'opposent pour des motifs économiques. Grâce à Fidènes, située en amont de Rome sur un gué du Tibre, Véies contrôle la Via Salaria et le trafic du sel dans la région[28],[29]. Une première guerre, privée, est menée par les Fabiens, massacrés à la bataille du Crémère[30]. Ensuite, vers 435 av. J.-C., Rome s'empare de Fidènes une première fois[31], qui devient une colonie romaine, puis définitivement en 425 av. J.-C, année où une trêve de 20 ans est conclue[32].

En 406 av. J.-C., selon Tite-Live, c'est Rome, par le vote d'une assemblée, qui engage de nouveau les hostilités en assiégeant Véies[33], bien qu'il se peut que cette dernière ait tenté de reprendre le contrôle de Fidènes et du commerce du sel. La guerre et le siège durent dix ans, jusqu'en 396 av. J.-C., éloignant les soldats de leurs champs des années, et maintenant le siège certains hivers. À la suite de l'élection d'un roi à Véies pour diriger la ville, les autres villes étrusques restent neutres, n'étant pas favorable au nouveau dirigeant véien, et voyant leurs frontières menacées par les hordes gauloises[34]. Selon la tradition, à la suite de plusieurs prodiges, ainsi que des stratagèmes du dictateur Furius Camillus, dit « Camille », la ville étrusque tombe aux mains des Romains en l'an 396 av. J.-C[35].

Cette guerre et cette prise est un évènement majeur dans l'histoire romaine : pour la première fois, les soldats-paysans restent dans l'armée plus d'une année entière, sans rentrer chez eux pour l'hiver, et pour la première fois, en compensation, ils reçoivent une paie[36], provenant d'un impôt payé par les autres citoyens (c'est la création du futur tributum). Le territoire romain double presque de taille à la suite des prises de Fidènes puis des terres de Véies, s'allongeant désormais d'Anxur (reprise en 397 av. J.-C.[37]) jusqu'au nord du territoire de Véies, dominant ainsi plus de terres que n'importe quelle autre cité du Latium. De plus, Rome prend l'ascendant dans l'alliance éternelle entre égaux conclue avec la Ligue latine, dominant les autres cités. Ainsi, Rome n'a jamais été si forte et aucune cité latine ou étrusque ne semble pouvoir lui faire de l'ombre[38].

Sac de Rome

Article détaillé : Sac de Rome (390 av. J.-C.).

À la suite de la prise de Véies, personne ne peut, parmi les villes du Latium, menacer Rome, qui domine les villes latines. Mais le 18 juillet 390 av. J.-C., date traditionnelle, une horde gauloise, menée par Brennus, écrase l'armée romaine. Tite-Live ne parle même pas d'une bataille, mais d'une fuite éhontée laissant le chemin de Rome libre. Les instances religieuses et les objets sacrés sont mis en sécurité à Caere, une alliée, avant que les Gaulois ne s'emparent de Rome et assiègent le Capitole, où les derniers défenseurs résistent[39].

Si l'on en croit les traditions, Rome est totalement mise à sac, détruite et brûlée[40], seul le Capitole est épargné, défendu héroïquement (épisode des oies du Capitole notamment[41]). Il se peut qu'il s'agisse d'un pillage général, les Gaulois dépouillant tout, surtout les temples, plutôt que d'une mise à sac radicale. Les Romains, après sept mois de siège, obtiennent le retrait des Gaulois contre une forte rançon : 1 000 livres d'or (soit 327,45 kg), formule du Vae Victis (« Malheur aux vaincus ! » en latin) attribuée à Brennus[42]. Les causes du départ des Gaulois et ce qui leur arrive ensuite sont diverses et variées selon les sources : la tradition parle d'une peste qui sévit dans leurs rangs[42], hypothèse probable, ou encore d'une offensive d'un autre peuple gaulois sur leurs terres, les forçant à défendre leurs biens. Ensuite, la légende parle de l'arrivée providentielle de Camille, exilé quelques années plus tôt, à la tête des Ardéates et d'une partie de l'armée romaine réfugiée à Véies, qui lave l'honneur de Rome en arrivant avant que l'or ne soit donné aux Gaulois[43]. Dans la réalité, Camille joue sûrement un rôle important, car il cumule les dictatures dans les années qui suivent alors qu'il était exilé avant le sac de Rome. Caere, alliée de Rome, se signale en récupérant en partie le butin de Rome lors d'une embuscade[44],[45].

Le sac de Rome, quels que soient les dommages causés ou les pertes subies, reste à jamais un traumatisme pour la République romaine, et il se peut donc que les traditions soient très exagérées. Le sac de Rome n'est qu'un évènement mineur dans une guerre opposant les tyrans de Syracuse, Denys l'Ancien au début du IVe siècle av. J.-C., alliés des Gaulois, aux Étrusques, qui sont visés par l'attaque gauloise, et qui subissent de graves pertes à l'instar de Rome[46].

Institutions primitives et lutte patriciat/plèbe

Patriciat et plèbe

Articles détaillés : Patricien et Plèbe.

Les premières familles romaines sont appelées gentes. Quand les premières gens romaines se sont regroupées pour former une unique communauté, les patres des gentes dirigeantes sont choisis pour former l’assemblée des doyens (ce qui devient le Sénat romain). Pendant cette période, chaque famille non patricienne existe comme étant dépendante d'une des familles patriciennes. Finalement, cette dépendance est rompue et le résultat est la création de la classe plébéienne. Ainsi, chaque pater a autorité absolue sur sa famille patricienne ainsi que sur toutes les familles qui en dépendent[47]. Le droit romain reconnaît seulement aux familles patriciennes une entité juridique[48].

Le plus souvent, les habitants dont les villes sont conquises y demeurent. Leur vie quotidienne et leur système de gouvernement restent les mêmes, mais leurs villes perdent leur indépendance vis-à-vis de Rome. Néanmoins, un certain nombre vient à Rome. Pour acquérir un statut économique viable et légal, les nouveaux arrivants doivent accepter une dépendance envers une famille patricienne ; ils deviennent alors clients d’une famille patricienne. En fin de compte, ceux qui se sont attachés au roi sont libérés de leur dépendance. Ces derniers constituent alors les premiers plébéiens. Comme Rome s’agrandit, de plus en plus de soldats sont nécessaires aux conquêtes. Les non-patriciens appartiennent à la même curie que leurs patrons. En ce temps, l’armée est organisée sur la base des curies, de sorte que les individus dépendants de familles doivent se battre[49].

Néanmoins, quand ils sont délivrés de leur dépendance, ils quittent la curie à laquelle appartient leur patron. Ils ne sont alors plus obligés de se battre mais perdent tout statut politique ou économique. Pour faire revenir ces plébéiens dans l’armée, les patriciens ont dû faire des concessions, dont on ne connaît pas exactement la nature. Une des conséquences est que les plébéiens ont désormais le droit de posséder leurs propres terres. Devenus propriétaires, ils ont maintenant tout intérêt à défendre la ville car si elle venait à être conquise, ils perdraient toutes leurs terres. Cependant, il ne leur est donné aucun pouvoir politique. Tous ces éléments qui se mettent en place conduisent à la guerre des ordres[50].

Institutions au lendemain de la chute de Tarquin

Au lendemain de la chute de la royauté, le Sénat et surtout les deux seuls magistrats récupèrent le pouvoir suprême, et Rome passe d'un système monarchique à un système oligarchique. Ce changement de gouvernement ne profite qu'à une minorité, la nouvelle élite : le patriciat. Pendant les dix premières années, les guerres se succèdent, et la première confrontation entre les deux ordres a lieu en 495 av. J.-C., autour du problème des dettes : les créanciers, appartenant surtout à l'aristocratie sénatoriale et donc au patriciat, ont droit d'enchaîner, de vendre comme esclave ou encore de mettre à mort les débiteurs. Or de nombreux plébéiens sont très endettés, et subissent donc la loi du patriciat.

Première sécession de la plèbe

Article détaillé : Première sécession de la plèbe.

Une partie du corps civique quitte alors la ville de Rome, alors que la convocation par les consuls est imminente pour faire face à une guerre étrangère, et refuse de revenir malgré les prières des patriciens. Elle est écrasée de dettes et lutte contre l'arbitraire des institutions romaines. Sur des promesses du Sénat, la plèbe accepte de retourner sous les bannières et Rome fait face à trois ennemis, mais la lutte reprend sitôt la guerre terminée, et le Sénat refuse de céder, à l'image de Claudius Sabinus[51].

Après quelques soubresauts, la plèbe se retirant sur l'Aventin (épisode de l'insurrection du mont Sacré), elle obtient la création de la magistrature du tribunat de la plèbe interdite aux patriciens, chargée de défendre son intérêt, et qui sont inviolables : c'est la Lex Sacrata. Ils peuvent s'opposer à n'importe quelle loi proposée par les autres magistrats : c'est l’intercessio[52].

Projets de la Lex Terentilia et de la loi des Douze Tables

Plusieurs mutineries secouent l'armée romaine plébéienne, l'agitation est forte dans les rues de Rome, et la République doit faire face à une multitude d'ennemis au cours des années 480 et 470 av. J.-C. Petit à petit, les tribuns de la plèbe gagnent du pouvoir. Par la Lex Publilia Voleronis, votée en 471 av. J.-C., les plébéiens s’organisent par tribu plutôt que par curie[53],[54], rendant les plébéiens politiquement indépendants des patriciens[55].

Selon les historiens romains, ils réclament la mise par écrit des lois, par l'intermédiaire du projet de la Lex Terentilia en 462 av. J.-C., afin de connaître les pouvoirs consulaires, pour que l'organisation juridique (notamment le ius matrimonium) profite à tous, et pour mettre fin à ce qui est considéré comme un arbitraire dont pâtit la plèbe. En effet, au début du Ve siècle Ve siècle av. J.-C., les lois de Rome sont orales, et leur application à l’appréciation des consuls. Pendant dix années, Rome se déchire autour de ce projet de loi, jusqu'à ce qu'une commission soit envoyée à Athènes en 453 av. J.-C. transcrire les lois de Solon et que Terentilius Harsa retire son projet[56].

À leur retour d'Athènes et des villes grecques d'Italie du sud, une commission extraordinaire, les decemvirs, est établie pour rédiger des lois écrites. Nommés pour un an, ils sont munis de l’imperium consulaire. Les tables sont rédigées en deux fois, dix en 450 av. J.-C. et deux en 449 av. J.-C. La seconde commission de décemvirs tente de maintenir son pouvoir absolu, mais devant la sécession de la plèbe, retirée sur le mont Sacré, ils doivent démissionner, et la loi est approuvée par les assemblées législatives de la République romaine et publiée sur le Forum Romanum sur douze tables en bronze[57],[58],[59].

Les études modernes tendent à remettre en cause les récits des historiens romains. Le second décemvirat ne serait jamais survenu, et c'est celui de 451 av. J.-C. qui aurait inclus tous les points controversés de la loi, ainsi que les principales fonctions à Rome[17]. En outre, la question de l'influence grecque sur la première loi romaine est toujours débattue. Nombre de savants considèrent qu'il est improbable que les patriciens aient envoyé une délégation en Grèce, mais plutôt en Grande-Grèce, portail commun au monde grec et romain[60].

Néanmoins, la loi des Douze Tables constitue le premier corpus de lois romaines écrites. Leur rédaction est l'acte fondateur du droit romain, des institutions de la République romaine et du mos maiorum.

Fin du Ve siècle av. J.-C.

À la suite de l'abdication des décemvirs et à la publication de la loi des Douze Tables, les consuls Valerius Potitus et Horatius Barbatus de 449 av. J.-C. rédigent une série de lois votées par le peuple : les plébiscites promulguée par les comices tributes ont force de loi sous réserve que le sénat les ratifie, le droit d'appel au peuple est rétabli, la sacrosainteté et l'inviolabilité des tribuns de la plèbe sont proclamées : ce sont les leges Valeriae Horatiae[61].

En 445 av. J.-C., deux nouvelles mesures sont proposées : la suppression de l'interdiction de mariage entre plébéien et patricien, après avoir été inscrite dans les dernières tables de la loi des Douze Tables, ainsi que le droit aux plébéiens d'accéder au consulat. De nouvelles guerres menacent Rome, et les patriciens cèdent pour les mariages : la lex Canuleia est votée, et les consuls espèrent ainsi que le peuple, satisfait, se mobilise. Mais ce succès encourage les tribuns à demander le droit d'élire des consuls plébéiens. Le Sénat refuse de céder une seconde fois, et pour éviter une nouvelle sédition, propose la création du tribunat militaire à pouvoir consulaire, ouvert à tous, et ayant presque tous les pouvoirs du consulat, exceptés ceux donnés à une nouvelle magistrature patricienne, la censure. Les trois premiers tribuns militaires à pouvoir consulaire sont patriciens, et abdiquent peu de temps après, laissant place à des consuls élus parmi le patriciat[62].

Au début, les patriciens accaparent la nouvelle magistrature, mais petit à petit, en même temps que l'accès à la questure (le premier questeur plébéien en 409 av. J.-C.[63]), vers la fin du Ve siècle av. J.-C. et au début du IVe siècle av. J.-C., les plébéiens sont de plus en plus nombreux à accéder au tribunat militaire à pouvoir consulaire, qui devient presque systématique, remplaçant le consulat.

Lois licinio-sextiennes

Article détaillé : Lois licinio-sextiennes.

En 376 av. J.-C., les deux législateurs Licinius Stolon et Sextius Lateranus sont élus pour la première fois tribuns de la plèbe, et proposent immédiatement une série de lois pour améliorer la situation de la plèbe à Rome, où domine la classe dirigeante des patriciens. Il s'agit de lois politique, économique et sociale, visant à partager le pouvoir suprême entre plébéiens et patriciens, à lutter contre l'accaparement par les patriciens des terres récemment annexées autour de Rome (ager publicus), et à soulager la plèbe qui est écrasée de dettes : les mesures proposées sont le rétablissement du consulat, avec obligatoirement un élu plébéien parmi les deux consuls, l'interdiction d’occuper plus de 500 jugères sur l’ager publicus et la déduction du capital des intérêts déjà payés et l'étalement du remboursements des dettes sur trois ans, ainsi que la suppression du nexum. Les trois lois, unies en une seule pour le vote, sont approuvées par les comices tributes malgré l'opposition de Camille, de nouveau dictateur[64].

Le consulat plébéien ouvre implicitement l'accès à la dictature et à la censure : le premier dictateur plébéien apparaît en 356 av. J.-C.[65], le premier censeur plébéien en 350 av. J.-C.[66] Cependant, la plupart des magistrats sont toujours des patriciens pendant des décennies.

Durant toute cette période, la République romaine fait face à une multitude d'ennemis, et est sans cesse en guerre contre des peuples italiques, en ayant souvent recours à l'élection d'un dictateur pour faire face aux menaces extérieures, et est plusieurs fois proche de la catastrophe, comme lors du sac de Rome en 390 av. J.-C.

Other Languages
aragonés: Republica Romana
azərbaycanca: Roma Respublikası
беларуская (тарашкевіца)‎: Рымская рэспубліка
brezhoneg: Republik Roma
Mìng-dĕ̤ng-ngṳ̄: Lò̤-mā Gê̤ṳng-huò-guók
Esperanto: Romia Respubliko
interlingua: Republica Roman
Bahasa Indonesia: Republik Romawi
한국어: 로마 공화정
Lingua Franca Nova: Republica Roman
lietuvių: Romos respublika
latviešu: Romas Republika
македонски: Римска Република
Bahasa Melayu: Republik Rom
Plattdüütsch: Röömsche Republiek
Nederlands: Romeinse Republiek
português: República Romana
русиньскый: Римска република
srpskohrvatski / српскохрватски: Rimska Republika
Simple English: Roman Republic
slovenščina: Rimska republika
српски / srpski: Римска република
Seeltersk: Roomske Republik
Kiswahili: Jamhuri ya Roma
татарча/tatarça: Rim Respublikası
Tiếng Việt: Cộng hòa La Mã
Bân-lâm-gú: Lô-má Kiōng-hô-kok