République de Venise

Sérénissime république de Venise
Serenìsima repùblica de Venessia vec

Serenissima Repubblica di Venezia it

697 – 1797

DrapeauBlason
Description de cette image, également commentée ci-après
Carte de la république de Venise en 1796.
Informations générales
StatutRépublique aristocratique, Oligarchie
CapitaleVenise
LangueVénitien, Italien, latin
Histoire et événements
697Élection du 1er Doge
27 juin 1358Traité de Zara
17 mai 1797Traité de Leoben
Doge
697-717 (1er)Paolo Lucio Anafesto
1789-1797 (120e)Ludovico Manin

Entités précédentes :

La république de Venise dite la Sérénissime (en italien, Serenissima Repubblica di Venezia ; en vénitien, Serenìsima Repùblica Veneta) est un État progressivement constitué au Moyen Âge autour de la cité de Venise, et qui s'est développé par l'annexion de territoires divers et de comptoirs commerciaux le long des côtes de la mer Adriatique, en Méditerranée orientale et en Italie du Nord, jusqu'à devenir une des principales puissances économiques européennes. Venise occupe alors une place prépondérante dans les échanges économiques entre l'Occident et l'Orient méditerranéen, byzantin ou musulman.

La république de Venise a construit son indépendance politique et sa puissance économique grâce au commerce maritime. Les Vénitiens ont noué des alliances avec l’empire de Byzance. La flotte vénitienne aide militairement l’Empire byzantin contre les invasions arabes et normandes et contre les pirates croates qui nuisent au commerce. L’Empire byzantin accorde des privilèges commerciaux à Venise. Les Vénitiens peuvent établir des comptoirs dans l’Empire pour profiter du commerce.

Lors des croisades, Venise est un lieu d’escale pour les croisés et développe un axe de commerce Nord-Sud (avec les Anglais et les Flamands). Entre le e et e siècles, Venise émerge puis se développe au e siècle, via la « Bourse du Rialto », qui facilite le développement d'une flotte commerciale et le quadruplement de la superficie de l'arsenal de Venise, véritable « État dans l'État », sur lequel la cité construit sa richesse qui permet de développer son importance politique.

La Sérénissime, avec ses institutions aristocratiques remarquablement stables sur près d'un millénaire, contribue à son rôle politique essentiel.

À partir du e siècle, elle connaît une phase de déclin économique (le commerce maritime s'est déplacé de la Méditerranée vers l’Atlantique), politique et de régression territoriale quelque peu occultée par une extraordinaire floraison artistique, avant de disparaître, en 1797, vaincue par Napoléon Bonaparte, alors général aux ordres du Directoire révolutionnaire français. La Sérénissime, avec ce qui restait de son domaine territorial, passe alors par le traité de Campo-Formio sous la souveraineté autrichienne.

Histoire

La création

La république de Venise vers 1000.

Depuis ses débuts au e siècle Venise était une partie de l'Empire byzantin mais la faiblesse de l'exarchat de Ravenne et des tribuns des îles face aux Lombards favorisa l'émergence d'un pouvoir local incarné par le premier duc ou « doge », Paolucio Anafesto (697-717), personnage aux confins de la légende et de l'histoire. Comme leurs prédécesseurs les magister militum, représentants du pouvoir byzantin, les premiers doges résidèrent à Eraclea. Le second doge de la tradition, Marcello Tegalliano (717-726), aurait d'ailleurs été lui-même magister militum lorsque Paolo Lucio traita avec le souverain lombard Liutprand. Le troisième doge — et premier historique — fut l'hypatus Orso Ipato (726 à 737), hypatus signifiant à peu près « consul » en grec. Il tenta de secouer la tutelle impériale lors de la crise iconoclaste et finit assassiné. Le pouvoir fut exercé pendant cinq ans par des magistri militum avant d'être repris par le fils d'Orso, Teodato. Celui-ci transféra son siège à Malamocco. Au IXe siècle, le doge Angelo Participazio déménagea finalement son siège à Rialto, à la suite du siège de Pépin d'Italie. Au XIe siècle, Venise s'émancipa de l'Empire byzantin et, en 1054, choisit l'obédience de Rome. Ce sera le vrai début de l'existence de Venise sur la scène internationale.

L'expansion médiévale

Les empires thalassocratiques de Venise (turquoise) et de Gênes (rouge).

Néanmoins l'essor de Venise s'appuya d'abord sur ses relations commerciales avec Constantinople. En 1082, encore nominalement intégrés dans l'Empire byzantin, les Vénitiens reçurent d'importants privilèges commerciaux, en récompense de l'aide navale qu'ils apportèrent au basileus Alexis Comnène contre les Normands, qui assiégeaient Durazzo. L'expansion prit d'abord pour cadre la mer Adriatique. Au e siècle, les Vénitiens s'assurèrent le contrôle de la côte dalmate. Ils éliminèrent notamment les pirates dalmates qui nuisaient à leur commerce.

Comme les trois autres grands ports d'Italie, Gênes, Pise et Amalfi, Venise était une ville-État qui établit son pouvoir par la proximité maritime, en italien Repubblica Marinara. Elle distança ses concurrentes en plusieurs étapes, la première étant la quatrième croisade. En 1202-1204, elle participa à la quatrième croisade et reçut ainsi plusieurs territoires lors du dépeçage de l'Empire byzantin, notamment plusieurs îles grecques et une partie de la ville de Constantinople. Ces positions lui assuraient le contrôle commercial de toute la Méditerranée orientale. Jusque-là reine de l'Adriatique, elle devenait un point de passage obligé entre l'Orient maritime et l'Occident continental. Le marchand Marco Polo symbolisa son esprit d’entreprise au e siècle et au e siècle, qui voit la « Bourse du Rialto » permettre l'échange des parts de navire d'une flotte commerciale en pleine expansion, d'où le quadruplement de la superficie de l'arsenal de Venise en trois décennies, mené par les autorités de la ville.

La république de Venise se trouvait à la tête d'une guirlande de possessions maritimes. Sa domination sur la Terre Ferme (en) était réduite. En Italie du Nord, son territoire n'allait pas au-delà de Vicence, Vérone, Padoue et des côtes du Frioul.

L'expansion vénitienne passa à une deuxième étape au lendemain de la guerre de Chioggia (1378-1381). À plusieurs reprises entre le XIIIe siècle et le dernier tiers du e siècle, Vénitiens et Génois se livrèrent des combats féroces. La guerre de Chiogga consacra un temps la primauté de Venise sur Gênes, mais les deux villes s'affrontèrent encore longtemps. La cité des doges devint le centre des échanges méditerranéens jusqu'au début des guerres d'Italie (1494). La République dominait l’économie monde de l'époque grâce à son contrôle sur la majorité de la côte Adriatique (notamment la plupart des villes-États dalmates), des îles de la mer Égée, dont la Crète et Chypre et grâce à son influence notable au Moyen-Orient. Venise se trouvait « au cœur du système de circulation le plus vaste de l'époque, étendu à la mer entière »[1]. Elle s'adjugeait « la plus grosse part des achats de poivre et d'épices du Levant, du moins venus de l'océan Indien aux échelles du Levant » et elle était « par excellence le revendeur de ces denrées précieuses à l'Occident, notamment à l'Allemagne, le plus gros consommateur d'Europe »[1]. L'historienne Élisabeth Crouzet-Pavan constate que les marchands vénitiens étaient actifs sur toutes les places commerciales, de Constantinople à la Crète, de Bruges à l'Arménie, de l'Afrique du Nord à l'Eubée. Cette domination était assurée par la supériorité technique des galères sorties de l'arsenal de Venise qui est, dans la première moitié du e siècle, le premier employeur de l'Occident avec, dix-sept mille employés, la flotte marchande vénitienne comptant alors vingt-cinq mille marins[2].

Au e siècle, avide de régner sur l'Adriatique, la république de Venise a étendu son influence sur les villes maritimes d'Istrie. La péninsule s'est scindée en deux : le pourtour maritime est revenu à la Sérénissime, l'intérieur des terres aux Habsbourg. Et cette situation a perduré durant quatre siècles, jusqu'à la chute de Venise, en 1797.

Ducat vénitien, début du e siècle.

Le revenu par habitant en 1400 était alors quinze fois plus élevé que celui de Paris, Madrid ou Londres[3]. En 1423, dans son discours sur l'état de la cité, le doge Tommaso Mocenigo peut recenser trois mille navires marchands, trois cents navires de guerre[2]. La Sérénissime est au summum de sa puissance.

L’État se comporte comme une gigantesque compagnie de navigation : tous les ans, il affrète, sous l’autorité du Sénat, quinze à vingt vaisseaux de 300 à 500 tonneaux, naviguant toujours groupés par deux ou quatre, vers l’Orient, l’Égypte, l’Afrique du Nord, et de plus en plus vers les ports anglais et flamands. L'administration est efficace et rigoureuse : la cité sans arrière-pays importe des denrées alimentaires (céréales, viande, huile et vin) qui font l’objet d’un monopole de l’État.

Les guerres d'Italie

Carte de l'Italie du Nord en 1402.
  •      République de Venise

Au XVe siècle, la République faisait partie des cinq principales puissances en Italie, aux côtés du duché de Milan, du royaume de Naples, de la République florentine, et des États de l'Église. Ces différents États s'affrontaient pour la suprématie en Italie. Venise en profita pour étendre son territoire sur la Terre Ferme (Padoue, Vicence, Vérone, Trévise[4], Bergame, Brescia, et le Frioul), notamment aux dépens du duché de Milan.

La paix de Lodi en 1454 assura un statu quo entre ces puissances régionales mais l'irruption de grandes puissances étrangères à la fin du e siècle perturba l'équilibre. En 1494, le roi de France Charles VIII entra en Italie puis soumit Naples. Venise prit l'initiative de la réaction. Elle rassembla une coalition, la sainte Ligue, constituée des principaux États italiens (sauf Florence et Naples). Mais leur armée ne put bloquer à Fornoue le retour du roi en France.

En 1499, Venise prit Crémone, Rimini en Romagne et Trieste. Cette croissance sur la Terre Ferme inquiéta ses voisins qui formèrent en 1508 une alliance contre elle : la Ligue de Cambrai. Elle comportait de redoutables ennemis, à savoir le pape, l'empereur, les rois de France, d'Angleterre, d'Espagne et de Hongrie. Sans compter Florence et Ferrare. Le pape Jules II, dont le pouvoir temporel était menacé par les Vénitiens en Romagne, prononça l'excommunication de la République le . En principe, elle ne pouvait donc plus célébrer des offices religieux sur son territoire. Parallèlement, le roi de France Louis XII conduisait les opérations militaires. Il pénétra en Vénétie et défit les troupes vénitiennes à Agnadel (en italien Ghiaradadda). Malgré cette défaite retentissante, Venise parvint miraculeusement à sauver son État. La cité ne fut pas prise et fut même capable de reprendre pied sur la Terre Ferme grâce au soutien de paysans ou d'artisans[5]. Mieux, en 1511, la Ligue de Cambrai se retourna contre le roi de France : le pape, les Espagnols et les Anglais le chassèrent d'Italie.

Quelques années plus tard, les alliances se renversèrent encore. Les Vénitiens soutinrent cette fois le roi de France François Ier qui s'engageait dans une reconquête du Milanais. Ce soutien s'avéra décisif dans la victoire franco-vénitienne de Marignan en 1515.

Dans les années suivantes, l'Italie resta un champ de bataille. François Ier et Charles Quint s'y affrontèrent. Venise fut une des rares capitales italiennes à ne pas être prises. Même Rome, la cité papale, subit un sac en 1527.

Perte de la suprématie commerciale et maritime (e siècle-1797)

Les territoires de la république de Venise : en rouge sombre les territoires conquis au début du XVe siècle, en rouge les territoires au début du XVIe siècle, en rose les territoires conquis de manière temporaire, en jaune les mers dominées par la flotte vénitienne au XVe siècle, en orange les principales routes commerciales, les carrés violets représentant les principaux comptoirs commerciaux.

L'historien Fernand Braudel apporte les deux raisons qui expliquent le déclin de la République à partir du XVIe siècle : « Ce qui a eu raison de Venise, ce sont les routes du monde qui se déplacent lentement de la Méditerranée à l'Atlantique ; ce sont les États nationaux qui grandissent. Dès le XVIe siècle, Venise se heurte à ces corps épais : l'Espagne, la France, l'une et l'autre avec des prétentions impériales ; plus encore surgit l'Empire turc, colosse d'un autre âge, mais colosse, contre lequel elle s'épuisera »[6].

La première raison, la remise en cause des anciennes routes commerciales, intervint dès la fin du e siècle lorsque, d'une part, Christophe Colomb aborda l'Amérique et quand, d'autre part, Vasco de Gama doubla le cap de Bonne-Espérance et atteint les Indes en 1498. De nouveaux espaces et de nouveaux itinéraires prometteurs s'ouvraient ainsi pour les armateurs et les marchands. En contournant l'Afrique, la route du cap de Bonne Espérance permettait aux Européens d'aller chercher soieries et épices d'Orient sans passer par l'habituel intermédiaire vénitien. Venise, comme le reste de la Méditerranée, se trouvait marginalisée et vit son trafic diminuer. Toutefois, la croissance de la consommation mondiale permit à la République de retrouver son niveau de commerce dans les années 1560. Un retour qui ne doit masquer le fait qu'elle n'était plus le plus grand port européen. Elle ne récupéra jamais sa position dominante d'autant plus qu'à partir de la fin du e siècle, les Nordiques (Anglais et Hollandais) s'ingérèrent dans le commerce méditerranéen et le détournèrent à leur profit.

La seconde raison du déclin vénitien réside dans sa confrontation aux grands États voisins. La république de Venise, en dépit de sa richesse et de son éclat culturel, pesait politiquement et militairement peu face à la France ou à l'Espagne. Mais ce fut le dernier venu dans le concert des grandes puissances européennes, l'Empire ottoman, qui lui causa le plus de soucis. Les Turcs enlevèrent un à un les comptoirs vénitiens sur les routes du Levant. En 1571, les Vénitiens fournirent environ la moitié des navires de la flotte chrétienne qui défia les Ottomans. Ce fut la victoire de Lépante (1571). Malgré ce succès, Venise continua à perdre du terrain. Un an après Lépante, elle dut abandonner Chypre et, en 1669, Candie. En 1718, la paix de Passarovitz entérinait la perte du royaume de Morée (en) que la République avait réussi temporairement à conquérir en 1687.

Le patriciat de Venise avait en conséquence recomposé son fondement économique. L'exploitation agricole de la Terre Ferme (en) (soie, riz, chanvre, élevage de moutons) attira les capitaux jusque-là investis dans le commerce lointain.

Malgré ce contexte difficile, compliqué par les épidémies de peste à la fin du e siècle, l'État était tolérant dans le domaine de la religion ; exempt de tout fanatisme, il ne procéda à aucune exécution pour hérésie pendant les années de la Contre-Réforme bien que la population restât majoritairement catholique.

Face à la menace turque, Venise dut s’allier à l’Autriche, qui était devenue la principale puissance en Italie du Nord. Son économie fut rudement secouée par les guerres. Après environ un millénaire d'indépendance, la république de Venise fut occupée par les troupes de Napoléon Bonaparte le au terme de la campagne d'Italie. L'invasion des Français mit ainsi un terme au siècle où Venise avait connu l'apogée de son rayonnement, en devenant la ville européenne la plus élégante et raffinée du e siècle, avec une forte influence sur l'art, l'architecture et la littérature.

Le traité de Campo-Formio signé le entre la France et l’empire d'Autriche, livre l’ex-« sérénissime république » à ces derniers qui la transforment aussitôt en une province de leur empire.

Il a existé une éphémère république de Saint-Marc en 1848-1849 créée à la suite de l'insurrection de la ville contre le joug autrichien.

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