Printemps de Prague

Pour le festival du même nom, voir Festival du Printemps de Prague.
Printemps de Prague
Monument aux victimes du communisme, Újezd, Malá Strana, Prague.
Monument aux victimes du communisme, Újezd, Malá Strana, Prague.

Type Réformes politiques, sociales, économiques,... ( socialisme à visage humain)
Organisateur Parti communiste tchécoslovaque
Date 5 janvier au 21 août 1968
Résultat Invasion de la Tchécoslovaquie
Bilan
Blessés plusieurs centaines
Morts 72 à 90

Le Printemps de Prague (en tchèque : Pražské jaro, en slovaque : Pražská jar, nommé ainsi en référence au Printemps des peuples) est une période de l’histoire de la République socialiste tchécoslovaque durant laquelle le parti communiste tchécoslovaque introduit le «  socialisme à visage humain » et prône une relative libéralisation. Il débute le , avec l'arrivée au pouvoir du réformateur Alexander Dubček et s’achève le 21 août 1968 avec l’ invasion du pays par les troupes du Pacte de Varsovie.

Dubček introduit la liberté de la presse, d’expression et de circulation dans la vie politique de la démocratisation et enclenche une décentralisation de l’économie. Il dote le pays d'une nouvelle Constitution qui reconnaît l'égalité des nations tchèque et slovaque au sein d'une république désormais fédérale. Cette innovation politique sera la seule à survivre à l’intervention soviétique.

Le Printemps de Prague provoque la réaction de l’URSS qui, après l’échec des négociations, envoie tanks et soldats pour imposer une «  normalisation ». L’occupation soviétique entraîne des manifestations non violentes et une vague d’ émigration parmi la population tchécoslovaque. Gustáv Husák remplace Alexander Dubček à la tête du parti et la plupart des réformes libérales sont abandonnées. Le Printemps de Prague a inspiré la culture des années 1960-1980 avec les œuvres de Karel Kryl et Milan Kundera ( L'Insoutenable Légèreté de l'être).

Monument aux victimes de la terreur politique dans les camps de travail en Tchécoslovaquie (1948-1989), Jáchymov (Tchécoslovaquie).

Contexte

Situation politique et économique

L’Europe séparée par le rideau de fer. En rouge, les pays du bloc communiste (la Yougoslavie et l'Albanie finissent par rompre avec l'URSS).

Dans les années 1960, la République socialiste tchécoslovaque, qui fait partie du bloc soviétique, est dirigée par Antonín Novotný, qui se trouve également à la tête du Parti communiste tchécoslovaque (PCT) entre 1953 et 1968. Ce dernier entame un processus de déstalinisation moins rapide que dans les autres pays d’Europe de l’Est [1] : les victimes des procès de Prague ( 1952), qui visaient l'élimination de communistes de la première heure comme Rudolf Slánský, sont réhabilitées dans les années 1960 [2]. À l’instar de Nikita Khrouchtchev en URSS, Novotný annonce l’aboutissement du socialisme. Par la constitution de 1960, le pays prend le nom officiel de « République Socialiste de Tchécoslovaquie » (Československá socialistická republika ou ČSSR) [3]. Le régime se caractérise par l’absence de démocratie, un parti unique et une répression des opposants par la police et le service des renseignements, la Sécurité d'État tchécoslovaque. La censure frappe les écrivains et les artistes.

L’économie est planifiée, la production industrielle stagne et le secteur agricole accuse un retard important. En octobre 1964, le parti publie les principes pour une réforme économique majeure. Au début de 1965, il commence à mettre en œuvre certaines des mesures recommandées. En juin 1966, le treizième congrès du parti communiste donne son feu vert au nouveau programme appelé « Nouveau modèle économique » (qui rappelle la Nouvelle politique économique léniniste de 1921).

Mise en œuvre à partir de 1967, cette réforme comporte de multiples facettes dont certaines (faute de temps) ne seront jamais mises en place, son principe de base étant de réduire le rôle et le pouvoir du Comité de planification centrale et de donner une plus grande marge de manœuvre aux responsables des entreprises :

  • le rôle du Comité de la planification centrale est consultatif et se limite à la définition des objectifs à long terme et aux orientations stratégiques : les entreprises sont libres de définir leurs objectifs à court terme ;
  • les entreprises ont un devoir de rentabilité et doivent réaliser des profits sur leur production plutôt que de remplir les objectifs quantitatifs et qualitatifs du Plan. Cela devient le critère d'évaluation des entreprises ;
  • l'État doit graduellement cesser les subventions : les investissements doivent être financés par les entreprises elles-mêmes via le recours à l' emprunt portant intérêt et doivent justifier d'un retour sur investissement afin que cesse la gabegie des ressources financières ;
  • l'appareil de production sera progressivement mis en compétition avec la concurrence internationale afin qu'il augmente sa productivité et baisse ses prix ;
  • les exportations vers l'Ouest sont encouragées afin de se procurer des devises ;
  • un système de fixation des prix plus réaliste doit remplacer la fixation centralisée ; les prix doivent refléter les coûts de production réels, offre et demande tant locale que mondiale ;
  • finalement, les salaires doivent être revus et inclure un intéressement basé sur la performance individuelle ou collective au niveau de l'entreprise : c'est la fin de l' égalitarisme.

Le gouvernement fusionne certaines entreprises selon un principe sectoriel ressemblant fort aux trusts ou aux cartels, dirigés par des « directoires de branche ». Ces grandes unités de production forment un lien intermédiaire entre les entreprises et les ministères et constitue en quelque sorte un contre-pouvoir économique. Au printemps 1968, le gouvernement autorise les entreprises à inciter les travailleurs à participer au management de leur société via des comités d'entreprise.

Ce versant économique du socialisme à visage humain ne vise pas l' économie de marché ni le renversement du socialisme, mais constitue un réformisme socialiste. Cette tentative de réforme de l’économie engagée en 1965 suscite dans la population une aspiration à des changements politiques [4].

Opposants et réformistes

Dès les années 1960, les dissidents s’organisent pour dénoncer les abus du régime : l’Union des écrivains tchécoslovaques utilise la gazette Literárni noviny (« Journal littéraire ») pour réclamer une littérature indépendante du pouvoir [5]. En juin 1967, certains écrivains comme Ludvík Vaculík, Milan Kundera, Pavel Kohout et Ivan Klíma [5] se rapprochent des socialistes radicaux. Quelques mois plus tard, le Parti communiste décide de prendre des mesures contre les intellectuels qui s’expriment en faveur des réformes : le contrôle sur Literární noviny et sur les maisons d’édition est transféré au ministère de la culture [5].

Le régime est de plus en plus contesté : en 1967, le Premier Secrétaire du Parti communiste slovaque, Alexander Dubček, et l’économiste Ota Šik défient le pouvoir ; un mouvement, venu de l'intérieur du Parti communiste tchécoslovaque (PCT), conteste la direction, particulièrement son Premier Secrétaire, Antonín Novotný. Celui-ci demande le soutien des Soviétiques, qui n’interviennent pas.

Dubček invite Léonid Brejnev à venir à Prague en décembre 1967 [6]. Le dirigeant soviétique, surpris par l’opposition à Novotný, le remplace par Alexander Dubček à la tête du Parti le [7]. Le 22 mars, la Présidence du pays est attribuée à Ludvík Svoboda [8], ancien ministre de la Défense et l'un des auteurs du Coup de Prague de février 1948.

Other Languages
Alemannisch: Prager Frühling
العربية: ربيع براغ
azərbaycanca: Praqa baharı
беларуская: Пражская вясна
беларуская (тарашкевіца)‎: Праская вясна
български: Пражка пролет
Cymraeg: Gwanwyn Prâg
English: Prague Spring
Esperanto: Praga Printempo
فارسی: بهار پراگ
Gàidhlig: Earrach Phràg
Bahasa Indonesia: Musim Semi Praha
íslenska: Vorið í Prag
日本語: プラハの春
한국어: 프라하의 봄
Latina: Ver Pragense
lietuvių: Prahos pavasaris
македонски: Прашка пролет
Nederlands: Praagse Lente
norsk nynorsk: Prahavåren
ਪੰਜਾਬੀ: ਪਰਾਗ ਬਸੰਤ
português: Primavera de Praga
srpskohrvatski / српскохрватски: Praško proljeće
slovenčina: Pražská jar
slovenščina: Praška pomlad
српски / srpski: Прашко пролеће
svenska: Pragvåren
Türkçe: Prag Baharı
українська: Празька весна
Tiếng Việt: Mùa xuân Praha