Pologne

République de Pologne

Rzeczpospolita Polska (pl)  Prononciation du titre dans sa version originale  Écouter

Drapeau
Drapeau de la Pologne
Blason
Armoiries de la Pologne
Hymne national Mazurek Dąbrowskiego
Administration
Forme de l'État République parlementaire
Président de la République Andrzej Duda
Président du Conseil Beata Szydło
Président de la Diète Marek Kuchciński
Président du Sénat Stanisław Karczewski
Langues officielles Polonais
Capitale Varsovie

52° 13′ 56″ N, 21° 00′ 30″ E

Géographie
Plus grande ville Varsovie
Superficie totale 312 679  km2
( classé 70e)
Superficie en eau 2,6 %
Fuseau horaire UTC +1
Histoire
Indépendance De la Russie, l' Allemagne et l' Autriche-Hongrie
Démographie
Gentilé Polonais
Population totale (2015) 38 505 614 [1] hab.
( classé 34e)
Densité 123 hab./km2
Économie
PIB nominal ( 2014) en augmentation 56,6 milliards de $
+ 3,9 % ( 23e)
PIB (PPA) ( 2014) en augmentation 95,5 milliards de $
+ 4,8 % ( 21e)
PIB nominal par hab. ( 2014) en augmentation 14 379  $
+ 4,0 % (53e)
PIB (PPA) par hab. ( 2014) en augmentation 25 105  $
+ 4,9 % (47e)
Taux de chômage ( 2014) Decrease Positive.svg 9,0 % de la pop.active
- 13,0 %
Dette publique brute ( 2014) Nominale :
Decrease Positive.svg 841,9 milliards d'
- 9,1 %
Relative :
Decrease Positive.svg 48,8 % du PIB
- 12,5 %
IDH ( 2013) en diminution 0,834 (très élevé) ( 35e)
Monnaie Złoty ( PLN​)
Divers
Code ISO 3166-1 POL, PL​
Domaine Internet .pl
Indicatif téléphonique +48

La Pologne, ou république de Pologne [a] (en polonais : Polska ; [forme longue] Rzeczpospolita Polska [b]), est un État d' Europe centrale, frontalier avec l' Allemagne à l'ouest, la République tchèque et la Slovaquie au sud, l' Ukraine et la Biélorussie à l'est, l' exclave russe de Kaliningrad et la Lituanie au nord.

Avec une population de 38 millions d'habitants, la Pologne est le trente-quatrième pays le plus peuplé au monde. Elle est divisée en voïvodies, districts (powiat) et communes (gmina). C'est une république parlementaire qui a pour monnaie nationale le złoty. Elle est membre de l' Union européenne depuis le 1er mai 2004, du Conseil de l'Europe, du groupe de Visegrád, de l' Organisation mondiale du commerce et de l' Organisation des Nations unies.

De nombreux historiens situent la formation de la Pologne en 966, avec Mieszko Mieszko Ier. Le royaume de Pologne est fondé en 1025, puis en 1569, une association politique liant ce royaume au grand-duché de Lituanie, par l' union de Lublin, donne naissance à la république des Deux Nations, une monarchie élective. Celle-ci est dissoute lorsque entre 1772 et 1795 le territoire de la Pologne est partagé entre la Prusse, l' Empire russe et l' Autriche. C'est en 1918, après la Première Guerre mondiale, que la Pologne retrouve son indépendance et qu'elle devient une république.

Le , à la suite de la signature du Pacte germano-soviétique, son invasion par le Troisième Reich est l'événement déclencheur de la Seconde Guerre mondiale ; deux semaines plus tard, l’ allié soviétique de l'Allemagne passe également à l’attaque, prenant ainsi l'armée polonaise en tenaille : la défaite est rapide, avec des pertes importantes de part et d’autre en dépit de la brièveté de l’affrontement, et le pays est de suite partagé entre les deux assaillants. En 1941, l’Allemagne repousse son ancien allié soviétique jusqu'à Moscou et occupe seule l'ensemble du territoire polonais jusqu'en 1944, qui est asservi et devient notamment, avec l'Ouest de l'Union soviétique, le lieu de meurtres de masse commis par les nazis, dont l'essentiel de la Shoah. En 1944, un gouvernement provisoire est formé sous le contrôle de l'Union soviétique, qui fait de la Pologne d'après-guerre l'un de ses États satellites ; en 1952, la république de Pologne est rebaptisée «  république populaire de Pologne ». En 1989, le gouvernement communiste est tenu en échec lors de premières élections semi-libres ; il doit céder la place : une république parlementaire est restaurée ; dans la décennie et demie qui suit, la Pologne rejoint l' Alliance atlantique puis l' Union européenne.

La culture polonaise est riche : quatorze sites sont classés dans le patrimoine mondial de l'UNESCO et cinquante-quatre sites historiques nationaux sont répertoriés.

Une histoire tourmentée

L'histoire de la Pologne commence véritablement au Xe siècle, sous le règne de Mieszko Mieszko Ier, duc des Polanes (de la dynastie des Piast), qui convertit la Pologne naissante au christianisme en 966, puis, par le couronnement de son fils Boleslas Boleslas Ier le Vaillant, le premier roi de Pologne, sacré en 1025. La Pologne devient rapidement au Moyen Âge une puissance régionale, tout en essayant régulièrement de sortir de l'influence du Saint-Empire romain germanique, et de repousser le «  Drang nach Osten ». C'est ainsi qu'à partir du XIIe siècle, le royaume de Pologne doit lutter contre les Chevaliers Teutoniques qui ont colonisé la Prusse et une partie de la Poméranie.

Le pays atteint son apogée aux XVe et XVIe siècles sous la dynastie des Jagellon, après l'union du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie, donnant naissance à la république des Deux Nations, l'un des plus grands pays d'Europe. Cependant, durant le XVIIe siècle et surtout le XVIIIe siècle, la République est engagée dans de nombreux conflits militaires qui lui font perdre une grande partie de sa superficie, notamment sous le coup de l'expansion de l'Empire russe. À la fin du XVIIIe siècle, après trois partages, le territoire de la république des Deux Nations est divisé entre la Prusse, l' Autriche et l' Empire russe.

La Pologne ne recouvre que brièvement son indépendance, de 1918 à 1939, puis, elle est à nouveau envahie par l' Allemagne nazie et l' URSS qui se partagent le pays, précipitant l' Europe dans la Seconde Guerre mondiale et provoquant la mort de près de six millions de Polonais. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'URSS conserve la partie orientale de la Pologne, qui en contrepartie acquiert les territoires de la Poméranie, de la Prusse-Orientale et de la Silésie, régions allemandes depuis plusieurs centaines d'années. Staline impose la mainmise des Soviétiques sur le pays : la république populaire de Pologne est instituée en 1952, le régime communiste tiendra jusqu'en 1989. Après avoir retrouvé toute son indépendance, le pays devient membre de l' OTAN en 1999 et de l' Union européenne en 2004 et tourne progressivement la page de l' économie planifiée au cours des décennies 1990 et 2000.

Aujourd'hui l' économie polonaise est l'une des plus dynamiques d' Europe [3]. C'est le seul État européen à ne pas avoir connu la récession [4] lors de la crise économique qui frappe les pays développés depuis 2008.

Du Xe siècle au XIVe siècle

Carte
La Pologne entre 992 et 1025.

Fondée au Xe siècle par les Polanes, la Pologne devient au Moyen Âge une puissance incontournable en Europe centrale. Son premier souverain est Mieszko Mieszko Ier, fondateur de la dynastie Piast qui règne sur la Pologne de 966 à 1370. La capitale est alors Gniezno, à l'est de Poznań.

Poste avancé de l' Occident catholique romain et cible du Drang nach Osten, la poussée germanique vers l'est, elle fait face aux mondes orthodoxe (en Russie, Biélorussie et Ukraine), païen (les Baltes sont tardivement christianisés), et musulman avec la poussée turco-mongole. Située au carrefour de plusieurs mondes, et dépourvue de frontières naturelles, la Pologne est extrêmement exposée aux invasions. L'invasion de la Horde d'or mongole de 1248 à 1275 ruine le pays. Casimir III le Grand, dernier roi de la dynastie des Piast, unifie la Pologne.

En 1386, la reine de Pologne, Hedwige d'Anjou et le grand-duc de Lituanie, Ladislas II Jagellon signent l’accord de l’ Union de Krewo qui marque le commencement de l' Union de Pologne-Lituanie, sous la dynastie lituanienne des Jagellon. La dynastie Jagellon réunit pour une petite période les couronnes de Bohême ( 1471- 1526) et de Hongrie ( 1490- 1526) à celle de Pologne.

De la fin du XIVe siècle au XVIe siècle

La république des Deux Nations (Rzeczpospolita Obojga Narodów), extension de l' Union de Pologne-Lituanie, en existence depuis 1386, est concrétisée par la signature, en 1569, du traité de l' Union de Lublin qui unit le royaume de Pologne et le Grand-duché de Lituanie en un seul État. Le royaume couvre alors un territoire qui va de la mer Baltique à la mer Noire et jusqu'aux portes de Moscou. La capitale est alors Cracovie, en Petite-Pologne.

La Rzeczpospolita est un système politique inédit depuis la Rome antique, où l' aristocratie exerce une sorte de démocratie parlementaire. Le roi est en effet élu par ses pairs. C'est le principe de la monarchie élective. Cette « république » donne le droit de vote à la seule szlachta, mais cette noblesse polonaise représente toutefois presque 15 % de la population et plus encore autour de Varsovie, devenue capitale en 1596. Les nobles obligent le roi à céder de ses prérogatives, notamment en ce qui concerne les impôts, l'armée et la justice. Ainsi, le monarque polonais, à l'époque où les monarchies européennes « s'absolutisent », est au contraire affaibli.

La tolérance religieuse est une autre caractéristique majeure de la Rzeczpospolita. Si la majeure partie des paysans est restée catholique (dans les années 1980, 9 Polonais sur 10 sont baptisés), de nombreux nobles se sont convertis au protestantisme, luthéranisme, mais surtout calvinisme. La Pologne a donné abri, en particulier dans la ville de Leszno, aux Frères tchèques qui veulent échapper à la re-catholicisation de la Bohême entreprise par les Habsbourg. Enfin, la Rzeczpospolita compte alors une très importante population juive (5 à 10 % de la population totale), en particulier dans les villes et surtout dans la partie orientale du pays.

Du XVIIe siècle au XVIIIe siècle

Mais, cette tolérance religieuse se réduit progressivement au XVIe siècle, en particulier après 1655, quand la Suède protestante envahit la Pologne et est arrêtée à Częstochowa, devant le sanctuaire marial de Jasna Góra, dont le prieur, Augustyn Kordecki, est à la tête de troupes numériquement très inférieures. Le règne de Jean III Sobieski ( 1674- 1696) est marqué par la construction, à partir de 1677, du palais de Wilanów à Varsovie, et par la victoire de ses troupes en 1683, appelées en renfort par les puissances européennes et le Pape pour faire face à une offensive turque de grande ampleur sous les murs de Vienne. Cette victoire militaire a une conséquence politique importante, car les Habsbourg, traditionnels rivaux des Polonais, sont sauvés et partagent plus tard le pays avec la Russie et la Prusse. Cette victoire est aussi à l'origine des croissants, les premières viennoiseries [5], dont la forme rappelle le symbole du drapeau ottoman.

Le panorama de Varsovie de Bernardo Belotto, 1770.

De la fin du XVIIIe siècle au XIXe siècle

La Rzeczpospolita est peu à peu victime d'un long déclin, du fait de son système politique anarchique, et des nombreuses invasions ( suédoises, russes, turques, prussiennes). À la fin du XVIIIe siècle, la Pologne perd son indépendance, les partages de la Pologne se succèdent entre 1772, 1793 et 1795.

Les trois partages successifs de la Pologne.

La première partition de la Pologne, en 1772, conduit à un sursaut civique. Ce sursaut mène en 1791 à la proclamation de la Constitution polonaise du 3 mai 1791, nettement moins « révolutionnaire » que celle de la France, mais, néanmoins perçue comme trop dangereuse pour ses voisins, d'où le deuxième partage, qui provoque une révolte menée par un héros de la guerre d'indépendance américaine, Tadeusz Kościuszko. Cette révolte sert de prétexte au troisième partage, quand le royaume de Pologne est rayé de la carte.

XIXe siècle

Rivalité pour la possession de la Pologne

Articles détaillés : Autriche-Hongrie, Empire allemand et Empire russe.
La Prise de l'Arsenal (de Marcin Zaleski) durant l'insurrection de Novembre

.

Tout au long du XIXe siècle, exception faite de la fin de la période napoléonienne avec le duché de Varsovie, la Pologne est niée comme entité nationale, écartelée, partagée entre la Russie, la Prusse (puis l' Allemagne), et l' Autriche (puis l' Autriche-Hongrie).

Cette période est marquée par une succession de révoltes et d'insurrections nationales, notamment :

Dans les années 1890 des dizaines de milliers de travailleurs polonais émigrent en Allemagne vers la Ruhr pour s'embaucher dans les mines de charbon. À la fin de la Première Guerre mondiale, certains reviennent en Pologne mais la plus grande partie est embauchée par les industriels français souhaitant relancer leur économie, en raison de leur savoir-faire. Environ 50 000 d'entre eux arrivent ainsi en France au début des années 1920, dont près des deux tiers dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais [6].

XXe siècle

La Deuxième République

Article détaillé : Deuxième République (Pologne).
La Pologne entre 1921 et 1939.

La Pologne ne recouvre son indépendance qu'en et fonde alors une Deuxième République. Dès son indépendance, la guerre soviéto-polonaise de 1919-1921 l'oppose à la Russie bolchévique. Comme dans la plupart des pays d'Europe du Centre-Est, à l'exception de la Tchécoslovaquie, les idéaux démocratiques des premiers temps durent peu. Le régime évolue vers une forme semi-autoritaire, notamment sous l'influence du maréchal Józef Piłsudski, qui prend le pouvoir en 1926, tout en conservant des élections libres.

La Seconde Guerre mondiale

Attaque du cuirassé allemand Schleswig-Holstein à Westerplatte, le .

La Pologne est envahie par les forces allemandes et slovaques le ( campagne de Pologne), déclenchant la Seconde Guerre mondiale. La Wehrmacht atteint les faubourgs de Varsovie en sept jours grâce à sa stratégie du «  Blitzkrieg » et à sa supériorité technologique (la ville ne capitule cependant que le ). Conformément aux accords secrets du Pacte germano-soviétique signé le , soit une semaine avant le début de l'invasion allemande, l' URSS envahit à son tour la Pologne, à partir du .

Au début de la guerre, le président de la République Ignacy Mościcki et le gouvernement polonais pensent obtenir droit de passage en Roumanie, le , après l'invasion soviétique de la Pologne, mais sont internés par les autorités roumaines sous la pression allemande. En vertu de la Constitution polonaise d' qui le prévoit explicitement, le président de la République transmet alors sa charge, le , à un successeur désigné, Władysław Raczkiewicz qui nomme comme Premier ministre le général Władysław Sikorski. Le Gouvernement polonais en exil est constitué et accueilli en France, à Paris, puis Angers. Le président de la République et les divers ministères polonais s'installent au château de Pignerolle (au sud-est d'Angers) ainsi qu'à Angers même, ce dès , qui devient de fait la capitale politique de la Pologne, à titre temporaire. Le gouvernement officiel polonais en exil officie jusqu'à l'invasion de la France par les troupes allemandes en . Refusant l'armistice que l'allié français cherche à imposer aux troupes polonaises reconstituées sur le sol français, les autorités polonaises en exil se réfugient alors à Londres pour continuer le combat.

La Pologne en tant qu'État (388 390 km2 en 1939) disparaît donc pour la quatrième fois de son histoire, partagée cette fois-ci entre l' Allemagne nazie (216 219 km2) et l'Union soviétique (172 171 km2). Le régime nazi annexe une partie du territoire qu’il contrôle et instaure dans le reste (un quart du territoire de 1939) une administration subordonnée, le «  Gouvernement général ». La partie envahie par l'URSS est annexée puis répartie entre ses deux républiques soviétiques : la Biélorussie et l’ Ukraine. Dans cette partie orientale, l' armée soviétique est diversement accueillie par les populations locales majoritairement biélorusses, juives et ukrainiennes (devenues polonaises en 1920 à la suite de la paix de Riga) [7] qui craignent les réquisitions et le NKVD, lequel les dresse les unes contre les autres en encourageant la délation [8].

Exécution de civils à Rożki, 1942.

Des deux côtés, les nazis et le NKVD procèdent à l'éradication de l'élite polonaise : côté est, intellectuels, officiers, fonctionnaires, religieux, propriétaires terriens sont déportés en URSS, voire assassinés comme à Katyń ; côté ouest, les nazis entendent ouvertement transformer les Polonais, considérés comme des « sous-hommes », en un « peuple d'esclaves » et plongent le pays dans une terreur totale et meurtrière, responsable de la disparition en six ans de près de 20 % de la population totale. Dès les premiers jours, les élites polonaises sont systématiquement exterminées par les Einsatzgruppen et le SD, entraînant la mort de plus de 50 000 membres du clergé, de l'aristocratie, du corps enseignant et universitaire. Les théâtres, les séminaires, les journaux, l'enseignement secondaire et supérieur sont fermés. Deux millions de civils sont raflés et envoyés au travail forcé dans le Reich, où ils subissent mauvais traitements et discriminations systématiques. Tortures, pendaisons de masse et massacres de villages entiers deviennent quotidiens.

À partir de l'été 1941, date du déclenchement de l' invasion de l'Union soviétique par laquelle l'Allemagne rompt avec son allié de 1939, la Pologne devient aussi le terrain principal de la mise en œuvre du génocide des Juifs d'Europe occupée par l'Allemagne nazie. Spoliée, terrorisée et réduite à une misère inimaginable dans des ghettos surpeuplés et affamés (dont le ghetto de Varsovie, rasé après son insurrection du ), la communauté juive de Pologne, jusque-là la première du monde, est anéantie à 97 %, par les fusillades ou dans les camions à gaz ou les chambres à gaz des camps d'extermination de Belzec, Sobibor, Treblinka, Maidanek, Chełmno et surtout d' Auschwitz-Birkenau, où périrent au total un million de Juifs déportés de toute l'Europe, ainsi que 30 000  Tziganes et des résistants, notamment polonais catholiques.

Durant la guerre et, en particulier à partir de 1942, les autorités polonaises en exil, alimentées en informations de première main par la Résistance intérieure, fournissent aux gouvernements alliés et aux opinions publiques du monde libre les rapports les plus précoces et les plus précis sur l'extermination en cours des populations juives — et appelleront en vain à des actions spécifiques pour mettre fin à l'extermination [9].

L'insurrection de Varsovie : l'armée polonaise de l'intérieur tente de libérer Varsovie de l'occupation allemande espérant à tort l'arrivée de l'Armée rouge.

En tout, la terreur nazie fait périr trois millions de Polonais catholiques et autant de Polonais juifs. Une puissante résistance, autour de l' AK (Armia Krajowa), parvient à mettre sur pied un véritable État clandestin, disposant de ses ministres, de sa justice, de son administration et de son réseau d'enseignement secret. Du au , l' insurrection de Varsovie est réduite par les nazis au prix de la mort de 200 000 personnes et par la destruction à 90 % de la capitale polonaise, à laquelle l'Armée Rouge, arrêtée aux portes de la ville, n'apporte volontairement aucune aide, favorisant ainsi l’élimination rapide d’une élite non communiste.

Comme au XIXe siècle, les armées polonaises luttent sur de nombreux fronts, en France en 1940, dans le ciel de Londres pendant le Blitz, ou de l' Afrique du Nord à l' Italie en passant par la Normandie. À partir de 1941, elles constituent par leurs effectifs la 4e armée alliée lors du conflit aux côtés des soldats soviétiques, américains, britanniques et français : elle était même la 2e armée alliée (après la Grande-Bretagne) après la défaite française de 1940 et avant le changement de camp de l’Union soviétique en . Des exilés participent aussi à la Résistance intérieure française, notamment dans l’ Organisation polonaise de lutte pour l'indépendance (la POWN) [10] particulièrement active dans le Nord de la France ou au sein du réseau F2, intégralement polonais lors de sa création.

La Pologne communiste

Article détaillé : République populaire de Pologne.
En 1939, la partie grise (plus Bialystok jusqu'en 1945) est envahie puis annexée par l' URSS ; en 1945, la Pologne perd définitivement ces territoires et reçoit en compensation les territoires (en rose sur la carte) pris à l'Allemagne.
Le pape Jean-Paul II lors de sa première visite en Pologne.
« Gate 2 » du chantier naval de Gdańsk pendant la grève - Lech Wałęsa parle.
Chars T-55 à Zbąszyń durant l'état de siège.

À la fin du second conflit mondial, la Pologne, pourtant pays allié, perd 75 711 km2 par rapport à son étendue de 1939, et est déplacée de 300 km en moyenne vers l'ouest, laissant ses territoires orientaux (notamment la Polésie et la Galicie orientale) à l'URSS, mais recevant en échange le Sud de la Prusse-Orientale, la Poméranie orientale et la Silésie prises au Troisième Reich, et en grande partie vidées de leurs habitants allemands, installés là depuis près de huit siècles. Dans cette nouvelle Pologne qui retrouve grosso-modo ses frontières du XIIIe siècle, les Soviétiques imposent le PKWN pro-communiste au pouvoir : le pays devient une république dite « populaire » (mais en fait une dictature à parti unique) membre du Pacte de Varsovie.

En , un soulèvement ouvrier à Poznań annonce les manifestations massives d', qui obligèrent les Soviétiques à accepter l'arrivée au pouvoir de Władysław Gomułka, un communiste réputé réformateur (en partie à tort). Celui-ci fut évincé en 1970 au profit de Edward Gierek lors de grèves ouvrières importantes contre la hausse des prix alimentaires. En 1968, après la guerre des Six Jours, le régime tenta de faire diversion par une campagne antisémite responsable du départ de la plupart des derniers Juifs de Pologne. Dans les années 1970 et 1980, de violentes révoltes éclatent à nouveau dans le pays. Dans ce climat, l'élection sur le trône de Saint-Pierre de l' archevêque de Cracovie, Karol Wojtyła ( Jean-Paul II), en , est vécue par les autorités communistes comme une provocation.

En 1980, naît le syndicat indépendant Solidarność (Solidarité), dirigé par Lech Wałęsa, d'abord interdit, puis, reconnu à contre-cœur par les autorités. Celui-ci regroupe vite plusieurs millions d'ouvriers soutenus par les intellectuels réformateurs. Le général Wojciech Jaruzelski déclare la loi martiale dans la nuit du 12 au [11] : la plupart des leaders du syndicat sont internés pendant plusieurs mois. La mort de Léonid Brejnev en à Moscou anticipe leur libération (Lech Wałęsa est d’ailleurs libéré le jour des funérailles de l’ancien maitre du Kremlin). Malgré l’instauration de l’ état de siège, le pouvoir communiste ne parvient pas à étouffer la fronde syndicale et les revendications populaires, les grèves et les manifestations ne faisant que s'amplifier d'année en année.

La IIIe République

1989-1995 : L'avènement de la démocratie

Articles détaillés : Mur de Berlin et Parti ouvrier unifié polonais.

En 1989, le général Wojciech Jaruzelski cumule les fonctions de chef de l'État (président du Conseil d’État de la république populaire de Pologne) et de Premier secrétaire du Parti ouvrier unifié polonais (le POUP) dans un climat de révolte généralisée. Incapable de réinstaurer une « normalité socialiste », le pouvoir est contraint de tenir des « Tables rondes », réunions entre le gouvernement et le syndicat Solidarność (de fait reconnu comme un interlocuteur incontournable), qui permettent la tenue d’élections législatives partiellement libres ; celles-ci ont lieu en et consacrent une large victoire aux membres de Solidarność et à leurs alliés. Les termes de l’accord conclu à l’issue des « Tables rondes » prévoyant une candidature unique à la fonction nouvellement créée de président de la République, Wojciech Jaruzelski est le premier à occuper ce poste, mais sa légitimité est quasi nulle : il nomme un tout dernier gouvernement communiste qui tient à peine deux mois avant de se résoudre à appeler Tadeusz Mazowiecki pour former le premier gouvernement non communiste depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (le ), événement qui provoque, d'abord un exode d'Allemands de l'Est vers la Pologne, et moins de trois mois plus tard la chute du mur de Berlin.

Le , la IIIe République est proclamée ; des élections présidentielles ont lieu au cours de cette même année, celles-ci sont largement remportées par Lech Wałęsa, mais l’instabilité politique demeure : Mazowiecki démissionne en , remplacé par l’économiste libéral Jan Krzysztof Bielecki, qui démissionne à son tour en de la même année, puis par Jan Olszewski (jusqu’en ). C'est à cette époque qu'est institué entre l' Allemagne, la France et la Pologne le «  triangle de Weimar », cadre de rencontres régulières visant alors à permettre de soutenir activement le rapprochement de la Pologne au système de sécurité transatlantique de l' Organisation du traité de l'Atlantique nord (l'OTAN) et de préparer au mieux sa future adhésion à l' Union européenne (l’UE). Ces deux objectifs sont couronnés de succès : la Pologne intègre l'OTAN en 1999 et adhèrera à l'UE le .

En 1992 Waldemar Pawlak, le leader du Parti paysan, tente de former un gouvernement. Au terme de 33 jours de négociations infructueuses, c’est finalement Hanna Suchocka qui prend la tête d'un gouvernement de coalition de centre-droit, devenant la première femme à occuper le poste de chef du gouvernement en Pologne. En 1993, alors que les troupes russes quittent la Pologne, Solidarność subit une défaite aux élections législatives qui contraint Wałesa à nommer à nouveau Waldemar Pawlak au poste de président du Conseil des ministres.

1995-2005 : Les deux mandats du président Kwaśniewski

Articles détaillés : Józef Oleksy, Droit et justice et Leszek Miller.

En 1995, Lech Wałesa se présente à sa propre succession ; il est battu par Aleksander Kwaśniewski, jeune leader du parti social-démocrate refondé sur les ruines de l’ancien parti communiste. Le premier gouvernement du président Kwaśniewski est dirigé par Józef Oleksy, l’ancien ministre des Relations avec les syndicats qui avait participé aux négociations de la « Table ronde ». Soupçonné d’intelligence avec les Soviétiques par le passé, ce dernier démissionne en et laisse la place à Włodzimierz Cimoszewicz.

En 1997, à la suite d'élections législatives remportées par la droite, s'ouvre une période de cohabitation : Jerzy Buzek (président du Parlement européen de 2009 à 2012) devient président du Conseil des ministres. Cette année-là voit l'adoption de la Constitution définitive instituant la Troisième République.

Kwaśniewski est réélu président de la République en 2000 et cette victoire de la gauche est confirmée aux législatives de l'année suivante ; Leszek Miller est nommé à la tête du gouvernement. En 2003, la Pologne prend part à la guerre d'Irak et les États-Unis lui attribuent le commandement d'une zone d'occupation (l'Armée polonaise reste engagée en Irak jusqu'au ). Le , elle intègre l' Union européenne. Miller remet la démission de son gouvernement à la suite de scandales de corruption à répétition qui le rendent très impopulaire ; Marek Belka lui succède mais ne parvient pas à enrayer le déclin de la gauche dans l'opinion.

2005-2007 : Victoire des conservateurs et des nationaux-catholiques

Le , le maire de Varsovie et candidat du parti conservateur Droit et Justice (PiS) à l' élection présidentielle, Lech Kaczyński, est élu président de la République avec 54,0 % contre 46,0 % pour le candidat du parti libéral pro-européen Plate-forme civique (PO), Donald Tusk. La victoire du maire de la capitale, arrivé loin derrière son adversaire au premier tour, est une surprise de taille, tous les sondages donnant Donald Tusk largement vainqueur. Le président élu affirme peu après son élection qu'il va mettre en place son programme, fortement inspiré par l’aile la plus conservatrice de l’ Église catholique ; celui-ci est critiqué par de nombreux médias pour sa radicalité, son manque d’ouverture sur les questions de société (farouche opposition à toute avancée en matière de droits LGBT, de droit à l’avortement ou à l’euthanasie, par exemple), son étatisme et son euroscepticisme prononcé [citation nécessaire]. Kazimierz Marcinkiewicz est nommé Premier ministre et forme un gouvernement.

Le , le gouvernement polonais voit l'entrée en fonction de plusieurs ministres ultra-conservateurs, tels Roman Giertych, dirigeant de la Ligue des familles polonaises (LPR - Liga Polskich Rodzin), nommé à l'Éducation nationale avec le projet d'insister dans les programmes scolaires sur « les valeurs chrétiennes de la Pologne éternelle » [citation nécessaire]. Quant à Andrzej Lepper, le chef du parti nationaliste «  Samoobrona » (Autodéfense), il obtient le poste de vice-président du Conseil des ministres chargé de l'Agriculture. Les ministères du Travail et de la Construction reviennent également à des membres de Samoobrona. Ce cabinet de coalition, négocié par Jarosław Kaczyński, le frère jumeau du président de la République, par ailleurs président du PiS, provoque des manifestations organisées par l'opposition. Le , Jarosław Kaczyński prête serment avec son gouvernement au palais présidentiel de Varsovie, devant son frère.

2007-2015 : Les libéraux au pouvoir

Donald Tusk, 14e chef du gouvernement polonais (2007–2014), 2e président du Conseil européen (depuis le ).

Le , lors d'élections législatives anticipées, le parti libéral Plate-forme civique (PO) de Donald Tusk, parti d'opposition à Lech et Jarosław Kaczyński, remporte 41 % des voix et distance le parti conservateur Droit et justice (PiS) au pouvoir depuis deux ans, qui arrive à la seconde position avec 33 % des suffrages exprimés. Donald Tusk est officiellement désigné Premier ministre (président du Conseil des ministres) le suivant, et forme ensuite un gouvernement de coalition (avec 209 députés sur 460, la PO ne dispose pas de la majorité absolue) en s'alliant avec le parti paysan centriste PSL de Waldemar Pawlak.

Lech Kaczyński meurt dans l'exercice de ses fonctions le dans un accident d'avion près de Smolensk, en Russie, alors qu'il se rendait à la commémoration du massacre de Katyń, commis par les Soviétiques en 1940. Avec lui périssent les membres les plus éminents du gouvernement polonais et de l'opposition, des dignitaires civils et religieux. Le paysage politique du pays est profondément bouleversé à la suite de cette catastrophe et l' élection présidentielle anticipée se déroule dans une atmosphère politique tendue, les et . Bronisław Komorowski, le candidat libéral l'emporte avec 53,01 % des voix, face au frère jumeau du président défunt, le conservateur Jarosław Kaczyński. Il est investi à la présidence de la République le suivant et reconduit Tusk à la tête du gouvernement.

Les élections législatives de 2011 confortent la coalition PO (39,2 %) - PSL (8,4 %) au pouvoir, le PiS n'obtenant que 29,9 % des voix, suivi par le tout nouveau «  Mouvement Palikot » (parti anti-clérical, social-libéral) avec 10 % et l' Alliance de la gauche démocratique (SLD) avec 8,2 % des voix. La même année, la Pologne prend de à la présidence du Conseil de l'Union européenne. En , la Pologne rejoint l' Agence spatiale européenne et organise avec l' Ukraine le Championnat d'Europe de football 2012.

La Pologne est le seul pays de l'Union européenne à ne pas être entré en récession durant la crise économique et financière mondiale de 2008 et son taux de chômage diminue depuis (il est inférieur à 8 % depuis ) ; le pays compte toujours devenir un important acteur régional, notamment compte tenu de son importante démographie.

Retour des conservateurs en 2015

L'élection d' Andrzej Duda à la présidence de la République en et la victoire de son parti Droit et justice aux élections législatives d' marquent le retour des conservateurs en Pologne et le triomphe de l' euroscepticisme. En réaction est créé le comité de défense de la démocratie au mois de .

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