Pierre-André Taguieff

Pierre-André Taguieff
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Naissance (71 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France  France
Profession
Formation

Pierre-André Taguieff, né le à Paris, est un politologue et historien des idées français.

Il est directeur de recherche au CNRS attaché au Centre de recherches politiques de Sciences Po ( CEVIPOF) et enseigne à l' Institut d'études politiques de Paris. Autrefois membre du cercle de réflexion le Cercle de l'Oratoire, il a fait également partie du comité de rédaction de la revue de ce cercle, Le Meilleur des mondes, ainsi que de celui de la revue Des Lois et des Hommes.

P-A. Taguieff est l’auteur de nombreux ouvrages touchant à la fois aux domaines de la théorie politique, de l' histoire des idées, de la philosophie politique et de la théorie de l' argumentation. Ces ouvrages traitent notamment du racisme, de l' antisémitisme et des idéologies d' extrême droite. Il s'est fait connaître d´abord par ses travaux sur le racisme et l´antiracisme ( La Force du préjugé, Essai sur le racisme et ses doubles [1]) , puis par des articles et ouvrages sur les Protocoles des Sages de Sion (faux document à visée antisémite), le populisme, la Nouvelle Droite et le Front national.

Son parcours politique va de « l’ anarcho- situationnisme [2] au chevènementisme patriote de la Fondation du 2-Mars [3] », puis, plus récemment, par une prise de distance vis-à-vis de toutes les affiliations partisanes à partir du moment où elles sont envisagées selon un angle binaire gauche/droite. Se réclamant un temps des idées de la gauche républicaine, dans les années 1980 et 1990, il a été décrit également comme un « libéral social conservateur [4] », et comme un "néoconservateur" [5]. Ses travaux (notamment sur la Nouvelle Droite et la « nouvelle judéophobie ») ont fait l’objet de controverses intellectuelles et médiatiques. P-A. Taguieff se présente lui-même comme engagé dans la lutte « contre tous les racismes [6] ».

Éléments biographiques

Né d’un père russe et d’une mère d’origine polonaise, Taguieff a très tôt été passionné par la culture juive (notamment musicale), bien que n'étant pas juif lui-même, comme il l'a déclaré publiquement à plusieurs reprises. Si ses parents ne sont pas juifs, « tous les amis de la famille étaient des Juifs d'Europe de l’Est, marqués par l'expérience nazie [7] ». Il est l'ex-époux de la chanteuse yiddish Talila avec qui il a une fille [8].

Dans les années 1960, il poursuit des études de philosophie et de linguistique à la faculté de Nanterre. Il est alors militant d' extrême gauche proche des situationnistes, notamment de René Viénet ; parallèlement, il est pianiste [2] de jazz. Durant cette période, il s'initie à la phénoménologie en suivant les cours de Jean-François Lyotard, Emmanuel Levinas, Paul Ricœur et Mikel Dufrenne, puis il s'enthousiasme pour la pensée de Gilles Deleuze et de Nietzsche sur laquelle porteront ses premières recherches. Par l'intermédiaire du philosophe et sémioticien Louis Marin, dont il admirait la rigueur et l'érudition, Taguieff poursuit ses études en linguistique et en sémiotique sous la direction d' Algirdas Julien Greimas [9].

Durant les années 1970, il milite dans plusieurs mouvements antiracistes comme le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et pour la paix (MRAP), la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) et la Ligue des droits de l'Homme (LDH). En 1972, il devient professeur de philosophie en lycée, puis en école normale d'instituteurs. Vers la fin des années 1970, il commence à étudier la Nouvelle Droite et s'intéresse au parcours de son chef de file, Alain de Benoist. De 1978 à 1984, il occupe un poste de chargé de cours en psychologie générale à l' université Paris-VII. Il entre au CNRS en 1984, ayant collaboré au laboratoire Lexicométrie et textes politiques de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud à partir de 1980. Il enseigne également au Collège international de philosophie. Ses premiers articles sur la Nouvelle Droite et le Front national paraissent dans différentes revues.

À partir de 1985, il est membre du comité de rédaction de Politica hermetica (fondée par l'historien Victor Nguyen) avec, notamment, le sociologue et historien Émile Poulat. Son premier ouvrage « non militant », La Force du préjugé, paru en 1988, tente de penser le racisme avec son contraire (l'antiracisme) et d'en proposer une critique pour le refonder ; repenser la notion de racisme avec des concepts plus nuancés donnait des résultats inédits et stimulait la réflexion sur la question de l'antiracisme et de ses emprunts involontaires d'éléments à l'idéologie qu'il prétend combattre [10]. Durant cette période, Taguieff dirige la collection « Histoire des idées, théorie politique et recherches en sciences sociales » à la librairie Mollat [11] et, aux éditions Kimé, avec Christian Plantin, la collection « Argumentation, Sciences du langage » [12].

En 1989, Jean-Christophe Cambadélis s'inspire de ses analyses lorsqu'il lance le « Manifeste contre le national-populisme » (expression introduite par Gino Germani, reprise et popularisée par Taguieff pour désigner le Front national). Parallèlement, SOS Racisme lui confie la présidence de son Observatoire de l'antisémitisme dont l'objectif était de recenser et d'analyser les activités antisémites en France. En 1991, il devient l'analyste officiel du rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l'Homme pour ce qui relève de la lutte contre le racisme et la xénophobie [13]. Au même moment, il prend la direction de la collection « Pensée politique et sciences sociales » des Éditions Berg International.

De 1994 à 1995, Taguieff est titulaire de la chaire Chaïm-Perelman du Centre Perelman de philosophie du droit de l' Université libre de Bruxelles. Par la suite, il enseigne à l' École des hautes études en sciences sociales ainsi qu'à l' Institut d'études politiques de Paris (cycle supérieur). En 1999, il compte parmi les membres fondateurs d'un think tank républicain, la Fondation du 2-Mars (ex-Fondation Marc-Bloch), qu'il préside de 2001 à 2003. Il devient également conseiller politique de Jean-Pierre Chevènement, duquel il se distanciera à partir de 2003.

En 2002, il compte parmi les experts de la commission «  Négationnisme à Lyon-III » (créée par le ministre de l'Éducation Jack Lang et dirigée par l'historien Henry Rousso). Celle-ci avait pour objectif d'enquêter sur différents événements ou propos jugés négationnistes reprochés à certains étudiants et professeurs de la faculté de Lyon-III. Cette nomination a fait l'objet de critiques, notamment de l'écrivain Didier Daeninckx [14] parce que Taguieff avait auparavant signé une pétition de soutien à l'un des professeurs mis en cause [15], et de SOS Racisme [16], qui avait pourtant eu recours à l'expertise de Taguieff lors de la création de son propre « observatoire de l'antisémitisme » (voir ci-dessus).

Le , Taguieff est chargé de faire un rapport officiel sur l'antisémitisme dans les écoles publiques françaises pour les ministres Luc Ferry et Jean-Louis Borloo. Également conseiller du Conseil représentatif des Institutions juives de France (CRIF) et membre de l' Association citoyenne pour le Proche-Orient (ACPRO), il signe avec d'autres intellectuels et artistes tels Alain Finkielkraut, Jacques Julliard, Bernard Kouchner, le journaliste Ghaleb Bencheikh et le cinéaste Élie Chouraqui un appel controversé « contre les ratonnades anti-blancs » [17].

À la fois critique de la gauche et de la droite, et lui-même critiqué par des représentants des deux camps, Taguieff défend une position qu'il nomme « mélioriste » et qu'il décrit en ces termes : « La démocratie libérale n'est certes pas parfaite, mais elle est perfectible, elle est même le seul système politique à l'être. Elle doit être défendue parce qu'elle est le seul type d'organisation politique garantissant aux individus leur liberté d'agir et de penser [18]. » Cette idée de « méliorisme » ou, selon une formulation plus paradoxale, de « conservatisme critique » a été développée dans la conclusion de son ouvrage sur le Sens du progrès (2004) et dans un article paru dans la revue québécoise Égards [19], dont la ligne éditoriale conservatrice et catholique traditionaliste peut sembler très éloignée de ses idées. Mais cela n'a rien d'étonnant puisque Taguieff a toujours été partisan d'une politique du « dialogue » (hormis dans certains cas, tel celui du négationnisme), ce qui lui avait valu des critiques à l'occasion d'articles publiés dans des revues de la Nouvelle Droite comme Éléments ou Krisis.

T-A. Taguieff a été membre de la rédaction de la revue Le Meilleur des mondes ( éditions Denoël) qui a paru de 2006 à 2008. Parfois décrite comme néo-conservatrice, la revue a compté Les Contre-réactionnaires (2007) parmi ses publications associées qui rejettent les « vieux mythes » politiques et utopiques pour tenter de voir clair dans « le meilleur des mondes possibles », celui qui est, c'est-à-dire « le seul qui soit ».

Taguieff contribue à Dreuz info en l'autorisant à publier des textes presque toujours déjà édités ailleurs [20], un site francophone qui se présente comme « américain conservateur, chrétien et pro-israélien » [21], mais qui, selon Samuel Laurent du journal Le Monde, « mêle islamophobie, ultra-sionisme et théories néoconservatrices » [22].