Paul Verhoeven

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Paul Verhoeven
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Paul Verhoeven en 2016.

Naissance (78 ans)
Amsterdam
Pays-Bas
Nationalité Drapeau des Pays-Bas  Néerlandais
Profession Réalisateur
Scénariste
Films notables La Chair et le Sang
RoboCop
Total Recall
Basic Instinct
Starship Troopers

Paul Verhoeven ( API: [ˈpʌu̯l vərˈɦuvə(n)]) est un réalisateur néerlandais, né le à Amsterdam. Après plusieurs films remarqués aux Pays-Bas, il s'installe aux États-Unis où il réalise une grande partie de sa filmographie. Il est célèbre pour avoir tourné des films provocateurs, assez violents ( RoboCop, Total Recall) ou érotiques ( Basic Instinct, Showgirls). On l'a parfois surnommé « le Hollandais violent » [1], [2].

Biographie

Enfance et période néerlandaise

Paul Verhoeven est né le à Amsterdam. Très marqué par la Seconde Guerre mondiale, dont il est un témoin direct dans son pays occupé par les Allemands, il garde le souvenir de scènes terribles [2]. Après la libération, les films américains se propagent aux Pays-Bas, et son père instituteur l'emmène souvent au cinéma [3]. Il fréquente alors le Gymnasium Haganum à La Haye, où il s'oriente vers des cours de physique et de mathématiques.

En 1955, toujours à l'initiative de son père, francophile, ses parents l'envoient passer une année en France, au lycée Henri-Martin de Saint-Quentin ( Aisne) puis en pension à l' Alliance française Paris Île-de-France. Il y rencontre un professeur de français qui lui fait découvrir les grands classiques du cinéma, dans le cadre de son ciné-club. Il avoue que la naissance de sa vocation de metteur en scène remonte à cette époque ; il veut intégrer l' IDHEC, mais sa démarche est trop tardive et il rentre aux Pays-Bas [4], [5].

Paul Verhoeven en 1980.

Il reprend ses études à l' université de Leyde (Leiden) où, fasciné par le surréalisme, il prend quelques cours de peinture, et tourne en parallèle ses premiers courts-métrages [5]. Son premier, Un lézard de trop (Een hagedis teveel), se veut un croisement entre Hiroshima mon amour et le cinéma d' Ingmar Bergman. Le deuxième, Rien de particulier (Niets bijzonders), s'inspire plutôt de la Nouvelle Vague. Il obtient son doctorat en mathématiques et physique en 1960 [6].

En 1964, il effectue son service militaire dans la marine néerlandaise, où il est choisi pour réaliser des documentaires. Il tourne notamment un film pour fêter le tricentenaire de l'institution, et reçoit à cette occasion un prix au Festival du film militaire de Versailles. Outre de le familiariser avec la technique sur pellicule, l'expérience lui apporte ainsi un début de visibilité. C'est là qu'il décide d'abandonner la carrière de professeur de mathématiques promise à ses camarades. À son retour dans le civil, il est engagé par la télévision du pays. Son dernier documentaire, paru en 1967, porte sur Anton Mussert, le chef du parti fasciste local. Désireux de laisser chacun donner son avis, quel que soit son degré de désaccord avec les propos formulés, il interviewe d'anciens SS, qu'on voit ainsi s'exprimer pour la première fois à la télévision, ce qui était interdit jusque là [5], [7].

Son premier succès vient en 1969 avec la série télévisée Floris, qui lui permet de faire la connaissance de Rutger Hauer, avec qui il collaborera durant toute sa période néerlandaise [N 1]. Il rencontre le scénariste Gerard Soeteman  (en) et ensemble ils entament une série de films qui ne cessera là aussi qu'avec le départ du cinéaste pour les États-Unis. Le premier, Wat Zien Ik?, centré sur une prostituée, sort en 1971, mais n'est pas particulièrement bien reçu. Verhoeven doit attendre 1973 et son film suivant, Turks Fruit (Turkish Délices), qui met en scène une histoire d'amour empreinte de libération sexuelle [2] et inspirée de nouveau par la Nouvelle Vague [5], pour rencontrer son premier succès national au cinéma.

Il continue de bâtir sa renommée avec Katie Tippel ( 1975), adaptée d'un roman naturaliste de la Néerlandaise Neel Doff, où une jeune fille pauvre se prostitue pour s'élever socialement. Mais le premier succès international lui vient de Soldaat van Oranje ( 1977), nominé notamment au Golden Globe du meilleur film en langue étrangère. Adapté d'une histoire vraie qu'il a vécue enfant, il apparaît assagi, conçu pour un plus large public qu'à l'accoutumé. Le réalisateur raconte avoir été félicité pour ce film par Steven Spielberg, qui lui recommande alors de venir s'installer aux États-Unis, où il rencontrerait moins de difficultés à financer ses projets [5]. Il se fait même approcher par la 20th Century Fox pour diriger ce qui deviendra L'Empire contre-attaque, mais le projet est avorté quand le studio découvre son film suivant, le sulfureux Spetters ( 1980) [8]. Évoluant dans le milieu de la moto-cross (un choix motivé par son impact visuel), Spetters marque le retour de Verhoeven à un cinéma très cru, qui sera perçu comme « un sommet de la décadence » selon ses dires. Le scandale provoqué à la sortie du film renforce encore les problèmes du réalisateur à produire dans son pays. Il entame alors une ouverture vers l'international avec Le Quatrième Homme ( 1983), puis se lance dans une grosse production européenne tournée en anglais, La Chair et le Sang ( 1985) [7]. Mais le film, dont il s'avouera peu satisfait, est un nouvel échec commercial. Ce revers achève de le convaincre d'appliquer le conseil de Spielberg, et vers 1985 il part émigrer outre-Atlantique [9].

Période américaine

Aux États-Unis, c'est encore Spielberg qui introduit Verhoeven dans le milieu hollywoodien. Son premier film américain, RoboCop ( 1987), marque une évolution dans son style. Pour la première fois, il ne collabore plus avec Gerard Soeteman, mais avec deux scénaristes locaux débutants, Edward Neumeier et Michael Miner. Selon ses dires, le script proposé ne lui plaisait pas au premier abord, et c'est à son épouse qu'il doit d'avoir mieux étudié l'histoire pour en extraire les aspects intéressants. Le film, dont la mise en scène s'inspire de l'univers de Fritz Lang, est entrecoupé de scènes de propagande télévisuelle visant à marquer une distance au récit. Bien que présentes dans le scénario d'origine, elles apparaissent à l'écran plus tranchées, se télescopant brutalement avec la fiction, dans une esthétique pour laquelle le réalisateur se souvient s'être inspiré de la peinture géométrique de Piet Mondrian [10]. RoboCop remporte un grand succès, et obtient plusieurs récompenses, notamment le Saturn Award de la meilleure réalisation et celui du meilleur film de science-fiction. Le cinéaste confiera beaucoup plus tard qu'il le considère encore comme son film le plus abouti, « tant dans son scénario que dans sa dimension politique » [9].

Arnold Schwarzenegger lui propose ensuite d'adapter la nouvelle de Philip K. Dick Souvenirs à vendre, dont il détient les droits : ce sera Total Recall ( 1990) [5]. Comme son prédécesseur, il s'agit d'un film violent, doté d'un budget conséquent, et qui a la particularité de mélanger pur divertissement et critique acerbe des dérives de la société contemporaine, celle des États-Unis en particulier. Verhoeven explique ce second point par le choc ressenti devant la civilisation américaine, notamment la vente libre d'armes, ou la peine de mort en public pratiquée dans certains États [3]. Le succès se poursuit avec Basic Instinct ( 1992), présenté en ouverture du Festival de Cannes, qui clôt ce que le cinéaste appelle sa « trilogie psychotique ». En effet, ses trois derniers films creusent chacun à leur manière la thématique du double : le policier mi-homme mi-robot de Robocop, l'agent double amnésique de Total Recall, et cette fois une auteure de polar suspectée de meurtre [2].

Mais la fortune cesse brutalement de lui sourire avec Showgirls ( 1995), critique des États-Unis à travers Las Vegas, « ce temple du kitsch et du mauvais goût », qui est un fiasco au box-office. Verhoeven se voit remettre le Razzie Award du pire réalisateur, en mains propres puisqu'il va lui-même récupérer son prix durant la cérémonie, fait très rare dans l'histoire de cette manifestation [6]. Le film sera toutefois réhabilité par une partie du public quelques années après, inspirant notamment une critique élogieuse de Jacques Rivette, pilier de la Nouvelle Vague, qui dira y voir son « film le plus personnel, l'un des plus grands films américains de ces dernières années » [10]. Mais Verhoeven admet aussi être allé sans doute trop loin sur ce tournage, en le prenant trop personnellement, et en négligeant la ligne de conduite qu'il se fixe habituellement [5].

Le cinéaste revient ensuite à la violence crue de ses débuts avec Starship Troopers ( 1997), où il renoue avec son esprit provocateur et iconoclaste à l'intérieur du cinéma hollywoodien. Avec le scénariste Edward Neumeier, déjà présent sur RoboCop, il s'attaque cette fois au culte du militarisme, et approfondit son étude des mécanismes de manipulation des masses. Il avoue avoir profité d'une grande liberté durant le tournage, du fait d'un turnover permanent à la tête de Sony Pictures. S'inspirant de films de Leni Riefenstahl et de documentaires de propagande nazi, il donne à Starship Troopers un style outrancier, qui emprunte à l'imagerie fasciste pour mieux la ridiculiser. Une partie de la critique américaine, notamment le Wall Street Journal, ne perçoit pas l'ironie et prend le message fascisant au premier degré. Le film est mieux accueilli à l'international, et sa critique de l'impérialisme américain finit par être mieux admise aux États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001 [10].

Verhoeven dirige ensuite Hollow Man ( 2000), surtout par amitié pour les membres de l'équipe de tournage. Il raconte n'avoir pu en faire ce qu'il souhaitait, obligé notamment de ne filmer qu'en intérieur pour éviter d'être accusé de plagier L'Homme invisible d' H. G. Wells, ou contraint de couper des scènes jugées trop violentes par ses producteurs. Il avouera même plus tard regretter de n'avoir pas abandonné le projet. Comme à l'époque de La Chair et le Sang, ce désaveu coïncide avec une rupture dans sa filmographie, puisque ce sera le dernier film de sa période américaine [5], [9].

Retour en Europe

Verhoeven participe au Festival du cinéma nordique de Rouen en 2001, puis, en 2002, il revient aux Pays-Bas, où il retrouve son complice scénariste Gerard Soeteman pour relancer un projet envisagé ensemble depuis 1980 : Black Book, son premier film néerlandais après 22 ans à tourner aux États-Unis, sort en 2005. Très grosse production à l'échelle du pays, il s'inspire de faits réels ayant eu lieu aux Pays-Bas pendant la deuxième guerre mondiale (comme Soldaat van Oranje quelques années plus tôt) [7]. Très sombre, il bat en brèche un certain nombre d'idées reçues sur le conflit, comme l' antisémitisme existant dans la Résistance, ou l'absolution des responsables nazis qui rejoignaient la lutte anticommuniste. Black Book remporte un net succès, notamment dans son pays où il attire 900 000 spectateurs [11], [12].

Avec Isabelle Huppert, pour la projection de Elle au festival de Cannes 2016.

Dès septembre 2011, Verhoeven développe grâce à la société néerlandaise FCCE le projet Entertainment Experience. Sur un site Internet, de nombreux internautes participent au développement d'un film, du scénario jusqu’au tournage, en passant par le choix des musiques, etc. L'actrice Kim van Kooten écrit une ébauche de scénario, et ce sont les internautes qui prennent la suite. Plusieurs versions amateurs du film sont tournées, en plus d'une réalisée de manière professionnelle par Verhoeven lui-même, Tricked, d'une durée de seulement 55 minutes [13], [14]. En raison de son format atypique, le film peine à trouver des distributeurs. Il est malgré tout présenté dans certains festivals, comme Rome ou TriBeCa [15]. En France, il sort en vidéo le [16].

En 2007, Verhoeven s'inspire d'une visite au Jesus Seminar aux États-Unis, et plus généralement de son intérêt pour la religion, pour co-écrire avec Rob Van Scheers l'essai Jésus de Nazareth. Publié l' année suivante, le livre tente une interprétation réaliste, historique et athée de la vie du Christ. Une adaptation centrée sur ses dix-huit derniers mois est alors envisagée, avec le support de Roger Avary et Chris Hanley  (en) à la production, mais elle ne voit pas le jour [4], [17], [18].

En 2015, il débute la production d' Elle, une coproduction franco-allemande avec notamment Isabelle Huppert, Virginie Efira et Charles Berling. Verhoeven envisageait d'abord de tourner le film aux États-Unis, mais les difficultés qu'il rencontre à le financer le poussent à élire finalement la France : « Pour obtenir des financements, il faut éliminer tout ce qui pourrait prêter à controverse… Tuer des gens à l’écran, ça, ça ne gêne personne vu que tout le monde est armé. » [4]. Soucieux de ne pas privilégier son confort au détriment de l'équipe, il dirige celle-ci entièrement en français. Il prend pour cela des cours intensifs pendant une semaine, à raison de 8 heures par jour [19]. Elle est l' adaptation du roman « Oh... » de Philippe Djian, publié en 2012 aux Éditions Gallimard. Le cinéaste confesse ne connaître au départ l'auteur que par l' adaptation de son livre 37°2 le matin, dont le visionnage lui avait rappelé Turkish Délices. Il estime être resté fidèle dans Elle au roman d'origine, malgré la prise de « quelques libertés », et se félicite de s'y jouer une fois de plus du politiquement correct. Le film sort en juin 2016 et est présenté en compétition officielle au festival de Cannes, 14 ans après l'ouverture de l' édition 1992 avec Basic Instinct.

Verhoeven se tourne ensuite vers l'adaptation du roman Bel-Ami, de Guy de Maupassant, en série télévisée, de nouveau avec Gerard Soeteman. Il prépare en parallèle un film centré sur Jean Moulin, « figure emblématique de la Résistance », et qui étudiera « les courants, les antagonismes, les trahisons » en jeu au sein du mouvement [4], [10].

Vie privée

Paul Verhoeven réside à Los Angeles depuis 1985, encore aujourd'hui malgré l'arrêt de ses tournages aux États-Unis. Il n'envisage toujours pas de quitter le continent américain, même s'il ajoute « sauf si Trump gagne ».

Il est marié depuis 1967 avec la Néerlandaise Martine Tours. Ensemble ils ont deux filles, l'une peintre et l'autre scénariste pour la télévision [4].

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