Paul Léautaud

Paul Léautaud
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Léautaud en 1915 peint par Catti.
Naissance
Décès (à 84 ans)
Châtenay-Malabry
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Français
Genres
Journal, roman autobiographique

Œuvres principales

Journal littéraire (19 volumes)
Journaux particuliers (4 volumes)
Le Petit Ami
Passe-Temps

Paul Léautaud, né le à Paris 1er arrondissement, et mort le à Châtenay-Malabry [1], est un écrivain et critique dramatique français.

Père indifférent, mère absente, Léautaud quitte l’école à 15 ans, exerce toutes sortes de petits emplois pour vivre, s’éduque lui-même en lisant tard le soir les grands auteurs. Connu des milieux littéraires dès 1903 avec Le Petit Ami, du grand public seulement en 1950 après ses entretiens radiophoniques avec Robert Mallet qui le rendent célèbre, il publie peu, ayant en horreur la « littérature alimentaire ». Pour avoir la liberté d‘écrire ce qui lui fait plaisir, il accepte, en 1907, un travail mal payé d’employé au Mercure de France. Chargé — un temps seulement — de la chronique dramatique sous le nom de plume de Maurice Boissard, il se fait connaître par sa franchise, son esprit moqueur et subversif.

Solitaire, recueillant les animaux abandonnés dans son pavillon de Fontenay-aux-Roses et vivant lui-même pauvrement, il se consacre pendant plus de 60 ans à son Journal, qu’il appellera littéraire, où il relate, au jour le jour, sous l'impression directe, les événements qui le touchent. « Je n’ai vécu que pour écrire. Je n’ai senti, vu, entendu les choses, les sentiments, les gens que pour écrire. J’ai préféré cela au bonheur matériel, aux réputations faciles. J’y ai même souvent sacrifié mon plaisir du moment, mes plus secrets bonheurs et affections, même le bonheur de quelques êtres, pour écrire ce qui me faisait plaisir à écrire. Je garde de tout cela un profond bonheur. »

Ses dernières paroles avant de mourir ont été : « Maintenant, foutez-moi la paix. » [2]

Biographie

Enfance et jeunesse

« Une mère un peu catin qui m’a laissé tranquille dès ma naissance, un père qui était un brillant cascadeur plein de succès de femmes et qui ne s’occupait pas de moi. Enfin, ces gens qui m’ont laissé faire ma vie moi-même… je trouve que c’est quelque chose [3]. »

Paul Léautaud naît le dans le premier arrondissement de Paris au no 37 de la rue Molière, de parents comédiens.

Son père, Firmin Léautaud (1834-1903), d’une famille de paysan de Fours dans les Alpes-de-Haute-Provence, vient à Paris vers l’âge de 20 ans ; admis au Conservatoire, il obtient un deuxième prix de comédie, joue dans différents théâtres dont l’Odéon, puis entre, en 1874, à la Comédie-Française comme souffleur, emploi qu’il occupe durant 23 ans. Les femmes se succèdent chez Firmin Léautaud. Avant Jeanne, compagne d’un moment, il était en ménage avec Fanny Forestier, sa sœur aînée, actrice elle aussi, dont il aura une fille, Hélène [4].

Sa mère, Jeanne Forestier (1852-1916), chanteuse d’ opérette, reprend son métier après la naissance de Paul et part dans des tournées.

Firmin Léautaud met son fils en nourrice jusqu’à l’âge de 2 ans, puis le reprend chez lui et engage une vieille bonne Marie Pezé qui s’occupe de l’enfant pendant une dizaine d’années. « Maman Pezé », que Paul considère comme sa mère, l’emmène chaque soir coucher dans sa propre chambre, rue Clauzel, pour qu’il ne soit pas témoin des multiples aventures de son père. Paul revoit, une huitaine de fois lors de courtes visites, sa mère qui part ensuite à Genève, épouse en 1895 le docteur Hugues Oltramare dont elle aura deux enfants, et ne retrouvera son fils que vingt ans plus tard, à l’occasion de la mort de sa sœur Fanny, à Calais, en 1901. Cette rencontre fournit à Paul Léautaud la matière des derniers chapitres de son livre en cours, Le Petit Ami. S’ensuit une correspondance émouvante (publiée par le Mercure de France en 1956, Lettres à ma mère) entre la mère et le fils qui dure 6 mois, puis les lettres de Paul restent sans réponse.

Léautaud grandit dans les quartiers Saint-Georges et Rochechouart. Il habite chez son père, no 13 puis no 21 rue des Martyrs. « A cette époque, mon père descendait chaque matin au café, avant le déjeuner. Il avait treize chiens. Il descendait la rue des Martyrs avec ses chiens et tenant à la main un fouet dont il ne se servait pas pour les chiens. Quand une femme passait qui lui plaisait, il l’attrapait par derrière en passant le fouet autour d’elle [5]. »

Dès leur installation dans ce nouveau logis, Firmin remet une clef à son fils de 5 ans : « Fais ce que tu veux pourvu que tu sois là pour le diner, et que tu ne sois pas ramené par un gendarme [6]. »

Son père ne s’occupe guère de lui mais il l’amène régulièrement à la Comédie-Française dans sa boîte de souffleur et le laisse circuler dans les couloirs et les coulisses du théâtre. En 1881, Firmin Léautaud installe chez lui une jeune bonne de 16 ans, Louise Viale, qu’il finira par épouser et dont il aura un fils, Maurice, demi-frère de Paul. Il renvoie Marie Pezé et quitte Paris pour Courbevoie. Paul Léautaud fait ses études à l’école communale de Courbevoie dans l’indifférence de son père. Il s’y lie d'amitié avec Adolphe Van Bever « d’une précocité étonnante et d’un naturel hardi, entreprenant, organisant des conférences littéraires à 15 ans à la mairie de Neuilly. » En 1887, à 15 ans, après son certificat d’études, Paul Léautaud quitte l’école et commence à travailler à Paris. Il exerce toutes sortes de petits métiers. C’est un enfant soumis et docile. Le soir, il rentre à la maison. Le salaire à peine versé est prélevé par son père.

En 1890, à 18 ans, il quitte Courbevoie et s’installe à Paris. Il exerce divers métiers pour vivre. «  Pendant huit ans, j’ai déjeuné et dîné d’un fromage de quatre sous, d’un morceau de pain, d’un verre d’eau, d’un peu de café. La pauvreté, je n’y pensais pas, je n’en ai jamais souffert [5]. » En 1894, il devient clerc dans une étude d’avoué, l’étude Barberon, 17 quai Voltaire, puis, de 1902 à 1907, s’occupe de liquidations de successions chez un administrateur judiciaire, M. Lemarquis, rue Louis-le-Grand. Son goût pour les lettres se dessine. Il consacre de longues soirées à la lecture : Barrès, Renan, Taine, Diderot, Voltaire et Stendhal, qui est une révélation. « J'ai appris tout seul, par moi-même, sans personne, sans règles, sans direction arbitraire, ce qui me plaisait, ce qui me séduisait, ce qui correspondait à la nature de mon esprit (on n'apprend bien que ce qui plaît) [5]. » En 1895, il va porter au Mercure de France, un poème, Elégie, dans le goût symboliste de l’époque. Le directeur Alfred Vallette accepte de le publier dans le numéro de septembre.

Le Mercure

En 1929 par Emile Bernard. « Alceste, un satirique, un homme d'une gaîté mauvaise, aux plaisanteries mordantes, aux vérités cruelles dites avec des éclats de rire, l'excès de clairvoyance et de désenchantement aboutissant à une sorte de moquerie féroce avec bonne humeur. Ce que je suis [7]. »
Immeuble du Mercure de France, 26 rue de Condé (6e arr.), ancien hôtel de Beaumarchais. Léautaud a son bureau au premier, où il restera plus de 30 ans.

« Une collaboration de 45 années, doublée de mon emploi comme secrétaire pendant 33 ans, une intimité de chaque jour, depuis 1895, avec Alfred Vallette [8]. »

Le Mercure de France, à cette époque, est non seulement une revue littéraire et une maison d’édition, mais aussi un centre littéraire, une sorte de vivier de la génération symboliste, attirant des écrivains comme Guillaume Apollinaire, Remy de Gourmont, Alfred Jarry, Henri de Régnier, Paul Valéry, André Gide.

Paul Léautaud a 23 ans. Il devient un familier du Mercure. Il est accueilli avec une grande sympathie par son directeur Alfred Vallette qui l’encourage (mais lui conseille d’écrire en prose) et avec qui il passe tous les après-midi du dimanche. Il se lie en particulier avec Remy de Gourmont et Paul Valéry, alors inconnu. C’est au Mercure que nait la grande amitié qui lia pendant des années Léautaud et Valéry.

En 1899, il commence, avec Van Bever, à préparer l’édition des Poètes d'Aujourd'hui pour rendre accessible au public lettré les œuvres des poètes contemporains. Ils en choisissent trente-quatre et se partagent les notices de présentation. Léautaud est à l'origine de la découverte du talent d’ Apollinaire, dont il fait publier au Mercure La Chanson du mal-aimé. Mais il prend ses distances avec la poésie et suit le conseil de Vallette d'écrire en prose. « J’ai perdu dix ans de ma vie intellectuelle à me laisser bercer par les ronrons de ces farceurs de poètes, qui sont, je le pense fermement, zéro pour la culture spirituelle et les progrès de l’esprit. Je m’en suis aperçu le jour que j’ai lu certains livres qui m’ont réveillé, qui ne m’ont rien appris certes (les livres n’apprennent rien), mais qui m’ont fait prendre conscience de moi-même. [9] »

Le Petit Ami

En 1902, Léautaud apporte au Mercure une œuvre en grande partie autobiographique, Souvenirs légers, que Vallette, sur l’avis favorable d’ Henri de Régnier, accepte de publier sous le nom de Le Petit Ami. Tiré à 1 100 exemplaires, il ne sera épuisé qu’en 1922. Le livre est pourtant bien accueilli par le milieu littéraire. Le jury Goncourt s’y intéresse. Octave Mirbeau et Lucien Descaves veulent lui donner le prix. Marcel Schwob introduit l’auteur dans son salon littéraire où il rencontre Gide et se lie avec Marguerite Moreno. Mais la forme du livre ne satisfait pas Léautaud («Que de fautes de goût ! Que de descriptions vulgaires ! Il faudrait que j'enlève tout ça un jour. Il y a la-dedans trop de choses auxquelles je tiens, trop de choses de ma vie pour les laisser présentées ainsi [10].») . Il s’opposera toujours à sa réimpression, réécrira les deux premiers chapitres et n’ira pas plus loin.

Il continue dans la même veine avec In memoriam, le récit de la mort de son père. « Je tiens que ma carrière d’écrivain commence à In memoriam. En deux ans j’ai fait des progrès énormes vers la vérité — la vérité qui consiste à ne pas hésiter — et dans le style. »

En 1907, Vallette, sous l’influence de Remy de Gourmont, lui propose une place de secrétaire de rédaction aux éditions du Mercure, 26 rue de Condé. Léautaud accepte pour assurer sa liberté d'écrivain : « Toute ma liberté littéraire tient à cela, joint à la modestie de mes goûts et de mes besoins » [11]. En 1911, il occupe son bureau, au premier, où il restera plus de trente ans, chargé de la réception des manuscrits et de la publicité. « Son fauteuil était assez souvent inoccupé, la recherche de croûtons de pains l’obligeant à bien des courses chez les concierges de la rive gauche qu’il avait intéressées à sa ménagerie. Il reparaissait généralement vers 4 ou 5 heures, porteur d’un sac dont il étalait le contenu sur le plancher de son bureau ; il s’agenouillait pour en faire le tri, et ce qu’on voyait d’abord, en entrant, c’était la partie postérieure de son individu [12] » écrit son ami André Billy. La collaboration avec Valette se fait sans trop de heurts. Il y a entre eux une totale entente littéraire, tout au moins jusqu’en 1914, mais les questions financières les opposent souvent, Léautaud trouvant qu’il en fait trop pour ses maigres appointements [13] et ne se gênant pas pour s’absenter, Vallette tenant le raisonnement inverse.

En 1912, il s’installe dans le pavillon, au no 24 de la rue Guérard à Fontenay-aux-Roses [14], où il restera jusqu’au 21 janvier 1956 [15], délabré et dépourvu de confort, avec un grand jardin en friche (« J'ai un grand jardin, tout à fait à l'abandon. Tout y pousse à son gré, les arbres et les herbes. Je n'y suis jamais. »), entouré d'animaux — de 1912 à sa mort, il recueillera plus de 300 chats et 125 chiens abandonnés [16] — dont sa guenon Guenette, perdue et réfugiée dans un arbre en 1934.

Les Chroniques de Maurice Boissard

Pendant longtemps, Léautaud n’est connu qu’en tant que critique dramatique, le succès du Petit Ami ayant été oublié. Il tient la rubrique des théâtres au Mercure de 1907 à 1921 sous le pseudonyme de Maurice Boissard [17], présenté comme un vieux monsieur, n’ayant jamais manié une plume, n’acceptant de tenir la rubrique que pour aller au théâtre gratuitement, mystification éventée par Octave Mirbeau qui reconnaît le style de Léautaud à la troisième chronique.

Il se fait remarquer par son esprit d’indépendance, sa franchise brutale, son non-conformisme. Ses critiques sont, la plupart du temps, féroces et lui attirent des conflits avec les auteurs. Des lecteurs le trouvent immoral, scandaleux, subversif. Quand une pièce lui déplait, il parle d’autres choses, de lui-même, de ses chiens, de ses chats.

Les lecteurs adorent ou détestent, écrivent au Mercure qu’ils achètent la revue uniquement pour la rubrique théâtrale ou qu’ils se désabonnent. En 1921, lassé par les récriminations des lecteurs et de son épouse Rachilde qui reproche à Léautaud d’éreinter des gens qui fréquentent son salon littéraire, Vallette lui retire la chronique des théâtres, mais crée pour lui la chronique Gazette d’hier et d’aujourd'hui, dans laquelle il publiera des essais, en partie repris dans Passe-Temps (1928).

Aussitôt, Jacques Rivière lui offre la rubrique des théâtres à la Nouvelle Revue Française, et Gaston Gallimard lui propose d’éditer en deux volumes un choix de ses articles de critique dramatique parus dans Le Mercure de France. Léautaud accepte, mais, négligent, ne donne le texte du premier volume qu’en 1927 et celui du second qu’en 1943. En 1923, Rivière lui demandant la suppression d’un passage désobligeant sur Jules Romains, alors un des principaux collaborateurs de la NRF, Léautaud refuse et préfère donner sa démission.

Maurice Martin du Gard lui offre alors la même rubrique aux Nouvelles Littéraires et publie l’article refusé par la NRF. Trois mois plus tard, il démissionne encore, n’admettant pas qu’on lui demande de supprimer la phrase : « Le mot libéré s’emploie également pour les soldats et pour les forçats ». Il écrit [18]: « Les gens sont décidément bien drôles. Ils viennent chercher un monsieur parce qu'il a les oreilles de travers. Il n'y a pas deux mois qu'ils l'ont qu'ils l'entreprennent : « Vous ne pourriez pas les remettre droites ? »

Paul Léautaud, André Billy et André Rouveyre vers 1938.

Réduit à ses appointements du Mercure, Léautaud connait des moments difficiles : « Quand je marque mes dépenses chaque jour, quand j'inscris 20 francs, il y a 15 francs pour les bêtes et 5 francs pour moi. Je vais avec des souliers percés, du linge en loques et souvent sale par économie, ce qui est une grande souffrance pour moi, je mange insuffisamment et des choses qui me répugnent, je porte mes vêtements au-delà de toute durée et toujours par économie ou impossibilité de les remplacer, je ne m'achète rien, je ne m'offre aucun plaisir, aucune fantaisie. Je vais même peut-être être obligé de cesser de m'éclairer à la bougie pour travailler, ce qui me plaît tant. Voilà ma vie à 52 ans accomplis ou presque [19]. »

En 1939, Jean Paulhan lui demande de reprendre, cette fois sous son nom, dans la NRF, la chronique dramatique. Il accepte, mais, trois mois plus tard, survient une nouvelle rupture à la suite d’une chronique où il traite le savant Jean Perrin de « bavard démagogue » et de « sot malfaisant », pour avoir déclaré dans une réunion publique que « bientôt grâce aux loisirs tous pourront accéder à la grande culture ».

En novembre 1940, Drieu la Rochelle lui demande de reprendre, la chronique dramatique dans la NRF. Une première chronique paraît en février 1941, mais la suivante est refusée.

Toutes ces chroniques ont été intégralement publiées chez Gallimard en 1958.

En 1939, Léautaud considère qu'il est temps de commencer la publication de son Journal dans le Mercure. Le directeur, Jacques Bernard, donne tout de suite son accord. La publication commence le 1er janvier 1940 dans le Mercure devenu mensuel, et se poursuit jusqu'au 1er juin, allant de 1893 à 1906.

En septembre 1941, Jacques Bernard le renvoie, « sans autre motif que le désir de ne plus le voir, et de la façon la plus grossière [20] ».

La notoriété

« Écrivain pour hommes de lettres » selon son expression, Paul Léautaud devient connu du grand public dans les années 1950 grâce à la radio. Mais il approche de 80 ans et la gloire — et l’argent — viennent bien tard.

Après son renvoi du Mercure, Léautaud se retire de plus en plus dans son pavillon de Fontenay avec ses bêtes. Venir à Paris le fatigue. Il faut le dévouement de Marie Dormoy [21] et de quelques amis pour qu’il ne soit pas totalement isolé.

En 1950, à la demande de Robert Mallet, il accepte avec beaucoup de réticences d’enregistrer, pour la radio qu’il n’aime pas (il n’a pas d’appareil de radio chez lui), une suite de 28 Entretiens sur le Programme National, une des chaînes de la Radiodiffusion française, les lundis vers 21 h 15 et les jeudis à 21 h 40. Chaque entretien dure environ 15 minutes.

Léautaud n’a pas connaissance à l’avance des questions. L’opposition entre le ton volontairement conformiste et solennel de Mallet et la verve anticonformiste de Léautaud font merveille. « Le vieux, c’est Mallet, le jeune, c’est Paul Léautaud », écrivent les critiques. « Nous n’avons jamais eu d’entretiens aussi vivants, intéressants et qui aient un pareil succès » ( Paul Gilson, directeur des Services artistiques de la radio). « Je n’en reviens pas, on ne parle que de cela » dit Gide, peu avant sa mort. Devant le succès remporté, une deuxième série de 10 entretiens commence le premier dimanche de mai 1951, à 20 h 30 sur http://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/entretiens-avec-paul-leautaud-110-parties-1-4-1ere-diffusion (Entretiens avec Paul Léautaud 1/10 : Parties 1 à 4 (1ère diffusion : les 07, 11, 14 et 18/12/1950 Chaîne Nationale) 12/09/2017 ].

Les propos de Léautaud sont bien sûr jugés trop audacieux pour être entendus dans leur intégralité. Tout ce qui touche à la famille, à la sexualité, à l’homosexualité, et notamment à celle de Gide, à l’armée et à la patrie, aux comportements des gens de lettres à la Libération est soumis à la censure. Mallet et Léautaud doivent revenir enregistrer certains passages pour les rendre conformes à ce que la radio peut offrir à ses auditeurs. Léautaud note le 2 novembre 1950 dans son Journal, à propos de la scène, racontée par lui, où Firmin Léautaud couche avec sa mère et sa tante dans le même lit : « Le directeur de la radio a jugé qu’on ne pouvait offrir un pareil sujet aux familles, les familles dans la plupart desquelles il s’en passe bien d’autres. »

Le 9 avril 1951, à l’ Assemblée nationale, où l’on délibère sur le budget de la radiodiffusion, un député MRP [22] interpelle le gouvernement : « Nous avons entendu récemment pendant des semaines un critique, dont j’ai appris le nom en l’écoutant à la radio, déblatérer, traiter de tous les noms possibles ses contemporains et prétendre ne se plaire que dans la société des animaux. Je ne crois pas indispensable que de telles réflexions soient produites à la Radiodiffusion française. » Le ministre socialiste de l’Information répond : « Je crois, et une très nombreuse correspondance le confirme, que c’est tout à l’honneur de la radiodiffusion d’avoir donné à Monsieur Paul Léautaud un public plus large que celui du Mercure de France et qu’il n’est pas inutile que, sortant d’un conformisme quelquefois excessif, des voix comme la sienne puissent se faire entendre [23]. »

Les journaux s’emparent de l’affaire. Le Canard enchaîné du 11 avril 1951 imagine une réponse de Léautaud au député. Combat prend la défense du vieil écrivain.

Ses livres se vendent, les revues sollicitent sa collaboration. Le Mercure de France lui fait l’hommage, pour ses 80 ans, d’un numéro spécial. Gallimard publie les Entretiens avec Robert Mallet (non censurés) à 30 000 exemplaires et fait intervenir Mallet pour obtenir la publication du Journal dans la Pléiade [24]. Léautaud refuse.

Le Mercure demande la réimpression du Petit Ami. Léautaud refuse. Marie Dormoy lui propose de donner en échange le premier tome du Journal. Il finit par accepter et le premier tome est publié le 20 octobre 1954 à 6 000 exemplaires. Tous vendus en trois semaines, on en fait aussitôt un nouveau tirage [25].

« L’argent continue à me tomber. Je ne sais qu’en faire. Je n’ai envie de rien. Le régime que j’ai dû subir pendant la plus grande partie de ma vie d’employé m’a donné un pli que je garde [26]. »

Le 21 janvier 1956, sentant ses forces diminuer, après avoir noyé sa guenon Guenette en craignant qu’après sa mort elle ne soit malheureuse, et confié à des amis les chats qui lui restent, il quitte sa maison pour s’installer à la Vallée-aux-Loups, dans la demeure de Chateaubriand, chez son ami le docteur Le Savoureux qui tient une maison de santé. Il meurt le 22 février.

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