Parti libéral-démocrate (Japon)

Trois caractères japonais Cette page contient des caractères japonais. En cas de problème, consultez Aide:Unicode ou testez votre navigateur.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Parti libéral-démocrate.
Parti libéral-démocrate
(ja) 自由民主党
Image illustrative de l'article Parti libéral-démocrate (Japon)
Logotype officiel.
Présentation
Président Shinzō Abe
Fondation 1955
Siège 1-11-23 Nagata-chō, Chiyoda-ku, Tokyo
Vice-président Masahiko Kōmura
Secrétaire général Toshihiro Nikai
Président du Conseil des Affaires de la Diète Wataru Takeshita
Président du groupe à la Chambre des représentants Kazuaki Miyaji
Présidente du groupe à la Chambre des conseillers Seiko Hashimoto
Idéologie Conservatisme [1]
Affiliation internationale aucune
Couleurs bleu et vert (informellement)
Site web jimin.jp
Représentation
Représentants
292 / 475
Conseillers
122 / 242

Le Parti libéral-démocrate (自由民主党, Jiyūminshutō ?), souvent abrégé en Jimintō (自民党 ?) au Japon et PLD en français, a longtemps été le plus grand parti politique japonais, et reste la principale force de droite et conservatrice du pays. Il a pratiquement toujours gouverné le pays depuis sa création en 1955, sauf pendant un intermède de dix mois entre 1993 et 1994, et pendant trois ans après sa défaite aux élections législatives du . Il ne doit pas être confondu avec le Parti libéral fondé en 1998, qui a fusionné avec le Parti démocrate du Japon, principal adversaire politique du PLD, en .

Le parti a subi une défaite majeure aux élections de 2007 à la chambre haute, et n'a plus la majorité dans la Chambre des conseillers, puis perd le contrôle de la Chambre des représentants à la suite de la nette victoire de son principal rival, le Parti démocrate du Japon (PDJ) du centre gauche, aux élections législatives du .

Le , l'ancien Premier ministre Shinzō Abe retrouve la présidence du parti cinq ans après l'avoir quittée. Connu pour être un « faucon » sur les questions de sécurité et en matière de relations avec les voisins asiatiques du Japon, il a été élu après avoir mené une campagne résolument nationaliste [2]. Il remplace à ce poste, et à celui de chef de l'opposition, Sadakazu Tanigaki, qui avait été élu à la suite de la défaite le pour un mandat de trois ans, et qui a choisi de ne pas se représenter une fois celui-ci arrivé à son terme. Lors des élections législatives du , le PLD retrouve la majorité absolue à la Chambre des représentants. Puis, aux élections du , le parti regagne également, avec ses alliés du Nouveau Kōmeitō, la majorité à la Chambre des conseillers.

Histoire

Fondation

Congrès fondateur du PLD, le

Le Parti libéral-démocrate est formé le afin de contrer la montée à l'époque du Parti socialiste japonais, par la fusion des deux principaux partis de centre-droit, jusqu'alors opposés, qui dominaient la vie politique japonaise depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale [3]:

  • le Parti libéral (自由党, Jiyutō ?) fondé en par d'anciens cadres politiques des deux grands partis constitutionnels d'avant-guerre, dont Ichirō Hatoyama, mais dominé à partir de 1946, après la purge de ces derniers, par Shigeru Yoshida, au pouvoir de 1946 à 1947 et de 1948 à 1954, d'inspiration libérale, comme son nom l'indique, et mettant l'accent sur la reconstruction économique et industrielle du Japon comme meilleur moyen de restaurer la notabilité du Japon sur la scène internationale (reconstruction qui doit donc être encadrée par l'État selon une acceptation keynésienne), et poussant l'interprétation pacifiste au plus loin (délégation de la souveraineté diplomatique et militaire aux États-Unis, du moins dans un premier temps). Il est conservateur sur le plan social et fermement anti-communiste.
  • le Parti démocrate du Japon (日本民主党, Nihon Minshutō ?) - à ne pas confondre avec l'actuel Parti démocrate du Japon qui est aujourd'hui le principal adversaire du PLD - fondé en par Ichirō Hatoyama sur les bases de ses anciens partisans au sein du Parti libéral et de l'ancien Parti progressiste du Japon (日本進歩党, Nihon Shinpotō ?), créé le et qui a changé ensuite plusieurs fois de nom. Plus au centre que le parti libéral, il est moins concentré sur les dossiers économiques et plus sur les questions sociales et diplomatiques. Il est favorable à un certain retour du Japon sur la scène internationale et à la réconciliation nationale notamment par le biais de l'amnistie de certains accusés de crimes de guerre, et, tout en soutenant activement l'alliance américaine, il veut également développer la coopération asiatique et n'est pas hostile à l'ouverture des relations diplomatiques avec l' URSS (ce qui sera fait en 1956 par Ichirō Hatoyama).

Le Parti au pouvoir (1955-1993)

Tous les premiers ministres japonais, entre 1955 et 1993 et depuis 1996, proviennent de ce parti. Il a eu seul la majorité absolue à la Chambre des représentants de 1955 à 1976, de 1980 à 1983, de 1986 à 1993 et de 2005 à 2009, et à la Chambre des conseillers de 1959 à 1977 et de 1980 à 1989. Il bénéficie surtout, pendant les années 1960, 1970 et 1980, du miracle économique japonais dont il est également en partie l'artisan.

Le PLD met en place durant les années 1960, essentiellement à l'instigation des Premiers ministres Hayato Ikeda (1960-1964) puis Eisaku Satō (1964-1972) un État-providence particulièrement développé, basé sur un important appareil administratif (tout particulièrement le puissant MITI), de nombreuses aides sociales et une politique de grands travaux (chemin de fer, autoroutes et routes, infrastructures publiques, le tout étant gérés par de grosses entreprises publiques telles que la JNR pour le rail, la JH pour les routes ou encore la Japan Post). Il met également l'accent sur les valeurs traditionnelles japonaises de la famille, du travail et de la fidélité à son entreprise. Cela lui vaut de se constituer une base électorale pendant longtemps solide au sein des classes moyennes, des salariés, des fonctionnaires et des petits agriculteurs. Son organisation s'appuie sur le modèle des factions internes, groupements plus ou moins rivaux réunis derrière certaines figures majeures, nécessitant le maintien d'un perpétuel consensus entre ces différentes tendances qui se répartissent par la concertation les postes clés du gouvernement et de la direction du parti.

Cette recherche du consensus n'empêche pas quelques rivalités et luttes internes, notamment, durant les années 1970, entre Kakuei Tanaka et Takeo Fukuda. Le premier développe, à partir de son groupe de soutien financier Etsuzankai, la pratique par laquelle l'homme politique se sert de sa position nationale pour favoriser le développement de sa circonscription, tandis que le second met en place la première réelle contestation du régime des factions en ouvrant les élections du président du parti aux militants des fédérations locales en 1978.

Les scandales des années 1970 et 1980

Toutefois, des scandales politico-financiers à répétition à partir de la fin des années 1970 vont considérablement entacher son image. Les deux principaux d'entre eux furent :

  • le Scandale Lockheed : démasqué par la Commission des Relations extérieures de la Chambre des conseillers en 1976, révélant que l'ancien Premier ministre, encore à cette époque une figure majeure du parti, Kakuei Tanaka ainsi que d'autres membres du gouvernement avaient touché de fortes sommes d'argent (environ 2 millions de dollars pour Tanaka) de la part du constructeur aéronautique américain Lockheed Corporation afin de favoriser l'achat par la All Nippon Airways de 21 jets Lockheed L-1011 TriStar. Le scandale met en avant également des liens obscurs entre la haute-fonction publique d'État, fortement contrôlée par le PLD, et la figure majeure du crime organisé japonais Yoshio Kodama, présentant ce dernier comme un intermédiaire entre la CIA, les hautes sphères de l'État japonais et les Yakuza. Kakuei Tanaka est condamné à 4 ans de prison le , après un procès retentissant.
  • le Scandale Recruit : parti de la simple découverte en 1988 par des journalistes de l' Asahi Shimbun, et révélée par le quotidien du Parti communiste Shimbun Akata (le directeur de l'Asahi ayant refusé la publication), de la corruption d'un petit élu local concernant un marché de construction. L'affaire s'étend bientôt, révélant un vaste marché de corruption impliquant de nombreux chefs d'entreprise (notamment de l'opérateur de téléphonie NTT et des journaux Yomiuri shinbun et Nihon Keizai Shimbun) et parlementaires (une quarantaine, dont le Premier ministre de l'époque Noboru Takeshita, son secrétaire général du Cabinet Takao Fujinami et l'ancien chef de gouvernement et figure majeure de la politique japonaise pendant la majeure partie des années 1980 Yasuhiro Nakasone, mais aussi parmi les dirigeants des principaux partis d'opposition) ayant reçu des « contributions » de la part du groupe de gestion des ressources humains Recruit afin que l'État rachète à des prix largement surévalués la société Cosmos, ancienne filiale de Recruit.

À cela s'ajoute l'éclatement de la bulle spéculative japonaise au début des années 1990 et les pressions diplomatiques de plus en plus vives des États-Unis dans le cadre du cycle d'Uruguay du GATT (1986-1994) contre les mesures protectionnistes touchant les secteurs phares de l'économie japonaise (l'automobile ou l'électronique), qui remettent en question le modèle japonais d' état-providence mis en place par le PLD. Déjà ce dernier avait dû en 1987 lancer la privatisation et le démantèlement en plusieurs entreprises de l'un des piliers du service public japonais, la compagnie nationale de chemin-de-fer JNR.

Le retrait du pouvoir (1993-1996)

Yōhei Kōno, le premier président du PLD (1993-1995) à n'avoir jamais été Premier ministre

Dans ce contexte, de plus en plus de voix s'élèvent, notamment au sein d'une jeune génération d'élus du PLD gagnés par les idées libérales de Ronald Reagan ou Margaret Thatcher, pour réformer en profondeur la politique japonaise, la rendre plus transparente et réduire ses pesanteurs administratives et l'appareil d'État. L'apogée de ce mouvement de contestation interne atteint son apogée durant les années 1992 et 1993 avec la création de plusieurs partis dissidents du PLD :

L'adoption de la motion de censure du entraîne immédiatement l'organisation d' élections législatives anticipées le 18 juillet suivant. Si le PLD reste alors le premier parti japonais, avec 36,6 % des suffrages et 223 sièges sur 512, il perd la majorité absolue (ce n'est toutefois pas la première fois) et réalise son plus mauvais score électoral de toute son histoire. De plus, les trois partis dissidents précédemment cités s'allient aux autres partis de l'opposition traditionnelle non communiste (le Parti socialiste japonais, le Kōmeitō, le Parti social-démocrate et la Fédération sociale-démocrate) pour former une coalition anti-PLD qui réussit à réunir une majorité et à former deux gouvernements successifs entre et (dirigés successivement par Morihiro Hosokawa puis Tsutomu Hata). Le PLD passe donc alors pour la première et unique fois de son existence dans l'opposition.

Le nouveau chef du PLD, Yōhei Kōno, réussit toutefois à faire revenir son parti au gouvernement dès le mois de , en formant une grande coalition avec le Parti socialiste japonais et le Nouveau Parti pionnier. Pour ce faire, il doit néanmoins accepter l'élection au poste de Premier ministre du socialiste, Tomiichi Murayama. Cette concession fragilise beaucoup sa position au sein du parti, avec de nouvelles dissidences emmenées par l'ancien Premier ministre Toshiki Kaifu qui rejoint le nouveau grand parti d'opposition formé par les membres de la coalition anti-PLD ayant rejeté l'idée de grande coalition, le Shinshintō ou Parti de la nouvelle frontière. Le résultat mitigé du PLD aux élections à la Chambre des conseillers de 1995 (si le groupe PLD augmente par rapport au précédent scrutin de 1992, il ne gagne que 4 sièges et est encore loin, avec 110 conseillers sur 252, de la majorité absolue qu'il a perdue en 1989) finit de lui enlever ses derniers soutiens et il doit laisser la présidence du parti à Ryūtarō Hashimoto en . Yōhei Kōno est ainsi, à ce jour, le seul leader du PLD à n'avoir jamais occupé la fonction de Premier ministre.

Le retour difficile à une place dominante (1996-2001)

Le retour d'un Premier ministre PLD, à savoir Ryūtarō Hashimoto à partir de , et bien qu'il soit resté pendant tout son mandat à la tête du gouvernement jusqu'en à la tête de la grande coalition, provoque le retour vers le PLD de parlementaires qui l'avaient quitté en 1994 pour protester contre l'accession d'un socialiste à la tête de l'État. Lors des élections législatives de 1996, malgré le nouveau système électoral mis en place en 1994 par la coalition anti-PLD afin de limiter la domination électorale du parti jugée favorisée par l'ancien mode de scrutin ( vote unique non transférable dans le cadre de circonscriptions territoriales, le nouveau système combinant une partie de scrutin uninominal majoritaire à un tour dans 300 circonscriptions et 200 élus à la proportionnelle de listes dans 11 grands blocs législatifs correspondant plus ou moins aux régions du Japon), le PLD remporte un succès tout en ne regagnant pas encore la majorité absolue à lui seul, avec 239 sièges (soit 16 de plus par rapport aux élections de 1993 et 28 de plus par rapport à la chambre sortante) sur 500, 38,63 % des suffrages obtenus dans les votes de circonscription et 32,76 % à la proportionnelle. Il domine alors largement la Grande coalition, puisque le PSJ, qui souffre alors de nombreuses défections et change son nom en Parti social-démocrate, tombe alors de 55 élus en 1993 (mais déjà plus que 30 à la veille des élections de 1996) à 15 députés, et que le Nouveau Parti pionnier, ayant connu lui aussi son lot de dissidence notamment en direction du tout nouveau Parti démocrate du Japon, tombe lui de 13 représentants en 1996 (et plus que 9 en ) à 2 sièges seulement. De plus, le lent délitement du Shinseitō entre 1996 et 1997, laisse le PLD pratiquement sans opposition jusqu'en 1998 et surtout provoque le ralliement continu d'anciens du PLD retournant dans leur famille politique d'origine, si bien que le parti finit par retrouver progressivement à lui-seul la majorité absolue entre 1996 et 2001, son groupe atteignant 271 membres sur 500 à la veille des élections de 2000.

Néanmoins, le retour à une mauvaise situation économique à la suite de la crise asiatique de 1997 rend le gouvernement Hashimoto plutôt impopulaire et le PLD réalise un très mauvais score à la Chambre des conseillers aux élections de 1998 puisque son groupe au sein de cette assemblée passe de 110 à 106 élus sur 252. À la suite de ce semi-échec, la Grande coalition éclate et Hashimoto doit démissionner. Il est remplacé par Keizō Obuchi, qui forme cette fois une coalition de droite unissant, sur un programme de réforme de l'État et de diminution du poids de l'administration, le PLD au Parti libéral, tout juste formé sur les décombres de l'ancien Shinshintō par le libéral Ichirō Ozawa, et vite rejoint par le parti centriste confessionnel, ressuscité après avoir participé lui aussi au Shinshintō, du Nouveau Kōmeitō. Les élections de 1998 démontrent également l'apparition d'un nouveau mouvement, le Parti démocrate du Japon qui, fort désormais de 95 représentants et de 47 conseillers, commence à constituer une opposition certes encore limitée mais qui ne cessera par la suite de se renforcer.

Ainsi, aux élections législatives de 2000 puis de 2003, le PLD chute ou bien stagne, tout en bénéficiant à chaque fois de plusieurs ralliements qui lui permettent de regagner la majorité absolue en cours de législature (le nombre d'élus passe de 239 sur 500 en 1996 à 271 à la fin de la législature, puis chute à 233 sur 480 aux élections de 2000 et remonte à la fin de cette législature en 2003 à 247 avant de tomber à nouveau à 237 à la suite du scrutin de 2003), tandis que le PDJ ne cesse de croître (de 95 élus à sa création en 1998, il passe à 127 élus sur 480 en 2000, puis à 137 à la fin de la législature et enfin à 177 à la suite du scrutin de 2003, réussissant même alors à battre le PLD pour la partie de l'élection se déroulant à la proportionnelle). De plus, le Parti libéral se sépare en deux en 2000 entre 18 députés favorables au maintien de l'alliance avec le PLD et qui forment le Parti conservateur (devenu en 2002 le Nouveau Parti conservateur avant de se fondre dans le PLD à la suite des élections de 2003), et 18 autres, fidèles d' Ichirō Ozawa, qui restent au sein du Parti libéral et rejoignent l'opposition (ils se fondront dans le PDJ avant les élections de 2003). Ainsi, à la suite des élections de 2000, le nouveau Premier ministre Yoshirō Mori dispose d'une majorité beaucoup plus faible que ce dont il pouvait disposer auparavant (271 députés sur 480, le PLD chutant donc de 271 à 233 sièges, mais ses deux alliés perdant également alors des sièges, le Nouveau Kōmeitō passant de 42 à 31 élus et le Parti conservateur de 18 à 7 représentants).

Le renouveau : Jun'ichirō Koizumi (2001-2006)

L'arrivée au pouvoir en 2001 du réformateur libéral Jun'ichirō Koizumi marque un tournant considérable dans l'histoire du PLD, en allant à contre-courant de sa direction habituelle. Particulièrement charismatique et au style personnel tranchant avec celui de ses prédécesseurs (notamment par son utilisation massive des médias comme moyen de communication), il se rend vite populaire et réussit à gouverner en se libérant du poids des factions internes au parti. Il met également en place une politique résolument libérale de démantèlement des vestiges de l' État-providence japonais (avec surtout les privatisations en 2005 de la Japan Highway Public Corporation et de la Japan Post, mais aussi la réforme bancaire, la loi de décentralisation de 2003 ou la loi de fusion des municipalités de 2004 visant à réduire le nombre de ces dernières, notamment en zone rurale).

Les élections législatives de 2005 sont l'apogée de sa politique de réforme en profondeur du PLD et du Japon : ayant dissout la Chambre des représentants à la suite du rejet par la Chambre des conseillers de son projet de privatisation de la poste japonaise (projet qui a entraîné l'entrée dans l'opposition de nombreux représentants de la vieille garde du parti, les « rebelles postaux » comme Shizuka Kamei), Koizumi transforme ces élections anticipées en un véritable plébiscite de sa politique de réforme et l'utilise pour moderniser le PLD. En effet, profitant des nombreuses défections des « rebelles postaux », il leur oppose de jeunes hommes et femmes récemment entrés en politique et qui lui sont entièrement dévoués (surnommés les « assassins »). C'est alors un franc succès : le parti de Koizumi réussit, pour la première fois depuis 1993, à obtenir la majorité absolue à lui seul lors d'une élection législative, avec 296 représentants sur 480, réunissant 47,77 % des suffrages dans les circonscriptions uninominales et 38,18 % à la proportionnelle. Il s'agit du plus important résultat électoral obtenu par le PLD depuis 1960.

Un parti à la recherche d'un leadership (2006-2009)

Popularité des partis politiques d'avril 2005 à août 2009 (NHK Broadcasting Culture Research Institute) :
     PLD
      PDJ
      Kōmeitō
      PCJ
      PSD
     Divers
     Indépendants
Popularité des partis politiques depuis août 2009 (NHK Broadcasting Culture Research Institute) :
     PLD
      PDJ
      Kōmeitō
      PCJ
      PSD
     Divers
     Indépendants

Mais, à la suite du retrait (annoncé en 2005) de Jun'ichirō Koizumi en septembre 2006, se pose alors la question de sa succession. En effet, trois Premiers ministres se succèdent alors en trois ans ( Shinzō Abe de 2006 à 2007, Yasuo Fukuda de 2007 à 2008 et Tarō Asō de 2008 à 2009). Touché à nouveau par des scandales à répétition (non plus politico-financiers, mais plutôt de gestion, comme celui de la perte de plusieurs milliers de dossiers de retraites en 2007 ou encore la collision d'un navire de guerre avec un bateau de pêche en 2008) tandis que le Japon rentre à nouveau dans une période de crise économique à quoi s'ajoute un creusement du fossé social, le PLD et ses dirigeants atteignent des sommets d'impopularité.

C'est dans ce contexte que, pour la première fois de son histoire, le PLD perd sa place de premier parti du Japon lors d'un scrutin parlementaire : il n'obtient ainsi que 28,1 % des suffrages et 37 sièges sur les 121 qui étaient renouvelés lors des élections de la Chambre des conseillers en 2007, soit nettement moins que les 39,5 % et 60 élus du PDJ. Ainsi, le PLD ne dispose plus que de 83 sièges sur 242 à la chambre haute du parlement, et les 20 conseillers de son traditionnel allié du Nouveau Kōmeitō ne lui permettent pas d'atteindre la majorité absolue. En revanche, celle-ci est détenue par les 109 élus du PDJ et ses alliés de l'opposition non-communistes. Cette défaite est confirmée deux ans plus tard avec la perte de l'autre partie de la Diète, la Chambre des représentants, lors des élections législatives du . Le PLD y réalise le plus mauvais score de toute son histoire : avec 38,68 % des suffrages exprimés au scrutin majoritaire et 26,73 % à la proportionnelle, contre respectivement 47,43 % et 42,41 % au PDJ, le parti perd 155 circonscriptions et en tout 177 sièges pour n'obtenir que 109 députés sur 480. Les démocrates obtiennent à eux seuls la majorité absolue, avec 308 élus.

Principal parti d'opposition (2009-2012)

Élu président du parti le , Sadakazu Tanigaki est seulement le deuxième chef de l'opposition de l'histoire du PLD (après Yōhei Kōno). Sa manière de mener le parti est vite contestée au sein de son propre parti. Plusieurs voix s'éleve pour lui reprocher de ne pas assez mettre à profit les difficultés du gouvernement (notamment les affaires de financement politique touchant le Premier ministre Yukio Hatoyama et le secrétaire général Ichirō Ozawa) et la baisse de ce dernier dans les sondages pour renforcer la position du PLD qui reste à un niveau de popularité relativement bas, de ne pas être assez offensif dans les débats parlementaires (critiques formulées notamment par trois anciens ministres de Tarō Asō : Kunio Hatoyama, Kaoru Yosano et le populaire Yōichi Masuzoe) et de ne pas aller assez vite dans la modernisation du parti (appelée tout particulièrement par ses deux adversaires de l'élection à la présidence, Tarō Kōno et Yasutoshi Nishimura).

Cela se traduit par de nombreuses dissidences. En , trois membres de la Chambre des conseillers quittent le parti pour siéger comme indépendants : Kōtarō Tamura de la préfecture de Tottori le (il rejoint finalement le PDJ le , un changement de camp d'autant plus préoccupant pour le PLD qu'il fait partie des conseillers dont le mandat doit être renouvelé lors de l'élection de ), Tamon Hasegawa de celle d'Ibaraki le et Toshio Yamauchi de Kagawa le (cette défection-ci est toutefois perçue comme un « échange » avec le petit parti du Club Kaikaku, un allié jusque là du PLD, auquel Yamauchi, qui a d'ores et déjà annoncé qu'il ne se représentait pas au scrutin de [4], adhère le , tandis que six jours plus tard l'un des membres du Club, Shinpei Matsushita, rejoint le principal parti d'opposition afin d'obtenir son investiture dans la préfecture de Miyazaki aux prochaines élections) [5].

Mais les dissidences les plus inquiétantes pour le PLD interviennent au printemps 2010. Ainsi, Kunio Hatoyama démissionne à son tour officiellement le [6]. Il est suivi par Kaoru Yosano et le secrétaire général délégué du parti Hiroyuki Sonoda le (après l'avoir annoncé le ) [7], puis le lendemain par le conseiller et ancien ministre des Transports (de 1997 à 1998) Takao Fujii [8] et un autre membre de la Chambre haute, Yoshio Nakagawa. Ces quatre derniers fondent le avec un « rebelle postal » de 2005, le député Takeo Hiranuma, et le gouverneur de Tokyo Shintarō Ishihara, connus pour leurs positions conservatrices et nationalistes, un nouveau parti inscrit dans l'opposition au PDJ, baptisé Tachiagare Nippon (たちあがれ日本 ?, littéralement « Debout, Japon ») ou officiellement traduit en anglais par Sunrise Party of Japan (SPJ) [9]. Trois anciens membres de la Diète et ministres de Koizumi, toujours membres jusque là du PLD ( Toranosuke Katayama, Nariaki Nakayama et Taizō Sugimura), ainsi que la conseillère Taizō Sugimura rejoignent ce nouveau parti en mai et . Enfin, Yōichi Masuzoe, qui mène dans les sondages comme l'homme politique préféré pour devenir le prochain Premier ministre (un sondage du Yomiuri shinbun lui donne un taux de 27 % [10]), et le conseiller Tetsurō Yano quittent à leur tour le PLD le [11]. Ils rejoignent le Club Kaikaku, Masuzoe en prend la présidence, le transforme en Nouveau Parti de la réforme et le fait sortir de sa relation exclusive avec le PLD (il quitte notamment le groupe parlementaire commun qu'il partageait avec ce dernier).

Afin de contrer cette hémorragie, Sadakazu Tanigaki s'appuie sur un certain nombre de quadragénaires et quinquagénaires arrivés sur le devant de la scène politique durant l'ère Koizumi (surtout Nobuteru Ishihara, devenu secrétaire général le , mais aussi Shigeru Ishiba ou Yuriko Koike) et organise le parti en réelle force d'opposition. Il le dote d'instances prises sur le modèle du système de Westminster en créant le un cabinet fantôme, la «  Commission de renforcement de l'administration » (政権力委員会, Seiken ryoku iinkai ?) ou Next Japan (ネクスト・ジャパン, Nekusuto Japan ?), avec pour but d'exposer dans chaque secteur les positions et propositions du parti à destination des médias, de la population ainsi que de la majorité et de participer au processus de réforme et de modernisation du parti, en tentant de préparer notamment un renouvellement générationnel [12]. Il le remplace le suivant par un Shadow Cabinet plus proche de son homonyme britannique, avec un titulaire pour chaque poste ministériel du gouvernement officiel.

Les élections à la Chambre haute du , lors desquelles le parti réalise une bonne performance sans détrôner le PDJ comme premier parti ni en voix ni en siège, entraîne la perte de la majorité absolue à la Chambre des conseillers par la majorité au pouvoir. Sadakazu Tanigaki s'appuie sur cette situation pour faire pression sur le gouvernement, y faisant voter régulièrement des motions de censure non contraignantes contre certains ministres, poussant les Premiers ministres démocrates à remanier régulièrement leurs administrations. Et s'il fait voter certains textes de la majorité, c'est pour mieux obtenir des concessions de cette dernière. Ainsi, s'il soutient les mesures de reconstruction et d'urgences à la suite du séisme de la côte Pacifique du Tōhoku du et à ses conséquences (tsunami, accident nucléaire de Fukushima), il fait en contrepartie renoncer le PDJ à certaines de ses promesses de campagne de 2009 (comme l'augmentation de l'aide à l'éducation des enfants ou la gratuité des péages autoroutiers), et pousse le Premier ministre Naoto Kan à la démission [13]. De même, l'année suivante, il aide le gouvernement de Yoshihiko Noda à faire passer sa réforme fiscale et de la sécurité sociale, qui prévoit surtout une augmentation de la taxe sur la consommation, projet également défendu par le PLD, en échange de la promesse obtenue de Noda de convoquer des élections législatives anticipées (sans pour autant donner de date).

Les candidats à l'élection présidentielle du PLD à Nagano le . De g. à dr. : Yoshimasa Hayashi, Nobuteru Ishihara, Nobutaka Machimura, Shigeru Ishiba et Shinzō Abe

Alors que le terme du mandat de trois ans de Sadakazu Tanigaki à la tête du PLD, fixé au , approche, de plus en plus de voix au sein du parti s'élèvent contre sa réélection, mettant en avant la volonté d'un renouvellement générationnel ou lui reprochant de n'avoir pas réussi à obtenir de Yoshihiko Noda une date précise pour la dissolution de la Chambre des représentants ni d'avoir créé un réel rebond du mouvement dans l'opinion publique. De nombreuses figures qui jusque-là avaient montré un certain soutien à sa candidature, finissent par le désavouer à partir du début du mois de  : Yoshirō Mori [14], Nobuteru Ishihara ou le chef de sa propre faction, Makoto Koga, avec qui il a toujours eu néanmoins des relations difficiles, semblent le désavouer un à un [15]. Finalement, Sadakazu Tanigaki annonce le qu'il renonce à se présenter pour un deuxième mandat à la tête du PLD. S'il reconnaît que : « Nous sommes juste à un pas de retrouver le contrôle du gouvernement et je souhaitais fortement le faire de mes propres mains », il affirme dans le même temps : « Je ne pense pas que ce soit bon que deux membres exécutifs [du parti] s'affrontent », laissant ainsi le champ libre à Nobuteru Ishihara [16] qui annonce officiellement sa candidature dès le lendemain [17].

Le , à la suite d'une campagne ayant essentiellement tourné sur les questions de politique étrangère dans un contexte de fortes tensions avec les voisins du Japon sur des différents territoriaux, surtout avec la Chine sur les îles Senkaku à la suite du rachat par le gouvernement japonais de l'une d'entre elles ou avec la Corée du Sud sur les rochers Liancourt, Shinzō Abe est élu pour la deuxième fois de sa carrière politique président du PLD. Ayant conservé sa position de « faucon », sa défense de la révision de l'aspect pacifiste de la Constitution japonaise et sa tendance nationaliste, il a notamment avant le scrutin remis en question l'existence des femmes de réconfort, proposé de revenir sur la déclaration faite le par Tomiichi Murayama qui formulait des excuses pour les crimes de guerre du Japon Shōwa et appelé à ce que le Japon défende fermement ses positions concernant les territoires contestés. Il est de plus le candidat qui a le plus appelé à une alliance avec un parti récemment créé et connaissant un certain succès dans l'opinion publique, la populiste Association pour la restauration du Japon du maire d' Osaka Tōru Hashimoto. Shinzō Abe l'a emporté au deuxième tour de scrutin face à un autre « faucon » et spécialiste des questions de sécurité au sein du PLD, l'ancien ministre de la Défense Shigeru Ishiba, qui était le favori des militants et sympathisants d'après les sondages [2]. Ce dernier est ainsi arrivé en tête du premier tour, avec 199 votes (dont 165 des 300 alloués au vote des membres des fédérations préfectorales et 34 des 197 parlementaires qui se sont exprimés) contre 141 à Abe (54 membres de la Diète et 87 délégués des militants), 96 à Nobuteru Ishihara (il arrive en tête du vote des parlementaires en rassemblant sur son vote 58 d'entre eux, mais ne gagne que 38 votes de militants), 34 à Nobutaka Machimura (27 parlementaires et 7 représentants de la base) et 27 à Yoshimasa Hayashi (24 parlementaires et 3 votes militants). Au second tour, ouvert aux seuls élus de la Diète, Shinzō Abe a obtenu 108 votes contre 89 à Shigeru Ishiba. Ce dernier est nommé le lendemain du scrutin secrétaire général et numéro deux du parti.

Une nouvelle majorité PLD (2012-)

Lors des élections législatives du , le PDJ, devenu très impopulaire, subit une défaite sévère, retombant à seulement 57 sièges. Cela se traduit en contrepartie par une importante victoire en nombre de sièges du PLD, qui obtient à lui seul la majorité absolue pour atteindre les 294 élus. Le vote majoritaire explique tout particulièrement cette victoire, avec 237 des 300 circonscriptions gagnées. Par contre, à la proportionnelle, le parti n'obtient que deux sièges de plus qu'en 2009, soit 57 sur les 180 à pourvoir. Les 31 élus du Nouveau Kōmeitō (retrouvant 9 circonscriptions au vote majoritaire alors qu'il les avait toutes perdues en 2009, il n'obtient qu'un député de plus à la proportionnelle) permettent à la coalition de centre-droit, avec 325 représentants, de dépasser le seuil des 2/3 des membres de la chambre basse (soit 320 membres sur 480) nécessaires pour faire passer des textes même en cas d'avis contraire de la Chambre des conseillers, où il n'y a toujours pas de majorité. Le nombre de députés est vite porté à 295 à partir du , avec le retour de Kunio Hatoyama.

La forte abstention (avec 40,68 % d'électeurs ne s'étant pas déplacés pour voter, il s'agit du record depuis 1945), de dix points supérieure à celle de 2009 [18], est analysée par les médias et analystes politiques comme le signe d'un vote sanction du PDJ sans espoir réel suscité néanmoins par les libéraux-démocrates. Takeshi Sasaki, professeur de sciences politiques à l' université Gakushūin, déclare, par exemple : « Les électeurs ne se sont pas portés sur un nouveau choix, mais ont voulu punir le PDJ ». Il ajoute de plus que le victoire du PLD « ne signifie pas que les électeurs portent les mesures défendues par le parti en haute considération. Ce serait une erreur d'interpréter le résultat de cette manière. » Les cadres de la nouvelle majorité, y compris Abe, reconnaissent eux-mêmes cet état de fait au cours de la soirée électorale. Lors d'une apparition à la télévision, ce dernier a ainsi admis que les Japonais ne lui avait pas donné une approbation à « cent pour cent », mais qu'ils voulaient plutôt « mettre fin à trois années de chaos ». Il ajoute de plus : « À moins de satisfaire les attentes des électeurs, leur soutien à notre égard disparaîtra. Avec ça en tête, nous devons garder un sens de tension [dans la gestion du gouvernement] » [19].

Other Languages
Bahasa Indonesia: Partai Demokratik Liberal
srpskohrvatski / српскохрватски: Liberalna demokratska partija (Japan)
татарча/tatarça: Liberal-demokratik firqä (Yaponiä)