Parlement d'Irlande

Cet article traite du corps législatif aboli en 1800. Pour le parlement actuel, voir Oireachtas
Façade du Parlement d’Irlande, à Dublin. De nos jours, le bâtiment abrite une agence de la Banque d’Irlande.

Le Parlement d’Irlande était le corps législatif qui exista du Moyen Âge jusqu'en 1800. Il comprenait le roi d’Irlande et deux chambres : la Chambre des communes et la Chambre des lords. La Chambre des lords était composée de membres de la pairie d'Irlande, tandis que les députés des Communes étaient élus au suffrage direct, mais par un corps électoral très restreint.

Au cours des siècles, le Parlement irlandais se réunit dans divers lieux à l’intérieur ou à l’extérieur de Dublin. Castledermot, dans le comté de Kildare, est le premier lieu dont la date de la réunion, le , quelques mois avant le Parlement d'Angleterre, soit assurée. Parmi les lieux de réunions célèbres, on compte le château de Dublin, Bluecoat School, Chichester House et la Chambre du Parlement irlandais, sa demeure définitive, à College Green.

Débuts

Le Parlement d'Irlande fut fondé originellement au e siècle pour représenter la population irlandaise et anglo-normande de la seigneurie d'Irlande. Mais comme la plupart des Irlandais gaéliques refusait de prêter allégeance à la Couronne, de respecter l'autorité du seigneur ou de reconnaître le droit coutumier, ils étaient officiellement considérés comme hors-la-loi et n'avaient le droit ni de voter, ni de se présenter aux élections. Cependant, au e et au e siècles, la diminution du nombre des fidèles à la Couronne, la puissance grandissante des dynasties terriennes et l'incapacité croissante de faire appliquer les décisions de justice réduisirent la présence de la Couronne en Irlande. De ce fait, un grand nombre de nobles anglo-irlandais rejoignit la noblesse gaélique indépendante en affirmant leur indépendance féodale. Par la suite, le pouvoir de la Couronne se réduisit à une petite enclave fortifiée autour de Dublin appelée Le Pale. Le Parlement devint, par la suite, essentiellement le lieu de discussion de la communauté du Pale jusqu'au e siècle. Incapables d'appliquer et d'exercer l'autorité du Parlement ou le gouvernement de la Couronne au-delà de leurs environs, et subissant de plus en plus fréquemment les raids des Irlandais gaéliques et des nobles anglo-irlandais indépendants, les habitants du Pale encouragèrent eux-mêmes les rois d'Angleterre à jouer un rôle plus actif dans les affaires de l'Irlande. La distance géographique, le manque d'intérêt de la Couronne et la puissance grandissante de l'Irlande gaélique réduisirent le Parlement d'Irlande à un rôle de figurant. Aussi, de plus en plus inquiet de se retrouver peu à peu sous l'influence des puissants propriétaires fonciers, comme le comte de Kildare, à adopter des lois favorables aux différentes factions du pays, le Parlement encouragea en 1494 l'adoption de la loi de Poyning, qui le subordonnait à la loi anglaise.

La Leinster House à Dublin

Le rôle du Parlement évolua après 1541, quand Henri VIII proclama le royaume d'Irlande et lança la reconquête de l'Irlande. Bien que, dans tout le reste de l' Europe, la tendance fût à la centralisation des pouvoirs royaux et à l'affaiblissement de la puissance féodale, Henry VIII annula d'anciennes décisions de justice qui avaient prononcé la déchéance de familles ou de terres, et il reconnut les privilèges de la noblesse gaélique, étendant de ce fait l'autorité de droit de la Couronne. En échange de leur reconnaissance de l'autorité de la Couronne dans le nouveau royaume d' Irlande, les lords anglo-irlandais gaéliques virent leur position légalisée et furent autorisés à participer au Parlement d'Irlande comme des égaux, bien que la plupart des parlementaires fût toujours de descendance anglaise. Cependant, la Réforme anglaise introduite par les monarques Tudor changea la nature de la politique irlandaise, car la plus grande partie de la population de ce pays demeurait fidèle au Catholicisme. Nombre de députés irlandais entrèrent en conflit au Parlement avec les autorités de la Couronne au sujet de l'introduction du Protestantisme comme religion d'État et des nouvelles taxes destinées à financer la pacification du pays. Pour ces raisons, en 1613-1615, les circonscriptions électorales furent modifiées, afin de permettre l'élection de représentants des colons protestants anglais et écossais au Parlement. Ces circonscriptions nouvelles, en conjonction avec les partisans de la royauté déjà présents au Parlement, donnèrent une majorité parlementaire aux loyalistes. Bien que les Catholiques ne reconnussent pas l'autorité du roi sur l'Église en Irlande, tout en acceptant celle du pape dans les affaires temporelles, ils ne furent pas exclus du corps électoral. Cependant, à la suite du soulèvement général des catholiques irlandais lors de la rébellion irlandaise de 1641, qui vit le massacre d'une grande partie des populations anglaises et écossaises et de sauvages représailles menées par les loyalistes en retour, les Catholiques perdirent le droit de voter ou de siéger au Parlement par l'Acte d'établissement cromwellien de 1652. Ils ne récupérèrent jamais complètement ces droits, durant la période d'existence de ce Parlement.

Cependant, après la mort de Cromwell et la fin du Protectorat, les Stuarts retrouvèrent leur trône, mettant ainsi fin aux diverses divisions sectaires du royaume. Ainsi, durant le règne de Jacques II d'Angleterre, qui s'était d'abord secrètement, puis bientôt publiquement, converti au catholicisme, les Catholiques irlandais recouvrèrent brièvement leur position prééminente, puisque la Couronne favorisait leur communauté. Quand Jacques fut renversé en Angleterre, il se tourna vers ses partisans catholiques du Parlement d'Irlande. En échange de son soutien lors de la guerre orangiste d'Irlande (1688-1691), le Parlement, dominé par les Catholiques irlandais, força Jacques II à ratifier des lois lui accordant son autonomie législative et restituant les terres confisquées aux Catholiques lors de la conquête cromwellienne de l'Irlande. Mais les jacobites furent vaincus, et, sous l'autorité de Guillaume III d'Angleterre, les Protestants retrouvèrent leurs positions privilégiées au sein de la société irlandaise, tandis qu'un nombre important de nobles et de chefs catholiques au Parlement étaient contraints de s'exiler. Ayant montré leur soutien au catholicisme absolu en reconnaissant et en aidant Jacques II pendant la guerre, les Irlandais durent affronter la législation discriminatoire des Lois pénales, votées par un Parlement majoritairement loyaliste et protestant.

Néanmoins, les Catholiques irlandais n'étaient pas encore exclus du jeu politique. Avant 1728, les Catholiques irlandais votaient aux élections à la Chambre des communes et disposaient toujours de sièges à la Chambre des lords. Toutefois, cette année-là, un nouveau soulèvement jacobite contre le trône protestant eut lieu et aboutit à leur interdiction de voter comme d'être représentés. Les partisans de l'Église d'Irlande virent également leurs droits limités. Les Protestants qui n'avaient pas reconnu l' Église anglicane furent également victimes d'une discrimination légale. Les « Non-conformistes », qu'il s'agît des Presbytériens, des Congrégationalistes ou des quakers, avaient un statut inférieur au Parlement : après 1707, ils pouvaient y siéger, mais non exercer une fonction publique. Ainsi, le nouveau système favorisait une nouvelle élite anglicane dans les institutions de l'Église comme dans celles de l'État.

À partir de 1728, ce qui restait de la noblesse appartenait fermement au camp de la Couronne, qu'il s'agît de protestants ou de catholiques loyalistes. Les classes supérieures avaient abandonné la plupart de leurs traditions gaéliques et adopté les valeurs aristocratiques franco-anglaises, qui dominaient dans la plupart de l'Europe. Une grande partie des anciens domaines féodaux des premiers magnats anglo-irlandais et irlandais gaéliques avaient été démembrés et donnés à des soldats irlandais loyalistes, ainsi qu'à des colons protestants anglais et écossais. Longtemps sous la domination de jure des grands propriétaires fonciers, la paysannerie irlandaise, beaucoup plus importante, avait réussi jusque-là à se créer une relative indépendance grâce à la situation plutôt anarchique et sectaire du pays. Mais, à partir de cette époque, la noblesse et la gentry loyaliste nouvellement établie purent exercer leurs droits et privilèges avec plus de vigueur, et, disposant d'une législation pénale, purent forcer la soumission de la classe paysanne très majoritairement catholique ou nonconformiste. Tout comme en Angleterre, au Pays de Galles et en Écosse, le droit de représentation était limité à la classe possédante, favorisant la gentry terrienne. Avec une noblesse effectivement sous le contrôle de la Couronne, le suffrage restreint aux seuls Protestants, et les titulaires de charges en général anglicans, le Parlement d'Irlande était redevenu l'apanage de l'élite anglo-irlandaise, plus précisément de l'élite protestante anglicane. Finalement, l'incapacité, et souvent la connivence, du Parlement d'Irlande lors des années de guerres civiles, son soutien constant aux diverses expéditions étrangères dirigées contre l'Angleterre convainquirent le Pouvoir anglican de remettre peu à peu les pouvoirs du Parlement d'Irlande entre les mains du Parlement britannique de Londres.

Paradoxalement, ces efforts pour faire des Anglicans la classe privilégiée et pour soumettre le Parlement d'Irlande au Parlement anglais, essentiellement anglican, contribuèrent à favoriser les intérêts des réseaux situés principalement en Angleterre et à Londres. À cause de sa subordination à l'Angleterre, le Parlement d'Irlande se montra souvent incapable de protéger les intérêts économiques et commerciaux irlandais, affaiblissant gravement l'économie du pays, et mettant la classe moyenne, essentiellement protestante, dans une situation difficile. Le résultat fut un lent, mais continu, exode des familles anglo-irlandaises, irlando-écossaises et irlandaises protestantes vers les colonies, principalement en Amérique du Nord. Ainsi, ironiquement, ce furent les efforts faits par les différents Parlements anglais et irlandais, pour établir la primauté des Anglicans en Irlande qui lentement compromirent leur situation.

Cependant, le Parlement anglo-irlandais sut faire preuve à plusieurs reprises d'indépendance par rapport à Londres. Au début du e siècle, il fit pression avec succès pour que le Parlement fût appelé tous les deux ans, et non selon le caprice du monarque, puis, quelque temps après, il se déclara lui-même en session permanente, imitant en cela les développements du Parlement de Grande-Bretagne. Quand il parut évident que les effets produits par l'assujettissement du Parlement irlandais au contrôle du Parlement anglais étaient néfastes à l'économie du pays, le Parlement d'Irlande fit machine arrière, et commença à réclamer des pouvoirs plus étendus. Par ailleurs, les ministères suivants se mirent à plaider ardemment en faveur de meilleures conditions de commerce avec les Britanniques, ce qui finit par devenir un motif du soutien aux colonies américaines à la fin du e siècle.