Pépin le Bref

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Pépin le Bref
Pépin le Bref couronné par le pape Étienne II tandis que Childéric III est déposé. Grandes Chroniques de France. Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris).
Pépin le Bref couronné par le pape Étienne II tandis que Childéric III est déposé. Grandes Chroniques de France. Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris).
Titre
Roi des Francs
Couronnement 1re fois
2e fois par le pape Étienne II
Prédécesseur Childéric III
Successeur Charlemagne
Carloman Carloman Ier jusqu'en 771
Maire du palais de Neustrie
Maire du Palais d'Austrasie
Prédécesseur Charles Martel
Successeur disparition de la fonction
Biographie
Titre complet Maire du palais de Neustrie ( 741- 751)
Roi des Francs ( 751- 768)
Dynastie Carolingiens
Date de naissance
Lieu de naissance Inconnu (aucune source fiable). Pour certains, il serait né à Jupille (Belgique), pour d'autres à Quierzy-sur-Oise ou à Laon (France).
Date de décès
Lieu de décès Saint-Denis ( France)
Père Charles Martel
Mère Rotrude
Conjoint Bertrade de Laon dite « Berthe au grand pied »
Enfants Charlemagne Red crown.png
Carloman Carloman Ier Red crown.png
Gisèle
Pépin
Berthe
Rothaïde
Adélaïde

Pépin III, dit le Bref, né en 714 [1] à Jupille, près de Liège (Belgique), et mort le [2] à Saint-Denis, près de Paris, est roi des Francs de 751 à 768. Issu de la famille noble franque que l'on appellera les Pépinides, maires du palais de père en fils et véritables détenteurs du pouvoir sous les derniers Mérovingiens, il sera le premier maire du palais à être proclamé roi, créant ainsi une nouvelle dynastie, les Carolingiens. Il est le fils de Charles Martel et le père de Charlemagne.

Biographie

Il est le fils cadet de Charles Martel et de Rotrude.

Il semblerait que son surnom, apparu assez tard dans l'historiographie, soit dû à sa petite taille, « bref » signifiant « court » à l'époque [3].

Toutefois, une interprétation plus récente affirme que Pépin le Bref ne s'appelait pas ainsi parce qu'il était petit, mais d'une part parce qu'il s'est agi d'une erreur de traduction de Pépin Minor (« le Jeune », « le Cadet »), et d'autre part parce que c'était un homme « taiseux », animé d'un grand esprit de synthèse : dans les assemblées qu'il présidait, il écoutait attentivement les uns et les autres, et à la fin il prenait la parole pour faire une synthèse et conclure en peu de phrases [[réf. souhaitée].

Maire du palais avec Carloman

Le partage de l'héritage de Charles Martel

En cette période de décadence de la dynastie mérovingienne, les rois légitimes n'ont plus aucune autorité : les vrais dirigeants de l'État sont les maires du palais, en particulier lorsqu'il s'agit d'hommes énergiques, comme Charles Martel.

À sa mort, en 741, sa charge de maire du palais est partagée, selon la tradition franque, entre ses deux fils. L'aîné Carloman, devient maire du palais d' Austrasie et obtient l' Alémanie et la Thuringe, Pépin devient maire du palais de Neustrie et garde la Provence et la Bourgogne. Griffon, le troisième fils de Charles Martel, né de Swanahilde, une épouse bavaroise de second rang, n'obtient que quelques comtés [4]. Pépin et Carloman font enfermer Griffon au château de Chèvremont, près de Liège [5]. En 742, les deux frères redéfinissent à Vieux-Poitiers leurs parts respectives et remettent en question les limites traditionnelles des royaumes francs [6].

Pépin et Carloman luttent tout d'abord pour ramener la stabilité aux marges du royaume. Ils doivent faire face à des velléités d'autonomie sinon d'indépendance des Aquitains alliés aux Vascons, des Bavarois et des Alamans. Le duc de Bavière, Odilon, avait épousé malgré leur opposition leur sœur Hiltrude et s'était allié au duc d'Aquitaine Hunald Hunald Ier. Odilon, malgré l'aide des Saxons, est vaincu sur le Lech en 743. Carloman lui enlève le Nordgau, mais ne le prive pas de son duché. L'irlandais Virgile, nommé évêque de Salzbourg, s'occupe de surveiller les Bavarois. De son côté, Hunald Ier, vaincu en 742 et en 745, doit renoncer à son duché d'Aquitaine et de Vasconie et se retirer sur l' île de Ré. Il est remplacé par son fils Waïfre, qui donne encore du fil à retordre à Pépin. À l'est, l'aristocratie des Alamans est massacrée à Cannstatt sur le Neckar en 746. Leur duché est démembré et leur territoire confié à deux comtes francs, Warin et Ruthard.

Le soutien à la réforme de l'Église

Statue de Boniface ( Mayence).

Ils entament ensuite une réforme de l'Église, avec l'aide de l'évêque Boniface de Mayence [7]; ce dernier estimait en effet que le clergé était devenu incapable et débauché :

« Il m'est arrivé de trouver parmi les gens qu'ils appellent diacres des individus plongés dans la débauche, l'adultère et toutes sortes d'ordures depuis l'adolescence, et qui sont parvenus au diaconat, et qui, une fois diacres, ont quatre, cinq ou plusieurs concubines la nuit dans leur lit [...] [4] »

Les conciles, assemblées du clergé au cours desquelles étaient prises des décisions d'ordre disciplinaire ou théologique, n'étaient plus réunis depuis longtemps. D'autre part, l'Église franque se plaint d'avoir été spoliée par Charles Martel.

Des conciles sont organisés dès les premières années :

  • le premier à la demande de Carloman en avril 743, appelé concile germanique, a lieu en Austrasie dans un lieu non déterminé [8] ;
  • le second par Pépin, en mars 744 à Soissons [9] en Neustrie, où sont reprises les décisions adoptées lors du concile d'Austrasie.

Cette réforme met en place une nouvelle hiérarchie au sein du clergé franc, à la tête de laquelle on trouve Boniface (680-754), l'évangélisateur de la Germanie, comme dirigeant des différents évêques répartis dans différentes villes du royaume. Les prêtres indignes sont destitués. Pépin décide de restituer les terres accaparées par son père en précaire à la demande du roi selon la precaria verbo regis [10].

En outre, Pépin soutient les tentatives de saint Boniface pour évangéliser les Germains d'au-delà du Rhin, principalement dans l'espoir que la conversion des turbulents voisins du royaume franc permette de pacifier les frontières et d'en préparer l'annexion future. Dans le cadre de ce soutien, le siège épiscopal de Mayence est érigé en métropole de la nouvelle Église germanique, qui est ainsi rattachée dès sa naissance à l'Église franque [11].

La crise de 743

En 743, Pépin et Carloman libèrent le mérovingien Childéric III du monastère où il avait été enfermé par Charles Martel, et lui permettent d'occuper le trône dont leur père l'avait évincé. Son retour est motivé par la coalition formée par Griffon, le duc Odilon de Bavière, le duc d'Aquitaine Hunald Hunald Ier et celui d'Alémanie, Théodebald [4]. Ces derniers réagissent mal à l'élimination politique de Griffon (demi-frère de Pépin et Carloman) et contestent la légitimité des Pippinides. Après plusieurs campagnes militaires et le rétablissement de Childéric III, Pépin et Carloman trouvent le moyen de les calmer pendant un moment.

En 744, Pépin épouse [12] Bertrade de Laon traditionnellement appelée « Berthe au Grand Pied », fille de Caribert, comte de Laon. Elle lui donne plusieurs héritiers dont le futur empereur Charlemagne.

L'éviction du dernier mérovingien

En 747, son frère Carloman, choisissant la vie monastique en Italie (au monastère du Mont-Cassin), cède la mairie d'Austrasie à son fils Drogon sous la régence de Pépin [13]. Pépin écarte Drogon et devient alors le seul dirigeant effectif de tout le royaume franc. Dès lors, il va tout faire pour se débarrasser de Childéric III, le souverain mérovingien dont il dépend officiellement. D'ailleurs, son père, pour prouver l'inutilité des rois mérovingiens, avait laissé vacant le trône après la mort de Thierry IV en 737. Pendant les sept années qui suivirent, tous les documents officiels furent datés de 737.

En 749 ou 750, Pépin envoie une délégation franque [14] auprès du pape Zacharie, pour lui demander l'autorisation de mettre fin au règne décadent des Mérovingiens, et donc de prendre la couronne à la place de Childéric III. Le pape, qui ne peut plus compter sur l'empereur à Constantinople pour faire barrage aux Lombards et soucieux d'obtenir le soutien du royaume franc en lieu et place, accepte la requête de Pépin en déclarant que « celui qui exerce véritablement le pouvoir porte le titre de roi ». Notifiant son soutien envers le Pippinide, le souverain pontife promulgue une prescription apostolique « afin que l'ordre du monde ne fût pas troublé ».

Le Dernier des Mérovingiens selon Évariste-Vital Luminais (1822-1896). musée des Beaux-arts, Carcassonne.

En novembre 751, Pépin dépose Childéric III, puis se fait élire roi des Francs, au champ de mai à Soissons [15]. En se faisant acclamer par une assemblée d'évêques, de nobles et de leudes (grands du royaume), Pépin devient donc le premier représentant de la dynastie carolingienne. Cette élection se passe, pour une fois, sans effusion de sang. Après avoir été déposé, Childéric III est tonsuré (il perd les cheveux longs, signe de pouvoir chez les mérovingiens) et va finir ses jours, enfermé au monastère de Saint-Bertin, près de Saint-Omer [16].

Roi des Francs

Le sacre de 751

Mais si Pépin gagne le titre de roi des Francs par son pouvoir, il n'en a pas la légitimité, et cette rupture de la dynastie mérovingienne en appelle une nouvelle qui doit remplacer la succession naturelle de père en fils. Cette continuité est assurée par le sacre royal, continuité de l'onction symbolisant le baptême de Clovis Ier, premier roi franc mérovingien, et l'alliance particulière entre l'Église et le roi des Francs. Là, en novembre 751, à Soissons, après l’élection de Pépin par les Francs réunis, les évêques des Gaules le sacrent [17] au nom de la sainte Église catholique en lui donnant la sainte onction, marquant son front avec de l'huile sainte, le Saint-Chrême, pour lui transmettre l' Esprit Saint — comme cela se faisait déjà lors d'une cérémonie chez les rois wisigoths de Tolède ou comme l'onction des rois d'Israël dans la Bible [18]. Par cette onction, peut-être administrée par l'archevêque Boniface de Mayence, le roi des Francs est désormais investi par Dieu d'une mission de protection de l'Église. De plus, en détenant la force morale du droit divin, il a la charge de « diriger les peuples que Dieu lui confie » selon le dogme catholique, au nom de l'Église, et sous la direction du pape. Mais cette légitimité a un coût politique, celui de la fidélité à l'Église, et à celui qui la dirige, le pape Zacharie, qui, de Rome, donne son assentiment au changement de dynastie.

Le soutien à la papauté et la lutte contre les Lombards

La donation de Pépin au pape Étienne II (vue d'artiste, vitrail XIXe siècle).

Les conséquences de la querelle des images qui se poursuit avec l'empereur d'Orient, Constantin V, poussent la papauté à s'allier avec le roi des Francs. Le nouveau pape Étienne II — successeur de Zacharie, mort en 752 — vient, en personne, demander à Pépin son aide militaire contre les Lombards et leur roi Aistulf (aussi écrit Aistulphe ou Astolf), qui menacent Rome. En 753 Pépin le Bref envoie Chrodegang de Metz pour conduire dans le royaume des Francs le pape Étienne II. Le pape Étienne se résout à traverser les Alpes pour solliciter l'aide du roi des Francs (c'est la première fois qu'un pape entreprend pareil voyage), parce qu'il n'a pas d'autre choix. Le protecteur habituel de l'Église, l'empereur byzantin, qui règne à Constantinople sur l' empire romain d'Orient, est en mauvaise posture, et affirme ne pas être en mesure de secourir le pape. Le pape est si satisfait des services de Chrodegang qu'il lui accorde le pallium et le titre d'archevêque.

Le 6 janvier 754, au palais de Ponthion, au sud de la Champagne, le roi Pépin vient au-devant du pape Étienne II et avec déférence, prend la bride de son cheval, reproduisant de la sorte le geste d'allégeance de l'empereur Constantin le Grand à l'égard du pape Sylvestre Sylvestre Ier. À la suite de cet habile acte politique, Étienne II propose à Pépin une alliance par laquelle il confirmerait par un second sacre, fait par lui-même, la grâce divine sur le roi des Francs et sur ses fils. L'accord définitif se fait le 14 avril, jour de Pâques [19], à Quierzy, sur les bords de l' Oise, entre Chauny et Noyon. Le pape apporte son appui spirituel à Pépin, et ce dernier s'engage à offrir au Saint-Siège un domaine assez grand pour le mettre à l'abri de toute agression.

Un traité est signé, créant les États pontificaux. Il comprend une donation au pape et une contrepartie. La donation, connue sous le nom de donation de Quierzy, attribue au pape l' exarchat de Ravenne, la Corse, la Sardaigne et la Sicile. Mais l'exarchat de Ravenne appartenait à l' Empire romain d'Orient avant l'invasion des Lombards, et la reconquête par Pépin le Bref ; elle ne sera pas reconnue par l'empereur d'Orient et va créer un conflit avec Constantinople. En contrepartie, le pape reconnaît la dynastie carolingienne et approuve la relégation au couvent imposée au dernier roi mérovingien, Childéric III. Cette donation est confirmée en 774, à Rome, par Charlemagne, fils de Pépin.

Le sacre de 754 et la création des États pontificaux

Le dimanche 28 juillet 754, à l' abbaye royale de Saint-Denis, Étienne II en personne sacre une nouvelle fois Pépin. Il lui confère les titres de roi des Francs et de patrice des Romains (Patricius Romanorum). Les fils et héritiers de Pépin, Carloman Carloman Ier et Charlemagne, tous deux futurs rois, sont aussi sacrés par la même occasion. Leur mère, Bertrade de Laon, reçoit la bénédiction du souverain pontife. Le pape, par cet acte, établit un lien étroit, mais continu, entre l'onction faite aux rois de l' Ancien Testament et celle des rois de la nouvelle dynastie. Ce sacre marque officiellement la fin de la dynastie mérovingienne et l'avènement de la dynastie des Carolingiens au pouvoir.

En confirmant la royauté de Pépin le Bref sur les Francs et en lui conférant lui-même l'onction, le pape prend aussi ses distances avec l'empereur qui règne à Byzance. Le Saint-Siège s'en remet désormais pour sa sécurité aux souverains francs. C'est le début d'une longue collaboration, souvent orageuse, avec les Carolingiens et leurs lointains héritiers du Saint-Empire romain germanique. Une autre conséquence de ce sacre est que la légitimité du roi des Francs, désormais de droit divin, ne dépend plus exclusivement des seigneurs francs, électeurs de leur roi. Pépin se considère désormais d'abord roi par la volonté de Dieu et le principe de cette royauté de droit divin va durer en France sans interruption pendant onze cent ans (voir à ce sujet la théorie développée dans L'état social de la France).

À compter de son sacre, Pépin ne peut plus repousser la demande du pape. Nouveau «  David » et premier roi « très chrétien », « par la grâce de Dieu », il a le devoir — en tant que « fils aîné de l'Église », prenant la défense de sa « Sainte Mère » — de rompre l'alliance qui le lie aux Lombards. L'envoi d'une délégation auprès des Lombards, le 14 octobre 754, ne suffit pas à calmer leurs revendications. Aussi, en 755, Pépin lance-t-il contre eux une première expédition victorieuse. Mais l'année suivante, les Lombards assiègent Rome. De 756 à 758, Pépin doit lancer trois campagnes (couronnées de succès) pour parvenir à les repousser hors de l' exarchat de Ravenne.

À l'issue de ces expéditions, Pépin le Bref confie au pape les territoires conquis, soit vingt-deux villes de l' Italie centrale, dont Ravenne, Pérouse et les provinces d' Émilie et de la Pentapole qui viennent s'ajouter à Rome. Cet ensemble va former le noyau des États pontificaux (voir l'article connexe la donation de Pépin). Néanmoins, après cette victoire, il multiplie les efforts diplomatiques pour tenter de rétablir un semblant de paix entre les Lombards et Rome.

La consolidation du royaume

Denier [20] de Pépin le Bref. vers 754-768.

Durant son règne, Pépin remet de l'ordre dans son royaume :

  • Avec les grands seigneurs, il étend les rapports vassaliques par des serments de fidélité.
  • Il travaille à chasser définitivement les Arabes de la Septimanie, province méridionale du royaume franc, tâche achevée en 759 avec la prise de Narbonne.
  • Il reprend l'Aquitaine après une longue série de campagnes contre le duc d'Aquitaine Waïfre (Gaifier) de 761 à 768.
Denier de Lyon sous Pépin le Bref, légendé R[ex] P[ippinus] - LUG[dunum].

Il lutte continuellement pour asseoir son autorité aux frontières, notamment en Germanie, où depuis l'abdication de son frère Carloman en 747, il est confronté à l'opposition de son demi-frère Griffon, fils naturel de Charles Martel qui s'est fait reconnaître duc de Bavière. Vaincu, ce dernier est fait duc du Maine par Pépin, qui lui confie la marche de Bretagne, spécialement créée pour lui. Cette manière de l'éloigner des Bavarois vise à le dissuader de se révolter. Mais la mauvaise volonté de Griffon le conduit à chercher à s'allier aux Lombards. Alors qu'il va franchir les Alpes, il se fait tuer par des hommes de Pépin.

Ce dernier entreprend également une réforme monétaire, visant à uniformiser le poids et l'aspect du denier d'argent franc (le 11 juillet [21] 755), par l' édit de Ver-sur-Launette (Oise) autrement connu comme capitulaire de Ver. Mais la marque de l'autorité royale ne figurera systématiquement sur la monnaie qu'à partir de 793, sous Charlemagne. Il instaure la dîme en 756.
Enfin, Pépin s'intéresse à la culture et au savoir grecs : entre 758 et 763, il demande au pape Paul Paul Ier des livres écrits en grec, destinés à l'éducation de sa fille, Gisèle, et au monastère de Saint-Denis, centre de la culture carolingienne alors naissante. Paul Ier lui communique des livres liturgiques, des manuels de grammaire, d'orthographe, de géométrie, des œuvres d' Aristote et du Pseudo-Denys [22].

La mort de Pépin le Bref

Donation de Pépin le Bref à l'abbaye de Saint-Denis en 768.

Pépin meurt d' hydropisie le 24 septembre 768 à l' abbaye de Saint-Denis, après avoir partagé le royaume entre ses deux fils, Charles (futur Charlemagne) et Carloman Carloman Ier [23].

Tombeau de Pépin

Pépin et ses fils ont été, avec l’abbé Fulrad, à l’origine de la construction de la troisième église bâtie sur le site de la basilique Saint-Denis. Mais seuls Pépin et la reine Berthe y furent inhumés. Celle-ci mourut en 783 au monastère de Choisy-au-Bac et son corps fut transporté à Saint-Denis pour reposer aux côtés de Pépin.

Charlemagne, qui sera inhumé dans la chapelle palatine d’ Aix, avait toutefois exprimé en 769 le vœu d’être enterré auprès de ses parents et de son grand-père, à Saint-Denis.

Vers 835, l’empereur Louis le Pieux déclara que, selon un titulus de l’abbaye, Pépin avait demandé à être enseveli devant l’entrée de l’église (ante limina basilicae sacrorum martyrum) en signe d’humilité. Suger répéta l’histoire en expliquant que Pépin avait été enterré comme il le souhaitait « au seuil des portes, prostré et non couché sur le dos, à cause des péchés de son père Charles Martel ». Les pas des fidèles entrant dans l’édifice devaient ainsi piétiner la tombe royale.

À la raison donnée par Louis le Pieux et Suger s'ajoutent peut-être les objections soulevées au VIIIe siècle contre l’inhumation à l’intérieur des églises, objections vaines car la pratique s'imposa.

Suger précise que pour construire son massif occidental, il dut détruire l’agrandissement que Charlemagne — qui fut lui-même enterré in porticu ecclesiae à Aix-la-Chapelle — aurait fait construire pour abriter la tombe de son père Pépin le Bref. Au début du XIXe siècle, Napoléon Ier ordonna de rehausser le niveau du dallage sous le massif occidental de façon à créer deux escaliers d’accès à l’extérieur comme à l’intérieur de l’édifice. À cette occasion, en creusant, on découvrit alors un peu plus à l’est un sarcophage à l’emplacement approximatif désigné par Suger, exactement dans l'axe de l'église et sous l’entrée de l’ancien édifice. Alexandre Lenoir pensa avoir retrouvé la tombe primitive du premier roi carolingien et fit un relevé du sarcophage. Néanmoins, il reconnut qu’il n’avait aucune preuve formelle confirmant son hypothèse. On ne sait ce que devint ce sarcophage. De nouvelles fouilles pourraient permettre d'apporter de nouveaux éléments.

Gisants de Pépin et Bertrade de Laon dans la basilique Saint-Denis.

Au XIIIe siècle, les restes supposés de Pépin et de son père Charles furent ramenés sous la croisée du nouveau transept pour y recevoir les gisants qu'on voit encore de nos jours. Entre la translation des cendres royales, ordonnée par Louis IX et effectuée en deux campagnes durant l’année 1264, et la dédicace des nouveaux tombeaux en 1267, trois ans s’étaient écoulés permettant la commande et la réalisation des monuments funéraires.

Ces effigies idéalisées ne sont évidemment pas réalistes - il n'existe aucun portrait du couple - et en outre les gisants sont conçus comme des figures en pied malgré leur position horizontale.

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