Ordre national de la Légion d'honneur

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Ordre national de la Légion d’honneur
Illustration.
Avers
Croix de chevalier de la Légion d’honneur.
Conditions
Décerné parDrapeau de la France France
TypeOrdre honorifique civil et militaire
Décerné pourConduite civile irréprochable et méritante ou faits de guerre exceptionnels après enquête officielle.
À titre militaire :
– officiers : une citation ou blessure de guerre
– sous-officiers : médaille militaire 14-18 ou/et 39-45 et trois citations ou blessures de guerre
ÉligibilitéMilitaires ou civils
Détails
StatutToujours décerné
Devise« Honneur et patrie »
GradesDu plus bas au plus haut :
Chevaliers
Officiers
Commandeurs
Grands officiers
Grand-croix
Statistiques
Création par Napoléon Bonaparte
Première attribution
MembresAu  :
Chevaliers : 74 834
Officiers : 17 032
Commandeurs : 3 009
Grands officiers : 314
Grands-croix[N 1] : 67
Ordre de préséance
Illustration.
Ruban de chevalier de l'ordre de la Légion d'honneur.
Décret du 29 floréal an an X (soit le ) portant création de la Légion d'honneur.
Première remise de décorations de la Légion d’honneur par le Premier consul Bonaparte, le , d’après le peintre Jean-Baptiste Debret.
Remise de la décoration de la Légion d’honneur au camp de Boulogne à Charles Étienne Pierre Motte (1785-1836), le , d’après Victor-Jean Adam (1801-1866).

L’ordre national de la Légion d’honneur est l'institution qui, sous l'égide du grand chancelier et du grand maître, est chargée de décerner la plus haute décoration honorifique française. Elle a été instituée le par Napoléon Bonaparte. Elle récompense depuis ses origines les militaires comme les civils ayant rendu des « services éminents » à la Nation.

En 2016, il existe 93 000 récipiendaires toujours vivants[1], un million de personnes ayant reçu cette décoration depuis sa création[2].

Histoire

Romaine par son nom (inspirée par la Legio honoratorum conscripta de l’Antiquité)[3], par son symbolisme (les aigles) et son organisation (seize cohortes pour la France), la Légion d’honneur infléchit la tradition des ordres d’Ancien Régime en étant ouverte à tous, et non plus seulement aux officiers. Alors que certains, comme le ministre de la Guerre Berthier[4], y voient une atteinte au principe de l’égalité civique et considèrent les décorations comme des hochets de la monarchie, Bonaparte justifie cette institution en conseil d’État : « Je vous défie de me montrer une république, ancienne ou moderne, qui sût se faire sans distinctions. Vous les appelez les hochets, eh bien c’est avec des hochets que l’on mène les hommes. »

La Révolution française avait en effet aboli toutes les décorations de l’Ancien Régime. L’Assemblée constituante avait créé la Décoration militaire, bientôt elle aussi supprimée. Sous la Convention, les généraux avaient pris pour habitude d’attribuer des armes d’honneur (fusil d’honneur, sabre d’honneur, ou encore tambour d’honneur) pour récompenser les actes de bravoure.

Le projet de loi[N 2] est discuté devant le Conseil d'État à partir du 14 floréal an an X () : Bonaparte y intervient personnellement et pèse de tout son poids pour soutenir la nécessité de distinctions, pour repousser la création d'un ordre strictement militaire et pour réfuter les accusations de retour à l'Ancien Régime. Le projet est adopté par 14 voix contre 10. Saisi du projet le , le Tribunat, qui avait nommé Lucien Bonaparte rapporteur, l'approuve par 56 voix contre 38, malgré l'opposition jacobine qui craint la restauration d'une nouvelle aristocratie et une entorse au principe révolutionnaire d'égalité. Lucien Bonaparte, Pierre-Louis Roederer, Auguste-Frédéric-Louis Viesse de Marmont et Mathieu Dumas défendent tant et si bien le texte de loi qu'il est adopté le 29 floréal an X (), par le Corps législatif[N 3]. La loi n'est signée et scellée par le Premier consul que le 9 prairial an an X ()[5]. Le premier grand chancelier nommé le est un civil (qui restera le seul civil à cette fonction), Bernard-Germain de Lacépède.

Les insignes sont fixés par décret le 22 messidor an an XII () : une étoile d'argent pour les légionnaires, une étoile d'or pour les autres grades. Par bien des aspects, ces insignes rappellent visuellement ceux de l'ordre de Saint-Louis, créé par Louis XIV pour honorer les officiers et supprimé en 1792 : le ruban rouge, les branches en croix de Malte pommetées et émaillée de blanc de l'étoile, qui supporte un médaillon central doré à la bordure émaillée de bleu.

Les premières nominations sont publiées en [N 4]. Quatre grades sont créés : « légionnaire », « officier », « commandant » et « grand officier ». Le 26 messidor ()[6] a lieu en la chapelle des Invalides la toute première remise de Légion d’honneur par Napoléon Bonaparte aux officiers méritants au cours d’une fastueuse cérémonie officielle, la première de l’Empire. La remise des insignes se fait selon un appel alphabétique des récipiendaires (tous des civils)[réf. nécessaire], signe de respect par le nouveau régime du principe révolutionnaire d’égalité[7]. Napoléon décore pour la première fois[réf. nécessaire] des militaires lors de la deuxième cérémonie au camp de Boulogne le . La Légion d'honneur s'adresse dès les origines aussi bien aux civils qu'aux militaires, on prête d'ailleurs à Napoléon la célèbre phrase : « Je veux décorer mes soldats et mes savants »[8].

Un décret du 10 pluviôse an an XIII () ajoute la Grande Décoration dont les titulaires seront par la suite nommés « grand aigle », puis « grand cordon » (ordonnance du ) et enfin « grand'croix » (ordonnance du ). À cette date, les appellations sont modifiées comme suit : les légionnaires deviennent des « chevaliers », les commandants des « commandeurs »[9].

L’association des mérites militaires et civils (la répartition actuelle est environ : deux tiers – un tiers), permet à l’ordre de survivre à tous les régimes jusqu’à aujourd’hui, où on dénombre plus de 93 000 légionnaires (en 2017), ce qui correspond actuellement à environ 3 500 citoyens décorés par an (650 militaires d’active, 650 militaires à titre d’anciens combattants, et 2 200 civils)[8].

Le général de corps d'armée Jean Vallette d'Osia (décoré en 1917 à l'âge de 19 ans) est celui qui a appartenu à l'ordre le plus longtemps, 82 ans : il a été décoré du grand cordon en 1978 par Valéry Giscard d'Estaing.

Le plus jeune décoré à titre militaire de toute l'histoire de la Légion d'honneur a été Sosthènes de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville, à 19 ans (1897-1970).

En 1981, le général d’armée Alain de Boissieu, grand chancelier de la Légion d’honneur depuis 1975, démissionne pour ne pas avoir à remettre, comme cela est la tradition pour tout président élu, le collier de grand maître de l’ordre à François Mitterrand, parce que ce dernier avait par le passé traité Charles de Gaulle de « dictateur »[10],[11].

Depuis les années 2010, l'institution incite les décorés à s'investir dans la société en finançant des projets d'entraide. Cette initiative de l'ordre est pilotée par la Société des Membres de la Légion d'honneur, qui compte 52 000 membres, sur les 92 500 décorés vivants[12].

En novembre 2017, le président de la République Emmanuel Macron se prononce pour la revalorisation de la Légion d'honneur, son entourage rappelant que la distinction n'est pas « un témoin d’usure, mais une marque d’engagement[13] » et que « le mérite doit être désormais le seul et unique critère retenu[14] ». Pour cela, il compte limiter le nombre de décorations remises.

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