Ordre (sacrement)

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Le sacrement de l'ordination, Pietro Antonio Novelli, 1779.

L'ordination (du latin ordinatio, intégration dans un ordo, c'est-à-dire un corps constitué) est, chez les catholiques et les orthodoxes, et dans une certaine mesure chez les anglicans et certains luthériens, l'acte liturgique qui confère le sacrement du sacerdoce chrétien, appelé sacrement de l'ordre. Celui qui confère ce sacrement — un évêque — est l'« ordinateur » ou le « consécrateur »[1], celui qui le reçoit est l'« ordinand ».

Dès l'Ancien Testament, le service des Lévites (membre de la tribu de Lévi), de même que le sacerdoce d’Aaron et l’institution des 70 Anciens (Nb 11, 25) sont l'organisation d'une structure sacerdotale. « Grand-prêtre selon le sacerdoce de Melchisédech » (He 5, 10), est le lien qui unit l'Ancien et le Nouveau Testament dans la vie du peuple de Dieu.

Dans le catholicisme, l'un des sept sacrements

Dans le catholicisme, le sacrement de l'ordre est le sixième des sept sacrements, avec le baptême, la confirmation, le sacrement de pénitence et de réconciliation, l'eucharistie, le mariage et l'onction des malades. « Les sacrements sont des signes sensibles et efficaces de la grâce, institués par le Christ et confiés à l’Église, par lesquels nous est donnée la vie divine »[2].

Pour l'Église, l'ordre est le sacrement par lequel la mission confiée par le Christ à ses Apôtres continue à être exercée dans l’Église, jusqu’à la fin des temps.

En plus du don de la grâce divine, le sacrement de l'ordre marque l'âme d'un caractère indélébile qui « permet d’exercer un pouvoir sacré au nom et par l’autorité du Christ pour le service du peuple de Dieu »[3]. Le sacrement de l'ordre est un sacrement qui ne peut être conféré qu'une fois, et qui ne peut être « annulé » ni conféré pour une période limitée[4] : « Tu es sacerdos in aeternum » (ps 110), prêtre pour l'éternité, chante le chœur pendant la cérémonie d'ordination. Pour le recevoir il faut avoir reçu les sacrements de l'initiation chrétienne (baptême, confirmation, eucharistie).

Ce sacrement est exclusivement réservé aux hommes, à l'instar de ce qui se fait dans les Églises orthodoxes, et l'ordination des femmes est un objet de débats dans l'Église, depuis le XXe siècle[5] .

La notion de sacerdoce

Sacerdoce ministériel et sacerdoce commun

Dans la constitution Lumen Gentium du concile Vatican II, promulguée par Paul VI (1964), le sacrement de l'ordre correspond à l'accession au sacerdoce ministériel, l'autre type de sacerdoce étant le sacerdoce commun des fidèles. Ce sacerdoce ministériel induit une différence de nature[6] entre le fidèle et l'ordonné : le sacrement « donne une effusion particulière de l’Esprit Saint, qui configure l’ordinand au Christ dans sa triple fonction de prêtre, prophète et roi, selon les degrés respectifs du sacrement »[4].

Participation à l'unique sacerdoce du Christ

Le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce commun, il est relatif au déploiement de la grâce baptismale de tous les chrétiens. Le sacerdoce ministériel fait donc l'objet d'un sacrement spécifique, le sacrement de l'Ordre, en la personne du Christ-Tête, au nom de toute l'Église :

« Au nom de toute l'Église, cela ne veut pas dire que les prêtres soient les délégués de la communauté. La prière et l'offrande de l'Église sont inséparables de la prière et de l'offrande du Christ, son Chef. C'est toujours le culte du Christ dans et par son Église. C'est toute l'Église, corps du Christ, qui prie et qui s'offre, par Lui, avec Lui, et en Lui, dans l'unité du Saint-Esprit, à Dieu le Père. » [7]

Les trois degrés

Ordination d'un prêtre selon gravure du XVe siècle.

Le sacrement de l'ordre possède trois degrés :

  • l'épiscopat, les évêques ont la plénitude du sacrement de l'ordre, au service d'une Église locale (diocèse ou prélature) ;
  • le presbytérat, les prêtres sont destinés à collaborer avec les évêques, envoyés au service d'une partie du diocèse, paroisse, aumônerie ou service ;
  • le diaconat, les diacres sont au service de l'évêque (et non du prêtre), spécialement pour le ministère de la charité et de l'annonce « ad extra » (à l'extérieur).

Tout candidat doit recevoir les ordres successivement, diaconat, presbytérat puis épiscopat. L'Église catholique latine ordonne depuis le concile Vatican II des « diacres permanents » qui ne sont pas destinés à devenir prêtres ; les églises orientales et les Églises orthodoxes l'ont toujours fait.

Le candidat au diaconat fait promesse de rester « en l'état », c'est-à-dire qu'il ne peut plus recevoir le sacrement du mariage : s'il est marié, il le demeure : c'est le cas des diacres permanents dans l'Église latine et de la plupart des diacres orientaux ; s'il est célibataire il le demeure aussi. Et s'il devient veuf, il ne peut se remarier. Alors que les Églises orientales et orthodoxes le font, l'Église catholique latine n'élève pas, par principe, d'hommes mariés au presbytérat, mais le pape peut accorder une dispense et intégrer en son sein des prêtres mariés convertis issus d'autres Églises. Par contre elles n'appellent à l'épiscopat que des prêtres, célibataires (veufs éventuellement). L'Église catholique latine n'a pas ordonné d'hommes mariés évêques depuis le haut Moyen Âge [réf. nécessaire].

Dans tout cérémonial d'ordination de quelque degré, on distingue trois temps :

  • Les rites initiaux : il y a d'abord la présentation et l'élection de l'ordinand, l'allocution de l'évêque, l'interrogatoire de l'ordinand, les litanies des saints. Tout cela atteste que le choix du candidat s'est fait conformément à l'usage de l'Église et préparent l'acte solennel de la consécration.
  • Puis l'ordination proprement dite, l'imposition des mains en silence est suivie de la prière consécratoire.
  • Et enfin des rites complémentaires, plusieurs rites viennent exprimer et achever d'une manière symbolique, le mystère qui s'est accompli.

Ordination épiscopale

Consécration épiscopale - représentation du XIVe siècle.

« La consécration épiscopale, en même temps que la charge de sanctifier, confère aussi des charges d'enseigner et de gouverner. (…) En effet (...) par l'imposition des mains et par les paroles de la consécration, la grâce de l'Esprit Saint est donnée et le caractère sacré imprimé, de telle sorte que les évêques, d'une façon éminente et visible, tiennent la place du Christ Lui-même, Maître, Pasteur et Pontife et agissent comme Sa personne (in Eius persona agant) »[8]. Un évêque est ordonné au service d'une église locale précise (d'où l'usage du titre des diocèses « in partibus »), sur laquelle il possède la juridiction ; il jure obéissance au pape et à ses successeurs.

Un évêque est en principe ordonné par l'évêque de la province (archevêque ou évêque métropolitain) ou son délégué, assisté par au moins deux autres évêques. La matière du sacrement est cette imposition des mains en silence. La forme est la prière consécratoire qui suit. Les rites complémentaires ont lieu : l'onction d'huile se fait ainsi sur la tête du nouvel évêque, signe de l'onction spéciale du Saint-Esprit qui rend fécond leur ministère ; remise du livre des Évangiles, de l'anneau, de la mitre et de la crosse au nouvel évêque en signe de sa mission apostolique d'annonce de la Parole de Dieu, de sa fidélité à l'Église, épouse du Christ, de sa charge de pasteur du troupeau du Seigneur

S'il est nommé à la tête d'un diocèse, il est alors installé par l'archevêque, et on parle de sacre. Quand un évêque est transféré d'un diocèse à un autre, on ne célèbre pas un sacrement, mais une installation. C'est le cas notamment pour l'évêque de Rome, le pape, qui est installé par le cardinal-doyen.

Ordination des prêtres

Onction d'huile des mains d'un prêtre nouvellement ordonné.

« L’onction de l’Esprit Saint marque le prêtre d’un caractère spirituel indélébile ; elle le configure au Christ-prêtre et le rend capable d’agir au nom du Christ-Tête. Coopérateur de l’ordre épiscopal, il est consacré pour annoncer l’Évangile, célébrer le culte divin, surtout l’Eucharistie, dont il tire la force pour son ministère, et pour être le pasteur des fidèles. »[9] Un prêtre est ordonné au service d'un diocèse (une prélature) précis et promet obéissance à l'évêque et ses successeurs ; cela s'appelle l'incardination. Il peut ensuite être mis à la disposition d'un autre diocèse ou incardiné définitivement dans celui-ci. Cependant, les religieux réguliers qui ont reçu le sacrement de l'ordre ne sont pas incardinés au titre d'un diocèse : il le sont au sein de leur ordre religieux.

Lors de l'ordination d'un prêtre, l'évêque impose les mains au candidat ; puis les autres évêques et tous les prêtres présents font de même. L'évêque prononce alors la prière de consécration. La matière du sacrement est cette imposition des mains en silence. La forme est la prière consécratoire qui suit. Puis des rites complémentaires ont lieu : onction d'huile des mains du consacré pour que celui-ci sanctifie le peuple et offre à Dieu le sacrifice eucharistique, porrection (=toucher) par le prêtre de la patène et du calice, représentant l'offrande du peuple saint qu'il est appelé à présenter à Dieu, vêture de l'étole sacerdotale et de la chasuble, insignes de sa fonction sacerdotale. L'ordination confère une « marque indélébile » à ceux qui reçoivent ce sacrement.

Ordination des diacres

« Le diacre, configuré au Christ serviteur de tous, est ordonné pour le service de l’Église. Sous l’autorité de son évêque, il exerce ce service dans le cadre du ministère de la Parole, du culte divin, de la charge pastorale et de la charité. »[10] Il est ordonné pour un diocèse précis et promet obéissance à l'évêque et à ses successeurs.

Pour l'ordination d'un diacre, seul l'évêque impose les mains au candidat. Pour les diacres permanents mariés, l'évêque demande son accord à l'épouse du candidat (cet accord est obligatoire, l'obéissance matrimoniale l'emportant sur l'obéissance sacerdotale). Après l'imposition des mains et la prière consécratoire, il y a une remise du livre des évangiles au diacre qui vient de recevoir mission d'annoncer l'Évangile du Christ[11]. Il est aussi revêtu de l'étole diaconale et de la dalmatique, insignes de son service.

Ordres majeurs et mineurs

Au sein du clergé, on distinguait avant le concile de Vatican II les « ordres mineurs » et des « ordres majeurs ».

Les ordres mineurs comprenaient les degrés suivants : portier, lecteur, exorciste, acolyte. Depuis l'entrée en vigueur du motu proprio du pape Paul VI Ministeria quaedam du 15 août 1972, ces fonctions sont appelées ministères[12]. Avant l'entrée en vigueur du Code de droit canonique de 1917, on pourrait devenir cardinal sans avoir reçu les ordres majeurs. Ainsi Ferdinand d'Autriche (1609-1641) fut nommé cardinal à l'âge d'environ 10 ans. En effet les ordres mineurs pouvaient être conférés à des enfants encore plus jeunes[13],[14].

Selon la scolastique les ordres majeurs comprenaient le sous-diaconat, le diaconat, et le sacerdoce. Ce dernier termine comprenait le presbytérat et l'épiscopat, mais les théologiens plus récents considèrent qu'il n'y a que trois ordres sacramentels : l'épiscopat, le presbytérat et le diaconat[15]. Dans Lumen gentium le concile Vatican II accepte cette opinion et définit que le sacrement de l'ordre ne compte que trois degrés (diaconat, presbytérat et épiscopat), sans mentionner ni le sous-diaconat ni les ordres mineurs.

Depuis l'entrée en vigueur du motu proprio du pape Paul VI Ministeria quaedam du 15 août 1972, les fonctions des ordres mineurs sont appelées ministères[16]; sont conservés pour toute l'Église latine les ministères de lecteur et acolyte, et ce dernier peut en certains lieux, au jugement de la conférence épiscopale, porter le nom de sous-diaconat[17] Outre ces deux fonctions, les conférences épiscopales sont autorisées à proposer au Saint-Siège « celles dont elles auraient jugé, pour des raisons particulières, l'institution nécessaire ou très utile dans leur propre région. De cette catégorie relèvent, par exemple, les fonctions de portier, d'exorciste et de catéchiste, et d'autres encore, confiées à ceux qui sont adonnés aux œuvres caritatives, lorsque ce ministère n'est pas conféré à des diacres<Ministeria quaedam» ; les fonctions qu'exerçait le sous-diacre « sont confiées au lecteur et à l'acolyte et par suite, dans l'Église latine, l'ordre majeur du sous-diaconat n'existe plus[17]».

Les communautés (instituts de vie consacrée et sociétés de vie apostolique) qui maintiennent ce que le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI appelle forme extraordinaire du rite romain peuvent utiliser encore le Pontifical romain en vigueur en 1962 (dix ans avant le Ministeria quaedam) pour conférer les ordres mineurs et le sous-diaconat [18]. Ceux qui reçoivent ces ordres mineurs ou le sous-diaconat restent dans le laïcat, parce qu'on ne devient clerc que par l'ordination diaconale[19].

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