Muscadet (AOC)

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Muscadet.
Wikipédia:Bons articles Vous lisez un « bon article ».
Muscadet
image illustrative de l’article Muscadet (AOC)
AOC Muscadet

Désignation(s)Muscadet
Appellation(s) principale(s)muscadet
Type d'appellation(s)Appellation d'origine contrôlée (AOC)
Reconnue depuis1936
PaysDrapeau de la France France
Région parentevallée de la Loire
Sous-région(s)Gorges, Goulaine...
LocalisationLoire-Atlantique, Maine-et-Loire et Vendée
ClimatClimat tempéré océanique
Superficie plantée9 000 hectares
Cépages dominantsMelon (ou Melon de Bourgogne)
Vins produitsVin blanc
Production727 000 hectolitres (1999)[1]
Pieds à l'hectare6 500 à 7 500 pieds/ha
Rendement moyen à l'hectare65 à 78 hl/ha pour le muscadet
55 à 66 hl/ha pour le muscadet sur lie[2]

Le muscadet est un vin blanc sec d'appellation d'origine contrôlée produit principalement en Loire-Atlantique au sud de Nantes, et débordant partiellement sur le Maine-et-Loire et la Vendée. Ce vin du vignoble de la vallée de la Loire est issu d'un cépage unique, le melon de Bourgogne. Cette appellation est classée AOC depuis 1936 et couvre une superficie d'environ 8 300 hectares vers l'an 2016.

Le vignoble du muscadet comporte plusieurs appellations : le muscadet-sèvre-et-maine, le muscadet-côtes-de-grandlieu, le muscadet-coteaux-de-la-loire et le muscadet sans dénomination particulière. Le muscadet est un vin sec aux arômes floraux et fruités qui peut être élevé sur lie d'où il tirera une légère effervescence dite « perlante ». Ce vin s'accorde particulièrement bien avec les fruits de mer[réf. nécessaire].

Histoire

De l'Antiquité à la Renaissance

La tradition de la viticulture, dans la région nantaise où est produit le muscadet, date d’un décret de l’empereur romain Probus dont les soldats plantèrent les premières vignes sur le territoire[3],[4].

La viticulture s'y est développée au cours du Moyen Âge sous l’impulsion des moines des abbayes du Pays nantais, dont Saint-Martin-de-Vertou et Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. Ces vignes produisaient des vins issus très probablement de gros plant qui ne pouvaient être comparés aux « vins d'amont » venus d'Anjou et de Touraine.

Au e siècle, sous la pression des courtiers hollandais, recherchant des petits vins pour l'alambic, le vignoble va connaître un grand développement : jusqu'à la Révolution française la Bretagne fait partie des « provinces réputées étrangères » (avec la Guyenne, la Saintonge, le Languedoc, la Provence, le Dauphiné, le Lyonnais, la Flandre et l'Artois) ce qui fait que les traites (taxes sur les marchandises) sont levées à ses frontières, notamment à la barrière d'Ingrandes sur la Loire[5]. Ainsi, les vins du pays nantais sont majoritairement convertis en eaux-de-vie, lesquelles sont exportées depuis le port de Nantes, vers les pays de l'Europe du Nord. Jusqu'à la Révolution, le cépage majoritaire du pays nantais est donc le gros plant, cépage bien adapté à cette production[6]. Le cépage muscadet est cependant présent mais il est très minoritaire ; au cours du XVIIIe siècle, le volume d'eau-de-vie exportée est, selon les années, 3 à 10 fois supérieur à celui du vin[7].

Période moderne

Il est suggéré que Louis XIV ordonna la plantation du melon de Bourgogne après les gelées dévastatrices du « Grand Hiver » de 1709.

Le plus ancien document attestant de l'existence du cépage date de 1616. Il s'agit d'un contrat de prise de bail passé entre Suzanne de Beaucé et Louis Ménard, concernant une vigne située aux Navineaux, paroisse de Vertou[8]. En 1635, le mot « muscadet » est attesté dans un autre document du village de Gorges[9]. On prétend que ce cépage dénommé aujourd'hui « Melon de Bourgogne » en raison de son origine, aurait mieux résisté au terrible hiver de 1709 que les autres cépages dont le gros plant et que, de ce fait, il se serait ensuite généralisé dans le pays nantais. Aucune archive n'en atteste. Il s'agit là d'une construction sans fondement datant de l'entre-deux guerres, qui doit être rejetée. Elle résulte vraisemblablement du besoin d'étayer les usages locaux, loyaux et constants requis pour l'octroi de l'AOC en 1936, sans que les porteurs du dossier n'aient étayé leur assertion par la moindre référence archivistique. D'ailleurs tous les chiffres de la production viticole nantaise du XIXe siècle attestent de la prépondérance du gros plant jusqu'à l'éradication du vignoble par le phylloxéra[réf. nécessaire]. Ainsi, en 1829, le directeur des contributions indirectes de Nantes écrit au ministère des finances :

Les planteurs plus avides de quantité que de qualité du produit ont propagé l'espèce dite gros-plant, la plus profitable mais la moins estimée[10]. À La même époque, un notable nantais s'exprimant sur le poids des taxes, écrit [11]: Le département de la Loire-Inférieure ne fournissant que des vins de peu de valeur, souffre plus qu’aucun autre de cette injustice… Les vins de peu de valeur sont bien évidemment les vins de chauffe issus de gros-plants. En 1868, Jules Guyot écrivait que la surface plantée en gros plant était double de celle plantée en muscadet[12]. Il n'y a donc pas de doute : le melon de Bourgogne est bien présent dans le vignoble nantais dès le début du XVIIe siècle, mais il est resté minoritaire sinon confidentiel au moins jusqu'à la Révolution et même jusqu'à la fin du XIXe siècle[réf. nécessaire].

Cependant, la plupart des ampélographes pensent que le cépage melon de Bourgogne fut introduit dans le Pays nantais au XVIIIe siècle par des marchands hollandais. Ce point de vue n'est pas argumenté ni étayé par des archives et il est peu crédible dans la mesure où les marchands hollandais n'étaient pas des spécialistes de viticulture et qu'en outre ce cépage est mal adapté à la production des eaux-de-vie qu'ils recherchaient pour alimenter leur négoce avec l'Europe du Nord[réf. nécessaire].

L’expert français en viticulture, Pierre Galet, suggère que Louis XIV ordonna lui-même la plantation du melon de Bourgogne après les gelées dévastatrices du « Grand Hiver de 1709 »[13]. Le cépage aurait été introduit dans cette région viticole car il se serait révélé plus résistant au froid[14]. Cette assertion non vérifiée par les ampélographes actuels ni argumentée par référence à des archives, date des années 1930[15]. En outre, la résistance au froid du melon de Bourgogne n'est pas aujourd'hui établie par les spécialistes de physiologie ampélographique[réf. nécessaire].

Période contemporaine

XIXe siècle

Le siècle débute sur un vignoble ravagé en grande partie par la Guerre de Vendée[16]. La reconstitution sera cependant assez rapide puisqu'en 1803, un homme politique local écrit : « Depuis la paix, on replante continuellement ; et quoique le défaut de soin, pendant 3 ans, en ait fait périr une grande quantité, quoique beaucoup de propriétaires les ayent arrachées et n’ayent pas eu le moyen de les rétablir, nous devons avoir, à très peu de choses près, autant de vigne aujourd’hui qu’avant la Révolution »[17]. Mais la reconstitution s'est faite en conformité avec le vignoble du siècle précédent, c'est-à-dire que le gros plant reste le cépage majoritaire, vraisemblablement en raison du maintien d'un bail rural spécifique à la région et qui avait vocation à être aboli à la Révolution, mais qui ne le fut pas : le bail à complant[16]. Le vignoble traverse donc la première moitié du XIXe siècle en produisant des vins en principe destinés à la distillerie, alors qu'il ne se fabrique pratiquement plus d'eau-de-vie. La production s'écoule entre la consommation locale qui est élevée du fait de l'apparition de nouvelles industries et du monde ouvrier qu'elles emploient, la vinaigrerie locale et orléanaise le coupage de vins qui manquent d'acidité. Puis il aborde la tourmente des catastrophes sanitaires de la viticulture française ; Nantes est touché par l'oïdium en 1852, le mildiou en 1883, le phylloxéra en 1884.

La fin du XIXe siècle voit le vignoble nantais (muscadet et gros-plant) touché par le phylloxéra comme la plupart des vignobles français. Ce puceron importé accidentellement d'Amérique en 1864 pique les racines de la vigne et provoque la mort du cep. La conjonction de la mort des vignes et l'existence du bail à complant va provoquer une forte agitation sociale dans le vignoble[18] reportant à 1898 (loi Méline) le début de la reconstitution du vignoble. C'est vraisemblablement à cette époque que le melon de Bourgogne (muscadet) va s'imposer comme cépage majoritaire dans le vignoble nantais. C'est aussi l'avis d'un bon spécialiste de la viticulture nantaise moderne qui écrit[19] : « on peut d'ailleurs se demander si le phylloxéra n'a pas joué là un rôle bénéfique en précipitant le mouvement. Puisqu'il fallait replanter, autant le faire avec un cépage plus rentable, ont dû se dire les vignerons ». Un seul traitement se révèle efficace : le greffage. Cette technique consiste à fixer un greffon de vigne melon de Bourgogne (pour le muscadet) sur un porte-greffe, plant américain résistant à l’insecte [20]. Des pépinières viticoles sont créées à partir de 1889 et le greffage est enseigné dans les écoles[21].

XXe siècle

Chateau de la Galissonnière

Le XXe siècle débute dans un contexte national de surproduction vinicole qui va durer pratiquement pendant tout le siècle. À Nantes, on replante et pas seulement des hybrides producteurs directs comme dans le reste de la Bretagne. La loi Méline imposait en effet la reconstitution avec les cépages traditionnels du vignoble : muscadet et gros plant. Les premières lois visant à protéger la viticulture de qualité (1905, 1919, 1927, 1929) vont permettre à une partie des vignerons de valoriser la production issue du cépage muscadet. À cette époque, les tribunaux valident des appellations telles que « Muscadet grand cru de Sèvre-et-Maine »[22] ; bien qu'ils soient une minorité parmi plus de 25 000 vignerons. C'est à cette époque qu'apparaissent les premiers concours communaux des muscadets. La consécration de ce mouvement en faveur d'une production de qualité sera couronné par le passage en AOC du muscadet de Sèvre-et-Maine et du Muscadet des Coteaux-de-la-Loire en septembre 1936. L'année suivante sur proposition du CNAO (ancêtre de l'INAO), sera créée l'appellation régionale « Muscadet » pour soustraire l'usage de ce mot à des pratiques quasi-frauduleuses issues du négoce, comme celle qui consiste à étiqueter « Vin de muscadet » un vin contenant plusieurs cépages dont du melon de Bourgogne. Cet accès de la viticulture nantaise au gotha des vins de France ne doit cependant pas faire illusion : il existe encore une multitude de petits producteurs, vignerons d'occasion, qui via le négoce, inonde le marché de vins médiocres qui contribueront à construire une image dégradée du muscadet, celle d'un petit vin de comptoir acide et inapte à la garde. La fin du XXe siècle voit son retour au premier plan dans sa région de production avec des producteurs expérimentant de nouvelles techniques de vinification pour amener plus d’arôme et de complexité dans le vin. Les années 1980 voient un essor dans l’utilisation de barriques en chêne pour la cuvaison et la fermentation sur lie. Les années 1990 introduisent l’utilisation de la technique de la macération avant la fermentation. Ces différentes techniques amènent une grande diversité de style et de qualité du muscadet[23].

XXIe siècle

En 2012, le maire de Nantes Jean-Marc Ayrault devient Premier ministre. Par mesure d'économie, il fait remplacer le Champagne par le Muscadet lors des réceptions de l'hôtel Matignon[24].

Other Languages
brezhoneg: Muskadig
Чӑвашла: Мюскаде
Deutsch: Muscadet
English: Muscadet
italiano: Muscadet
日本語: ミュスカデ
Nederlands: Muscadet
norsk: Muscadet
русский: Мюскаде
svenska: Muscadet