Morale

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« Comment l'état de pauvreté peut être agréable » ( Diogène dans son tonneau et Cratès renonçant à la richesse pour la vertu). Extrait du Livre des bonnes mœurs de Jacques Legrand, v. 1490.

La morale (du latin moralis « relatif aux mœurs » [1]) désigne l'ensemble des règles ou préceptes, obligations ou interdictions relatifs à la conformation de l' action humaine aux mœurs et aux usages d'une société donnée. Bien qu' étymologiquement proche, la morale se distingue de l' éthique qui se définit telle une réflexion fondamentale [2] sur laquelle la morale établira ses normes, ses limites et ses devoirs [3]. De la morale est né la philosophie morale qui se distingue de la métaphysique de par son aspect pratique. La morale ne doit pas être confondue ni avec la casuistique ni avec l' idéologie [4].

En s'intéressant à la question du bien et du mal, la morale se distingue de la logique [5] (dont les valeurs sont le vrai et le faux), du droit (le juste et l'injuste), de l' Art (le beau et le laid) et de l' économique (l'utile et l'inutile). C'est d'après ces valeurs que la morale fixe des principes d'action, qu'on appelle les devoirs de l'être humain, vis-à-vis de lui-même, ou des autres individus, ou de l'ensemble de la société, ou d'idéaux plus élevés (la tradition, l' harmonie, la paix, les dieux, etc.), principes qui définissent ce qu'il faut faire et comment agir.

Il y a deux formes d'attitude contraire à la morale, l'immoralité qui consiste à transgresser délibérément les règles de la morale sans pour autant porter de jugement sur celle-ci, et l' amoralité qui consiste à refuser ou nier l'existence d'une morale, voire à encourager dans certains cas leur transgression systématique, en séparant les notions d' éthique de celles de mœurs.

La morale vise d'une part à la conservation des formes collectives d'organisation sociale, de la société, de l' intérêt général, d'autre part à l'agrément de la vie des individus en société.

Elle peut renvoyer à l'ensemble des règles de conduite diffuses dans une société donnée ( politesse, courtoisie, civisme), ou encore à des préceptes énoncés explicitement par une religion ou une doctrine (morale religieuse, philosophie morale, éthique). Les règles morales peuvent se diviser en deux groupes : d'une part, les maximes de la morale personnelle (individuelle) et, d'autre part, les codes de conduite (ou systèmes de principes) partagés au sein d'une communauté culturelle, religieuse ou civile (collectifs).

Les règles morales peuvent être vues comme de simples habitudes qui ont fini par s'imposer à un groupe social (mœurs, coutumes), c'est-à-dire des façons d'agir culturelles, acquises, apprises et intégrées par les agents (consciemment ou non) qui ont fini par s'améliorer au cours des siècles, ou au contraire comme des normes absolues, invariables dans le temps, transcendantes et d'origine divine ou révélées. De même, elles peuvent être considérées comme relatives, variables selon les peuples et les époques, ou au contraire comme universelles, indépendantes du lieu et de l'époque, et établies par la raison humaine ou exigées par une certaine représentation de l'être humain en général ( universalisme, droits de l'homme).

Selon l'approche philosophique, le critère définissant une conduite morale (ou ce que signifie « bien agir ») ne sera pas le même. En effet, la valeur morale d'une action (le fait qu'elle soit bonne ou mauvaise) peut être définie soit d'après ses conséquences ( conséquentialisme, utilitarisme, pragmatisme), c'est-à-dire selon les effets engendrés par cette action, soit d'après sa conformité à des valeurs ( déontologie, intuitionnisme), c'est-à-dire selon les intentions ou motivations qui la commandent (indépendamment des conséquences).

L'écrivain Norman Spinrad précisa dans une interview à Métropolis que les conflits moraux étaient moins ceux du bien contre le mal qu'entre des versions différentes et incompatibles du bien [réf. nécessaire], faisant écho tant au vicomte de Bonald ("Il est plus commode de faire son devoir que de le connaître.") qu'à Sartre dans L'Existentialisme est un humanisme.

Définition

La morale et l'éthique

En français, morale et éthique ont des sens souvent confondus.

Ainsi le Petit Larousse donne les définitions suivantes :

  • Morale (du latin mores, mœurs) :
Ensemble des règles d'action et des valeurs qui fonctionnent comme norme dans une société ;
Théorie des fins des actions de l'homme ;
Précepte, conclusion pratique que l'on veut tirer d'une histoire.
  • Éthique, Philosophie (du grec ethikos, moral, de éthos mœurs) :
Doctrine du bonheur des hommes et des moyens d'accès à cette fin ;
Ensemble particulier de règles de conduite (syn. morale) ;
Partie théorique de la morale.

Le Petit Robert quant à lui donne :

  • Morale : science du bien et du mal, des principes de l'action ; théorie de l'action humaine en tant qu'elle est soumise au devoir et a pour but le bien…
  • Éthique : science de la morale ; ensemble des conceptions morales de quelqu'un ; décrit un comportement.

Liée à la notion de mœurs, la morale prend en compte toute une dimension esthétique, culturelle, de culture matérielle, de conformation aux coutumes vestimentaires et culinaires, à la civilité et à la politesse, que l'éthique ignore.

D'autre part, la morale est généralement rattachée à une tradition idéaliste (de type kantien) qui fait la distinction entre ce qui est et ce qui doit être, alors que l' éthique est liée à une tradition matérialiste (de type spinoziste) qui cherche seulement à améliorer le réel (ce qui est) par une attitude raisonnable de recherche du bonheur de tous.

Quant à la déontologie, (gr. deon, -ontos, ce qu'il faut faire, et logos science), c'est la discipline qui traite des devoirs à remplir, sur un plan professionnel.

La morale et le droit

La morale peut être individuelle, dans ce cas, il s'agit d'un code d'honneur que l'individu se fixe et qu'il décide d'appliquer ou non [6]. Cependant, la morale peut être collective, et dans ce cas, elle s'apparente au droit. La morale et le droit travaillent tous deux de manière coordonnée, en ayant pour finalité l'amélioration de la vie en société.

Il existe différentes théories du rapport entre la morale et le droit. Les auteurs ont recours à l'image de deux cercles pour illustrer les rapports de la morale et du droit [6]. Chez certains, ces deux cercles sont concentriques, car ils considèrent que le droit est entièrement absorbé par la morale. D'autres prétendent que ces cercles sont sécants. Il y aurait alors trois catégories de règles : les règles morales sans dimension juridique, les règles juridiques sans dimension morale, et à l'intersection, les règles morales ayant une application juridique. Enfin, certains avancent l'hypothèse que ces cercles sont strictement séparés. Cependant, cette dernière thèse admet trop d'exceptions pour être valide. On peut donc dire que le droit et la morale ont des domaines d'application distincts, et qu'ils sont séparés, mais ils ont aussi des points de contact : on ne peut par conséquent parler ni de séparation, ni de confusion. Enfin, si la morale peut être le fruit d'une seule personne, et ne s'appliquer qu'à elle, le droit, en revanche, n'apparaît que dans une société [6].

On appelle probité la caractéristique d'une personne qui respecte scrupuleusement la justice et les règles de la morale.

La morale et la religion

Mgr Louis Dicaire affirme qu'il existe une confusion entre morale et religion [7]. Il estime que la morale possède un caractère davantage personnel, qu'on appelle la conscience. Il pense que la religion, quant à elle, possède un caractère davantage public, puisque, selon une des étymologies probables du mot, elle consiste à « relier » des individus ; « religion » viendrait du latin religere, qui signifie « relier ». Selon lui, le rôle des institutions religieuses est donc d'éclairer les consciences par rapport aux enseignements propres à chaque religion. Selon Louis Dicaire, cette confusion est à l'origine d'une conception fréquemment rencontrée, selon laquelle la religion ne serait qu'une affaire privée.

Dans la tradition protestante et universitaire, le mot éthique tend à remplacer systématiquement celui de morale qui se rattache aux traditions de l'Antiquité romaine et de la religion catholique.

La morale et la technique

Les êtres humains se posent des questions à caractère moral au sujet des techniques, comme l'opportunité d'introduire les organismes génétiquement modifiés en Europe, ou l'entreposage des déchets de l'industrie nucléaire en profondeur ou en surface. Selon Bruno Latour, et conformément à une conception courante d'un grand nombre de sociologues, les objets en eux-mêmes ne possèdent pas une dimension morale ; les techniques appartiennent au règne des moyens et la morale au règne des fins [8].

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