Marguerite Duras

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Marguerite Duras
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Marguerite Duras en 1955

Nom de naissance Marguerite Germaine Marie Donnadieu
Naissance
Saïgon, Cochinchine,
Drapeau de l'Indochine française  Indochine française
Décès (à 81 ans)
6e arrondissement de Paris,
Drapeau de la France  France
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français
Mouvement Nouveau Roman

Œuvres principales

Marguerite Duras —  nom de plume de Marguerite Donnadieu — est une écrivaine, dramaturge, scénariste et réalisatrice française, née le à Gia Định [1] (près de Saïgon), alors en Indochine française et morte le à Paris.

Par la diversité et la modernité de son œuvre, qui renouvelle le genre romanesque et bouscule les conventions théâtrales et cinématographiques, elle est un auteur important de la seconde moitié du XXe siècle, quelles que soient les critiques qui aient pu être adressées à ses œuvres.

En 1950, elle est révélée par un roman d'inspiration autobiographique, Un barrage contre le Pacifique. Associée, dans un premier temps, au mouvement du Nouveau Roman, elle publie ensuite régulièrement des romans qui font connaître sa voix particulière avec la déstructuration des phrases, des personnages, de l'action et du temps, et ses thèmes comme l'attente, l'amour, la sensualité féminine ou l' alcool : Moderato cantabile (1958), Le Ravissement de Lol V. Stein (1964), Le Vice-Consul (1966), La Maladie de la mort (1982), Yann Andréa Steiner (1992), dédié à son dernier compagnon Yann Andréa — qui, après sa mort, deviendra son exécuteur littéraire — ou encore Écrire (1993).

Elle rencontre un immense succès public avec L'Amant, prix Goncourt en 1984, autofiction sur les expériences sexuelles et amoureuses de son adolescence dans l' Indochine des années 1930, qu'elle réécrira en 1991 sous le titre de L'Amant de la Chine du Nord.

Elle écrit aussi pour le théâtre, souvent des adaptations de ses romans comme Le Square paru en 1955 et représenté en 1957, ainsi que de nouvelles pièces, telle Savannah Bay en 1982, et pour le cinéma : elle écrit en 1959 le scénario et les dialogues du film Hiroshima mon amour d' Alain Resnais, qui lui vaut d'être nommée pour l' Oscar du meilleur scénario original à la 33e cérémonie des Oscars et dont elle publie la transcription en 1960. Elle réalise elle-même des films originaux comme India Song, en 1975, avec Delphine Seyrig, Le Camion, en 1977, avec Gérard Depardieu, ou encore Les Enfants, en 1985, avec Daniel Gélin.

Biographie

L’enfant des Colonies

Ses parents se sont portés volontaires pour travailler dans la colonie de Cochinchine. Son père, Henri Donnadieu (parfois prénommé Émile [2]), est directeur de l’école de Gia Định ( Saïgon) [3], sa mère, Marie, institutrice. Ils ont trois enfants : Pierre, Paul et Marguerite.

Gravement malade, son père part se faire hospitaliser en métropole, il y meurt le [2] à l'âge de 49 ans. Il est inhumé dans le petit cimetière de Lévignac-de-Guyenne, près de Duras, en Lot-et-Garonne [réf. nécessaire].

Bénéficiant d’un congé administratif, son épouse retourne en métropole avec ses trois enfants. Ils habitent pendant deux ans dans la maison familiale du Platier, dans la commune de Pardaillan, près de Duras. En juin 1924, Marie Donnadieu repart avec ses enfants rejoindre sa nouvelle affectation à Phnom Penh au Cambodge. Elle ne veut pas y rester et est envoyée à Vĩnh Long, puis à Sa Đéc et à Saïgon. En 1929, lasse de cette vie de nomade, elle achète, poussée par l’administration coloniale, une terre à Sa Đéc, dans le delta du Mékong. Cette terre inculte, perpétuellement inondée, ne donne rien, et Marie, ruinée, doit reprendre l’enseignement. Cette expérience marquera profondément Marguerite [4] et va lui inspirer nombre d'images fortes de son œuvre ( Un barrage contre le Pacifique, L'Amant, L'Amant de la Chine du Nord, L'Éden Cinéma).

En 1930, elle entre en pension au lycée Chasseloup Laubat de Saïgon, pour suivre ses études secondaires. Son baccalauréat de philosophie acquis, Marguerite quitte l’Indochine en 1931, et poursuit ses études en France, dans une école privée, l’ école technique Scientia à Auteuil, dirigée alors par Charles-Jérémie Hemardinquer. Elle réside alors avec sa mère et ses frères au 16 avenue Victor Hugo à Vanves [5]. Elle retourne brièvement en Indochine en 1932. Revenue définitivement à Paris, elle s'inscrit à la faculté de droit, rue Saint-Jacques et dit suivre des cours de mathématiques spéciales [6]. En janvier 1936, elle fait la connaissance de Robert Antelme. Après avoir terminé sa licence et obtenu son diplôme de sciences politiques, elle trouve un emploi de secrétaire au ministère des Colonies début juin 1938. Robert Antelme est mobilisé dans l'armée à la fin de l'été. Duras et Antelme se marient le .

La guerre et l'entrée en écriture

Marguerite Donnadieu cosigne, au printemps 1940, avec Philippe Roques, L'Empire français, une commande de propagande du ministre Georges Mandel dans lequel est cité Jules Ferry : « On ne peut pas mêler cette race jaune à notre race blanche », il est du devoir « des races supérieures de civiliser les races inférieures ». Ignorant l' indigénat et la division de l'Empire entre « citoyens » et « sujets », elle affirme dans un article sur le même sujet publié dans l'Illustration: « Notre conception impériale est, en effet, la négation même du racisme. La France a donné à tous ses sujets d’outre-mer, sans faire de distinction entre les races, les mêmes possibilités de développement et les mêmes espoirs. L’indigène n’a jamais été traité en vaincu ; non seulement nous avons des devoirs envers lui, mais nous lui reconnaissons des droits sociaux et politiques et surtout celui d’acquérir des connaissances nouvelles. Certes, ce n’est pas à lui qu’il appartient de décider à quel moment il pourra user de ses capacités. C’est à nous, au moment voulu, d’alléger notre tutelle. » [7] Marguerite Duras désavouera ce livre signé Marguerite Donnadieu [8]. Elle démissionne du ministère en novembre 1940.

Dans la capitale occupée, Robert est engagé à la préfecture de police de Paris. Le couple s'installe rue Saint-Benoît, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Marguerite est enceinte. Elle accouche d'un garçon mort-né dont elle ne saura jamais faire le deuil. En 1942, elle est recrutée comme secrétaire générale du Comité d’organisation du livre. Elle y préside un comité de lecteurs chargé d'autoriser, ou non, l'attribution aux éditeurs agréés par Vichy d'un quota de papier, qui est très rationné – travail contrôlé par les Allemands. C'est là qu'elle fait la connaissance de Dominique Aury [9] et de Dionys Mascolo, qui devient son amant. Au mois de décembre, elle apprend la mort de son frère Paul, en Indochine.

En 1943, l’appartement du couple devient un lieu de rencontres informelles où des intellectuels comme Jorge Semprún discutent littérature et politique, le groupe de la rue Saint-Benoît. Marguerite se met à l'écriture et publie son premier roman Les Impudents. Elle le signe du nom de Duras, le village où se trouve la maison paternelle. Robert, Dionys et elle-même, se mettant au service de la Résistance, se lient à François Mitterrand, alias Morland, qui dirige le RNPG, réseau qui fabrique des faux papiers pour les prisonniers de guerre évadés. Vis-à-vis de la Collaboration, Marguerite Duras s'emploie à un jeu entriste. Au COIACL, elle représente Bernard Faÿ, directeur toujours absent [9] et acteur majeur de la persécution des maçons. Elle entretient des relations professionnelles avec le principal assistant de Karl Epting, le professeur de philosophie « francophile » et lieutenant détaché  (de) Gerhard Heller. Elle s'affiche chez l'écrivain pro-hitlérien Ramon Fernandez, dont la femme, Betty, anime un brillant salon.

Le , son groupe tombe dans un guet-apens. Robert Antelme est arrêté par la Gestapo, secourue par Mitterrand, Marguerite Duras s'échappe. Au lendemain du débarquement des alliés, elle apprend que son mari a été emmené à Compiègne d’où partent les trains pour les camps de concentration. Robert est déporté à Dachau. Marguerite entretient une relation ambiguë avec Charles Delval, un agent de la Gestapo qui a fait arrêter son mari et qu'elle aurait séduit pour sauver ce dernier [10]. À la Libération, elle le fera arrêter et condamner à mort. En août, Paris se libère. Début septembre, Betty Fernandez est tondue et internée avec Marie Laurencin à Drancy par les gendarmes français, le 17 septembre, Marguerite les fait libérer. Betty sera un personnage de L'Amant, l' épuration des maîtresses de soldats allemands faisant le sujet central de Hiroshima mon amour.

À cette époque elle écrit les Cahiers de la Guerre qui serviront de contenu au livre La Douleur publié en 1985. À l’automne, elle s’inscrit au Parti communiste français, son nouveau roman, La Vie tranquille, est publié en décembre. Marguerite attend le retour de son époux. Alors que la Libération se poursuit, Dionys, en avril 1945, aidé par Mitterrand, va chercher Robert au camp de Dachau et le trouve moribond. Ces douze mois où elle le soigne, avec le secours d'un médecin, Marguerite Duras les racontera dans La Douleur.

L'après guerre, une première manière de romans

En 1945, elle fonde avec son mari les éphémères éditions de la Cité Universelle, qui publieront trois ouvrages : L'An zéro de l'Allemagne d' Edgar Morin (1946), les Œuvres de Saint-Just présenté par Dionys Mascolo (1946) et L'Espèce humaine de Robert Antelme (1947) [11]. Le couple divorce le . Duras épouse Dionys Mascolo, dont elle se sépare quelques années après. Jean [12] leur fils naît le 30 juin 1947.

En 1950, la guerre d'Indochine contraint la mère de Marguerite à revenir en France. Début mars, un des camarades, qui serait Jorge Semprún, dénonce Marguerite Duras auprès du Comité central du PCF : elle aurait, lors d'une soirée en compagnie d'autres écrivains, formulé de nombreuses critiques à l'égard de Louis Aragon. Il lui est reproché des « inconvenances envers certains membres du Parti et une ironie trop appuyée » [13]. Un soupçon généralisé s'installe et Marguerite Duras décide de ne plus reprendre sa carte de militante, et déclare que le Parti cherche à salir sa réputation en lui donnant une image sulfureuse. Dès lors, « les rumeurs se multiplient : esprit politique pervers, Duras serait aussi une traînée qui fréquente assidûment les boîtes de nuits (...) une traîtresse du Parti, décadente petite-bourgeoise. » Le 8 mars, elle reçoit une lettre qui lui signifie son exclusion pour tentative de sabotage du Parti par usage de l'insulte et de la calomnie, fréquentation de trotskistes et fréquentation des boîtes de nuit. Dans une ultime lettre adressée au Parti, elle écrit : « je reste profondément communiste, ai-je besoin de dire dans ces conditions que je ne m'associerai jamais à rien qui puisse nuire au Parti. »

Malgré sa rupture avec le Parti communiste, Marguerite Duras s'engage dans de nombreuses causes, la lutte contre la guerre d'Algérie, la revendication du droit à l'avortement.

La même année, son roman d'inspiration autobiographique, Un barrage contre le Pacifique, paraît en juin, il est sélectionné pour le prix Goncourt, mais le manque de peu.

En 1954, elle participe au comité des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Algérie [14].

Dans les années 1950, Marguerite Duras collabore également au magazine Elle, sous le pseudonyme de Marie-Joséphine Legrand [15].

Le cinéma et le théâtre

Plaque rappelant les séjours de Marguerite Duras à l' hôtel des Roches Noires à Trouville-sur-Mer.

Elle se sépare de Dionys Mascolo en 1956 et rencontre Gérard Jarlot [16], journaliste à France-Dimanche, en 1957, année où meurt sa mère. Jarlot travaille avec elle pour diverses adaptations cinématographiques et théâtrales. Pour la première fois, un de ses romans est adapté au cinéma, le Barrage contre le Pacifique que réalise René Clément [17].

En 1958, elle travaille pour des cinéastes en écrivant le scénario de Hiroshima mon amour avec Alain Resnais puis celui d’ Une aussi longue absence pour Henri Colpi. La même année, elle participe à la revue Le 14 juillet, fondée par Dionys Mascolo, en opposition à la prise de pouvoir par de Gaulle [14].

En automne 1960, elle milite activement contre la guerre d'Algérie, et signe le Manifeste des 121. La même année, elle devient membre du jury du prix Médicis [18]. En 1961, sa relation avec Gérard Jarlot prend fin. En 1963, elle achète un appartement dans l'ancien hôtel « Les Roches noires » à Trouville-sur-Mer [19]. Elle reçoit son premier succès au théâtre avec Des journées entières dans les arbres, joué par Madeleine Renaud en 1965. Ses talents multiples la font maintenant reconnaître dans trois domaines : littéraire, cinématographique et théâtral. Elle met en scène des personnages puisés dans la lecture des faits divers. Elle innove sur le déplacement des acteurs, sur la musicalité des mots et des silences. Fatiguée par l'alcool, elle fait une cure et s'arrête de boire. Pendant « les évènements » de mai 1968, elle se trouve en première ligne au côté des étudiants contestataires et participe activement au comités des écrivains-étudiants [14].

Marguerite Duras aborde la réalisation cinématographique parce qu’elle est insatisfaite des adaptations que l’on fait de ses romans. Elle tourne en 1966 son premier film La Musica, coréalisé avec Paul Seban, puis Détruire, dit-elle, en 1969. Ce titre évocateur définit son cinéma : celui du jeu des images, des voix et de la musique. « Ce n'est pas la peine d'aller à Calcutta, à Melbourne ou à Vancouver, tout est dans les Yvelines, à Neauphle. Tout est partout. Tout est à Trouville […] Dans Paris aussi j'ai envie de tourner, […] L'Asie à s'y méprendre, je sais où elle est à Paris… » (Les Yeux verts). Le , elle signe, avec notamment Simone de Beauvoir, Delphine Seyrig et Jeanne Moreau, le Manifeste des 343, réclamant l'abolition de la loi contre l'avortement.

Elle tourne ensuite Nathalie Granger, dans sa maison de Neauphle-le-Château, India Song, dans le Palais Rothschild à Boulogne, avec la musique de Carlos d’Alessio. Comme dans son travail pour le théâtre, elle réalise des œuvres expérimentales. Par le décalage entre l'image et le texte écrit, elle veut montrer que le cinéma n’est pas forcément narratif : La Femme du Gange est composé de plans fixes, Son nom de Venise dans Calcutta désert est filmé dans les ruines désertes du palais Rothschild en reprenant sa bande son d'India Song, Les Mains négatives, où elle lit son texte sur des vues de Paris désert la nuit. La limite extrême est atteinte dans L'Homme atlantique, avec sa voix sur une image complètement noire pendant trente minutes sur quarante. Après un voyage en Israël, en 1978, elle réalise Césarée, où elle évoque la ville antique sur des images du jardin des Tuileries.

L’alcool et le succès

Duras vit alors seule dans sa maison de Neauphle-le-Château. Depuis 1975, elle a renoué périodiquement avec l’alcool. Elle rencontre Jean Pierre Ceton au festival de cinéma de Hyères 1979 qui lui parle d'un groupe d'amis de Caen (dont Yann) [20], elle préfacera son premier roman Rauque la ville [21]. En 1980, elle est transportée à l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye et reste hospitalisée pendant cinq semaines. À son retour, elle écrit à Yann Lemée, un jeune admirateur rencontré cinq ans plus tôt à Caen — à l’issue d’une projection-débat d’ India Song [22]. Après six mois d’abstinence, elle sombre une nouvelle fois dans l’alcool. Serge July, rédacteur en chef de Libération, lui propose d’y tenir une chronique hebdomadaire tout l’été [23]. Un soir, Yann Lemée lui téléphone. Ils se retrouvent à Trouville-sur-Mer. Elle l’héberge, en fait son compagnon et lui donne le nom de Yann Andréa. Marguerite Duras vit avec le jeune homme - homosexuel et de trente-huit ans son cadet - une relation à la fois passionnée et tourmentée. Yann Andréa, qui est à la fois le compagnon et le secrétaire particulier de Marguerite Duras, reste auprès de cette dernière jusqu'à sa mort en 1996 : il racontera ensuite l'histoire de leur relation dans le livre Cet amour-là [24].

En 1981, elle se rend au Canada pour une série de conférences de presse à Montréal et filme L’Homme atlantique en prenant son compagnon comme acteur. Parce que sa main tremble, Yann écrit sous sa dictée La Maladie de la mort. Elle accepte de faire une cure de désintoxication à l’ Hôpital américain de Neuilly en octobre 1982 [25]. L'année suivante, Duras dirige Bulle Ogier et Madeleine Renaud dans la pièce de théâtre, Savannah Bay, qu'elle a écrite pour cette dernière.

En 1984, L’Amant est publié et obtient le prix Goncourt. C'est un succès mondial [26]. Il fait d'elle l'un des écrivains vivants les plus lus. En 1985, elle soulève l’hostilité et déclenche la polémique en prenant position dans une affaire judiciaire qui captive l'opinion publique : l’ affaire Grégory. Dans une tribune du quotidien Libération du 17 juillet, elle se montre convaincue que la mère, la «  sublime, forcément sublime Christine V. », est coupable du meurtre de son enfant, trouvé noyé dans la Vologne en octobre 1984. De nouveau prisonnière de l’alcool, elle tente en 1987, de donner une explication à son alcoolisme dans son livre, La Vie matérielle.

Après avoir vainement tenté l'expérience chez Gallimard et Minuit, Marguerite Duras devient éditrice aux éditions P.O.L. au sein desquelles elle dirige une collection littéraire nommée «  Outside [27] ». Paul Otchakovsky-Laurens, directeur de la maison, déclare : « L'idée est venue tout naturellement. Elle me disait qu'elle voulait aider de jeunes auteurs à se faire connaître. Elle voulait les publier et les protéger. Je lui ai donné carte blanche. » Après avoir aidé à la publication des œuvres de Jean Pierre Ceton, Catherine de Richaud et Nicole Couderc, l'expérience cesse en raison de désaccords littéraires entre Duras et la maison P.O.L [28].

L'écrit et le silence

Le numéro 5 de la rue St-Benoît, Paris Paris 6e.
Pierre tombale de Marguerite Duras, au cimetière du Montparnasse.

En mai 1987, Marguerite Duras citée comme témoin au procès de Klaus Barbie refuse de comparaître [29]. En juin de la même année, elle publie La Vie matérielle, suivi en septembre par Emily L..

L'Amant devient un projet de film du producteur Claude Berri. À la demande de ce dernier, elle s'attelle à l'écriture du scénario, bientôt interrompu par une nouvelle hospitalisation, le . Souffrant de crise d' emphysème et subissant une trachéotomie, elle est plongée dans un coma artificiel dont elle ne s'éveille que cinq mois plus tard.

Pendant ce temps, le réalisateur Jean-Jacques Annaud contacté, accepte de réaliser le film et en commence l’adaptation. Marguerite Duras sort de l'hôpital en automne 1989 et reprend le projet en cours en rencontrant le cinéaste. La collaboration tourne court et le film se fait sans elle. Se sentant dépossédée de son histoire, elle s'empresse de la réécrire : L'Amant de la Chine du Nord est publié en 1991, juste avant la sortie du film. Duras a désormais des difficultés physiques pour écrire. Cependant, d’autres livres paraissent ; ils sont dictés ou retranscrits. C'est le cas de Yann Andréa Steiner ( 1992) et d' Écrire ( 1993).

En 1995, paraît l'ultime opus C'est tout, un ensemble de propos recueillis par Yann Andréa (réédition définitive, 1999). La même année, Le Square entre au répertoire de la Comédie-Française [30].

Ses initiales gravées sur sa pierre tombale : M.D.

Le dimanche , à huit heures, Marguerite meurt au troisième étage du 5 rue Saint-Benoît. Elle allait avoir quatre-vingt-deux ans. Les obsèques ont lieu le 7 mars, en l’ église Saint-Germain-des-Prés. Elle est enterrée au cimetière du Montparnasse. Sur sa tombe, son nom de plume, deux dates et ses initiales : M D.

Postérité

Devenue « un mythe littéraire, et même une mythologie [31] », Marguerite Duras reste aujourd'hui un des auteurs les plus étudiés dans les lycées. Certains de ses textes sont traduits dans plus de 35 langues (dont le géorgien et le cingalais, ainsi que l'arménien). L'ensemble des œuvres édité par Gallimard approchait, en 2008, les 5 millions d'exemplaires écoulés [32].

L'Amant, traduit dans 35 pays, s'est vendu, toutes éditions confondues, en 2011, à plus de 2 400 000 exemplaires [33].

En 2001 sort au cinéma Cet amour-là, réalisé par Josée Dayan, un biopic des dernières années de la vie de Marguerite Duras, librement adapté du témoignage éponyme de Yann Andréa.

En 2002, Savannah Bay entre au répertoire de la Comédie-Française [34], [35].

Lors de la session 2005- 2006, Le Ravissement de Lol V. Stein et Le Vice-Consul sont au programme de l' agrégation de lettres modernes.

En 2007, est retrouvé un roman, Caprice, publié en 1944 sans nom d'auteur et identifié par Dominique Noguez comme étant l'« un de ces romans écrits pendant la guerre « pour acheter du beurre au marché noir », dont Duras parlait elle-même dans l'avant-propos d' Outside en 1980 [36]. »

Le a lieu l'inauguration du lycée français international Marguerite Duras, à Hô-Chi-Minh-Ville [37].

En , Marguerite Duras fait son entrée dans la Bibliothèque de la Pléiade. Deux premiers volumes rassemblant les écrits de 1943 à 1973 sont dès lors publiés [38]. Les tomes III et IV, qui rassemblent l'ensemble des écrits de 1973 à 1996 ainsi que de nombreux textes inédits, paraissent en 2014, accompagnés d'un album consacré à l'auteur.

En 2013, les studios Tales of Tales commercialisent un jeu vidéo, Bientôt l'été, fondé sur l'œuvre et la personnalité de Marguerite Duras [39].

En 2014, à l'occasion du centenaire de la naissance de Duras, des textes inédits paraissent, dont Le Livre dit et Deauville la mort. La presse note alors que si « Duras est morte il y a dix-huit ans [...] elle vit toujours, intensément, à travers ses textes » [40].

Par ailleurs, de nombreuses personnalités littéraires évoquent l'influence de Marguerite Duras sur leurs œuvres littéraires : Christine Angot [41], Guillaume Dustan [42], Camille Laurens [43] ou encore Marie Darrieussecq [40].

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