Marcus Junius Brutus

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Marcus Junius Brutus
Portrait Brutus Massimo.jpg

Buste en marbre de Marcus Junius Brutus.

Biographie
Naissance
Décès
Époque
Activités
Père
Marcus Junius Brutus ( en) Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Conjoints
Porcie
Claudia Pulchra ( en) (à partir de ) Voir et modifier les données sur Wikidata

Marcus Junius Brutus Caepio (vers 85 av. J.-C. - 23 octobre 42 av. J.-C.) est un sénateur romain, juriste et philosophe de la fin de la République, fils de Servilia, la maîtresse de Jules César, auquel il porta le dernier coup, en le poignardant le .

Brutus possède à la fois l'image du traître par excellence, pour sa participation à la mort de César, qui lui avait pardonné son adhésion au parti de Pompée, et celle d'un homme vertueux, qui préféra toujours le salut de la République au sien.

Plutarque dresse de lui un portrait tragique et vertueux, constatant que « même ceux qui lui veulent du mal pour ce qu'il conjura à l'encontre de César, s'il y a eu aucune chose généreuse faite en toute la conjuration, l'attribuent à Brutus [1] ».

Biographie

Origine

Brutus prétendait descendre de Lucius Junius Brutus qui en -509, après le viol de Lucrèce, renversa le dernier roi de Rome, Tarquin le Superbe et, de ce fait, fonda la République romaine. Bien que Plutarque ait rapporté et approuvé cette ascendance traditionnelle, il énonça aussi une origine plus prosaïque : selon certains, il serait issu d'une « maison populaire », Junius Brutus n'ayant pas eu de descendance, car il avait lui-même fait périr ses enfants [1].

Son père légitime était Marcus Junius Brutus [2], partisan de Marius, et sa mère Servilia Caepionis, demi-sœur de Caton d'Utique. Il naquit en 85 av. J.-C et tient de son oncle, qui l'adopta, son deuxième cognomen de Caepio [réf. nécessaire]. Contrairement à une idée répandue et à une rumeur rapportée par Plutarque, Brutus n'a jamais été adopté par Jules César [2]. L'hypothèse selon laquelle il serait le fils naturel de Jules César, affirmée par Plutarque, est généralement rejetée par les historiens modernes [2]. « Il a successivement un père légitime (M. Junius Brutus) et un père adoptif (Q. Servilius Caepio), ainsi que deux beaux-pères (Ap. Claudius Pulcher, M. Porcius Cato), le second ayant également joué auprès de lui le rôle de père nourricier » [2].

Jeunesse

Brutus passa une grande partie de sa jeunesse en Grèce à étudier la philosophie.

Il fut envoyé à Chypre en -58/-57 avec Caton d'Utique (Marcus Porcius Cato), son oncle, qui l'éleva, pour terminer d'abattre le parti du dynaste Ptolémée que Pompée avait vaincu l'année précédente. Brutus y fit preuve de bonté envers la ville de Salamine de Chypre qui ployait sous les dettes. Il revint à Rome enrichi et commença son cursus honorum. Il obtint en -53 la questure en Cilicie où il s'enrichit encore plus. Sa conduite fut ensuite dénoncée par Cicéron.

La république agonisante fut l'objet d'une lutte entre Jules César d'une part, et du Sénat, sous la protection de Pompée, de l'autre. Brutus, intellectuel, agissant après une grande réflexion, suivit le parti de Pompée dans la guerre civile (bien que Pompée ait fait exécuter son père lorsque Brutus était enfant), pensant que c'était dans ce parti qu'il serait le plus utile à Rome, et combattit les légions de César à la bataille de Pharsale ( -48). Choisissant d'oublier cet épisode, César, qui l'aimait, et qui, même, disait-on, le considérait comme son propre fils ( Plutarque, Vie de Brutus, 5), l'appela auprès de lui après sa victoire, et le combla de faveurs. César lui fit gravir les échelons du cursus honorum traditionnel. Il fut nommé gouverneur de Gaule cisalpine pour -46/-45, puis préteur urbain pour l'année -44, préféré alors à son concurrent, Caius Cassius Longinus, aussi futur assassin de César, qui fut nommé préteur pérégrin. Ces faveurs « intéressées » ne l'empêchèrent pas de garder ses idéaux républicains et de vertu.

Assassinat de César

Assassinat de César par Vincenzo Camuccini.
Articles détaillés : Assassinat de Jules César et Tu quoque mi fili.
Denier à l'effigie de Brutus et d'Ahala. Date : 54 AC. Description avers : tête nue et barbue de Brutus l'ancien à droite. Description revers : tête nue et barbue d'Ahala à droite.

Devenu Préteur, son tribunal fut constamment couvert de lettres l'enjoignant d'être digne du nom de Brutus. Restant fermement républicain malgré les faveurs de César, il participa à l'organisation d'un coup d'État « légaliste » contre le dictateur avec Cassius Longinus, Publius Servilius Casca, Cimber Tillius et Decimus Junius Brutus Albinus, lui aussi ami de César. Les meneurs de l'assassinat de César attribuèrent à Brutus le rôle de fidèle poursuivant des traditions familiales en dépeignant César comme avide du titre de roi et de l'autorité royale.

Aux Ides de Mars, il fut présent au Sénat et donna un coup de poignard à César, mais refusa que le Sénat ne fasse également mourir Marc Antoine. César, au moment de mourir, le voyant au nombre des conjurés, se serait alors écrié en grec « καὶ σύ, τέκνον » ("Kaì sú, téknon", en latin " Tu quoque mi fili"), signifiant « Toi aussi, mon fils ».

Lutte contre les triumvirs, bataille de Philippes et mort

Après ce meurtre et sous la pression des partisans de César, Brutus se réfugia sur le Capitole avec les conjurés et finit par rejoindre Athènes, puis sa province de Crète. Contrairement à Cassius, il fit preuve de clémence et de modération pendant les sièges de villes en Orient, en tentant notamment de protéger les édifices. Poursuivi par Marc Antoine qui voulait venger à la fois la mort de César et celle de son propre frère, Caius Antonius, assassiné sur les ordres de Cassius et Brutus en représailles de la mort de Cicéron (43), il rejoignit Cassius. La bataille décisive les opposa à Marc Antoine et Octave dans la plaine de Philippes, dans la province de Macédoine. Dans un premier temps, les troupes de Brutus s'emparèrent du camp d'Octave, tandis qu'Antoine massacrait les légions de Cassius. Ce dernier, persuadé de la défaite de Brutus, se suicida.

À nouveau vaincu trois semaines plus tard par Antoine (et Octave dans une moindre mesure), Brutus se suicida. On dit qu'il se serait écrié en mourant, le 23 octobre 42 av. J.-C. : « Vertu, tu n'es qu'un mot ! » ; mais ces paroles de désespoir n'ont rien d'historique [3]. En apprenant la nouvelle, sa veuve, Porcia, la fille de Caton d'Utique, se suicida en avalant des charbons ardents, mais ce point est discuté. Robert Garnier a composé une tragédie sur ce sujet : Porcie ( 1568). La dépouille de Brutus fut envoyée à ses vainqueurs.

On peut dire que sa mort marqua définitivement la fin de la République. Octave et Antoine affirmèrent leur pouvoir avant de se déchirer eux-mêmes.

Activité littéraire

Brutus cultiva un très grand intérêt pour les lettres et la philosophie. On l'a souvent considéré comme un adepte du stoïcisme, mais il se situait en réalité davantage dans l'héritage de Platon et de l' Académie et put y puiser des raisons d'intervenir contre César [4].

Il a composé un éloge de son oncle et beau-père Caton d'Utique et d'autres ouvrages qui ne nous sont pas parvenus, en particulier un De virtute et un De patientia - il ne reste toutefois de lui que quelques lettres à Cicéron et à Atticus. Cicéron lui a dédié plusieurs de ses traités philosophiques : Paradoxes des stoïciens, De finibus bonorum et malorum, De Natura Deorum, les Tusculanes [5], et de ses traités sur l'art oratoire : De claris oratoribus et Orator ad Brutum. Plutarque a écrit sa Vie.

La mort de Brutus

Le dernier discours de Brutus

Brutus s'exprimant à ses troupes, pour la dernière fois : [réf. nécessaire]

« Ce m'est une très grande joie, en cet instant, de constater que je n'ai été trahi par aucun de mes amis. Si j'avais des reproches à faire, je n'en ferais qu'à la Fortune. Non pour moi, mais pour ma patrie. Car je m'estime, pour ma part, plus heureux que nos vainqueurs. Dans le passé comme aujourd'hui, oui, je suis plus heureux qu'ils ne le seront jamais. Je laisserai au moins une réputation de vertu. De cela, ils ne triompheront jamais par les armes. Et tout leur argent ne parviendra pas à la ternir cette vertu. Ils ne pourront empêcher la postérité de voir en eux des individus méchants et injustes, qui auront mis à mort des hommes de bien, loyaux et justes, dans le but d'usurper un pouvoir auquel ils n'avaient aucun droit. Quant à vous, vous avez tenté la Fortune. S'il vous reste une chance de faire la paix avec nos ennemis, saisissez-la et pensez à vous conserver. Allez-vous-en, maintenant. »

Sa mort vue par les historiens de l'Antiquité

La mort de Brutus a été relatée par les historiens de l'Antiquité :

« Renonçant à sauver sa vie et croyant indigne de lui d’être pris, il se réfugia, lui aussi, dans la mort. Après s’être écrié, comme Hercule : " malheureuse vertu ! tu n’étais qu’un mot ; je te cultivais comme une réalité, et tu étais l’esclave de la fortune " ; [...] Il pria un de ceux qui se trouvaient avec lui de le tuer. »

—  Dion Cassius, 47, 49

« [...] puis il se retira à l’écart avec deux ou trois personnes seulement, dont Straton. Il l'avait connu en étudiant la rhétorique. Il approcha le plus près de lui, et prenant son épée à deux mains par le manche, il se laissa tomber de son haut sur la pointe, et il se tua ainsi. »

—  Plutarque, Vie de Brutus, 63

« Lors Brutus se retournant vers ses amis, leur parla ainsi : « Puis qu’il en est donc ainsi, je ne suis plus utile en quoi que ce soit à ma patrie. » Alors il appela un de ses principaux amis, nommé Straton, et il le pria de vouloir avancer sa mort. Et voyant que ce Straton temporisait et voulait le persuader d'adopter de meilleures pensées, il appela l’un de ses esclaves pour exécuter ce projet. Alors Straton lui dit : « En donnant ce dernier ordre, tu ne manqueras pas davantage d'un ami que d'un esclave ! » Et aussitôt, il lui fit passer son épée à travers le corps, sans que Brutus se retirât ni ne remuât. »

—  Appien, 4, 17

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