Marcel Gauchet

Marcel Gauchet
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Marcel Gauchet en février 2017.
Naissance
Poilley
Nationalité Drapeau de la France  France
Profession
Activité principale
Autres activités
Rédacteur en chef de la revue Le Débat (Gallimard)
Distinctions
Chevalier de la Légion d'honneur

Marcel Gauchet est un philosophe et historien français né en 1946 à Poilley ( Manche). Directeur d’études émérite à l’ École des hautes études en sciences sociales ( Centre de recherches politiques Raymond Aron), il est rédacteur en chef de la revue Le Débat (Gallimard), l'une des principales revues intellectuelles françaises, qu'il a fondée avec Pierre Nora en 1980.

Biographie

Enfance

Il est issu d'un milieu modeste : son père, un gaulliste inconditionnel, est cantonnier et sa mère couturière. Quant à son frère aîné, il est séminariste [1].

Son enfance est marquée par le poids de la nation et de la République. « Dans un monde rural encore marqué grandement d’une tradition agricole et religieuse typique de l’ouest de la France, la chance que j’ai eue, c’était de bénéficier d’une école qui marche. Je suis un typique produit de la méritocratie républicaine à une époque où elle fonctionnait à peu près ». En parallèle, il reçoit une éducation catholique et devient enfant de chœur.

En 1961, âgé de quinze ans, il entre à l’ École normale d’instituteurs de Saint-Lô, puis reçoit une formation de professeur des collèges. Alors que la guerre d'Algérie se termine, il découvre l' engagement syndical, mais aussi le goût de la philosophie et des sciences humaines. En 1962, il fait la rencontre de Didier Anger, militant actif de l' École émancipée. Le milieu très politisé de l’École normale d’instituteurs est polarisé entre les communistes et ce petit groupe antistalinien où Marcel Gauchet comptait l’essentiel de ses amis. « Dès mes quinze ans, j'avais eu Socialisme ou barbarie entre les mains, par l'intermédiaire de militants de l'École émancipée qui m'avaient initié aux controverses sur la nature de l' URSS et le parti ouvrier ». Il fait sa première manifestation militante lors de l' affaire de la station de métro Charonne.

Par la suite, il rejoint le lycée Henri-IV à Paris afin de préparer le concours d’entrée à l’ École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud. Mais, supportant mal l’atmosphère confinée du lycée parisien, il repart pour enseigner dans un collège de campagne près de Caen. [pas clair] Après deux ans d’activité en qualité de professeur des collèges, il prend une disponibilité pour entreprendre des études universitaires.

Carrière universitaire

En 1966, Marcel Gauchet fait la connaissance de Claude Lefort, son professeur à l’ université de Caen de 1966 à 1971. Sous sa direction, il rédige un mémoire de DESS sur Freud et Lacan. « Avec Lefort, j’ai eu la piqûre de rappel sur le plan politique ». À Caen, il n’est pas tout seul. Jean-Pierre Le Goff et Alain Caillé sont ses condisciples. Sur le campus, les offres politiques sont radicales. Le Goff choisit l' anarchisme situationniste. Marcel Gauchet milite avec lui. Claude Lefort a beaucoup compté pour Marcel Gauchet, non seulement parce qu’il lui a permis « de le prévenir de quelques fatales erreurs auxquelles je n’avais aucun motif particulier d’échapper », mais aussi plus largement sur le plan intellectuel, puisqu’il a déterminé son orientation et son intérêt pour la philosophie sous son aspect politique : « C’est à lui que je dois cette impulsion ». Le primat du politique pousse alors Marcel Gauchet dans une véritable boulimie de savoir. Il se lance dans la préparation de trois licences en même temps : en philosophie, en histoire et en sociologie. [pas clair] Il cherche alors à radicaliser sa rupture avec la vulgate marxiste et considérait que Claude Lefort restait trop attaché à Karl Marx, qui représentait encore l’essentiel de son enseignement. Gauchet en revanche cherche une alternative à opposer au marxisme, du côté de l’histoire, en pensant une « théorie de l’histoire alternative ».

Mai 1968 comble de joie Marcel Gauchet, qui a immédiatement vu dans le mouvement l’expression même de ce qu’il pensait depuis un moment : « Je l’ai vécu dans le bonheur et l’enthousiasme, naturellement. ». Il participe pleinement au mouvement dans sa composante dominante, spontanéiste, et assure la navette régulière entre Caen et Paris. Mais l’après-mai est pour lui plus douloureux. C'est la « gueule de bois théorique ». Le constat est sans appel : « Sur le terrain politique, les lendemains de Mai ont été carrément accablants. Le léninisme qu'on avait cru foudroyé est revenu en force. Le PC s'est mis à faire un tabac chez les intellectuels. Les groupuscules trotskistes et maoïstes ont recruté à tour de bras et conquis le haut du pavé. » « S'il y a bien une chose que je n'aurais jamais pu être, c'est mao. J'avais horreur de leur style et de leur propagande. Cela dit, j'ai fait partie des quelques imbéciles qui, par faiblesse démocratique, ont servi de boîte aux lettres lorsque la répression s'est abattue sur la Gauche prolétarienne. » Dès lors, Marcel Gauchet sort définitivement de la sphère marxiste. Cette volonté d'indépendance tient Marcel Gauchet à l'écart des réseaux universitaires. Il vit alors d'expédients et de petits boulots, en particulier d'enquêtes de sociologie de terrain. « J'étais ainsi devenu une sorte de spécialiste de l'implantation des parkings parisiens ! »

En 1970, Marcel Gauchet fait la connaissance de Marc Richir qui s'occupe d'une petite revue d'étudiants de l' Université de Bruxelles, Textures. Ils décident ensemble de la relancer sur de nouvelles bases, avec Claude Lefort, Cornelius Castoriadis et Pierre Clastres au comité de rédaction. Elle paraît jusqu’en 1975.

Marcel Gauchet publie son premier article en 1971 dans un numéro de la revue L’Arc consacré à Merleau-Ponty (« Lieu de la pensée », L’Arc, no 46, p. 19-30). La même année, il publie dans Textures un article intitulé « Sur la démocratie : le politique et l’institution du social ». Ce texte a été rédigé d’après un cours donné par Claude Lefort à l’université de Caen en 1966-1967. Il rend en effet compte des thèses de Lefort sur le politique.

Puis il rencontre Gladys Swain, qui partage sa vie et lui fait découvrir la clinique psychiatrique et le mouvement antipsychiatrique. Enfin, il y eut les lectures décisives de la Société contre l’État, recherches d’anthropologie politique de Pierre Clastres (paru en octobre 1974 aux Éditions de Minuit) et l’Histoire de la folie à l’âge classique, de Michel Foucault.

En mars 1977, il participe avec Claude Lefort, Cornelius Castoriadis, Miguel Abensour, Pierre Clastres et Maurice Lucciani au lancement du premier numéro d'une nouvelle revue, Libre, sous-titrée « politique-anthropologie-philosophie ». Huit numéros sont publiés jusqu'en 1980, grâce aux éditions Payot (Petite bibliothèque).

C'est encore Claude Lefort qui lui présente l'historien François Furet qui anime un séminaire à l' École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et auquel il participe avec Pierre Manent, Pierre Rosanvallon, etc. Furet le fera entrer à l'EHESS et le présente à son beau-frère Pierre Nora. En avril 1980, il publie son premier livre avec Gladys Swain, la Pratique de l’esprit humain chez Gallimard. En mai 1980, Nora demande à Marcel Gauchet de devenir le rédacteur en chef de sa nouvelle revue Le Débat. Pierre Nora, qui a joué un rôle primordial dans la promotion éditoriale du structuralisme, considère que la page est tournée. Dans son éditorial intitulé « Que peuvent les intellectuels ? », il semble attaquer tous les auteurs de ses propres collections, la « Bibliothèque des sciences humaines » et la « Bibliothèque des histoires », aux éditions Gallimard, et au premier chef, Michel Foucault représentant de l’intellectuel spécifique et plus gros succès de la « Bibliothèque des sciences humaines ». Le choix par Pierre Nora de Marcel Gauchet pour diriger la rédaction de la revue ne pouvait qu’être interprété comme une prise de distance avec Michel Foucault, vu les positions très critiques de Marcel Gauchet vis-à-vis de l’œuvre foucaldienne développées dans La pratique de l’esprit humain [2].

En juillet 1980, Marcel Gauchet publie Les droits de l’homme ne sont pas une politique (Le Débat, no 3, juillet-août). L'année 1989 est une autre étape importante de sa vie. Marcel Gauchet entre au Centre de recherches politiques Raymond Aron qui est le département d’études politiques de l’EHESS, avec l’appui de Pierre Nora et de l’historien François Furet. Il retrouve dans ce centre des universitaires libéraux comme Pierre Manent, Jacques Julliard, Pierre Rosanvallon, Philippe Raynaud ou Monique Canto-Sperber, tous pouvant se réclamer de l’héritage de Raymond Aron.

Il a étudié le processus de sécularisation à l'œuvre en Occident dans le Désenchantement du monde (Gallimard, 1985). Il y explique que le christianisme est « la religion de la sortie de la religion », c'est-à-dire une religion qui contient potentiellement en elle la dynamique de sécularisation. Cette sécularisation (ou «  désenchantement du monde ») ne signifie pas la fin des croyances privées personnelles, mais que désormais la religion ne structure plus la société, elle n'en est plus le principe d'organisation ou de légitimité. « Autour des années 1970, nous avons été soustraits sans nous en rendre compte à la force d’attraction qui continuait à nous tenir dans l’orbite du divin », écrit Marcel Gauchet dans la Religion dans la démocratie (Gallimard, 2000).

Marcel Gauchet est également le père de l'expression «  fracture sociale », reprise en 1994 par Emmanuel Todd et qui devient le thème central de la campagne présidentielle (1995) de Jacques Chirac.

Il est membre du conseil d'orientation du laboratoire d'idées En temps réel [3].

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