Luc Montagnier

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Luc Montagnier
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Luc Montagnier en 2008.
Nom de naissanceLuc Antoine Montagnier
Naissance (85 ans)
Chabris[1] (France)
NationalitéDrapeau de France Français
DomainesVirologie, Immunologie
InstitutionsCNRS, Institut Pasteur
DiplômeUniversité de Paris
Renommé pourTravaux sur le virus de l'immunodéficience humaine
Téléportation de l'ADN
DistinctionsPrix Lasker 1986
Prix Nobel de physiologie ou médecine 2008

Luc Montagnier est un biologiste virologue français, né, le , à Chabris, dans l'Indre. Le , il est colauréat avec Françoise Barré-Sinoussi du prix Nobel de physiologie ou médecine[2], pour la découverte, en 1983 du VIH, le virus responsable du sida. Son rôle dans la découverte du rétrovirus est cependant discuté et il est en outre diagnostiqué par les sceptiques comme atteint de la « maladie du Nobel » (consistant pour un prix Nobel à se mettre à travailler sur des sujets où il n'a aucune compétence ou sur des théories pseudo-scientifiques), après avoir multiplié ses positions en décalage total avec les connaissances actuelles en termes de biologie et de médecine, et dépourvues de tout fondement scientifique solide[3].

Il est professeur émérite à l'Institut Pasteur, où il dirige l’unité d’oncologie virale de 1972 à 2000, directeur émérite de recherche au Centre national de la recherche scientifique[4] et ancien professeur à l'université de New York. Il est membre des Académies des sciences et de médecine. Marginal, il finit par faire l'objet de vives critiques et même d'être accusé de charlatanisme dans les années 2000, affirmant que l'ADN émettrait spontanément des ondes électromagnétiques (justifiant au passage le traitement des personnes autistes à l'aide d'antibiotiques, de traiter le sida au Cameroun par l'alimentation et l'homéopathie, et proposant de pouvoir téléporter de l'ADN de la France vers l'Italie) et remettant au goût du jour les théories improbables de la « mémoire de l'eau » de Jacques Benveniste[5],[6],[7],[8].

En 2010, Luc Montagnier a annoncé qu'il fuyait le « climat de terreur intellectuel » en France pour prendre la direction d'un nouvel institut de recherche en Chine à l'université Jiaotong de Shanghai, où il poursuit ses recherches sur la formation dans l'eau de « nanostructures » induites par l'ADN[9],[10]. En 2012, alors que Montagnier est pressenti pour présider un laboratoire de recherches au Cameroun, 44 autres prix Nobel signent une lettre au président du pays pour dénoncer « [les solutions de Montagnier] qui n’ont aucun début de preuves scientifiques » et le prévenir d'« un impact désastreux sur la qualité du système de santé au Cameroun »[11]. En novembre 2017, lors d'une conférence aux côtés d'Henri Joyeux, Montagnier signe son arrêt de mort scientifique après un « lent naufrage » : en quelques semaines, plus d'une centaine de scientifiques condamnent dans une pétition ses propos irresponsables sur des risques supposés des vaccins[12].

Biographie

Luc Montagnier est issu d'une famille du Berry, fils unique d'un père expert-comptable et d'une mère au foyer[13]. Il poursuit de front des études de médecine et de sciences d'abord à Poitiers, où il a pour professeur Pierre Gavaudan, qui l'initie aux notions de biologie moléculaire, discipline alors naissante. À 21 ans il montre que les radiations jaunes sont responsables du phototaxisme du chloroplaste chez une algue, en utilisant des filtres colorés, un microscope et une caméra.

Puis, à Paris et à 23 ans, il est assistant à la faculté des sciences de Paris. Il se perfectionne dans les méthodes de culture de cellules humaines en conditions parfaitement stériles. En 1957, la première description d'un ARN viral (celui du virus de la mosaïque du tabac) par Fraenkel-Conrat (en) et Gierer (de) et Schramm (de) détermine sa vocation : devenir un virologue grâce à l'approche moderne de la biologie moléculaire.

En 1960, il entre au CNRS puis effectue des stages en Grande-Bretagne, dans des laboratoires réputés de virologie. En 1963, à Carshalton, dans le laboratoire de F.K. Sanders, il découvre le mécanisme de réplication des virus à ARN, en isolant une molécule infectieuse en double hélice d'ARN analogue à celle de l'ADN dans le virus murin encephalomyocarditis (en). C'est la première fois que l'on démontre qu'un ARN peut se répliquer comme l'ADN, en produisant un brin complémentaire. Il travaille ensuite à Glasgow où il montre que chez le virus oncogène Polyomavirus, l'ADN nu seul comporte le pouvoir oncogène.

De retour en France, à l'Institut Curie, en collaboration avec P. Vigier, il étudie la réplication et la structure de l'ARN d'un rétrovirus, le virus du sarcome de Rous. Il démontre que ce rétrovirus intègre son patrimoine génétique dans l'ADN des cellules infectées.

En 1972, à l'invitation de Jacques Monod, il crée l'Unité d'oncologie virale dans le nouveau département de virologie de l'Institut Pasteur. Ses recherches vont alors porter en partie sur l'interféron et sur son rôle dans l'expression génétique des virus. En 1982, il découvre une nouvelle activité enzymatique associée aux mitochondries des cellules cancéreuses.

En 1975, il est rejoint par Jean-Claude Chermann et sa collaboratrice, Françoise Barré-Sinoussi, spécialisés dans la recherche de transcriptase inverse, qui s’attellent à chercher des rétrovirus infectant des humains.

Découverte du VIH

En 1983, c'est la découverte avec ses collaborateurs Jean-Claude Chermann et Françoise Barré-Sinoussi d'un nouveau rétrovirus humain, le Lymphadenopathy Associated Virus (LAV), maintenant reconnu comme le virus agent causal du sida. L'équipe qu'anime Luc Montagnier dès le début de cette découverte s'attache, dans des conditions difficiles, à caractériser ce nouveau virus et à démontrer son rôle dans le sida, notamment par l'étude de ses propriétés biologiques et la mise au point d'un test de diagnostic sérologique.

En 1986, le groupe de Luc Montagnier découvre à nouveau un second virus associé au sida en Afrique de l'Ouest[14], mais très différent du premier par ses séquences moléculaires.

Luc Montagnier est le premier chef du nouveau département « Sida et rétrovirus » de l'Institut Pasteur, à Paris, qu'il dirige de 1991 à 1997.

Par ailleurs, Luc Montagnier et ses collaborateurs démontrent que des mycoplasmes augmentent considérablement l'effet cytopathogène du virus. Cette observation est le point de départ d'une recherche encore en cours sur le rôle des cofacteurs infectieux dans la virulence et l'effet pathogène du virus, recherche pouvant conduire à de nouvelles approches thérapeutiques et vaccinales.

En 1993, il crée la Fondation mondiale prévention et recherche sida (FMPRS), sous l'égide de l'UNESCO. De 1997 à 2001, il est professeur et directeur du Centre de biologie moléculaire et cellulaire au Queens College de l'Université de New York (en).

Avec son collègue italien Vittorio Colizzi, Luc Montagnier participe à plusieurs conférences, notamment en Afrique, pour lutter contre la propagation du VIH.

Recherches et déclarations controversées

Téléportation de l'ADN et « applications » polémiques

Articles détaillés : Téléportation de l'ADN et Mémoire de l'eau.

Dans deux publications datant de 2009[15],[16] dans une revue dont il préside le comité éditorial [17], l'équipe de Montagnier décrit une propriété inédite de l'ADN d'agents infectieux, les bactéries dans un cas et le VIH dans l'autre : l'ADN induirait des nanostructures dans l'eau émettant des ondes électromagnétiques de basse fréquence après filtration, agitation et dilution.

De ces expériences, Montagnier émet l'hypothèse que des bactéries seraient impliquées dans l'autisme et d'autres maladies chroniques, que lui pourrait détecter avec sa méthode[18]. Présentée lors d'une intervention en 2012 à l’Académie nationale de médecine, ses déclarations font de nouveau scandale[19].

En 2015, l'équipe de Montagnier prétend enregistrer les signaux électromagnétiques que l'ADN émettrait, de l'envoyer par mail à un laboratoire italien qui s'en servirait pour reconstituer à l'identique l'ADN « enregistré » dans un tube d'eau pure ainsi « informée »[20]. Cette expérience a valu au professeur d'être la « risée » du monde scientifique, qui a simplement ignoré ces résultats considérés comme « absolument invraisemblables »[21],[22].

Luc Montagnier admet se rapprocher des recherches et thèses du docteur Jacques Benveniste. En décembre 2010 dans une interview à la revue Science il déclare : « On me dit que certains ont reproduit avec succès les expériences de Benveniste mais ils ont peur de les publier à cause de la terreur intellectuelle de la part de ceux qui ne les comprennent pas »[23]. Ces théories sont considérées comme étant le résultat de fraudes scientifiques ou d'artefacts expérimentaux.

Le sida

Dans le documentaire The House of Numbers de 2009 niant la relation de causalité du VIH envers le sida, Luc Montagnier a déclaré qu'avec un bon système immunitaire, épaulé d'une bonne nutrition antioxydante, l'organisme se défend mieux contre les attaques virales [24]:

« Je crois que c’est l’une des façons d’aborder le problème pour diminuer le taux de transmission. Je crois qu’on peut être exposé au VIH plusieurs fois sans être infecté de manière chronique. Si vous avez un bon système immunitaire, il se débarrassera du virus en quelques semaines. Et c’est cela aussi le problème des Africains : leur nourriture n’est pas très équilibrée, ils sont dans un stress oxydatif, même s’ils ne sont pas infectés par le VIH. À la base, leur système immunitaire ne fonctionne pas bien, et donc peut permettre au virus de rentrer dans l’organisme et d’y rester. »

En 2010, à l'âge de 78 ans, il est recruté dans le cadre de son projet par l'université Jiao-tong de Shanghai, en Chine[25].

Papaye fermentée

En 2002, Montagnier propose au pape Jean-Paul II de guérir sa maladie de Parkinson à l'aide de gélules à base de papaye fermentée, dont l'effet « antioxydant » protégeraient du vieillissement. Il déclare même, évoquant des essais non publiés, « On a essayé sur des patients atteints de sida, en Afrique, qui étaient sous trithérapie. Avec la papaye, leur système immunitaire se rétablissait beaucoup mieux », et que le produit miracle permettrait aussi de lutter contre l'alcoolisme. À l'occasion de la publicité offerte par ce chercheur, les pharmacies françaises se mettent à vendre différentes préparations à base de ce fruit fermenté[26]. L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) est saisie en 2004, et rend un avis concluant qu'aucune démonstration de l'implication de la préparation de papaye fermentée n'est apportée, que toutes les vertus prétendues sont avancées sans preuves scientifiques et simplement diluées dans des considérations biologiques générales sur le système anti-oxydant, le vieillissement ou le système immunitaire[27].

Maladie de Lyme

En 2016, il se fait encore remarquer en proposant une méthode farfelue pour diagnostiquer la maladie de Lyme, causée par des bactéries — les borrélies — transmises par les tiques, en « captant des ondes électromagnétiques émises par l'échantillon de sang étudié »[28]. Certains médecins prescrivent à leurs patients de faire réaliser ce test en adressant leurs échantillons à la société Nanectis gérée par Montagnier. Les analyses coûteraient aux patients entre 300 et 400 , à régler sous la forme d'un « don libre », c'est-à-dire en partie déductible des impôts[29].

Vaccins

Le 7 novembre 2017 il participe avec Henri Joyeux (radié par le Conseil de l'Ordre des médecins en 2016 pour non-respect du Code de déontologie), à une conférence de presse où il déclare être d'accord avec plusieurs arguments des anti-vaccins qui sont réfutés par la communauté médicale [30],[31],[32]:

  • les vaccins sont responsables de la mort subite du nourrisson et déclare avoir « un dossier judiciaire américain concernant un bébé mort aux États-Unis après avoir été vacciné »
  • les adjuvants à base de sel d'aluminium seraient « responsables d’une tempête immunitaire chez le nourrisson »
  • le « paracétamol, que l'on donne aux nourrissons quand ils ont une réaction au vaccin. C’est du poison. »

Une grosse centaine d'académiciens des sciences et de médecine co-signent une tribune à la suite de cet événement, qui considèrent que Montagnier « utilise son prix Nobel pour diffuser, hors du champ de ses compétences, des messages dangereux pour la santé, au mépris de l’éthique qui doit présider à la science et à la médecine ». Pour Le Figaro, Montagnier signe son arrêt de mort scientifique, après un « lent naufrage » depuis ses déclarations sur la mémoire de l'eau, ou celles sur les africains et le VIH[12].

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