Louis XV

Louis XV
Portrait de Louis XV par Louis-Michel van Loo.
Portrait de Louis XV par Louis-Michel van Loo.
Titre
Roi de France et de Navarre

(58 ans, 8 mois et 9 jours)
Couronnement ,
en la cathédrale de Reims
Régent Philippe d'Orléans (1715-1723)
Premier ministre Cardinal Dubois
Duc de Bourbon
Cardinal de Fleury
Prédécesseur Louis Louis XIV
Successeur Louis Louis XVI
Dauphin de France

(3 ans, 5 mois et 24 jours)
Prédécesseur Louis, dauphin de France
Successeur Louis, dauphin de France
Biographie
Dynastie Maison de Bourbon
Nom de naissance Louis de France, duc d'Anjou
Date de naissance
Lieu de naissance Château de Versailles ( France)
Date de décès (à 64 ans)
Lieu de décès Château de Versailles ( France)
Sépulture Nécropole de Saint-Denis
Nationalité française
Père Louis de France,
dauphin de France
Mère Marie-Adélaïde de Savoie
Conjoint Marie Leszczyńska
Enfants Élisabeth de France
Henriette de France
Marie-Louise de France
Louis de France
Philippe de France
Adélaïde de France
Victoire de France
Sophie de France
Thérèse de France
Louise de France
Charles de Vintimille
Louis-Aimé de Bourbon
Religion Catholicisme
Résidence Château de Versailles, Château de Choisy, Château de Fontainebleau

Signature de Louis XV

Louis XV
Monarques de France

Louis XV dit le « Bien-Aimé », né à Versailles le et mort le dans la même ville, est un roi de France et de Navarre. Membre de la maison de Bourbon, il règne sur le royaume de France du au .

Orphelin à l'âge de deux ans, duc d'Anjou puis dauphin de France du au , il succède à son arrière-grand-père Louis Louis XIV à l'âge de cinq ans. Son pouvoir est alors délégué à son cousin, le duc d'Orléans, proclamé «  régent du Royaume », le , jusqu'au , date de l'entrée du jeune roi dans sa quatorzième année et de sa majorité, où il prend officiellement la direction du gouvernement.

Les premières années de son règne se déroulent dans un calme relatif, sous la direction prudente de plusieurs précepteurs, qui lui prodiguent une vaste culture. À sa majorité, il confie successivement le gouvernement à des proches parents, le duc d'Orléans, ex-régent, puis le duc de Bourbon, puis à l'un de ses anciens précepteurs, le cardinal de Fleury.

À la différence de Louis XIV, Louis XV n'a pas été en contact direct avec la vie politique du pays. Il ne voyait que rarement ses ministres et agissait souvent à l'encontre de leurs attentes faute de pouvoir leur donner des directives fermes et précises, d'après les informations émanant d'un réseau secret de diplomates et d'espions qu'il avait constitué [1]. Son désintérêt pour la politique et la succession de ministres aux tendances différentes aboutissent à un affaiblissement de l'influence de la France en Europe.

Seul survivant de la famille royale stricto sensu, il bénéficie au début de son règne d'un grand soutien populaire, ce qui lui vaut le surnom de « Bien-Aimé » en 1744 après une maladie qui faillit l'emporter à Metz. Au fil des années cependant, son manque de fermeté, le dénigrement de son action par les parlementaires et une partie de la noblesse de cour, les intrigues incessantes impliquant sa maîtresse, la marquise de Pompadour, et son inconduite dans sa vie privée amènent la disparition de sa popularité, à tel point que sa mort — de la petite vérole — provoque des festivités dans Paris, comme à la suite de celle de Louis XIV.

Sous son règne, toutefois, la France connaît de grands succès militaires sur le continent européen et acquiert le duché de Lorraine et le duché de Bar, ainsi que la Corse. En revanche, elle perd le contrôle d'une grande partie de son empire colonial, au profit de la domination coloniale britannique : spécialement la Nouvelle-France en Amérique, ainsi que sa prépondérance aux Indes.

Enfance

Louis XIV et ses descendants : le dauphin, le duc de Bourgogne et le duc de Bretagne à la naissance du futur Louis XV ( Nicolas de Largillierre, 1710).

Louis XV est né le au château de Versailles. Arrière-petit-fils du roi Louis Louis XIV, il est le troisième fils de Louis de France, duc de Bourgogne, surnommé le Petit Dauphin, et de Marie-Adélaïde de Savoie et, à ce titre, le quatrième prince en ligne successorale. De ses deux frères aînés, également prénommés Louis, le premier (titré duc de Bretagne) est mort en 1705 à l'âge d'un an, le second (reprenant le titre de duc de Bretagne), est né en 1707.

Immédiatement après sa naissance, le futur Louis XV est ondoyé, dans la chambre de la Duchesse de Bourgogne, par le cardinal Toussaint de Forbin-Janson, évêque de Beauvais, grand aumônier de France, en présence de Claude Huchon, curé de l' église Notre-Dame de Versailles [2].

La naissance de cet enfant permet au roi Louis XIV d'affirmer encore plus les droits de la maison de Bourbon au trône d'Espagne [réf. nécessaire]. En pleine guerre de Succession d'Espagne, le futur Louis XV est titré duc d'Anjou, titre porté précédemment par son oncle, Philippe de France, prétendant français au trône d'Espagne et futur roi Philippe V (1700 – 1746).

Le petit prince est immédiatement confié à sa gouvernante, la duchesse de Ventadour, secondée par Madame de La Lande, sous-gouvernante [3]. Il n'est alors pas destiné à régner, se plaçant au quatrième rang dans l'ordre de succession dynastique. Avant lui, doivent logiquement régner le fils de Louis XIV, le Grand Dauphin, puis le Petit Dauphin, petit-fils de Louis XIV, et enfin le frère aîné du futur Louis XV, le duc de Bretagne. Mais entre 1710 et 1715, une série de morts dans la famille royale met brusquement le jeune prince en première ligne dans la succession de Louis XIV : le Grand Dauphin meurt de la variole le . L'année suivante, une «  rougeole maligne » emporte le Petit Dauphin et son épouse les 18 et .

Demi-Louis dit de « Noailles » sous Louis XV le Bien-Aimé.

Les deux fils aînés du duc de Bourgogne, les ducs de Bretagne et d'Anjou, contractent également la maladie. L'aîné, duc de Bretagne, meurt le . Le jeune duc d'Anjou, âgé alors d'à peine deux ans, devient l'héritier du trône de France avec le titre de dauphin de Viennois, abrégé en dauphin. Malade, sa santé est scrutée avec attention par Louis XIV, roi vieillissant et suffisamment affecté par les pertes familiales récentes pour se laisser aller à pleurer devant ses ministres. On craint longtemps pour la santé du jeune prince, mais, petit à petit, il se remet, soigné par sa gouvernante et protégé par elle des abus de saignées qui ont vraisemblablement causé la mort de son frère [4].

Le futur Louis XV est baptisé le en l'appartement des Enfants de France au château de Versailles par Henri-Charles du Cambout, duc de Coislin, évêque de Metz, premier aumônier du roi, en présence de Claude Huchon, curé de l' église Notre-Dame de Versailles [5] : son parrain est Louis Marie de Prie, marquis de Planes, et sa marraine est Marie Isabelle Gabrielle Angélique de La Mothe-Houdancourt. Baptisé en même temps que son frère Louis de France (1707 – 1712), et les deux enfants étant en danger de mort, le roi avait ordonné qu'on prenne pour parrains et marraines ceux qui se trouvaient alors dans la chambre [6].

En 1714, Louis est confié à un précepteur, l'abbé Perot. Celui-ci lui apprend à lire et à écrire, et lui enseigne des rudiments d'histoire et de géographie et lui donne l'enseignement religieux nécessaire au futur roi très chrétien. En 1715, le jeune dauphin reçoit également un maître à danser, puis un maître à écrire. Son confesseur est le père Le Tellier [7].

La formation

Réception de l'ambassade perse par le roi et le dauphin.

Le futur Louis XV commence sa vie publique peu de temps avant la mort de son bisaïeul Louis XIV. Le , Louis XIV reçoit en effet en grande pompe dans la galerie des Glaces de Versailles l'ambassadeur de Perse [8]. Il associe son successeur, qui vient d'avoir cinq ans, à la cérémonie, le plaçant à sa droite. En avril 1715, l'enfant participe avec le vieux roi à la cérémonie de la cène du Jeudi saint et participe au lavement des pieds. Il est toujours accompagné de sa gouvernante, Madame de Ventadour. Dans les derniers temps de la vie de Louis XIV, le futur roi participe à plusieurs défilés militaires et cérémonies afin d'acquérir l'habitude de la vie publique [9].

Un roi de cinq ans

Le 26 août, sentant la mort venir, Louis XIV fait entrer le jeune Louis dans sa chambre, l'embrasse et lui parle avec gravité de sa future tâche de roi, dans des mots qui sont par la suite passés à la postérité, qui y a vu une sorte de testament politique du grand roi et des remords concernant sa propre action :

Louis XV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud.

« Mignon, vous allez être un grand roi, mais tout votre bonheur dépendra d'être soumis à Dieu et du soin que vous aurez de soulager vos peuples. Il faut pour cela que vous évitiez autant que vous le pourrez de faire la guerre : c'est la ruine des peuples. Ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ai donné sur cela ; j'ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l'ai soutenue par vanité. Ne m'imitez pas, mais soyez un prince pacifique, et que votre principale application soit de soulager vos sujets [10]. »

Louis Louis XIV meurt six jours plus tard, le .

Les 3 et , Louis XV accomplit ses premiers actes de roi, d'abord en se rendant à la messe de requiem célébrée pour le feu roi à la chapelle de Versailles, ensuite en recevant l'assemblée du clergé venue célébrer son propre avènement. Le 12, il enchaîne sur un lit de justice, l'une des cérémonies les plus solennelles de la monarchie, le 14, sur les harangues du Grand Conseil, de l' Université de Paris et de l' Académie française, les jours suivants, sur les réceptions d'ambassadeurs venus présenter leurs condoléances, etc. Malgré son jeune âge, il doit se plier à la mécanique du gouvernement et de la cour et jouer son rôle de représentation.

Au jour anniversaire de ses sept ans le , ayant atteint l'âge de raison, son éducation « passe aux hommes » [11] : elle est désormais confiée à un gouverneur, le duc François de Villeroy (un ami d'enfance de Louis XIV et fils de Nicolas Nicolas V de Villeroy, gouverneur de Louis XIV) qui lui impose tous les rituels de la Cour de Versailles mis en place par Louis XIV [12]. Il y a également un précepteur, André Hercule de Fleury, évêque de Fréjus. On lui apprend désormais le latin, les mathématiques, l' histoire et la géographie, la cartographie, le dessin et les rudiments d' astronomie, mais aussi la chasse. L'éducation manuelle n'est pas non plus négligée : en 1717, il apprend un peu de typographie, et en 1721, il s'initie à tourner le bois. Depuis 1719, il avait des maîtres de musique. Contrairement à Louis Louis XIV, il n'avait que peu d'affinités pour la musique mais était attiré par l'architecture [13].

Régence du duc d’Orléans

Article détaillé : Régence (1715-1723).

La monarchie française a, depuis le Moyen Âge, fixé de manière stricte les règles de succession. Elle a cependant peu de règles concernant les régences. Ces périodes sont redoutées comme propices aux troubles à cause de la faiblesse alors présentée par le pouvoir royal. Louis Louis XIV, voyant ses descendants mourir avant lui, a donc réglé les problèmes de régence qui allaient se poser après sa mort. Il songeait également que, le petit Louis XV étant seul de sa lignée et fragile, il fallait assurer une succession au trône. La volonté du roi est de pousser en avant la position de ses fils bâtards qu'il a eu avec Madame de Montespan : le Duc du Maine et le Comte de Toulouse. Cela entraîna donc, à la fin du règne de Louis XIV, plusieurs modifications des coutumes, et notamment le fait que les enfants bâtards de Louis XIV aient été déclarés « successibles ». Il cherche également à minorer le rôle de Philippe d'Orléans, en le faisant simplement chef du conseil de régence, envisageant que les décisions se prennent à la majorité des voix. Pour finir, Louis XIV nomme lui-même les conseillers de la régence, et nomme un bon nombre d'ennemi du futur régent.

Le roi (à droite) et son cousin le Régent.

Cependant Philippe d'Orléans est déjà conscient des clauses du testament à son encontre depuis plusieurs mois. Ce dernier obtient du parlement de Paris le contournement du testament, c'est-à-dire que le parlement fait le choix d’interpréter le testament avec une grande liberté. Les parlementaires donnent alors la régence pleine et entière à Philippe d'Orléans. Pour obtenir cette décision, le régent a dû s'arranger avec les officiers. Cette négociation a tourné autour du droit de remontrance, fortement limité sous Louis XIV.

Le principal danger dynastique vient, pour le régent, de l' Espagne, dont le roi est l'oncle de Louis XV, Philippe V, qui avait (pour les traités d'Utrecht) renoncé à tout droit au trône, mais qui aurait bien pu invoquer l’indisponibilité de la couronne (rappelée par les juristes, tant avant qu'après [14] que la renonciation eut lieu) pour faire valoir ses droits en cas de décès de Louis XV sans enfant (il les fera valoir [15], [16] effectivement en 1726 – 1728).

Louis à la croix du Saint-Esprit, 1719, Paris.

Le Régent, Philippe d'Orléans, à qui Louis XIV a confié le jeune roi, est donc conduit à prendre quelques libertés avec les instructions de l'ancien roi, ce afin de protéger Louis XV et de commencer à assurer son autorité.

La première mesure prise par le Régent est de ramener Louis XV et la Cour à Paris. C'est aller contre les volontés de Louis XIV, mais se rapprocher du peuple. Le souvenir de la Fronde est encore vif, et le Régent souhaite construire un lien fort entre le peuple de Paris et le jeune roi, afin d'éviter tout trouble. Après un passage par Vincennes de septembre à décembre 1715, Louis XV s'installe au palais des Tuileries tandis que le Régent gouverne le royaume depuis le Palais-Royal. Le peuple parisien se prend alors d'affection pour ce jeune roi alors que la noblesse, désormais dispersée dans les hôtels de la capitale, jouit sans contrainte ni mesure de sa liberté [17].

Un des premiers actes politiques de Philippe d'Orléans est également sa volonté de donner des garanties au Parlement pour compenser le retour à Paris de la Cour et la liberté prise par le Régent avec les instructions de Louis XIV. Il lui redonne notamment le droit de remontrance, que Louis XIV avait fortement réduit en le cantonnant à des remontrances postérieures à la prise de décision royale. En ces temps de faiblesse du pouvoir, les parlements (et principalement le Parlement de Paris) se présentent comme des représentants du peuple, malgré la vénalité de leurs charges et leur composition quasi exclusivement issue de la noblesse de robe. Cela leur donne le pouvoir de s'opposer au Régent, notamment par des grèves, appelées « cessations d'activité ». Le premier conflit apparaît en 1717 – 1718, à propos des soucis financiers dus à la banqueroute de Law. Par ailleurs, entre 1715 et 1718, le gouvernement central est réorganisé : les secrétaires d'État sont supprimés et remplacés par des conseils qui redonnent un rôle politique à la haute noblesse : c'est la polysynodie. Ce système est abandonné en raison de sa lourdeur.

D'autres conflits apparaissent régulièrement, liés notamment au problème janséniste et à l'application de la bulle Unigenitus. En rompant avec la mainmise de Louis XIV sur les droits des parlements, le Régent ouvre la porte à une ère de contestation, que Louis XV aura bien du mal ensuite à contrer.

La Régence marque aussi un changement d'alliances pour la France. Alors qu'elle avait auparavant noué une solide alliance avec l'Espagne des Bourbons, voisine géographique et alliée catholique, le Régent opte au contraire pour un éloignement d'avec l'Espagne et un rapprochement avec les puissances du Nord de l'Europe, revenant à la politique du siècle précédent alors que le risque d'encerclement des Habsbourg n'existe plus. C'est ainsi qu'il renoue des contacts avec la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, pourtant protestants. En 1717 est formalisée la Triple alliance de La Haye, liant France, Pays-Bas et Angleterre. Ce retournement d'alliance du régent est même complété en 1718, par une alliance innovante avec l' Autriche des Habsbourg (quadruple alliance). Tout cela inquiète le roi Philippe Philippe V d'Espagne à tel point qu'il tente de faire renverser le régent par le duc du Maine et que cela entraîne une courte guerre entre la France et l'Espagne en 1719. La victoire des puissances européennes contraint l'Espagne à rejoindre leur alliance et à organiser des fiançailles ou des mariages franco-espagnols. Le roi est un temps fiancé à Marie-Anne-Victoire d'Espagne, renvoyée en Espagne par le duc de Bourbon.

Sur le plan économique, la Régence est une période de vitalité et d'expérimentations. Mais l'échec du système de Law et les réticences qui suivent concernant le crédit et l'investissement ralentissent, à terme, la modernisation de l'économie.

Las des critiques des Parlementaires qui commencent à agiter en sous-main les Parisiens et de l'hostilité de la foule qui lance injures et projectiles sur son carrosse, le Régent, sans l'annoncer officiellement, décide de faire revenir la Cour au château de Versailles. Le , Versailles redevient résidence royale et symbolise le retour à la politique louis-quatorzienne [18].

La Régence laisse ainsi au jeune roi Louis XV, lorsqu'il prend effectivement les rênes du pouvoir en 1723 un royaume à la fois héritier de la monarchie absolutiste de Louis XIV et des ouvertures parfois « fragilisantes » du Régent. Cela influence considérablement le règne de Louis XV [19].

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