Louis-Ferdinand Céline

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Louis-Ferdinand Céline
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Louis-Ferdinand Céline, en 1932.

Nom de naissance Louis Ferdinand Destouches [1], [2]
Alias
L.-F. Céline
Naissance
Courbevoie, Seine, France
Décès (à 67 ans)
Meudon, Seine-et-Oise, France
Nationalité Drapeau de la France Française
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français
Genres
Adjectifs dérivés «  Célinien »

Œuvres principales

Signature de Louis-Ferdinand Céline

Louis Ferdinand Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline Prononciation du titre dans sa version originale  Écouter, né le à Courbevoie, et mort le à Meudon, connu sous son nom de plume généralement abrégé en Céline [3], est un écrivain et médecin français.

Céline est considéré comme l'un des plus grands novateurs de la littérature française du XXe siècle [4], introduisant un style elliptique personnel et très travaillé qui emprunte à l' argot et tend à s'approcher de l'émotion immédiate du langage parlé. À propos de son style, Julien Gracq dira : « Ce qui m'intéresse chez lui, c'est surtout l'usage très judicieux, efficace qu'il fait de cette langue entièrement artificielle – entièrement littéraire – qu'il a tirée de la langue parlée. » [5]. Il est notamment célèbre pour Voyage au bout de la nuit, publié en 1932.

Il a été un agent actif de l' Allemagne nazie [6], et notoirement proche de certains milieux collaborationnistes pendant l' Occupation de la France par l'Allemagne. Le rôle qu'il a joué durant cette période a longtemps été minoré [7], avant que la recherche historique ne fasse la lumière à ce sujet. Son antisémitisme [8] s'est exprimé avec virulence dans des pamphlets dès 1937 [9].

Biographie

Jeunesse en région parisienne

Louis Ferdinand Destouches naît à Courbevoie, au 11, rampe du Pont-de-Neuilly [2] (aujourd'hui chaussée du Président-Paul-Doumer). Il est le fils unique de Ferdinand Destouches (Le Havre 1865 - Paris 1932), issu du côté paternel d'une famille de petits commerçants et d'enseignants d'origine normande installés au Havre [10] et du côté maternel d'une famille bretonne, et de Marguerite Guillou (Paris 1868 - Paris 1945), propriétaire d'un magasin de mode, issue d'une famille bretonne composée d'artisans, installés en région parisienne, et de petits commerçants [1]. Il est baptisé le avant d'être confié à une nourrice [11]. Son père est employé d'assurances et « correspondancier », selon les propres mots de l'écrivain, et a des prétentions nobiliaires (parenté revendiquée plus tard par son fils avec le chevalier Destouches, immortalisé par Jules Barbey d'Aurevilly), et sa mère est commerçante en dentelles dans une petite boutique du passage Choiseul.

Le no 64 du passage Choiseul où vécut Louis Destouches enfant.

Ses parents déménagent en 1897 et s'installent à Paris, d'abord rue de Babylone puis, un an plus tard, rue Ganneron et enfin, durant l'été 1899, passage Choiseul, dans le quartier de l'Opéra, où Céline passe toute son enfance dans ce qu'il appelle sa « cloche à gaz » en référence à l'éclairage de la galerie par une multitude de becs à gaz au début du e siècle. En 1900, il entre à l'école communale du square Louvois. Après cinq ans, il intègre une école catholique durant une année avant de revenir à un enseignement public. Il reçoit une instruction assez sommaire, malgré deux séjours linguistiques en Allemagne d'abord, à Diepholz pendant un an puis à Karlsruhe, et en Angleterre ensuite. Il occupe de petits emplois durant son adolescence, notamment dans des bijouteries, et s'engage pour trois ans dans l'armée française le 28 septembre 1912, à 18 ans, par devancement d'appel [12].

Première Guerre mondiale et Afrique

Il rejoint le 12e régiment de cuirassiers à Rambouillet. Il utilisera ses souvenirs d'enfance dans Mort à crédit et ses souvenirs d'incorporation dans Voyage au bout de la nuit ou encore dans Casse-pipe (1949). Il est promu brigadier en 1913, puis maréchal des logis le . Quelques semaines avant son vingtième anniversaire, il est ainsi sous-officier.

Trois mois plus tard, son régiment participe aux premiers combats de la Première Guerre mondiale en Flandre-Occidentale. Pour avoir accompli une liaison risquée dans le secteur de Poelkapelle au cours de laquelle il est grièvement blessé au bras – et non à la tête, contrairement à une légende tenace qu'il avait lui-même répandue [13], affirmant avoir été trépané [14] –, et dès l'automne 1914 il est décoré de la médaille militaire le [15], puis rétroactivement de la Croix de guerre avec étoile d'argent. Ce fait d'armes est relaté dans L'Illustré national [16].

Réopéré en janvier 1915, il est déclaré inapte au combat, et est affecté comme auxiliaire au service des visas du consulat français à Londres (dirigé par l'armée en raison de l'état de siège), puis réformé après avoir été déclaré handicapé à 70 % en raison des séquelles de sa blessure (Céline se dit « mutilo 75 % » notamment dans D'un château l'autre). L'expérience de la guerre jouera un rôle décisif dans la formation de son pacifisme et de son pessimisme. Il se marie, à Londres, avec Suzanne Nebout, le [17]. Ce mariage n'est pas déclaré au consulat et Louis Destouches rentre seul en France, considéré comme célibataire par l'État français. Ensuite, il contracte un engagement avec une compagnie de traite qui l'envoie au Cameroun, où il part en avril 1916 surveiller des plantations. Malade, il rentre par bateau en France au mois d'avril 1917, pendant lequel il rédige une nouvelle, Des Vagues. Il arrive à destination en juin 1917 [11].

Il travaille en 1917-1918 au côté de l' écrivain polygraphe Henry de Graffigny, qui inspirera à l'écrivain le personnage de Courtial des Pereires dans Mort à crédit. Embauchés ensemble par la Fondation Rockefeller, ils parcourent la Bretagne en 1918 pour une campagne de prévention de la tuberculose.

Formation du médecin

Après la guerre, Louis-Ferdinand Destouches se fixe à Rennes. Il épouse Édith Follet, la fille du directeur de l'école de médecine de Rennes, le 10 août 1919 à Quintin (Côtes-du-Nord). Celle-ci donne naissance à son unique fille, Colette Destouches (15 juin 1920 - 9 mai 2011) [18]. Il prépare alors le baccalauréat, qu'il obtiendra en 1919, puis poursuit des études de médecine de 1920 à 1924 en bénéficiant des programmes allégés réservés aux anciens combattants, ponctuées par des remplacements de médecin en Bretagne, et dans les Ardennes, à Revin [19]. Sa thèse de doctorat de médecine, La Vie et l'Œuvre de Philippe Ignace Semmelweis (soutenue en 1924), sera plus tard considérée comme sa première œuvre littéraire. Il publie ensuite un ouvrage médical, La Quinine en thérapeutique ( 1925). Après son doctorat, il est embauché à Genève par la fondation Rockefeller qui subventionne un poste de l'Institut d'hygiène de la SDN, fondé et dirigé par le Dr Rajchman. Sa famille ne l'accompagne pas. Il effectue plusieurs voyages en Afrique et en Amérique avec des médecins. Cela l'amène notamment à visiter les usines Ford au cours d'un séjour à Détroit qui dure un peu moins de 36 heures, le temps pour lui d'être vivement impressionné par le fordisme et plus largement par l'industrialisation. Contrairement à la légende souvent reprise, il n'a jamais été conseiller médical de la société des automobiles Ford à Détroit [20].

Son contrat à la SDN n'ayant pas été renouvelé, il envisage d'acheter une clinique en banlieue parisienne puis s'essaie à l'exercice libéral de la médecine. Il finit par être engagé au dispensaire de Bezons où il perçoit 36 000 F par an après sa titularisation [21]. Il y rencontre Albert Sérouille et lui fera même une fameuse préface à son livre Bezons à travers les âges [22]. Pour compléter ses revenus, il occupera un poste polyvalent de concepteur de documents publicitaires, de spécialités pharmaceutiques (il élabore en 1933 un traitement de la maladie de Basedow qui sera commercialisé sous le nom de Basedowine [23]) et même de visiteur médical dans trois laboratoires pharmaceutiques.

Elizabeth Craig

En 1926, il rencontre à Genève Elizabeth Craig (1902-1989), une danseuse américaine, qui sera la plus grande passion de sa vie. C'est à elle, qu'il surnommera « l'Impératrice », qu'il dédiera Voyage au bout de la nuit. Elle le suit à Paris, 98 rue Lepic [24], mais le quitte en 1933, peu après la publication du Voyage. Il part à sa recherche en Californie, mais il apprend qu'elle a épousé Ben Tankel qui se trouve être juif. Après cela, on n'entend plus parler d'elle jusqu'en 1988, date à laquelle l'universitaire américain Alphonse Juilland la retrouve, quelques jours avant Jean Monnier [Qui ?], qui était sur sa trace également [25]. Elle affirme alors dans une interview qu'elle craignait qu'en perdant sa beauté avec l'âge, elle finisse par ne plus rien représenter pour lui [14].

Formation de l'écrivain

Comme beaucoup d'écrivains, Céline a su habilement bâtir toute une série de mythes sur sa personnalité. En même temps que Voyage au bout de la nuit, Céline écrivait des articles pour une revue médicale (La Presse médicale) qui ne correspondent pas à l'image de libertaire qu'on s'est faite de lui [26]. Dans le premier des deux articles publiés dans cette revue en mai 1928, Céline vante les méthodes de l'industriel américain Henry Ford, méthodes consistant à embaucher de préférence « les ouvriers tarés physiquement et mentalement » et que Céline appelle aussi « les déchus de l'existence ». Cette sorte d'ouvriers, remarque Céline, « dépourvus de sens critique et même de vanité élémentaire », forme « une main-d’œuvre stable et qui se résigne mieux qu'une autre ». Céline déplore qu'il n'existe rien encore de semblable en Europe, « sous des prétextes plus ou moins traditionnels, littéraires, toujours futiles et pratiquement désastreux ».

Dans le deuxième article, publié en novembre 1928, Céline propose de créer des médecins-policiers d'entreprise, « vaste police médicale et sanitaire » chargée de convaincre les ouvriers « que la plupart des malades peuvent travailler » et que « l'assuré doit travailler le plus possible avec le moins d'interruption possible pour cause de maladie ». Il s'agit, affirme Céline, d'« une entreprise patiente de correction et de rectification intellectuelle » tout à fait réalisable pourtant car « Le public ne demande pas à comprendre, il demande à croire. » Céline conclut sans équivoque : « L'intérêt populaire ? C'est une substance bien infidèle, impulsive et vague. Nous y renonçons volontiers. Ce qui nous paraît beaucoup plus sérieux, c'est l'intérêt patronal et son intérêt économique, point sentimental. » On peut toutefois s'interroger sur la correspondance entre ces écrits et les sentiments véritables de Céline, sur le degré d'ironie de ces commentaires « médicaux » (ou sur une éventuelle évolution) car, quelques années plus tard, plusieurs passages de Voyage au bout de la nuit dénonceront clairement l'inhumanité du système capitaliste en général et fordiste en particulier [27].

C'est toute cette partie de sa vie qu'il relate à travers les aventures de son antihéros Ferdinand Bardamu, dans son roman le plus connu, Voyage au bout de la nuit (). Ce premier livre a un retentissement considérable [28]. Aux réactions scandalisées ou déconcertées, se mêlent des éloges enthousiastes [29]. Le roman reçoit le prix Renaudot, après avoir manqué de peu le prix Goncourt [30] (ce qui provoquera le départ de Lucien Descaves du jury du Goncourt [31] : il ne reviendra qu'en 1939). Il connaît un grand succès de librairie.

Le , paraît L'Église [32], pièce de théâtre écrite en 1926 et 1927 [33], où figurent des allusions antisémites [34]. Les ventes sont modestes [35].

À cette époque, en raison de la publication du Voyage, Céline est particulièrement apprécié des milieux de gauche qui voient en lui un porte-parole des milieux populaires et un militant antimilitariste [36]. Louis Aragon le presse, mais en vain, de rejoindre la SFIC-Parti communiste [37] (ancien nom du PCF). Il aurait cependant assisté en 1933 au banquet médical parisien de l' Action française [38]. Le , Céline prononce à Médan, sur l'invitation de Lucien Descaves, un discours intitulé « Hommage à Zola » lors de la commémoration annuelle de la mort de l'écrivain [39], discours qui demeure la seule allocution publique littéraire de sa carrière [40]. « Pessimiste radical [41] » selon Henri Godard, Céline y dénonce aussi bien les sociétés fascistes que bourgeoises ou marxistes. Elles reposeraient toutes sur le mensonge permanent et n'auraient qu'un seul et même but : la guerre [42]. Elsa Triolet participe à la traduction en russe du Voyage au bout de la nuit [43]. Il paraît en URSS en janvier 1934, lourdement sabré [44].

Le , en plein Front populaire, paraît le deuxième roman de Céline, Mort à crédit, avec des coupures imposées par l'éditeur [45]. Le livre se vend bien, mais loin des proportions attendues [46]. Selon François Gibault, le public a la tête ailleurs : la société française, en pleine décomposition, en plein désarroi face au conflit des idéologies, réclame des penseurs et des philosophes, non des romanciers [47]. Les critiques, de gauche comme de droite, se déchaînent contre le livre [48]. Ils dénoncent d'une part le style [49] (le vocabulaire emprunte plus que jamais au langage populaire, et la phrase est maintenant déstructurée [50]), d'autre part la propension de Céline à rabaisser l'homme [51]. Les écrivains ne reconnaissent pas Céline pour leur pair [52]. Les fervents laudateurs du Voyage — Léon Daudet, Lucien Descaves — se taisent [53]. Céline est blessé du feu nourri d'attaques dirigées contre Mort à crédit [54]. Certains biographes y voient la raison de l'interruption de sa production romanesque [55] : il va se consacrer pour un temps à l'écriture de pamphlets [56].

Il se rend en URSS en septembre [57] pour dépenser les droits d'auteur du Voyage — les roubles n'étant pas convertibles [58]. Deux mois plus tard, le 28 décembre, il publie Mea culpa, vision apocalyptique de la nature humaine. Pour Céline, toute forme d'optimisme est une imposture : on ne se débarrassera jamais des égoïsmes, et par conséquent le sort des hommes ne s'améliorera jamais [59]. Dans ce court pamphlet, l'auteur exprime d'abord son dégoût du capitalisme et des bourgeois, avant de s'en prendre au communisme, qui ne serait rien d'autre que « l'injustice rambinée sous un nouveau blase [60] ». Le texte est suivi de sa thèse de médecine consacrée à Semmelweis [61].

L'époque des pamphlets antisémites

À la fin des années 1930, alors qu'il est en contact avec Arthur Pfannstiel [62], un critique d'art et traducteur travaillant pour le Welt-Dienst (service mondial de propagande nazi anti-maçonnique et antisémite), organe auprès duquel il se renseigne [62], [63], Céline publie deux pamphlets fortement marqués par un antisémitisme virulent [64], [65] : Bagatelles pour un massacre (1937) et L'École des cadavres (1938).

Il présente lui-même ces ouvrages ainsi :

« Je viens de publier un livre abominablement antisémite, je vous l'envoie. Je suis l'ennemi no 1 des juifs [66]. »

Dès la fin des années 1930, Céline se rapproche des milieux d'extrême droite français pro-nazis, en particulier de l'équipe du journal de Louis Darquier de Pellepoix, La France enchaînée [67].

Le 10 mai 1939, Céline et Robert Denoël décidèrent de retirer de la vente Bagatelles pour un massacre et L'École des cadavres. Cette décision est justifiée par la parution du décret-loi Marchandeau, le 21 avril 1939, bien que ce dernier ne les visât pas directement. Ce décret avait pour but de protéger les minorités raciales, et de prévenir des agitations liées à des publications racistes et antisémites [68].

L'Occupation

Sous l' Occupation, Céline, s'il ne signe pas à proprement parler d'articles, envoie des lettres aux journaux collaborationnistes [69] dont certaines sont publiées [70]. Il y fait preuve d'un antisémitisme littéraire violent [71], [72].

Dans son numéro 4 de septembre 1941, Notre Combat pour la Nouvelle France Socialiste, André Chaumet sélectionne pour ses lecteurs de courts extraits de Bagatelles pour un massacre (1937) sous le titre « Céline nous parle des juifs... » [73] :

« Pleurer, c'est le triomphe des Juifs ! Réussit admirablement ! Le monde à nous par les larmes ! 20 millions de martyrs bien entraînés c'est une force ! Les persécutés surgissent, hâves, blêmis, de la nuit des temps, des siècles de torture [74]… »

Visitant l'exposition «  Le Juif et la France », Céline reproche à Paul Sézille d'avoir éliminé de la librairie de l'exposition Bagatelles pour un massacre et L'École des cadavres. Ces ouvrages sont controversés jusque chez les nazis : si Karl Epting, directeur de l'Institut allemand de Paris, décrit Céline comme « un de ces Français qui ont une relation profonde avec les sources de l'esprit européen », Bernard Payr, qui travaille au service de la propagande en France occupée se plaint du fait que Céline « gâcherait » son antisémitisme par des « obscénités » et des « cris d'hystérique » [75].

Durant cette période, Céline exprime ouvertement son soutien à l'Allemagne nazie. Lorsque celle-ci entre en guerre contre l'Union soviétique, en juin 1941, il déclare :

« Pour devenir collaborationniste, j’ai pas attendu que la Kommandantur pavoise au Crillon… On n’y pense pas assez à cette protection de la race blanche. C’est maintenant qu’il faut agir, parce que demain il sera trop tard. […] Doriot s’est comporté comme il l’a toujours fait. C’est un homme… il faut travailler, militer avec Doriot. […] Cette légion ( la L.V.F.) si calomniée, si critiquée, c'est la preuve de la vie. […] Moi, je vous le dis, la Légion, c'est très bien, c'est tout ce qu'il y a de bien [76]. »

Il publie alors Les Beaux Draps, son troisième et dernier pamphlet antisémite (Nouvelles éditions françaises, le 28 février 1941), dans lequel il exprime clairement sa sympathie pour l'occupant :

« C’est la présence des Allemands qu’est insupportable. Ils sont bien polis, bien convenables. Ils se tiennent comme des boys scouts. Pourtant on peut pas les piffer… Pourquoi je vous demande ? Ils ont humilié personne… Ils ont repoussé l’armée française qui ne demandait qu’à foutre le camp. Ah, si c’était une armée juive alors comment on l’adulerait [77] ! »

En 1943, Hans Grimm, membre du Sicherheitsdienst, le service de renseignement de la SS à Rennes, fournit à Louis-Ferdinand Céline une autorisation pour se rendre en villégiature à Saint-Malo (zone d'accès limité à cette période du conflit). L’auteur lui offre un exemplaire d'une première édition d'un de ses romans.

L'absence en librairie des pamphlets n'est pas due à une décision d'interdiction officielle, puisque Bagatelles n'a donné lieu à aucun procès, que L'École des cadavres fut amputée de six pages (à la suite du jugement en correctionnelle pour diffamation du 21 juin 1939 [68]), mais ne connut aucune mesure de restriction à la vente.

Les Beaux Draps fut interdit en zone libre le 4 décembre 1941 [68] par le gouvernement de Vichy car il y critique sévèrement le régime de Vichy [78] (mais l'ouvrage continua d'être normalement diffusé et réimprimé en zone occupée [réf. nécessaire]). À son retour en France, Céline n'autorisa jamais leur réimpression et son ayant droit a, depuis 1961, respecté sa décision [79].

Même si Céline était ouvertement antisémite, selon l'historien Henri Guillemin, il n'a jamais collaboré pendant la guerre [80], ce que contestent cependant Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff dans un ouvrage paru en 2017 [81]. Selon ces deux auteurs, Céline a dénoncé fin 1940 un médecin juif non naturalisé, le Dr Joseph Hogart, dont il convoitait le poste. Ces dénonciations montrent « de quoi Céline était capable quand racisme et intérêt personnel se mettaient au service l'un de l'autre », pour Taguieff et Duraffour, qui dédient leur livre Céline, la race, le juif à Joseph Hogart [82].

En février 1944, lors d'un dîner à l'ambassade d'Allemagne à Paris avec ses amis Jacques Benoist-Méchin, Pierre Drieu la Rochelle et Gen Paul, Céline a déclaré à l'ambassadeur allemand Otto Abetz qu'Hitler était mort et remplacé par un sosie juif [83].

Le marque son retour au roman : il publie Guignol's Band [84], récit de son séjour de 1915 en Angleterre.

L'exil : Sigmaringen, puis le Danemark

Après le débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944, Céline, craignant pour sa vie, quitte la France avec son épouse Lucette quelques jours plus tard, le 17 juin. Il laisse ses manuscrits mais est muni de près d'un million de francs de pièces d'or cousues dans un gilet de Lucette [85], de deux ampoules de cyanure de mercure et de faux papiers [86]. Le couple se retrouve au Brenner's Park Hôtel  (de) de Baden-Baden, tout juste réquisitionné par la Wilhelmstraße du Reich pour accueillir les hôtes de marque du gouvernement de Vichy en déroute. N'obtenant pas de visa pour le Danemark, ils sont transférés à Berlin puis à Kränzlin  (de) (le Zornhof de son roman Nord), à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de la capitale allemande. Apprenant qu'un gouvernement français en exil tente de se former à Sigmaringen, Céline propose alors à Fernand de Brinon, ancien représentant de Vichy pour la France occupée et qui va présider ce gouvernement, d'y exercer la médecine ; celui-ci accepte. Céline gagne par le train Sigmaringen, voyage qu'il relate dans Rigodon ; fin octobre 1944, il s'installe avec sa femme et son chat Bébert dans le château de Sigmaringen et côtoie le dernier carré des pétainistes et des dignitaires du régime de Vichy ( D'un château l'autre) [87]. Le , il obtient enfin son visa pour le Danemark grâce à l'intervention du Lorrain Hermann Bickler. Il quitte Sigmaringen le et arrive cinq jours plus tard à Copenhague. Le pays étant encore occupé par les Allemands, il s'installe dans l'appartement de Karen Marie Jensen, danseuse et ancienne maîtresse de Céline qui a placé en 1942 les fonds de l'écrivain sous forme de lingots d'or, dans une banque de Copenhague. Il récupère ses lingots et les échange en couronnes danoises sur le marché noir [88].

Le 17 décembre 1945, il est arrêté. Il passe au Danemark près d'une année et demie dans la prison de Vestre Fængsel  (en) [89], et plus de trois ans à Korsør dans une chaumière au confort rudimentaire près de la mer Baltique et qui appartient à son avocat. Il est depuis la Libération boycotté par le monde littéraire français. Entre 1947 et 1949, Céline entame une longue correspondance avec un universitaire juif américain, Milton Hindus, admirateur de son œuvre romanesque [90] qui publie en 1950 une importante étude enthousiaste sur le romancier intitulée The Crippled Giant [91] (« Le Géant infirme » sorti en France l'année suivante sous le titre de L.-F. Céline tel que je l’ai vu) que ce dernier versera à sa décharge lors de son procès [64]. En 1947, Céline fait la connaissance de François Löchen, un pasteur français installé à Copenhague, ancien aumônier militaire à Sartrouville et Bezons, avec qui il échangera une abondante correspondance [92].

Le 21 février 1950, dans le cadre de l' épuration, il est condamné définitivement par contumace par la chambre civique de la Cour de justice de Paris pour collaboration selon l'article 83 (pour « actes de nature à nuire à la défense nationale ») — et non l'article 75 (pour « intelligence avec l'ennemi et de trahison ») des ordonnances du GPRF relatives à l'épuration [93] —, à une année d'emprisonnement (qu'il a déjà effectuée au Danemark), 50 000 francs d'amende, la confiscation de la moitié de ses biens et à l' indignité nationale [94], [14], [95], [96]. Raoul Nordling — consul général de Suède à Paris qui joua un rôle important auprès des autorités allemandes dans la sauvegarde des monuments de Paris à l'été 1944 —, est intervenu en sa faveur auprès de Gustav Rasmussen, ministre danois des Affaires étrangères, pour retarder son extradition et aurait écrit en sa faveur au président de la Cour de justice qui le jugeait [97], [98]. Céline fait valoir auprès des autorités danoises son exécution de peine de prison effectuée en 1946-1947.

Retour en France

La maison de Céline et de son épouse Lucette, route des Gardes à Meudon en 2012.

Le 20 avril 1951, Jean-Louis Tixier-Vignancour, son avocat depuis 1948, obtient l'amnistie de Céline [99] au titre de « grand invalide de guerre » (depuis 1914) en présentant son dossier sous le nom de Louis-Ferdinand Destouches sans qu'aucun magistrat ne fasse le rapprochement [100], [65], [96]. De retour de Copenhague l'été suivant, Céline et son épouse – ils se sont mariés le 15 février 1943 à Paris 18e [2]Lucette (née Lucie Almansor, le à Paris) s'installent chez des amis à Nice en juillet 1951. Son éditeur Robert Denoël ayant été assassiné en 1945, il signe le même mois un contrat de cinq millions de francs avec Gaston Gallimard (il lui a demandé 18 % de droits d'auteur [101]) pour la publication de Féerie pour une autre fois, la réédition de Voyage au bout de la nuit, de Mort à crédit et d'autres ouvrages [102].

En octobre de la même année le couple s'installe dans un pavillon vétuste, route des Gardes, à Meudon, dans les Hauts-de-Seine (à l'époque, département de Seine-et-Oise). Inscrit à l'Ordre des médecins, le Docteur L.-F. Destouches, docteur en médecine de la Faculté de Paris accroche une plaque professionnelle au grillage qui enclot la propriété, ainsi qu'une plaque pour Lucette Almanzor qui annonce les cours de danse classique et de caractère que son épouse donne dans le pavillon [103]. Il vit pendant plusieurs années des avances de Gallimard jusqu'à ce qu'il renoue avec le succès [104], à partir de 1957, grâce à sa « Trilogie allemande », dans laquelle il romance son exil.

Publiés successivement et séparément, D'un château l'autre ( 1957), Nord (1960) et Rigodon ( 1969) forment en réalité trois volets d'un seul roman. Céline s'y met personnellement en scène comme personnage et comme narrateur.

Tombe de Céline au cimetière des Longs-Réages, à Meudon. Son épouse y a fait inscrire son nom en laissant en blanc sa date de décès commençant par 19.., sans savoir qu'elle fêterait ses 100 ans en 2012.

Louis-Ferdinand Destouches meurt à son domicile de Meudon le , vraisemblablement des suites d'une artériosclérose cérébrale [105] — bien que d'autres pathologies soient parfois évoquées [14] — laissant veuve Lucette Destouches [106]. Il est enterré au cimetière des Longs-Réages, à Meudon ; le pavillon qu'il occupait brûlera en , détruisant alors ses lettres et manuscrits [107], [14].

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