Limousine (race bovine)

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Limousine
image illustrative de l’article Limousine (race bovine)
Région d’origine
RégionLimousin en Drapeau de la France France
Caractéristiques
TailleGrande
RobeFroment
Autre
DiffusionMondiale
Utilisationrace à viande

La limousine est une race bovine française rustique originaire du Limousin, qui est principalement vouée à la production de viande.

C'est une vache de couleur marron, plus claire sous le ventre et autour des yeux et du mufle, avec des muqueuses rose clair. Elle est réputée pour sa rusticité, ses qualités maternelles et la qualité gustative de sa viande, qui peut être valorisée sous trois labels rouges différents. C'est également une race très utilisée en croisements avec des races locales ou laitières pour améliorer la conformation de leurs veaux.

Depuis la fin du e siècle, la race a eu une histoire tourmentée et aurait même pu disparaître, au même titre que de nombreuses autres races rustiques, mais les efforts de sélection des éleveurs ont conduit à la création du herd-book en 1886 dans un premier temps, puis à l'essor continu de la race depuis les années 1960. Elle s'est en effet beaucoup développée depuis cette époque, dans plus de 70 pays à travers le monde comme en France, où elle est aujourd'hui la seconde race bovine allaitante française en termes d'effectifs avec environ 900 000 vaches reproductrices.

Les éleveurs de limousines prêtent depuis déjà longtemps attention à l'amélioration de leur race par la sélection. Ces efforts se concrétisent aujourd'hui par un schéma de sélection performant qui a permis, conjointement avec les améliorations dans l'alimentation et la conduite des animaux, de faire de la limousine une race bouchère essentielle dans le monde de l'élevage. Ce succès l'a également conduite à devenir un symbole fort de l'identité limousine.

Historique

Les fresques de la grotte de Lascaux attestent que les bovins sont présents depuis déjà longtemps à l'ouest du Massif central

Origines

La limousine appartient au rameau bovin blond du Sud-Ouest. Elle est originaire de la partie occidentale du Massif central (Limousin) où les bovins sont présents depuis très longtemps, comme l'attestent les fresques des grottes de Lascaux toutes proches. Au cours des siècles, les animaux de cette région se sont adaptés aux conditions locales : des sols granitiques acides et faiblement minéralisés, un paysage vallonné, de fortes amplitudes thermiques avec des gelées fréquentes et un enneigement assez courant. Ces facteurs ont engendré le développement d'une race rustique, dotée notamment d'une ossature exceptionnellement fine mais solide, spécificité qu'elle doit peut-être à la déminéralisation des sols[1].

La situation au début du XIXe siècle

Cette gravure de 1830 représentant le département de la Haute-Vienne montre l'importance que pouvaient avoir les bovins dans la région.

Les premiers écrits témoignant de l'existence de la race limousine datent de la fin du e siècle. À l'époque, elle est notamment réputée pour ses qualités d'animal de trait. Un marché se développe pour les animaux de boucherie limousins dans les grandes villes françaises, notamment sous l'impulsion de Turgot, alors intendant du Limousin. En 1770, le lieutenant général de police de Paris, Antoine de Sartine, lui envoie une note pour savoir s'il pouvait « compter après Pâques sur les Limousins » pour approvisionner Paris, en manque de viande. Les animaux concernés par ce commerce sont des bêtes de réforme, engraissées à l'âge de 8 à 10 ans avant d'être expédiées par la route vers Paris ou Bordeaux, au cours d'un voyage de 12 à 14 jours. Ils ne pèsent guère plus de 300 à 350 kg[2]. En 1791, Jacques-Joseph Juge de Saint-Martin, un agronome limougeaud, fait état de l'importance des bovins du Limousin sur les marchés des grandes villes comme Paris, Lyon ou Toulouse. Ces animaux, connus sous le nom de bœufs du Limousin, viennent en fait des départements de la Charente, la Dordogne, la Haute-Vienne, la Vienne, le Lot, la Corrèze et la Creuse[3].

Ce marché décline légèrement au début du e siècle, mais l'élevage du bétail reste une des principales activités de la région[4]. À cette époque on observe une grande hétérogénéité dans les systèmes d'exploitation au sein même du Limousin. D'un point de vue géographique, on peut relever trois types de cantons.

  • Les cantons dits « d'engrais », généralement des cantons céréaliers disposant de ressources suffisantes, vendent leurs animaux très tôt et ne conservent que les femelles nécessaires pour le renouvellement du troupeau. Ils rachètent des bœufs âgés de 5 à 6 ans pour effectuer les travaux des champs avant d'être engraissés puis vendus. Ces cantons disposent de suffisamment de terres labourables pour cultiver pommes de terre, seigle, orge et raves qui, en complément du regain des prairies, permettent un engraissement rapide des animaux.
  • Les cantons dits « forestiers », qui sont toutefois peu nombreux en Limousin, n'ont pas les ressources suffisantes pour entretenir un grand nombre d'animaux. Les femelles y tiennent une place très importante puisqu'elles sont utilisées comme animaux de trait en plus d'assurer leur fonction de reproduction. Mal nourries et astreintes au travail, elles ne sont pas en bon état corporel.
  • Les cantons dits « d'élèves », largement majoritaires en Limousin, sont spécialisés dans la production d'animaux jeunes. L'engraissement y est marginal du fait de la productivité faible des terres. Les vaches tiennent là aussi une place majeure, réalisant la plupart des travaux des champs[5].

Au début du e siècle, le Limousin se caractérise principalement par la médiocrité de ses animaux. Louis Texier-Olivier, le préfet de l’Empire estime qu'un bœuf limousin pèse 300 à 350 kg et mesure 1,5 mètre au garrot[4]. Ce défaut est imputable à la fois à la génétique des animaux, à la médiocrité des terres et donc de leur alimentation et aux pratiques d’élevage. En effet, les animaux paissent toute l’année dans des prairies pauvres, on prive les veaux de la moitié du lait de leur mère et tous les animaux participent aux travaux des champs, les paysans de l’époque ne pouvant pas se permettre de garder des animaux improductifs dans leurs exploitations. Tout cela se ressent fortement lors des concours d’animaux au cours desquels les limousins se classent parmi les derniers. La race est alors considérée comme une race de travail mal conformée et piètre laitière[6].

L’échec des croisements et les débuts de perfectionnement de la race

À l'instar d'autres races bovines françaises, on a tenté de croiser la limousine avec des bovins de la race durham, mais sans succès.

Afin d’améliorer la race, quelques éleveurs tentent de croiser leurs animaux avec des animaux agenais[note 1],[7], normands ou charolais, mieux conformés, mais sans que ces pratiques ne se généralisent. La limousine n’échappe pas non plus à la vague d’anglomanie qui touche la France au milieu du XIXe siècle. Quelques riches éleveurs entretiennent des taureaux durham, qui ont tous les honneurs de la bourgeoisie de l’époque, et les croisent avec leurs animaux limousins[8]. Ce système est très vite critiqué par la société d’agriculture de Limoges, qui incite les éleveurs à poursuivre la politique de sélection des animaux les plus conformes aux caractéristiques de la race limousine qui est parfaitement adaptée à son milieu, plutôt que d’essayer d’acclimater les autres races[9]. Par ailleurs, la grande majorité des éleveurs limousins n'ont pas les moyens d'élever des animaux de rente en plus de leurs animaux de travail, comme c'est le cas dans les grandes propriétés qui pratiquent allègrement le croisement avec la durham[10]. Enfin, la marginalisation des animaux anglais dans les concours à partir de la fin des années 1860 entérine définitivement le choix de l’amélioration de la race par elle-même[8].

La véritable révolution herbagère du XIXe siècle a modelé le paysage limousin actuel, paysage où les prairies sont omniprésentes comme ici à Chamborand, dans la Creuse

L’administration limousine a déjà pris des mesures dans ce sens par le passé. Ainsi, au début du e siècle, une prime vise à récompenser les éleveurs qui conservent leurs plus beaux taureaux, cela afin que des reproducteurs de qualité soient conservés même s’ils ne sont pas productifs[8]. Mais l’augmentation du poids des animaux passe d’abord par l’amélioration de la qualité des prairies limousines, qui ne sont pas très productives. La seconde moitié du XIXe siècle voit l’arrivée des engrais de synthèse et de plantes fourragères comme le trèfle et le ray-grass, qui permettent d’améliorer la productivité des prairies existantes mais également de transformer les landes de bruyères en pâturages. Par ailleurs, on observe une spécialisation herbagère avec le recul de la polyculture vivrière d’une part, et des vignobles d’autre part à la suite de l’épidémie de phylloxera[11]. Les résultats ne se font pas attendre : en 1862, les bœufs vendus à La Souterraine pèsent en moyenne 600 kg. Le reflux de la vague royaliste au cours du Second Empire et le déclin de l’anglomanie au profit du pragmatisme économique parachèvent le retour de la limousine sur les concours, où les bœufs gras produits par une certaine aristocratie sont de plus en plus critiqués[8]. La race limousine est alors réputée pour la qualité de sa viande et le bon rendement de ses carcasses, qui lui doivent d’être sacrée meilleure race européenne en 1857, 1858 et 1859 lors des concours de rendement d'animaux de boucherie qui se tiennent à Poissy[1]. La consécration de ces progrès sera le prix d’honneur obtenu par le taureau d’Achille Caillaud au concours général de Paris, toutes races confondues, en 1886, et le grand prix d’honneur toutes races confondues obtenu trois ans plus tard par Charles de Léobardy pour son troupeau[8].

Vers la création du Herd-book

Taureau limousin représenté en 1863 (Charles-Olivier de Penne)

L’amélioration de la race qui a permis de la faire briller sur les concours est avant tout le fait de quelques grands propriétaires. Ainsi, Achille Caillaud, Charles de Léobardy ou encore Pierre-Edmond Teisserenc de Bort possèdent de très larges propriétés travaillées par des métayers et sur lesquelles ils pratiquent une sélection drastique des animaux. Charles de Léobardy, par exemple, qui possède en la personne de son métayer Pierre Royer un éleveur de tout premier ordre, sélectionne les meilleurs taureaux qu’il confie à Pierre Royer, les autres métayers venant faire saillir leurs vaches par ces taureaux. C’est également dans ces grandes propriétés que vont naître les premiers enregistrements des animaux. Ainsi, Pierre-Edmond Teisserenc de Bort tient à jour un registre précis de ses animaux dès 1866[12].

Un des premiers prix obtenu par Pierre Royer, régisseur du domaine de Charles De Léobardy, lors de la création du Herd-book en 1886. Ferme du Vignaud à La Jonchère St Maurice

L’aboutissement de ces efforts de sélection sera la création du herd-book limousin en 1886, par l’initiative du professeur départemental d’agriculture Léon Reclus et de la société d’agriculture de Limoges. Le préfet Louis Michel et l’inspecteur général de l’agriculture Henri de Lapparent prennent rapidement le relais, et obtiennent une aide substantielle du conseil général de la Haute-Vienne. Le 18 novembre 1886, les statuts du herd-book limousin sont déposés à la préfecture. La limousine devient alors la seconde race bovine française à avoir son herd-book, après la charolaise. Le herd-book est un document qui recense l'ensemble des animaux agréés comme appartenant à la race, ainsi que des informations sur leur généalogie. Dès 1887, une commission commence à examiner des animaux en ferme en vue de les inscrire au livre généalogique s’ils correspondent aux critères de la race. Enfin, en 1893 est créé le syndicat de la race bovine limousine, présidé à ses débuts par Charles de Léobardy, qui a pour but principal de promouvoir la race limousine, notamment par le biais des concours[12].

Si le herd-book a été institutionnalisé par une élite de grands propriétaires[note 2], il est vite repris par les petits paysans qui s’intéressent à leur tour à la sélection et aux concours. Le métayage, relativement courant à l’époque, joua certainement un rôle significatif dans la vulgarisation des pratiques de sélection, les métayers copiant les méthodes de leurs maîtres qui avaient fait leurs preuves[13]. Cet engouement est également lié à la multiplication des foires, très populaires en cette fin de XIXe siècle, et qui facilitent les échanges d'animaux et passionnent les éleveurs fiers d'y présenter leurs animaux[14].

Bref déclin avant la dynamique actuelle

Taureau limousin lors du concours du salon de l'agriculture.

La Première Guerre mondiale porte un coup d’arrêt au dynamisme de la limousine, qui se confirme pendant l’entre-deux-guerres malgré la réorganisation du herd-book en 1923. Ses effectifs ne croissent que lentement, de 600 000 animaux en 1890 à 800 000 en 1940[14]. Elle a même failli disparaître, dans la mesure où il était initialement prévu de la regrouper avec les races garonnaise, blonde du Quercy et blonde des Pyrénées, d'autres races du rameau blond du sud-ouest, lors de la formation de la race Blonde d'Aquitaine en 1962. Finalement, l'opposition farouche des éleveurs limousins à la disparition de la race limousine a permis sa sauvegarde[15].

La race reprend son développement dans les années 1960, et est depuis de plus en plus présente sur les étals des boucheries. Le cheptel français de race limousine s'est fortement accru ces dernières années, avec une augmentation de 50 % en 15 ans. C'est aujourd'hui la deuxième race bouchère française en termes d’effectif, derrière la charolaise et devant la blonde d'Aquitaine. L'effectif en 2004 s'élève à environ 900 000 vaches, dont 63 000 sont inscrites au registre. À cette date on compte 20 000 taureaux utilisés pour la reproduction, dont 10 % par la voie de l'insémination artificielle, et 1 600 inscrits au herd-book[note 3],[16].

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