Les Guignols (émission de télévision)

Les Guignols
image illustrative de l’article Les Guignols (émission de télévision)
Titre originalLes Arènes de l'info (1988-1990)
Les Guignols de l'info (1990-2015)
La Semaine des Guignols (depuis 1995)
GenreÉmission satirique
PériodicitéQuotidienne
CréationAlain de Greef
Alain Duverne
RéalisationLes Arènes De L'Info :
Renaud Le Van Kim
Mathias Ledoux
Jean-Louis Cap
Les Guignols (Direct) :
Jean-Louis Cap
Rebecca Dreymann
Natacha Fitoussi
Jérôme Revon
Don Kent
Serge Khalfon
Pascal Rétif
Didier Froehly
Tristan Carné
Jean-Jacques Amsellem
Eric Simon
Nicolas Druet
Les Guignols (Fictions) :
Thierry Barthes
Nicolas Houres
Laurent De Vismes
Christophe Campos
Cyril Tellenne
Etienne Labroue
Christophe Smith
Bruno Le Jean
Michel Leray
Sylvain Fusee
Fred Fiol
Bernard Malige
Eric Lartigau
Jean-Michel Ben Soussan
Delphine Berger
Arnaud Le Goff
Louis Farge
Gaël Leforestier
PrésentationJacques Chirac (depuis le 4 septembre 2017)
Ancienne présentationPPD (du 29 août 1988 à Juin 2016)
Clément & Barbara (marionnettes anonymes) (décembre 2015-février 2016)
Anne-Claire Coudray & Julian Bugier (février 2016-mars 2016)
Anne-Claire Coudray & Jacques Chirac (mars 2016-juin 2016)
Monsieur Sylvestre (septembre 2016-juin 2017)
MusiqueMartin Meissonnier
Dorion Fiszel
Maxime Desprez
Michael Tordjman
PaysDrapeau de la France France
LangueFrançais
Anglais
Espagnol
Nombre de saisons30
Programme similaireLe Bébête Show
Spitting Image
Les Minikeums
Production
Lieu de tournageStudios de Boulogne (1988-1989)
Rue Olivier-de-Serres (1989-1992)
Quai André-Citroën (1992-2003)
La Plaine Saint-Denis (2003-2016)
Canal Factory (depuis septembre 2016)
Durée5 minutes environ (depuis septembre 2017, auparavant c'était 9-12 minutes)
Format d’image16/9
Format audioStéréo
ProductionDavid Gauthier
Société de productionCanal+
NPA Production
Diffusion
DiffusionDrapeau de la France Canal+
Drapeau de la Belgique Drapeau du Luxembourg BeTV
Date de première diffusion
StatutEn production
Public conseilléTout public
Site webSite officiel

Les Guignols est une émission de télévision satirique française de marionnettes, diffusée depuis le sur Canal+.

Parodie de journal télévisé, l'émission est une caricature du monde politique, des médias, des personnalités ou plus généralement de la société française et du monde actuel.

Initialement créée pour pallier l'arrêt du JTN des Nuls, l'émission résulte de l'idée d'Alain de Greef qui désirait un équivalent français de Spitting Image. Arnold Boiseau s'est ensuite occupé de la mise en place de l'équipe. L'émission voit le jour initialement sous le titre Les Arènes de l’info, puis est renommée en 1990 en Les Guignols de l'info avant de prendre son nom actuel en 2015.

Lancée dès le , les Arènes de l'info seront en concurrence frontale avec Le Bébête show de TF1 (séquence créée en 1982 dans Co-Co Boy), devenue une émission quotidienne dès le [1],[2] à 19 h 50. Les « Bébêtes » réalisant en moyenne 30 % d'audience[3]. Après des débuts difficiles, l'émission subit une restructuration et atteint une réelle notoriété en 1991 comme l'ensemble de Nulle part ailleurs à laquelle elle est intégrée.

Les Guignols de l'info ont un poids important sur la culture populaire française : la répétition des phrases fétiches (catchphrase) et des stéréotypes des personnages a permis de rendre parfois plus populaire la marionnette que la personne elle-même. L'émission a parfois contribué à forger l'image de certaines personnalités, notamment politiques, dans la culture populaire : l'exemple le plus éclatant en est sans doute Jacques Chirac[4]. Son influence décline cependant à la fin des années 1990[5].

Fin juillet 2015, les quatre auteurs Lionel Dutemple, Julien Hervé, Philippe Mechelen et Benjamin Morgaine sont licenciés[6]. À partir de la rentrée, Les Guignols changent de forme et ne sont plus diffusés « en clair », étant ainsi réservés aux abonnés de la chaîne. L'émission est néanmoins mise en ligne sur Dailymotion après sa diffusion sur Canal+ et La Semaine des Guignols, le best-of hebdomadaire, reste diffusé le dimanche en clair[7].

Présentation

Déroulement

Les marionettes PPD et Chirac.

Sous la forme d'un journal télévisé de 8 minutes environ, l'émission met en scène des marionnettes de latex, généralement des caricatures de personnalités médiatiques du spectacle, de la politique et du sport, pour parler de manière satirique de l'actualité. PPD, caricature de l'ex-présentateur du journal télévisé de TF1 : Patrick Poivre d'Arvor, présente et enchaîne les différents sujets, et interviewe les autres marionnettes, en utilisant toujours les mêmes formules précises qui font office de gimmicks. De septembre 2010 à juin 2011, c'est la marionnette de Harry Roselmack qui présente l'émission chaque vendredi.

PPD commence le journal par l'info du jour, avec la formule « L'évènement de ce [date] c'est... », s'ensuit un sketch concernant cette actualité. Puis, le journal est réellement lancé par une formule ayant évolué au cours du temps : « Nous sommes en [date] et vous regardez l’ancêtre d'Internet, bonsoir » ou avant « Vous croyez toujours ce qu'on vous dit à la télévision, bonsoir », « Vous regardez trop la télévision, bonsoir » ou « Vous êtes en dehors de la télévision et nous dedans, bonsoir ». Au début des années 1990, PPD lançait son journal avec un « ce journal sera intégralement dédié aux événements qui se passent ». PPD présente ensuite l'invité du jour par la formule « Aujourd'hui c'est [invité(e)] qui nous accompagnera tout au long de ce journal, avec [expression pour désigner l'invité(e)] nous reviendrons sur... », puis l'invité réagit et PPD conclut par un « on va y revenir ». Une série de petits sketchs se succèdent, chacun désigné par un titre humoristique affiché en bas de l'écran. Puis PPD enchaîne par la tournure « sans transition... » et une courte fiction est lancée qui raconte une petite histoire. À la fin du film, PPD interviewe l'invité du jour (« voilà, je suis donc avec... ») puis le journal se termine par un dernier petit sketch qui concerne en général le sport ou la culture. Enfin, PPD clôt le JT par le désormais célèbre « Allez, atchao bonsoir ! »

Tous les dimanches est diffusée une compilation des cinq émissions de la semaine, La semaine des Guignols ou L'intégrale des Guignols. PPD terminait par « Maintenant vous pouvez éteindre la télévision et reprendre une activité normale. Allez atchao, bon dimanche. » Pendant que la marionnette de Harry Roselmack assure l'émission du vendredi, la rediffusion du dimanche se termine par une intervention de PPD en régie qui rabaisse Harry avant de déclarer « C'est pas grave, je rattraperai le coup lundi, comme d'habitude. »

En décembre 2015, une nouvelle formule de l'émission fait son apparition. L'émission commence par une saynète dans la salle de rédaction des Guignols. L'émission enchaîne avec Le JT présenté par Anne-Claire Coudray, qui le lance par la formule « Vous regardez un journal en plus de 140 caractères, bonsoir. » L'émission poursuit avec une fiction pré-enregistrée, la partie interview avec L'Invité du Soir dont s'occupe PPD ou un journaliste de la newsroom. L'émission se clôture enfin par une saynète mettant en scène une ou deux personnalités à leur domicile, et non plus par le fameux « Atchao bonsoir ! » de PPD. L'émission parle majoritairement de politique cette saison malgré les volontés de la direction de Canal+ de parler beaucoup plus de people.

En septembre 2016, la formule The Newsroom est abandonnée. Une formule assez proche de la version "pré-Bolloré" est mise en place. L'émission n'est plus présentée par Anne-Claire Coudray, Jacques Chirac et PPD, mais par Monsieur Sylvestre. Cette "nouvelle version" est cette fois bel et bien plus axée sur les actualités internationales et peoples, et moins sur la politique franco-française.

Réalisation

Les Guignols de l'info sont réalisés dans un studio de 3 000 m², 300 personnes dont 30 marionnettistes sont employés[8]. Un budget de 15 millions d'euros par saison est alloué au tournage des sketchs, salaires et charges comprises[9],[8].

Chaque matin, l'équipe passe toute la presse en revue et en tire quatre à cinq informations. Ces informations servent ensuite à construire la quotidienne de l'émission. Cela permet aux gens de tout de suite comprendre à quel sujet l'équipe fait référence sans devoir trop s'échiner à remettre les faits dans leur contexte[9]. En début d'après-midi, une première ébauche de l'émission est proposée et est affinée jusqu'à 17 h. Dans le même intervalle, les ateliers (qui occupent 80 % de l'immeuble) reçoivent les consignes et commencent à préparer les marionnettes. De 17 h à 19 h 55, au Studio 104 de la Plaine-Saint-Denis, les marionnettistes et les imitateurs reçoivent leurs textes et commencent à répéter[10]. Trois répétitions sont faites au total ; il arrive que des changements d'accessoires ou de décors se fassent à la dernière minute, ou plus rarement, des modifications de texte[10]. À 19 h 55, tournée en direct, l'émission commence.

À partir de septembre 2016, l'émission est enregistrée à la Canal Factory à Boulogne-Billancourt, sur un plateau partagé avec celui du Grand Journal et du Petit Journal, similaire à celui de Nulle Part Ailleurs.

Les fictions sont tournées comme de véritables courts métrages, avec décors, montage et effets spéciaux.

Diffusion

L'émission est diffusée « en clair » du lundi au vendredi vers 19 h 55, sauf pendant les vacances d'été et d'hiver. Également, durant les vacances de Pâques, la tranche horaire est respectée, mais constituée uniquement de rediffusions des semaines précédentes. Les émissions des lundi et mardi précédant l'ouverture du Festival de Cannes sont aussi des rediffusions mais, durant le festival, Les Guignols sont également diffusés le samedi, toujours à 19 h 55.

Une compilation des cinq émissions de la semaine est diffusée le dimanche vers 19 h 50 sur BeTV et à 14 h 30 sur Canal+ sous le titre La Semaine des Guignols.

Depuis le , Les Guignols, tout comme le Grand Journal, est diffusé en 16/9e ; l'analogique VHF est affiché au format "letterbox".

Traditionnellement, pendant le festival de Cannes l'émission est réalisée en direct de Cannes dans de nouveaux décors. Cette opération demande de déplacer l'équipe des Guignols mais aussi de nombreuses marionnettes et accessoires. Il faut deux semi-remorques pour transporter toutes les marionnettes et les accessoires. L'émission qui s'installe sur la Croisette, est réalisée en direct et en public. Plusieurs réalisateurs connus s'y succèdent : Jean-Louis Cap, Don Kent, Serge Khalfon, Pascal Rétif, Natacha Fitoussi, Tristan Carné, Rebecca Dreymann, etc.

Marionnettes

La marionnette Chirac.

Initialement, une vingtaine de marionnettes avaient été fabriquées pour l'émission qui en compte aujourd'hui plus de 300[11]. En moyenne, 15 marionnettes sont utilisées pour chaque émission, même si cela peut dépasser la centaine pour tourner les fictions[8]. Une trentaine de marionnettistes travaillent en intermittence pour l'émission[10]. Les marionnettes sont réalisées à la demande des auteurs : Alain Duverne contacte alors Bruno Marty pour l'informer des futures personnalités à caricaturer[12].

La conception et la réparation des marionnettes est assurée par quatre permanents, sous l'égide d'Alain Duverne[13]. La fabrication d'une marionnette prend environ un mois et est coûteuse : la matrice coûte 6 000 € et le tirage 2 500 €[8]. Elle comporte plusieurs étapes[10],[13] :

  • à partir d'archives photos, une caricature de la personnalité est réalisée par Bruno Marty ; Alain Duverne a besoin de deux croquis : un de face, l'autre de profil[14]. Au contraire des caricatures de presse, l'expression des visages doit être assez neutre pour permettre une large palette d'émotions selon les situations[14].
  • une sculpture en terre du modèle est fabriquée, elle sert ensuite à la création d'un moule associé ;
  • de la mousse de latex est ensuite coulée dans le moule puis elle est cuite à 100 °C durant trois heures ;
  • les yeux, cils et cheveux sont rajoutés et la marionnette est peinte ;
  • la marionnette subit lavage, essorage et séchage pour favoriser l'adhérence de la peinture et les traces des joints du moule sont masquées.

Les marionnettes sont relativement fragiles, le latex n'apprécie ni les UV, ni les corps gras, ni le contact des mains. Ainsi, la marionnette de PPD doit être refaite tous les ans[13]. Le délai assez long et le coût de fabrication relativement élevé implique quelques précautions avant de demander une marionnette : toutes les personnalités figurant dans l'émission n'ont ainsi pas forcément droit à leur propre marionnette. Par exemple, le guignol de ben Laden est en fait une version modifiée de celui d'Harlem Désir et Carla Bruni-Sarkozy a d'abord eu une marionnette lambda, le temps de voir si sa relation avec Nicolas Sarkozy perdurerait[15]. A contrario, des marionnettes de personnalités espagnoles créées pour "Las noticias del Guiñol" (Canal+ Espagne) servent parfois d'inconnus français, et réciproquement. Depuis quelques années, les marionnettes des Minikeums sont régulièrement réutilisées pour l'émission[16].

L'équipe dispose d'une collection toujours grandissante d'accessoires, depuis différentes tailles de gourdins jusqu'au bobsleigh. Près de 380 cartons sont empilés dans les ateliers, chacun contenant une tête de guignol. Chaque semaine, environ cinq costumes sont achetés ; les habits des guignols sont coupés au niveau des coudes pour permettre la manipulation[8].

Durant le journal, PPD et ses invités se trouvent derrière la banque (ou castelet) ou dans la lucarne (avec le fond noir). Les marionnettes sont en fait « debout », chaque guignol est manipulé par deux marionnettistes et tous les décors sont rehaussés de 1,5 m pour les marionnettistes[8]. L'un des marionnettistes s'occupe de la tête et donc de la bouche et des yeux à l'aide d'une pompe, l'autre s'occupe des bras qu'il enfile comme des gants[10]. Pour la gestuelle des marionnettes, les marionnettistes visionnent des vidéos de la personnalité imitée et essaient de reproduire ce qui la caractérise (énergie, regard, démarche…)[10].

Les trois premières marionnettes fabriquées ont été celles de PPDA, Johnny Hallyday et Serge Gainsbourg[17].

Guignols et gimmicks célèbres

  • Le fameux « Atchao, bonsoir » de PPD a été trouvé par Arnold Boiseau. Celui-ci déclare que ça lui est apparu « comme une évidence » à la fin d'une émission grâce à un ensemble d'éléments comme le phrasé de l'imitation d'Yves Lecoq ou le petit défaut de prononciation du vrai PPDA[18].
  • La boîte à coucou qui s'ouvre avec le « Ah que coucou! » de Johnny Hallyday est une idée de François Rollin[19].
  • Selon Bruno Gaccio, le « spice di counasse » que lancent les marionnettes d'Oussama ben Laden et de ses acolytes était une manière de « montrer l'imbécillité des Afghans dans leur façon de traiter les femmes ». L'expression a cessé d'être employée lorsque l'équipe apprit que certains jeunes s'en servaient pour parler des femmes[20].
  • La tournure « ici, à Nagano » et ses dérivés, imitant en voix off les commentaires de Pierre Fulla pendant les Jeux olympiques d'hiver de 1998, permet à ce dernier d'obtenir, durant un temps, une énorme popularité (même sans marionnette dédiée) et de se faire inviter dans différentes émissions[21]. Profitant de cette vague de célébrité, Fulla enregistre un titre Ici à Nagano sur une idée de Didier Barbelivien[22].
  • « Mangez des pommes ! » est le slogan inventé pour Jacques Chirac pendant l'élection présidentielle de 1995, à la suite de l'image de pommier présente sur les affiches de son parti.
  • Jean-Pierre Papin (qui épele son nom « P-A-P-1 ») envoie des « patates » et des « pralines » dans les buts, il est caricaturé comme simplet hyperactif, et boit beaucoup de Cacolac. Il est souvent invité avec Eric Cantona, calme et serein.
  • Les commentaires des matches de football par Thierry Roland, déjà expérimenté en la matière, et Jean-Michel Larqué, qui l'était bien moins, ont été caricaturés avec le gimmick « Tout à fait, Thierry » prononcé par ce dernier. Quant à Thierry Roland, il utilisait toute une série de gimmicks dont « on aura beau dire on aura beau faire », « il n'aura pas fait le voyage pour rien », « c'est une parodie de football », « footballeur s'il en est », « c'est tout le mal que nous lui souhaitons », etc.
  • « 2012, on change tout sauf les shoes » est le slogan inventé pour Nicolas Sarkozy pendant l'élection présidentielle de 2012.
  • L'expression « en effet » (prononcée « anèfè ») est pratiquement le seul mot utilisé par la marionnette de Philippe Douste-Blazy, soutien de François Bayrou à l'élection présidentielle de 2012. Ce dernier confiera dans une interview au Grand journal de Canal plus que depuis ces sketches, Philippe Douste Blazy commence tous ses discours par « en effet » et que des badges « Aneffet » avaient été édités par les jeunes du MoDem.
  • La phrase « Excusez la tenue, je sors de la douche. » est systématiquement prononcée comme salut par la marionnette de Dominique Strauss-Kahn, habillé d'un simple peignoir « léopard », au début d'une intervention. Ceci a profondément lié son image à son attirance pour les femmes auprès du public depuis l'Affaire DSK. La marionnette est depuis lors continuellement sous-titrée « homo erectus». Le penchant féminin de DSK avait déjà été souligné, bien que plus rarement, par le passé.
  • Depuis l'arrivée du footballeur suédois Zlatan Ibrahimović au Paris Saint-Germain en 2012, sa marionnette est devenue célèbre pour son égocentrisme, en parlant toujours à la troisième personne et en inventant le verbe « zlataner ». Ce terme est alors repris par la plupart des journalistes sportifs, notamment ceux de la chaine cryptée[23].