Laurent Schwartz (mathématicien)

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Laurent Schwartz
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Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 87 ans)
Paris Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Fratrie
Autres informations
A travaillé pour
Domaine
Membre de
Conflit
Directeur de thèse
Étudiants de thèse
Alexandre Grothendieck, Bernard Malgrange, Bernard Maurey ( d), Leopoldo Nachbin ( en), Gilles Pisier Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions
Médaille Fields () Voir et modifier les données sur Wikidata
Liste détaillée
Heinz R. Pagels Human Rights of Scientists Award ( d)
Médaille Fields ()
Grand prix des sciences mathématiques ()
Prix de l'État () Voir et modifier les données sur Wikidata

Laurent Schwartz, né le à Paris et mort le dans la même ville, est l’un des grands mathématiciens français du XXe siècle, le premier de ceux-ci à obtenir la médaille Fields, en 1950 pour ses travaux sur la théorie des distributions. Professeur emblématique à l' École polytechnique [N 1] de 1959 à 1980, membre de l' Académie des sciences et intellectuel engagé, il s'est distingué par ses nombreux combats politiques.

Biographie

Laurent Schwartz est issu d’une famille juive d’origine alsacienne, imprégnée de culture scientifique. Son grand-père est le rabbin Simon Debré et son oncle est le rabbin Mathieu Wolf. Son père, Anselme, est un chirurgien renommé. Son frère cadet, Daniel Schwartz, est un statisticien réputé. Un autre frère cadet, Bertrand Schwartz, est le fondateur des missions locales d'insertion. Son oncle maternel est le pédiatre Robert Debré. Son grand-oncle par alliance, Jacques Hadamard, est un célèbre mathématicien. Sa mère, passionnée par les sciences naturelles, lui transmet son goût pour l' entomologie : il cultive cette passion toute sa vie et plus particulièrement pour les papillons [1]. Sa collection personnelle, léguée au Muséum national d'histoire naturelle, au Musée de Lyon, au Muséum de Toulouse et au Musée de Cochabamba (Bolivie) comportait de l'ordre de 20 000 spécimens, collectés au cours de ses divers voyages. Plusieurs espèces, découvertes par lui, portent son nom.

Famille

En 1938, il épouse Marie-Hélène Lévy, fille du mathématicien Paul Lévy et elle-même mathématicienne [N 2]. Ils ont deux enfants, Marc-André et Claudine. En , alors qu'il n'a pas encore vingt ans, Marc-André est enlevé par un commando de l' OAS et passe deux jours en captivité. Le choc est d'autant plus terrible pour le jeune homme que, juste après sa libération, des rumeurs courent selon lesquelles il aurait lui-même organisé son enlèvement. Après plusieurs tentatives de suicide manquées, il se donne la mort par arme à feu en 1971 [3]. Claudine, mathématicienne comme ses parents, a été professeur à l' université Joseph-Fourier de Grenoble.

Laurent Schwartz repose au cimetière d' Autouillet ( Yvelines) dans une tombe où se trouvent aussi, entre autres, son fils Marc-André, son frère Daniel et son oncle Jacques Debré.

Formation

De l'avis de ses professeurs, la scolarité de Laurent Schwartz est brillante. Élève au lycée Janson-de-Sailly, il excelle en latin, en grec et en mathématiques. Son professeur de 5e disait à ses parents : « Méfiez-vous, on dira que votre fils est doué pour les langues, alors qu'il ne s'intéresse qu’à l'aspect scientifique et mathématique des langues : il faut qu'il devienne mathématicien ». Son seul concurrent, tout aussi brillant que lui, est Anatole Abragam qui deviendra physicien, et que Laurent Schwartz retrouvera plus tard à l'Académie des sciences. Son intérêt pour les mathématiques se manifeste réellement lorsqu'il entre en classe de mathématiques élémentaires, après avoir été en classe de première latin-grec [4].

Bachelier en 1932, il étudie au lycée Louis-le-Grand en classe de mathématiques supérieures puis de mathématiques spéciales. Il est admis en 1934 à l’ École normale supérieure, où il suit les cours de Georges Valiron, René Garnier, Joseph Pérès, Francis Perrin et Georges Darmois. Parallèlement, il reçoit à la Faculté des sciences de l' université de Paris l'enseignement d' Arnaud Denjoy (calcul différentiel et intégral), Élie Cartan (géométrie supérieure), Paul Montel (théorie des fonctions et des transformations), Émile Borel (calcul des probabilités) et Jean Chazy (mécanique rationnelle), et y obtient la licence ès sciences mathématiques, ainsi que la licence ès sciences physiques.

Carrière

Reçu second à l' agrégation de mathématiques en 1937 [5], il effectue son service militaire d’ à en tant qu'officier. Ce service est prolongé d'un service actif d’un an pendant la guerre (1939-1940). Il devient ensuite officier de réserve. Démobilisé en , Schwartz se rend à Toulouse où ses parents habitent. Son père, alors colonel de réserve du service médical des armées, travaille comme chirurgien à l'hôpital. Schwartz commence la préparation d'une thèse pour le doctorat, comme attaché de recherche du Centre national de la recherche scientifique de à . La chance intervient alors pour le sauver du désert scientifique dans lequel il vit : Jean Delsarte et Henri Cartan viennent à Toulouse pour faire passer des oraux d'entrée à l’École normale supérieure. L'épouse de Schwartz, Marie-Hélène Lévy, qui avait traduit quelques années plus tôt des travaux de Cartan, prend l'initiative de le rencontrer. Ce dernier les invite fortement à déménager pour Clermont-Ferrand où est repliée l' université de Strasbourg. Le changement fut très bénéfique. Laurent Schwartz rencontre le groupe de mathématiciens «  Nicolas Bourbaki ». Ces derniers le stimulent suffisamment pour qu'il finisse sa thèse en deux ans. Il obtient le doctorat ès sciences mathématiques le devant la faculté des sciences de Strasbourg (à Clermont-Ferrand) avec une thèse principale intitulée « Étude des sommes d'exponentielles » et une thèse complémentaire sur la topologie algébrique. Le jury était composé de Georges Valiron (président), Charles Ehresmann et André Roussel. Laurent Schwartz est ensuite boursier de l'Aide à la recherche scientifique, fondée par Michelin, de à .

La vie de Schwartz pendant la Seconde Guerre mondiale est très « mouvementée ». Juif et trotskiste, le couple Schwartz doit se cacher et changer d'identité pour éviter la déportation. Pendant que ses recherches à Clermont progressent, la guerre bat son plein. Sa santé fragile l'empêche de rejoindre la Résistance. L'inefficacité du mouvement trotskiste le remplit de frustration. Deux étudiants juifs sont en même temps que Schwartz à Clermont : Jacques Feldbau, un étudiant d' Ehresmann, et Gorny, réfugié politique, qui avait préparé une thèse de doctorat avec Szolem Mandelbrojt. Jacques Feldbau fut déporté à Auschwitz en et Gorny en . Il ne les revit jamais.

Après la Libération, Laurent Schwartz devient brièvement chargé de recherches du CNRS (de à ), puis chargé de cours (certificat de mathématiques générales) durant un an à la faculté des sciences de l'université de Grenoble en remplacement de Jean Kützmann prisonnier en Allemagne. Il est également chargé de la préparation des leçons d'agrégation aux élèves de l'École normale supérieure de jeunes filles à Sèvres. Schwartz rejoint ensuite l' université de Nancy, sur l'initiative de Jean Delsarte (doyen) et de Jean Dieudonné (professeur de calcul différentiel et intégral), comme chargé de cours (en et ) (mathématiques générales), puis maître de conférences (3e classe) (mécanique rationnelle) (décret du ). Il est parallèlement chargé du cours Peccot au Collège de France de à et maître de conférences temporaire à l’École polytechnique d' à . Il reste sept années à Nancy, étant promu maître de conférences de deuxième classe en , puis professeur titulaire de la chaire de calcul différentiel et intégral en à l'âge de 34 ans (décret du ). Il attire ainsi des étudiants comme Bernard Malgrange, Jacques-Louis Lions, François Bruhat et Alexandre Grothendieck. Sur l'initiative d' Arnaud Denjoy, il passe de Nancy à la faculté des sciences de l' université de Paris en ( Roger Godement lui succède à Nancy). Il y est tout d'abord maitre de conférences de calcul des probabilités (arrêté ministériel du ) et obtient ensuite en 1955 la chaire de calcul différentiel et intégral (Charles Pisot lui succède à la maitrise de conférences de calcul des probabilités). De 1952 à 1962 il fait le cours pour le certificat de méthodes mathématiques de la physique et introduit ainsi la notion de distribution dans l'enseignement supérieur français. En 1958, il devient parallèlement professeur à l' École polytechnique (pour une durée de cinq ans renouvelable), succédant à son beau-père Paul Lévy. Ayant tout d'abord refusé de poser sa candidature à ce poste, il change d'avis au dernier moment, motivé par son désir de refonder l'enseignement mathématique à Polytechnique. Il y a cependant été interdit d'enseignement, de 1961 à 1963, après avoir signé le manifeste des 121, geste peu apprécié de l'encadrement militaire de l'institution. Il y modernise les programmes et y conçoit un centre de recherche mathématique. Il est élu correspondant de l' Académie des sciences le , puis membre le , en section mathématiques. En 1969 il demande auprès du ministère chargé de l'enseignement supérieur son détachement pour devenir professeur à plein temps à l’École polytechnique. Il quitte l’École polytechnique en 1980 et rejoint l' université Paris VII avant de prendre sa retraite en 1983.

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