Langage humain

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Peinture murale au Teotihuacan, Mexico (IIe siècle apr. J.-C.) montrant un phylactère ou "bulle" sortant de la bouche d'une personne pour symboliser ses paroles
Le cunéiforme est le premier langage écrit connu, mais le langage oral précède le langage écrit d'au moins plusieurs dizaines de milliers d'années.
Deux filles apprennent la Langue des signes américaine
Le braille est un système écrit tactile.

Le langage humain est un système qui regroupe le développement, l'acquisition, l'entretien et l'utilisation de systèmes complexes de communication, et désigne aussi la capacité humaine permettant ces processus. Le langage peut se référer à la capacité cognitive à apprendre et à utiliser les systèmes de communication complexes, ou pour décrire l'ensemble des règles de ces systèmes, ou l'ensemble des énoncés qui peuvent être produits à partir de ces règles. La langue est un exemple spécifique d'un tel système (par exemple, la langue française). De nombreuses définitions ont été proposées par les différentes disciplines étudiant le langage (la linguistique, mais aussi la neurobiologie, la psychologie, la philosophie, la biologie évolutive, etc.), chacune s’intéressant à une de ses particularités.

Le langage humain a des propriétés de productivité et de déplacement, et dépend entièrement des conventions sociales et de l'apprentissage. Sa structure complexe offre un éventail beaucoup plus large d'expressions que tout autre système connu dans la communication animale. Il est possible que le langage se soit développé quand les premiers homininés ont commencé à changer progressivement leurs systèmes de communication primitifs, à développer la capacité de former une théorie des autres esprits et à partager une intentionnalité commune [1], [2]. Il est possible que cette évolution ait coïncidé avec une augmentation de volume du cerveau. De nombreux linguistes pensent que les structures du langage ont évolué pour remplir des fonctions sociales et communicatives spécifiques.

L'étude scientifique du langage en tant que système de communication relève du domaine de la linguistique. Parmi les figures majeures de la linguistique se trouvent Ferdinand de Saussure et Noam Chomsky. D'autres disciplines s'intéressent au langage et à ses relations avec la pensée, comme la philosophie, la psychologie et les neurosciences.

La linguistique permet une description précise du langage et des langues. Toutes les langues s'appuient sur le processus de semiosis reliant des signes particuliers à des significations. Ainsi, les langues orales, gestuelles et tactiles contiennent un système phonologique qui régit la façon dont les symboles sont utilisés pour former des séquences (porteuses de sens) comme des mots, des morphèmes, et le système syntaxique, qui régit la façon dont les mots et les morphèmes sont combinés pour former des phrases et expressions.

Le langage a des bases physiologique. Il est traité à plusieurs endroits différents dans le cerveau humain, mais les aires de Broca et de Wernicke jouent un rôle particulièrement important. L'articulation de la parole est étudiée par la phonétique. Cependant, le langage ne s'acquiert et ne se développe que dans un système social. L' acquisition du langage commence chez l'humain dans la petite enfance à travers l'interaction sociale. L'utilisation de la langue est profondément enracinée dans la culture humaine où elle a plusieurs fonctions. En plus de sa fonction strictement communicative, le langage et la langue spécifique d'une communauté humaine remplissent aussi des rôles socio-culturels. Ils marquent ainsi l'identité du groupe, la stratification sociale, l'attachement dans un contexte social, et le divertissement.

Les pathologies du langage sont diverses et leur gravité varie. Leur diagnostic relève des disciplines médicales comme la psychiatrie ou la neurologie. La rééducation des troubles de la parole et des troubles du langage relève de l' orthophonie (appelée aussi logopédie, selon les régions du monde).

Définition

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Ferdinand de Saussure a développé l'approche structuraliste de l'étude du langage.

Le mot langage provient du Proto-Indo-Européenne *dn̥ǵʰwéh₂s signifiant "la langue (organe), la parole, et le langage" [3]. Il a donné le terme Latin lingua, "la langue", puis a donné en Ancien français le terme language. Le mot est parfois utilisé aussi pour désigner les codes, les chiffres en cryptologie, et d'autres types de systèmes de communication construits artificiellement comme les langages pour ordinateur utilisés en programmation informatique. Contrairement aux langues humaines, un langage formel est un système de signes pour l'encodage et le décodage de l'information. L'article présent porte spécifiquement sur les propriétés du langage humain naturel tel qu'étudié par les disciplines de la linguistique, psycholinguistique et neurolinguistique.

« Le mot “langage” désigne un ensemble d'activités mises en œuvre par un individu lorsqu'il parle, écoute, réfléchit, essaie de comprendre […] lit et écrit. »

— Programme d'enseignement de l'école maternelle [4]

En tant qu'objet d'étude linguistique, "langage" a deux significations : un concept abstrait, et un système linguistique, par exemple le français. Le linguiste suisse Ferdinand de Saussure, qui a défini la discipline moderne de la linguistique, a formulé explicitement la distinction entre le mot français langage pour référer au concept, le mot langue qui est une instance spécifique du système langagier, et le mot parole qui décrit l'aspect concret de l'utilisation de la voix dans une langue particulière. [5]

Lorsque l'on parle du langage en tant que concept général, les définitions utilisées mettent l'accent sur différents aspects du phénomène [6]. Ces définitions reflètent différentes approches et compréhensions du langage, et elles informent sur les différentes et parfois incompatibles écoles de la théorie linguistique [7]. Les débats sur la nature et l'origine du langage remontent à l'antiquité. Les philosophes grecs tels que Gorgias et Platon ont débattu de la relation entre les mots, les concepts et la réalité. Gorgias propose que la langue ne peut représenter ni l'expérience objective, ni l'expérience humaine, et que la communication et la vérité sont donc impossibles. Platon soutient que la communication est possible, parce que le langage représente des idées et des concepts qui existent indépendamment de, et avant, le langage [8].

Pendant le siècle des Lumières et ses débats sur les origines de l'Homme, les spéculations sur l'origine du langage sont devenues à la mode. Des penseurs comme Rousseau et Herder proposent que le langage prenne ses origines dans l'expression instinctive des émotions, et qu'il ait été à l'origine plus proche de la musique et de la poésie que de l'expression logique de la pensée rationnelle. Les philosophes rationalistes comme Kant et Descartes sont d'avis contraire. Au tournant du XXe siècle, les penseurs commencent à s'interroger sur le rôle du langage dans la construction de notre expérience du monde. Ils se demandent si le langage reflète simplement la structure objective du monde, ou s'il crée des concepts qui influencent notre expérience du monde objectif. Ces réflexions ont conduit à la question de savoir si les problèmes philosophiques ne sont pas véritablement des problèmes avant tout linguistiques. Cette résurgence de l'idée que le langage joue un rôle important dans la création et la circulation des concepts, et que l'étude de la philosophie est essentiellement l'étude du langage, est associée à ce qui a été appelé le tournant linguistique et aux philosophes tels que Wittgenstein dans la philosophie du XXe siècle. Ces débats sur le langage en relation avec la signification et la référence, la cognition et la conscience, se poursuivent [9].

Faculté mentale, organe ou instinct

Une des définitions du langage le qualifie de faculté mentale qui permet à l'humain d'entreprendre le comportement linguistique : apprendre les langues, et produire et comprendre des énoncés. Cette définition met l'accent sur la présence du langage chez tous les êtres humains, et souligne les bases biologiques de cette habileté chez l'humain, issue d'un développement unique du cerveau humain. Les philosophes et chercheurs qui défendent que l'accès au langage est inné chez l'homme s'appuient sur le fait que tout enfant au développement cognitif normal, élevé dans un environnement où le langage est accessible, fait l'acquisition de la langue sans enseignement formel. Les langues peuvent même se développer spontanément dans des environnements où les gens vivent ou grandissent ensemble, sans un langage commun ; c'est le cas des langues créoles et des langues des signes qui se sont développées spontanément comme la Langue des signes du Nicaragua. Ce point de vue, qui remonte à la philosophie de Kant et Descartes, considère le langage comme largement inné. La même conception est présente chez Chomsky, qui a développé la théorie de la grammaire universelle, et chez le philosophe Jerry Fodor qui a développé une théorie innéiste extrême. Ces types de définitions sont souvent utilisées dans le domaine des sciences cognitives et de la neurolinguistique [10], [11].

Système symbolique formel

Noam Chomsky est l'un des plus importants théoriciens de la linguistique au XXe siècle.

Une autre définition du langage le considère sous l'angle d'un système formel de signes régis par une combinaison de règles de grammaire qui véhiculent de la signification. Cette définition met l'accent sur le fait que les langues humaines peuvent être décrites comme des systèmes structuraux fermés consistant en règles liant des signes particuliers à des significations [12]. Cette approche structuraliste a été d'abord introduite par Ferdinand de Saussure [13] et son structuralisme demeure le fondement de nombreuses approches contemporaines des langues [14].

Certains partisans des idées de Saussure sur langage ont défendu une approche formelle qui étudie la structure du langage en commençant par l'identification de ses éléments de base et qui ensuite tente une description des règles selon lesquelles les éléments se combinent pour former des mots et des phrases. Le principal promoteur de cette théorie est Noam Chomsky, l'auteur de la théorie de la grammaire générative et transformationnelle, qui a défini la langue comme la construction de phrases qui peuvent être générées à l'aide de grammaires transformationnelles [15]. Chomsky considère que ces règles sont une caractéristique innée de l'esprit humain et constituent les rudiments de ce qu'est le langage [16]. En revanche, de telles grammaires transformationnelles sont également communément utilisées pour fournir des définitions formelles du langage couramment utilisées dans la logique formelle, dans les théories formelles de la grammaire et dans la linguistique computationnelle appliquée [17], [18]. Dans la philosophie du langage, des philosophes comme Alfred Tarski, Bertrand Russell et d'autres logiciens formels ont développé la conception de la signification linguistique comme résidant dans les relations logiques entre les propositions et la réalité.

Outil de communication

Une autre définition du langage se centre sur le langage comme un système de communication qui permet aux humains l'échange verbal ou symbolique d'énoncés. Cette définition met l'accent sur les fonctions sociales de la langue et le fait que les humains l'utilisent pour s'exprimer et manipuler des objets dans leur environnement. Les théories fonctionnelles de la grammaire expliquent les structures grammaticales de par leurs fonctions de communication. Elles comprennent les structures grammaticales de la langue comme étant le résultat d'un processus d'adaptation par lequel la grammaire a été développée "sur-mesure" pour servir les besoins de communication de ses utilisateurs [19], [20].

Ce point de vue est associé à l'étude de la langue dans les domaines de la pragmatique, de la cognition, de la sociolinguistique et de l' anthropologie linguistique. Les théories fonctionnalistes ont tendance à étudier la grammaire comme un phénomène dynamique, puisque les structures changent continuellement en étant employées par les locuteurs. Ce point de vue accorde donc une place importante à l'étude de la typologie linguistique, c'est-à-dire à la classification des langues en fonction de leurs caractéristiques structurelles, car les processus de grammaticalisation ont tendance à suivre des trajectoires qui sont en partie dépendantes de la typologie [18]. Dans la philosophie du langage, l'idée que la pragmatique est au cœur du langage et du sens est souvent associée aux œuvres tardives de Wittgenstein, et aux philosophes tels que J. L. Austin, Paul Grice, John Searle, et W. O. Quine [21].

Statut unique du langage humain

Le pomastome à calotte marron.

Le langage humain possède des caractéristiques uniques quand on le compare à d'autres formes de communication animale. Les systèmes de communication utilisés par d'autres animaux comme les abeilles ou les singes sont des systèmes fermés qui se composent d'un nombre fini, généralement très limité, d'idées pouvant être exprimées [22], [23].

Le langage humain est ouvert et productif  (en), en ce sens qu'il permet aux humains de produire une vaste gamme d'énoncés à partir d'un ensemble fini d'éléments et de créer de nouveaux mots et phrases. Ce phénomène est rendu possible par le fait que le langage humain est basé sur un double code, dans lequel un nombre fini d'éléments qui sont vides de sens en eux-mêmes (par exemple, des sons, des lettres ou des gestes) peuvent être combinés pour former un nombre infini de grandes unités de sens (mots et phrases) [24]. Cependant, une étude a démontré qu'un oiseau australien, le pomatostome à calotte marron (Pomatostomus ruficeps), est capable d'utiliser les mêmes éléments acoustiques dans différents arrangements pour créer deux vocalisations fonctionnellement distinctes [25]. En outre, les Cratéropes bicolores (Turdoides bicolor) ont démontré la capacité de générer deux vocalisations distinctes composées du même type de son, qui ne peuvent être distinguées que par le nombre d'éléments répétés [26].

Le bonobo nommé Kanzi converse avec la scientifique Sue Savage-Rumbaugh en utilisant des symboles écrits ( Yerkish).

Plusieurs espèces d'animaux ont démontré qu'elles étaient en mesure d'acquérir des formes de communication par le biais de l'apprentissage social : par exemple, un bonobo nommé Kanzi a appris à s'exprimer à l'aide d'un ensemble de lexigrammes symboliques. De même, de nombreuses espèces d'oiseaux et de baleines apprennent leurs chansons, en imitant les autres membres de leur espèce. Toutefois, bien que certains animaux puissent apprendre un grand nombre de mots et de symboles, aucun n'a démontré pouvoir apprendre autant de signes qu'un humain de 4 ans, ni n'a appris une grammaire complexe comme celle du langage humain [23].

Les langages humains diffèrent également des systèmes de communication animale en ce qu'ils utilisent les catégories grammaticales et sémantiques, telles que des noms et des verbes, le présent et le passé, qui peuvent être utilisées pour exprimer des significations d'une complexité croissante [23]. Le langage humain est unique également pour posséder une propriété de récursivité : par exemple, une phrase nominale peut contenir un autre syntagme nominal (comme dans "[la bouche [du chimpanzé]]") ou une clause peut contenir une autre clause (comme dans "[je vois [le chien qui court]]") [27]. Le langage humain est aussi le seul système de communication naturel connu dont l'adaptabilité peut être désigné comme indépendant de la modalité. Cela signifie qu'il peut être utilisé non seulement pour la communication par le biais d'un canal ou d'un médium, mais aussi par plusieurs. Par exemple, la langue parlée utilise la modalité auditive, alors que les langues des signes et l'écriture utilisent la modalité visuelle, et le braille, la modalité tactile [28].

Le langage humain est unique également du fait qu'il peut référer à des concepts abstraits, des événements imaginaires ou hypothétiques, ainsi que les événements qui ont eu lieu dans le passé ou peuvent se produire dans l'avenir. Cette capacité à faire référence à des événements qui ne sont pas dans le même temps ou à la même place que ceux du moment de l'énoncé est appelée déplacement. Bien que certains animaux puissent utiliser le déplacement dans leur communication (comme la communication des abeilles qui peuvent communiquer l'emplacement des sources de nectar qui sont hors de vue), le déplacement est utilisé dans le langage humain d'une manière également considérée comme unique par sa complexité [29].

Fonctions du langage

Selon psychologue et théoricien du langage Karl Bühler, le langage remplit des fonctions émotive, conative, et représentative [réf. nécessaire]. Le linguiste Roman Jakobson y ajoute la fonction phatique, la fonction métalinguistique, et la fonction poétique [réf. nécessaire]. Selon le linguiste James Britton, le langage remplit aussi des fonctions transactionnelles, impliquant des interlocuteurs, parmi lesquelles la fonction conative ; ainsi que la fonction expressive et la fonction poétique. [réf. nécessaire]

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