La Vie de Marianne

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La Vie de Marianne
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Auteur Marivaux
Pays France
Genre Roman-mémoires
Date de parution 1731- 1742

La Vie de Marianne ou les aventures de Madame la comtesse de *** est un roman inachevé de Marivaux. Il se compose de onze parties écrites par Marivaux à partir de 1728, et dont la publication s’échelonne de 1731 jusqu’en 1742. Une suite et fin apocryphe en 1745, une Continuation inachevée composée par Marie-Jeanne Riccoboni, a partiellement paru.

Analyse

Le grand succès de la Vie de Marianne doit être attribué en partie à la conformité parfaite entre l’auteur, son siècle, ses personnages et ses lecteurs. Il était difficile de porter, dans la Vie de Marianne, plus haut que Marivaux la sagacité qui devine, et parfois l’éloquence qui touche. Uniquement appliqué à serrer de près la vérité, l’auteur décrit son sujet avec une abondance de détails. Il est, dans les méandres interminables de ce long récit, à l’aise au milieu de ces innombrables incidents qui semblent n’avoir rien coûté à son imagination, tant ils se rattachent étroitement à l’action dont ils augmentent l’intérêt, en retardant le dénouement. Là, plus rien ne l’arrête ; sa plume court et s’égare librement comme sa pensée, pour peindre avec des couleurs vraies des caractères qui ne ressemblent pas seulement à tel ou tel individu, mais à l’individu en général, et surtout, à l’homme de son temps et de son environnement.

La Vie de Marianne a plu à son époque qui a aimé suivre, dans la vie, une jeune orpheline partie de la condition la plus humble, et les rudes épreuves qu’elle a dû affronter avant de parvenir à la considération et à la fortune, même si les conditions en demeurent inconnues du fait de l’inachèvement du roman.

Marivaux a su profiter au mieux des avantages du genre romanesque pour créer le tableau ressemblant et jamais monotone de la scène infiniment variée du monde au XVIIIe siècle. Pour la première fois peut-être dans le roman, l’esprit fait vivre autant que la passion un récit sans cesse entrecoupé de fines réflexions qui viennent s’immiscer dans le fil de l’action sans pour autant jamais l’interrompre. Les représentations, les réflexions et les anecdotes s’y mêlent tout à la fois de façon charmante et opportune et s’appellent les unes les autres. Les caractères sont étudiés avec une minutie qui leur prête une vie palpable.

Le fait que l’écrivain disparaisse complètement de son œuvre pour laisser parler Marianne ajoute encore à l’illusion et contribue indéniablement à l’entretenir dans l’esprit du lecteur. Marianne est si réelle qu’il est difficile au lecteur de ne pas être convaincu qu’il lit le récit de quelqu’un qui a véritablement joué un rôle principal dans les aventures qu’il rapporte.

Les caractères sont fermes, soutenus et bien accusés. L’auteur a fait de son héroïne un idéal de raison prématurée, d’esprit, de distinction et de beauté, et le mystère qui pèse sur sa naissance, en rendant plus vraisemblable tous les avantages qu’il lui prête, augmente encore l’intérêt qu’elle inspire. C’est un mélange de franchise, de fierté et de raison, où domine déjà un sentiment de coquetterie, qui ne sent ni la recherche ni l’effort.

M. de Climal, qui est certainement un personnage bien dessiné et étudié, cet homme que le père Saint-Vincent croit, dans sa candeur, un homme pieux et charitable, n’est qu’un vieux libertin, sous le masque d’un dévot mais c’est à peine s’il peut être appelé un faux dévot car il ne l’est que par accident, par le choix que le père Saint-Vincent a fait de lui pour protéger Marianne. C’est sa passion pour elle qui l’égare, qui l’entraîne dans l’oubli de tous ses devoirs, à l’âge où la passion rend plus ridicule que coupable. C’est, en fin de compte, un homme faible, en qui le vice n’a pas plus de racines que la vertu.

Quant à Madame Dutour, la lingère qui songe plus à ses intérêts qu’à la vertu de sa pensionnaire, Marivaux s’empare avec audace des tours de phrases, des locutions du peuple pour les lui prêter avec art. Même si on a reproché à Marivaux, bien avant Zola, de rapporter des discours vulgaires, la scène de la dispute entre le cocher et celle-ci qui ne veut pas le payer au retour de Marianne de chez Valville est un dialogue plein de vivacité rempli d’images neuves et hardies. De même, les réflexions naïves et innocentes de Madame Dutour, qui ne sont que l’expression mal dissimulée de l’intérêt personnel, en alliant tout à la fois épithètes triviales, idées communes, réflexions justes et sentiments vulgaires, ont un effet de réel qui interpelle le lecteur. De même, le noble Valville qui conçoit pour Marianne une vive passion, bientôt partagée, paraît, avec la progression de récit, plus fétichiste qu’amoureux.

Il y a beaucoup d’art dans la Vie de Marianne ; jamais le cadre du récit à la première personne n’a été mieux choisi pour recevoir les confidences d’une femme du monde, parvenue à l’âge où les illusions s’envolent avec les années, où le présent se rajeunit et s’embellit de tous les charmes du souvenir. Lorsqu’elle fait le récit de ses impressions de jeunesse, Marianne est une grande dame. Les années ont pu éteindre la vivacité de Marianne devenue comtesse de *** et mettre dans son expression un peu de ce détachement que donne l’habitude du bonheur. Toutes les remarques, réflexions et fines analyses de sentiment qu’elle mêle à son histoire paraîtraient refroidir la passion si le lecteur pouvait supposer qu’elles émanent de la plume d’une ingénue.

La douzième partie de la Vie de Marianne est tout entière de Marie-Jeanne Riccoboni. Celle-ci fut, en son temps, louée pour être entrée avec infiniment de talent dans la manière de Marivaux, mais cette impression de fidélité à l’original ne s’est pas prolongée à l’âge moderne.

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