La Croix-Rousse

La Croix-Rousse
Les pentes de la Croix-Rousse depuis Fourvière.
Les pentes de la Croix-Rousse depuis Fourvière.
Administration
Pays Drapeau de la France  France
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Collectivité locale Métropole de Lyon
Ville Lyon
Arrondissement municipal 1er arrondissement
4e arrondissement
Code postal 69001
69004
Géographie
Coordonnées 45° 46′ 46″ nord, 4° 49′ 39″ est
Altitude Min. 167 m – Max. 252 m
Cours d’eau Saône
Rhône
Transport
Métro Métro de Lyon  Ligne C
Localisation

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La Croix-Rousse

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La Croix-Rousse

La Croix-Rousse est une colline de la ville de Lyon. Mais c'est également un quartier situé sur cette même colline, que l'on distingue en deux éléments : les pentes (une partie du 1er arrondissement), et le plateau ( 4e arrondissement), qui culmine à 254 mètres.

La Croix-Rousse, surnommée la colline qui travaille en référence aux canuts, ancienne commune du département du Rhône, est un quartier original, profondément marqué par son passé de haut-lieu de l'industrie de la soie.

Histoire

L'amphithéâtre des trois Gaules.

De Condate à la montagne Saint-Sébastien

Une inscription latine trouvée rue de la Vieille nomme l'endroit « pagus de Condate » (« quartier du Confluent ») [1]. Condate étant un toponyme gaulois, Amable Audin en a déduit que, à l’époque romaine, le bas de la colline est occupé par un bourg celtique, voisin de Lugdunum, prospère ville romaine établie sur la colline de Fourvière, de l’autre côté de la Saône [2]. Cette théorie est largement reprise dans le chapitre antiquité d'ouvrages sur l'histoire lyonnaise. Toutefois, aucun élément archéologique n'a encore confirmé la présence d'un habitat gaulois antérieur à la fondation de Lugdunum. Les traces d'habitation les plus anciennes qui ont été repérées sont romaines et datées des environs de 10 av. J.-C., période d'inauguration du Sanctuaire fédéral des Trois Gaules [3].

Les fouilles ponctuelles anciennes, ou plus récentes sur la montée de la Grande Côte (1985), montrent un développement urbain au départ tardif, puis largement développé au cours du Haut Empire au pied de la colline et à mi-pente, jusqu'au milieu du IVe siècle : présences de mosaïques, traces d'habitats ou d'ateliers d'artisans verrier et potiers, structures d'aménagement des terrains, vestiges d'objets romains, inscriptions [4]. Parmi ces inscriptions, la célèbre Table claudienne, dont deux grands fragments furent découverts en 1528, enterrés dans une vigne à mi-pente de la colline [5].

Des travaux d'assainissement en 1854 ont découvert montée des Carmélites et place Fernand-Rey des tronçons de voie romaine pavée de granite, qui furent identifiés comme la voie du Rhin [6]. D'autres éléments de chaussée découverts en divers endroits sont les indices d'une voirie locale assez dense [7].

L'ensemble monumental de la Croix-Rousse [8] est le Sanctuaire fédéral des Trois Gaules, composé de :

  • l'autel des Gaules (12 av. J.-C.) dédié à Rome et Auguste
  • l' amphithéâtre des Trois Gaules (19 ap. J.-C.), qui recevra les délégués des 60 nations gauloises, chaque année au mois d'août.

Par une série de déductions à partir d'éléments archéologiques divers, Amable Audin proposa de localiser l'implantation de l'autel de Rome et Auguste au long de la rue des Tables Claudiennes, imaginant une immense esplanade de 296 mètres de long et 69 mètres de largeur, à l'image du sanctuaire de la Fortuna Primigenia à Praeneste. Cette localisation reste toutefois controversée, l'aménagement en terrasse pouvant aussi bien être conçu pour l'implantation de l'habitat, et la découverte au XIXe siècle de mosaïques rue Pouteau à l'emplacement présumé de l'autel fragilise l'hypothèse d'Audin [9].

Après la période des Grandes invasions et les siècles suivants, les édifices gallo-romains sont abandonnés.

Au Moyen Âge, la ville de Lyon s’arrête vers les Terreaux. La montagne Saint-Sébastien fait partie du Franc-Lyonnais, province indépendante placée sous la protection des rois de France. Les pentes et le plateau sont consacrés aux cultures (en particulier de la vigne).

Étymologie

La croix en pierre dorée de la Croix-Rousse.

En 1512, Louis XII décide la construction de fortifications au sommet de la colline pour défendre la ville de Lyon. Ce rempart, nommé Saint-Sébastien, intègre alors les pentes à Lyon, mais isole le plateau, créant ainsi un nouveau faubourg.

Sensiblement au même moment, une croix est érigée sur le plateau [10] et réalisée en pierre de Couzon, de teinte ocre. Elle donnera son nom au bourg nouvellement créé.

On suppose que cette croix était située au carrefour de 2 voies : l’une vers la Dombes (direction Bourg), l’autre vers Neuville.

Elle sera détruite et reconstruite à plusieurs reprises (abattue par les protestants en 1562, détruite à la Révolution, supprimée en 1881 par décision du conseil municipal de Lyon). Finalement, en 1994, une réplique a été érigée place Joannès Ambre.

De la colline qui prie…

Après la construction de fortifications, les pentes, jusque là terrains à vocation agricole, s'urbanisent du fait de leur intégration à Lyon. Aux XVIe et XVIIe siècles, de nombreuses congrégations religieuses s'y installent. Ce seront d'abord les Chartreux, en 1580, puis les Carmélites, les Sœurs de l'Annonciade, etc.

Contrairement aux pentes, le plateau fait toujours partie de Cuire et reste donc intégré au Franc-Lyonnais. Mais à la fin du e siècle, le plateau de la Croix-Rousse, qui n'a été pendant longtemps qu'un hameau, a pris de l'importance. Comme sur les pentes, des religieux s'y sont installés, mais également de nombreux commerçants (en particulier parce que les taxes y sont moins élevées qu'à Lyon [11]).

…à la colline qui travaille

« Vivre en travaillant, ou mourir en combattant ».

À la Révolution, les biens appartenant aux communautés religieuses sont vendus, libérant ainsi un grand nombre de terrains. L'opposition entre les ruraux de Cuire et les citadins de la Croix-Rousse agite alors la commune de Cuire-la-Croix-Rousse. Finalement, en 1797, le Conseil des Cinq-Cents décrète le rattachement de Cuire à Caluire (loi du 5 mai 1797), entérinant ainsi la scission (mais étrangement, il faudra attendre un arrêté du gouvernement consulaire en date du 22 octobre 1802 pour que, de son côté, la commune de la Croix-Rousse soit créée).

Au début du e siècle, Lyon est la première ville ouvrière de France. L'arrivée massive d'ouvriers de la soie (les Canuts) va alors profondément transformer la Croix-Rousse, marquant son histoire et son urbanisme. La Croix-Rousse devient un haut lieu du tissage industriel de la soie (voir l'article sur l' histoire de la soierie lyonnaise).

Pour accueillir les ouvriers (ainsi que leurs familles et leurs métiers à tisser), la construction de lotissements s'accélère (ex : le Clos Dumenge). Il s'agit d'immeubles de 5 ou 6 étages, abritant des appartements/ateliers construits très hauts sous plafond, en fonction de la taille des imposants métiers à tisser Jacquard (en moyenne 4 mètres de hauteur), créés en 1801. Ils sont dotés de hautes fenêtres (la lumière facilite le travail de la soie) et d'une soupente ( mezzanine utilisée pour la vie de la famille). Les plafonds sont renforcés par des poutres en chêne, dont l'écartement permet de fixer le métier.

Sous la pression des lotisseurs qui morcèlent des anciens terrains religieux, l' est de la colline change radicalement de physionomie. Le nombre d'habitants explose et de nouvelles rues apparaissent, parfois de manière anarchique sans que la municipalité ait son mot à dire.

Lyon en 1869 depuis la Croix-Rousse.

Jules Michelet écrit alors sur l'opposition de la montagne du travaille et de la montagne mystique (la colline de Fourvière, qui rassemble un grand nombre de couvents et d' églises) [12]. Transformée par les années, l'expression de Michelet deviendra la colline qui travaille face à la colline qui prie [13].

Les canuts, soumis à de rudes conditions de travail, se révoltent à de nombreuses reprises (cf. l'article détaillé la Révolte des Canuts). Leur première révolte d'octobre 1831 est considérée comme l'une des premières révoltes ouvrières. Ils occupent Lyon aux cris « Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant ! ». Le roi Louis-Philippe Louis-Philippe Ier envoya 20 000 hommes de troupe et 150 canons pour réprimer « l'émeute », partie du quartier de la Croix rousse et qui a inquiété les milieux industriels jusqu'à Paris [14]. La ville devient au e siècle une importante cité industrielle, en grande partie grâce aux canuts.

Le , les Canuts se révoltent de nouveau en occupant les forts de la Croix-Rousse. Pendant 6 jours, ils font face à 12 000 soldats.

Une troisième insurrection a lieu en 1848, au moment de la proclamation de la Seconde République, menée par les Voraces.

Les mêmes Voraces mèneront une quatrième insurrection en 1849, en écho au soulèvement des républicains parisiens. Circonscrite sur le faubourg Croix-Rousse, elle sera violemment réprimée.

Le rattachement à Lyon

La face Saône de la Croix-Rousse au début du XXe siècle.

En 1818, la Croix-Rousse est élevée au rang de ville. Mais elle est morcelée lorsque le 26 octobre 1832, une ordonnance royale érige les quartiers de Serin et Saint-Clair en communes indépendantes. Ce sera de courte durée puisqu'en 1834, Serin et Saint-Clair sont de nouveau réunies à la commune de la Croix-Rousse.

En 1852, la Croix-Rousse, qui compte désormais 30 000 habitants, est rattachée à Lyon (décret impérial du 24 mars 1852). Le préfet Vaïsse va alors entreprendre une série de grands travaux (création du réseau d'eau potable, construction de l' Hôpital de la Croix-Rousse, etc). En 1862, le funiculaire de la rue Terme est mis en service entre le centre de Lyon et Croix-Rousse. Il sera rapidement surnommé la " ficelle" par les lyonnais. L'année suivante, la Compagnie du chemin de fer de Lyon (la Croix-Rousse) au camp de Sathonay ouvre la gare de Lyon-Croix-Rousse à côté de la station du funiculaire. Cette gare est le point d'origine d'une ligne reliant Lyon à la gare de Sathonay - Rillieux, puis Trévoux à partir du 1er juin 1882. En 1865, pour faciliter l'intégration de la Croix-Rousse à la ville, les remparts sont détruits, permettant la réalisation du boulevard de l'Empereur. La mairie y est construite, et des arbres sont plantés.

Depuis 1952, la colline est traversée par le tunnel routier de la Croix-Rousse, qui relie les quais des bords du Rhône à ceux des bords de la Saône (tracé de la RN6).

L'activité du textile a été très fortement marquée par une crise dans les années 1980. Les rares survivants ont réussi en se reconvertissant dans des textiles « techniques » ou très haut de gamme (ex : Prelle, Tassinari, Brochier, Bianchini-Férier).

Aujourd'hui encore, la Croix-Rousse est un quartier à l'urbanisme singulier, marqué à la fois par sa géographie (colline), par son histoire ( histoire de la soierie lyonnaise), par la permanence du mouvement social et par sa très forte densité d'habitation (l'une des plus élevées d'Europe).

Un laboratoire social

La mairie de La Croix-Rousse.

La Croix-Rousse jouit d'une réputation particulière : quartier ouvrier au e siècle, c'est ici qu'a pris forme la première insurrection sociale caractérisée de l'ère industrielle (cf. l'article détaillé la Révolte des Canuts). C'est également ici qu'essaimeront de nombreuses innovations sociales : le premier conseil des prud'hommes, les premières expériences mutualistes, les premières boutique "coopérative" française, etc (cf. l'article détaillé sur les Canuts).

Au e siècle, le quartier (en particulier les pentes) reste un véritable « laboratoire social » : squatts, restaurants autogérés, crèches parentales, imprimeries parallèles, collectifs militants, associations en tous genres…

Au début du e siècle, même si la population change sous l'effet de la hausse des loyers (arrivée des bourgeois-bohème ?), le quartier reste un lieu particulièrement vivant, donnant encore naissance à des initiatives intéressantes (ex : commerce équitable sur les pentes, crieur public sur le plateau, etc).

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